‹ De la grossesse: dite prolongéeChapitre 13 sur 33 · OBSERVATION UNIQUE · texte numérisé non relu

OBSERVATION UNIQUE

Date de la Date du Nombre Date de la

Durée en jours

Désignation première coït fé- des deuxième d è < ' E de la u sujet parturi- conda- nourris- parturi- ao Ù tion teur sons tion 8 De < 7 avril 1885 8avril 3 30 avril 22 Conclusion. — Dans ce cas, la gestation n’a subi

aucun retard appréciable. Il en faut conclure que, pour provoquer un retard dans la gestation, le travail physiologique de la lactation doit avoir une intensité suffisante: l’aillaitement de trois nourrisons reste sans effet, dans le cas d’une espèce qui, normalement en allaite une dizaine. |

Cette interprétation sera, plus loin, pleinement confirmée.

Le RE

f) CaviaA porcEzLLus LINNÉ

M. le professeur Mathias Duval a eu l’occasion de constater, chez les embryons du cochon d’Inde, et suivant que la femelle qui fournissait ceux-ci était ou non nourrice, des différences de développement telles, qu'un produit de seize jours, par exemple, dans le premier cas. n’était pas plus avancé qu’un produit de huit jours dans le second. Mes observations sur la gestation retardée pa r l'influence de la location, se trouvent donc, non seulement confirmées par celles de l'éminent embryologiste, mais encore au delà de la famille des Muridés et de la tribu des Myomorphes, au moins jusqu’à l'espèce du cochon d'Inde dans la tribu des hystricomorphes.

3° Relatives aux variations de la durée de la gestation, suivant le nombre des petits allaités et suivant l'allaitement

a) SUIVANT LE NOMBRE DES PETITS ALLAITÉS

Ayant observé, dans le cas du surmulot, qui, normalement, en allaite une dizaine, que l'allaitement de trois petits reste sans influence sur la durée de la gestation, J'ai recherché la loi des variations de cette durée d’après le nombre des nourrissons. J’ai pris la souris pour sujet de mes observations. Voici celles-ci résumées enun tableau :

J. Lavoine £

de

Désignation Date Date Nombre Date Durée du sujet de la première du coït des de la en jours parturition fécondateur nourrissons parturition de la gestation B 27 sept, 1882 27 sept. 0 18 oct. 21 IT 3 oct. 1888 -: 4. oct. I 26 oct. 22 IX 24 oct. 1888 2{, oct. 16 nov. 23

XXI 14 fév. 1889 14 fév. 3 8 mars. 22 XXVIII 3o janv. 1889 30 janv 4 24 fév. 25 VIII 23 déc. 1888 23 déc. 5 18 janv. 26 XXIX 11 fév, 1989 II fév. 6 8 mars 2322 XXI 15 janv. 1889 16 janv. 7

À 3 juin 1882 3 juin

14 fév. 30 & juillet 3x

On voit que d’une façon générale et sauf perturbations accidentelles, le retard de la gestation, dans une même espèce, est proportionnel au nombre des petits allaités, un nouveau jour de retard correspondant à un nourrisson de plus.

b) SUIVANT LA DURÉE DE L’AULAITEMENT

J'ai recherché aussi la loi des variations de la gestation, en fonction de la durée de l'allaitement. Je ne pouvais pas prolonger celle-ci, mais il m'était loisible, en supprimant les nourrissons, de lui donner toutes les valeurs inférieures à la normale. J’ai pris encore la souris pour sujet de mes observations. Je résume celles-ci dans le tableau suivant :

Désignation Date Date du ee ES D de Date |Durée du de la première ts des ee l’al- “ Fe dela sujet parturition tons nqur- | des laite- lire à pe rissons| petits | ment | tion tion VIE......| 3 déc. 1888 |3 déc. | 4 |5 déc.| 2 |23 déc.| 20 L:.......) 9 sept. 1888 » 3 |ro déc.| 3 |29 déc.| 2 XII bis ...| 24 oct. 2888 |24oct.| 6 [agvoct.| 5 [14 nov.| 2r MIRE SEE 15 oct. 1888 » 4 |230oct.| 8 | 8nov.| 2% Na ee 8 nov. 1888 | 8nov.| 7 |i7nov.| 9 | 3 déc.| 25 6 |26 nov.| 10 |11 déc.| 25

TN CR SES 0 16 nov. 1888 |16 nov.

