IV. — ExPÉRIENCES COMPLÉMENTAIRES
J'ai admis par induction que, dans la gestation retardée, la suspension du développement des ovules
est due à ce que, l’activité de l’organisme maternel étant détournée au profit de la lactation, les ovules ne trouvent pas dans l’utérus les conditions d’alimentation dont ils ont besoin. Il est possible de vérifier cette induction. Si elle est exacte, en effet, il est évident que toute autre cause également susceptible de provoquer une dépense d'activité organique, qu’un traumatisme, par exemple, pratiqué en temps opportun aura le même effet que la lactation, or l'observation est absolument d'accord avec la théorie.
Une série d'expériences, d’ailleurs instituées dans un autre but, est résumée dans le tableau suivant : Le premier sujet (9 XXII) avait eu les deux utérus liés vers l’extrémité vaginale, et le dernier (9 LX) avait reçu dans l’abdomen un uterus étranger gravède ; tous les autres avaient snbi, d’un seul côté, la section tubo-utérine. A l’exception du premier, mort des suites de l’opération, tous ont été sacrifiés après guérison et quand la gestation avait déjà dépassé le stade d’arrêt. Pour chaque sujet, le retard de la gestation a été apprécié en recherchant dans une série d’utérus à tous les jours de la gestation normale, celui qui se trouvait au même stade que l’utérus du sujet en question, et en prenant la différance d'âge de gestation des deux.
Désign. Date du Date du Jours Date de Jours de
du sujet coït traumatisme depuis la retard le coït mort de la gest.
XXII 28 déc. 1888 29 déc. 2° 5 janv. (Stade
d'arrêt) XXVII - 24 janv. 1889 925 janv. 2° 6 fév. 0.
XLIV 15 mars 1889 16 mars 9° 31 mars T XXVI 25janv. 1889 7 janv. 3° gfév.. 8 XXXII 27 janx. 1889 S3o janv. 4° r2 fév. 10 XLVI 13 mars 1889 17 nov. 5° 27 nov. 0 XXXIIT 6 fév. 1889 1x fév. 6°, or fév. (o) LX 28 avril 1889 3o avril 3% 17 mai 5
Nous voyons d’abord que, lorsque le traumatisme
est venu trop tard, soit aux sixième et cinquième
jours, la gestation n’a pas subi de retard. Cette observation est hien d'accord avec la théorie: une fois passé le stade d'arrêt, l’ovule doit suivre le cours de son évolution normale.
En second lieu, quand le traumatisme a été pratiqué avant le stade d'arrêt, la gestation a été généralement retardée ; et pour un même traumatisme, elle l’a été d'autant plus que celui-ci a eu lieu plus tard. La théorie rend également bien compte de cette observation : l’ovule ne peut subir Feffet du traumatisme maternel que lorsqu'il atteint son stade
d'arrêt, et cet effet se trouve d’autant plus faible, à
cette époque, que le traumatisme esl alors plus ancien el plus avancé dans la voie de la guérison. Dans un cas (9 XXVIT), le traumatisme ayant été
SAC ES pratiqué dès le lendemain du coït, la gestation n’a subi aucun retard ; or, cette fois, à l’autopsie, j'ai trouvé du côté opéré, la trompe et l’utérus, soudés bout à bout, et il y avait des fœtus dans l’un et l’autre utérus ; ou bien j'avais manqué la séction tubo-utérine, ou bien, à l’époque du passage des ovules dans l'utérus, la réparation avait été parfaite, au point de rétablir la communication entre la trompe et l'utérus : dans tous les cas, la cause, ayant disparu, n’a pu avoir d'effet au moment opporlun. ;
C’est clair qu’en pratiquant, à propos, sur une femelle fécondée une série de traumatismes, on pourra accumuler leurs effets sur la gestation, et que ces effets eux-mêmes pourront être ajoutés à ceux de la lactation. Encore ici, l'observation a confirmé la théorie. Voici, pour terminer, le résumé d’une expérience de ce genre.
« © XXIX a mis bas et a été fécondée le 8 mars 1889. Je lui laisse 5 nourrissons. Le 18 mars, c’'està-dire au onzième jour et par conséquent pendant le stade d'arrêt de sa gestalion de nourrice, je lui fais une large brûlure sur une cuisse, et je lui laisse encore 4 nourrissons. Le lendemain, je la brûle de nouveau sur la plaie de la veille, et je lui laisse encore 3 nourrissons, Enfin, le 22 mars, soit au quinzième jour de sa gestation, je la brûle pour la troisième fois sur la même plaie et je lui supprime son dernier nourrisson; un de ceux-ci avait été retiré la veille et l’autre l’avant-veille. Le 18 août,
au quarante-deuxième jour de la gestation, je sacrifie le sujet. Je trouve alors ses utérus au même degré que ceux du dixième jour de la gestation normale! Ainsi, dans ce cas,la gestation avail été retardée de trente-deux jours! Si je l’avais laissée venir à terme, au lieu de vingt, elle aurait duré cin- ‘quante-deux jours ! »
On comprend dès maintenant l'importance de la constatation faite par Lataste, concernant ce qu’il a appelé la gestation retardée de la souris. Qui nous dit que cette vie latente prolongée par le fait de la lactation observée chez les souris, ne peut pas être observée chez les autres mammifères et pourquoi ne pourrait-elle pas exister chez la femme fécondée pendant l’allaitement ?
Toutes ces belles expériences de Lataste nous rendent encore plus sceptiques et nous voyons s'ajouter un inconnu de plus dans le problème de la durée de la gestation. Disons donc pour terminer et pour nous résumer, qu’il estimpossible de connaître quel est le début de la gestation en se basant sur la date du coït fécondant, en supposant même que celte date soit connue exactement, car entre la copulation et la fécondation s'écoule un laps de temps qui peut être de plusieurs jours et que nous ne pouvons connaître et de plus entre la fécondation et la gestation, il s'écoule peut-être un certain nombre d'heures, de jours que nous ne pouvons connaître.
Deuxième point de repère : la menstruation
Aujourd’hui, il est un point de repère auquel on attache une grande importance pour fixer le début
de la gestation: c’est la menstruation. De tout temps et encore aujourd’hui, la suspension des règles a été considérée comme le plus précieux des signes de la gestation.
Avant d'étudier ce qu'est la menstruation, disons qu’il ne faut pas aveuglément ajouter foi à ce que disent les femmes. Nombreux sont les cas où elles ne sont pas fixées d'une façon sûre, nombreux sont ceux où elles se trompent et assez fréquents, ceux où elles trompent. Ici, comme pour la détermination de la date du coït fécondant, il faut se rappeler le sage conseil du père Gury (1): « Le confesseur ne doit pas ajouter foi tout de suite aux paroles d'une femme... parce que les femmes sont d'habitude portées à mentir. » Le professeur Pinard, au cours de son enseignement, nous a répété souvent: « N'ayez pas une conscience aveugle en ce que vous disent les femmes, car elles trompent souvent quand elles
. ne se trompent pas. » Étant mis en garde contre ces causes d'erreur, supposons le cas d’une dame qui, jusqu'alors, avait été réglée très régulièrement et qui est enceinte; pouvons-nous dire à quelle date elle accouchera et, une fois accouchée, de quelle durée
exacte a été la gestation? Non, et pour le prouver