TECHNIQUE OPÉRATOIRE
Nous plaçons au début de ce chapitre la description de la technique opératoire de Thiersch lui-même. Cette description présente quelque intérêt, car elle permettra de se rendre compte des modifications apportées par les chirurgiens.
Nous tenons à remercier ici M. Lejars, qui a bien voulu nous la communiquer dans tous ses détails, ayant été témoin de la méthode préconisée du chirurgien de Leipzig.
La malade (c'était une femme encore jeune) endormie par le chloroforme, on procède au grattage de la plaque lupique de la joue à la curette tranchante, puis à la curette mousse, quelques nodules qui ne cèdent pas, quelques lambeaux sont excicés aux ciseaux courbes et l’on ne s’arrête qu'après avoir créé une surface cruentée, régulière, unie. Pour tarir l’hémorrhagie en nappe on exerce sur la plaie d’avivement une compression assez énergique avec des éponges trempées dans la solution qui, seule, est employée à tous les temps de l’opération de la greffe, la solution aqueuse de sel marin à 6 pour mille (Kochsalzwaster).
Il faut alors tailler les greffes. On les emprunte à la peau de la face antérieure de la cuisse, préalablement savonnée et passée à l’éther ; la main, qui empaume la face postérieure du membre, tend forcément la peau, et permet le « découpage » des longues bandeleltes dermo-épidermiques. Pour cela, un rasoir d'histologiste, à large lame, glisse sur le de-
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vant de la cuisse, horizontale nent et en long, entamant la peau dans la moitié de son épaisseur environ, et continuant son trait, dans le même plan de clivage, aidé par un rapide mouvement de va-et-vient. Les bandelettes, j'entends les mieux réussies, mesurent à peu près dix centimètres de long sur deux centimètres de large : il en est de plus petites, d'irrégulières, de mal taillées, qui servent aussi, et comblent les vides, comme nous le dirons. Partout où le rasoir passe, il se produit un suintement sanguin qui dessine en pointillé la section des papilles. Rétractée et pliée sur le rasoir, la bandelette est transportée jusqu’à la peau avivée, qu’il faut greffer : avec un stylet on fixe une des extrémités de la languette, et le rasoir s’éloignant peu à peu en sens contraire permet de la dévider et de l’étaler suivant l'un des grands axes de la surface avivée. On prend soin que les bandelettés débordent toujours le limbe de la plaie : la portion qui enjambe ainsi sur la peau saine est destinée, du reste, à disparaître. Rangées côte à côte, les bandelettes doivent, autant que possible, se toucher par leurs bords sans se recouvrir : les lambeaux plus petits, les « déchets » servent de remplissage, dans les interslices et aux angles.
Quand le revêtement est complet, on applique sur les greffes de petites plaques de protective, trempées aussi dans la solution de sel, et par-dessus, des lames de gaze ordinaire, sèches, qu'on humecte sur place avec une éponge, puis de l’ouate, une autre plaque de protective et une bande, un peu serrée. Aux membres, pour obtenir une compression efficace, on se sert souvent d'une plaque de diachylon, que l’on applique par dessus le pansement, qui le déborde et le main-
tient, et au milieu de laquelle est une lame de caoutchouc.
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Aux points où les greffes ont été taillées, on fait le panserhent ordinaire, à la gaze iodoformée ou sublime : la peau ayant été intéressée que dans une portion de son épaisseur, il ne se produit pas de cicatrice propremont dite, il resteune pigmentation rouge d'abord, puis brunâtre, qui dessine les bandelettes dermo-épidermiques, et qui à la longue disparaîtrait entièrement.
En règle, on laisse plusieurs jours ce premier pansement ; ici l'on voulut bien l'enlever au second jour, pour me faire constater le résultat. Les bandelettes greffées adhéraient toutes, elles étaient un peu gonflées, blanches : en deux ou trois points seulement, on voyait la greffe amincie, foliacée, soulevée par une petite masse jaunâtre : c’étaient autant de petits abcès, mais ils étaient trop petits pour nuire au succès de l’ensemble de la transplantation. Du reste, dès le début, on se rend aisément compte de la vitalité de la lanière greffée, et l’on peut dire tout de suite si la bandelette € tiendra » ou non : si, dès le début, elle s'applique exactement, et adhère déjà, cette coalescence primitive est de fort bon augure. | |
Voici maintenant l'opération avec les modifications telle que nous l'avons vue appliquée plusieurs fois par M. Lejars. Les résultats nous ont amené à nous arrêter à cette technique opératoire que nous allons décrire .
- L'opération peut être divis ‘> en trois temps :
Préparation du malade ;
Opération proprement dite ;
Soins consécutifs.
1° Préparation du malade. — On devra chercher à assurer dans les différents temps de l’opération une asepsie com-
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plète. Pour cela on lavera avec soin la région où on doit emprunter les greffes. La peau sera d’abord lavée au savon, on la débarrassera ensuite des matières grasses avec l’éther. Enfin on terminera ces préparatifs en frottant la région avec une solution de subiimé à un pour mille.
On procédera ensuite à la toilette de la plaie. Celle-ci sera lavée avec une solution phéniquée forte au (20° par exemple). Si la plaie est un ulcère atone, à bourgeons mollasses et exubérants, hypérémiés, saignant au moindre contact, ou bien pâles et malades, on fera le grattage de ces bourgeons avec une curette tranchante, et on terminera en se servant de la curette mousse pour unir la plaie. Ce râclage donne lieu à une hémorrhagie en nappe, mais qui s'arrête rapidement, en touchant ia plaie avec des tampons imbibés de la solution de sublimé, on obtient ainsi une hémostase rapide et une plaie aseptique. Le râclage est inutile si la membrane granuleuse est rose, vermeille, bien vivante, ou si la plaie est fraiche. | |
Tous ces préparatifs seront faits pendant la chloroformisation. L’anesthésie par le chloroforme est indiquée dans tous les cas; car, si le grattage des bourgeons charnus est peu douloureux, il n’en est pas de même de la section de la peau à greffer. Il est donc inutile de faire souffrir le malade pour une opération toujours délicate et souvent assez longue.
Quant à l'anesthésie locale par la cocaïne nous ne craignons pas de la condamner.
Le malade ainsi préparé et endormi on procède aux autres çemps de l'opération.
20 Opération proprement dite. — On procédera maintenant à la section des lambeaux à greffer. Ceux-ci sont pris de