Quoique peu nombreuses (elles seront, plus bas, complétées par d’autres), ces observations nous laissent suffisamment voir que, durant les einq premiers jours, l’état de la lactation n’exerce aucune influence sur la durée de la grossesse, mais qu’il en est tout autrement ensuite. Un même sujet (© VII), allaitant un nourrisson de plus, porte un jour de plus.

Ailleurs, nous voyons qu’une gestation de vingtcinq jours correspond à neuf et à dix jours d’allaitement, tandis que, dans la même espèce (voir plus haut), une gestation de trente à trente et un jours correspond à la durée normale, soit à une quinzaine de jours d’allaitement : c’est-à-dire que Île retard de là gestation comprend un nombre de jours approximativement égal au nombre de jours que dure Pallaitement à partir du sixième.

Remarque. — Les anciennes observations de

SPC

Z. Gerbe sur les Campagnols (1) convenablement interprétées, nous fournissent une confirmation de la proposition précédente. Nous pouvons, en effet, mesurer, chez les différentes espèces de rongeurs, la durée relative de la lactation par le temps qui s'écoule depuis la naissance des petits jusqu’au moment où ils ouvrent les yeux; car, chez toutes ces espèces, à ce momenl,si les petits ne cessent pas brusquement de téter, ils commencent du moins à sortir du’ nid et à prendre de la nourriture solide, et le - lait ne fait plus qu’accessoirement partie de leur alimentation. Or, chez la souris, la cécité des petits dure environ quatorze jours, et le retard de la délivrance, sous l'influence d’un allaitement normal, est de huit à dix jours environ; tandis que, chez les Campagnols, la cécité dure dix jours seulement et le retard de la délivrance n'est que de quatre à six jours; c'est-à-dire que, dans chacune des deux espèces, la différence entre la durée de l’allaitement el le retard de la gestation est, identiquement de quatre à six Jours.

IT. — THÉORIE DE LA GESTATION RETARDÉE a) Première période.

Ainsi, pendant les quatre à six premiers jours, l’état de lactation de la femelle pleine reste sans influence sur la durée de la gestation, c’est-à-dire sur

1.Mélanges zoologiques, VII, p. rox, dans Repue et Magasin de zoologie, 1854.

SDF en

le développement des ovules. Or, comme on ne conçoit guère que l’état de l’organisme maternel puisse réagir sur le premier développement des ovules, autrement que par l'intermédiaire des matériaux de nutrition, que ceux-ci doivent puiser dans l'utérus, il paraît vraisemblable que les ovules se suffisent à eux-mêmes durant les quatre à six premiers jours de leur développement ; d’où, en se laissant guider par une nouvelle induction fondée sur l'harmonie généralement observée chez les êtres vivants, entre les diverses fonctions qui concourent au même résultat, on tire quelque raison de supposer que, chez les muridés, ces ovulés n'arrivent dans l'utérus que du quatrième au sixième jour après la fécondation.

Cette induction s’est trouvée confirmée par l’observation. Dans des expériences, d’ailleurs instituées dans un autre but et dont j'aurai à reparler plus bas, j'ai pratiqué, d’un seul côté, chez des femelles de souris fécondées, la section tubo-utérine, successivement aux deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième jours après le coït; un temps suffisant après l'opération, j’ai sacrifié chacun des sujets; et je n’ai retenu, de ces expériences, que celles dans lesquelles l'utérus non opéré s’est montré gravide. Or, les utérus opérés aux deuxième, troisième et quatrième jours n'ont présenté aucun produit de conception, tandis que les utérus opérés aux cinquième et sixième jours se sont trouvés gravides : c’est-à-dire que, sauf exception ou variation, les

ovules n’ont pas encore au quatrième jour, tandis qu’au cinquième ils ont déjà gagné l'utérus.

b) Stade d'arrêt.

Ainsi, la lactation n'’influence les ovules qu'après qu’ils sont descendus dans les utérus ; mais comment agit cette influence ? Provoque-t-elle un arrêt provisoire ou un ralentissement du développement des produits de la conception? Les indications de l'analyse tendent à rejeter a priori la deuxième hypothèse. Après la naissance, en effet, j'en ai fait l'expérience, l’inanition n'empêche pas le développement des petits de suivre son cours régulier : ceux d’entre eux, par exemple, qui survivent assez longtemps ouvrent les yeux à l’époque normale. Or, il y a lieu de croire que les choses se passent de la même façon, sous ce rapport, avant comme après la naïissance.

D'ailleurs, j'ai pu résoudre la question par l’observation directe. Dans la gestation retardée, en effet, l'utérus subit quelques modifications au moment des ovules (chez la souris, ceux-ci s’enkystent dans la paroi utérine, et l’utérus prend aussitôt une appa- ‘rence qui permet de le distinguer de l'utérus non gravide) ; et ensuite il demeure stationnaire durant un nombre de jours qui correspond assez exactement au nombre des jours de retard de la gestation. Dans les observations résumées dans le tableau ci-dessus, le nombre des petits, allaités par ies

femelles pleines a été constamment de cinq ; celles-ci devaient donc avoir des gestations de vingt-six jours environ, c'est-à-dire retardées de cinq à huit jours : or, à partir du septième jour jusqu’au treizième, c’est-à-dire pendant sept jours, les utérus et les produits de conception se sont montrés stationnaires.

Désignation Date de Date Jours d'âge ; du | la de la de la Etat des utérus

sujet fécondation mort gestation

XXI 8 mars 1889 13 mars 6° Semblable à des utérus non gravides,

XXXVI 1 mars 1889 7 mars 7* Semblable aux utérus des 8e et 10° jours.

XXVIIT 24 février 1889 3 mars 8° Destaches pigmentaires

chacune au milieu d’une petite masse ovoïde claire, le tout dans l'épaisseur de la paroi utérine, mais fai- sant relief du côté du mésomètre; chaque renflement bien plus petit qu’un grain de millet.

XXXIV 24 février 1889 5 mars 10° Idem.

XXXVI 26février 1889 10 mars 13° Comme aux 9%, 8 et 10* jours.

XXX 14 février 1889 27 février 14° Renflements utérins un

peu plus gros que des grains de millet ; plus petits qu'au 7° (9 X LIX), mais plus gros qu’au 8° jour (© XII) de la gestation normale.

Ainsi la gestation, quand elle est retardée, subit, aussitôt après l’arrivée des ovules dans les utérus, un arrêt dont la durée correspond au retard dont

elle est affectée.

c) Troisième période.

Puis elle reprend son cours; et elle évolue alors avec une vitesse normale, puisque les fœtus doivent venir au monde avec un développement normal, et qu'ils doivent achever leur évolution dans le temps ordinaire.

Analogies.

En somme, au moment deson arrivée dans l’utérus, l’'ovule du mamnifère est, sous un certain aspect, comparable à l’œuf fécondé de l'oiseau avant l’incubation, ou même à une graine avant la germination. L’œuf de l’oiseau a sa provision de nourriture, mais il lui manque un certain degré de chaleur ; la graine possède ses matériaux solides de nutrition, maïs il lui faut une certaine dose d'humidité et une certaine température ; l’ovule du mamnifère se trouve dans un milieu qui ne peut être insuffisant qu’au point de vue nutritif : parvenus à ce point de leur évolution, l’œuf, la graine, l'ovule peuvent attendre, un certain temps, la réalisation de l’ensemble des conditions nécessaires à leur développement ultérieur ; mais dès qu’ils ont dépassé ce point, ils doivent continuer à se développer ou périr.

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