OBSERVATION DE GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE
L..., âgée de vingt-cinq ans, demeurant à Bourges, a toujours été bien portante.
Bien réglée depuis l’âge de quinze ans, mariée à dix huit ans, elle n’a pas eu d'enfants.
Les règles cessent en novembre 1896:le ventre grossit progressivement, surtout à droite et assez hant; elle a quelques vomissements, les seins augmentent de volume;
elle est convaincue qu’elle commence une grossesse. Les
1. Annales société obstétrique, pédiâtrie, gynécologie, 1903. ;
mouvements actifs se font sentir vers quatre mois et demi, mais à partir de ce moment, la grossesse devient douloureuse ; le ventre se développe beaucoup à droite. Mon confrère le Dr Imbert, qui voit la malade, est frappé de l'aspeet singalier que prend le ventre de cette jeune femme. Le col reste, paraît-il, petit, et l’idée vient à ce moment d'une grossesse anormale, La malade se refuse par avance à toute opération. Au milieu du mois d'août la malade ressent-des douleurs plus vives, douleurs analogues à celles d’un accouchement que la sage-femme attend avec impatience. Après vingt-quatre heures de douleur, comme rien ne semble changer, mon confrère revoit la malade. À ce moment le cœur fœtal bat encore : le diagnostic de grossesse extrautérine est nettement posé. La malade refuse une consultation. Les battements et les mouvements du fœtus ont cessé ; la malade a perdu etperd pendant quelque temps un liquide brunâtre. Les seins s’affaissent; le col est resté le même, le ; faux travail s’est arrêté. La malade continue à être gênée, les douleurs qu'elle ressent depuis deux mois persistent,
. . . es D A g bientôt elle maigrit » ...La malade consent à être opérée et guérit. Deux ans après grossesse normale.
Il en est ainsi dans les cas de faux travail, où il y a un obstacle à la sortie du fœtus à terme. Le fœtus incapable de vivre plus longtemps dans sa prison succombe, ce qui n’arriverait pas s’il était extrait à temps, ainsi que le prouvent les nombreux cas publiés jusqu’à ce jour. Ce qui se passe dans les gestations extra-utérines, se passe aussi dans les gestations utérines dans les cas de dystocie causée soit
FN
par tumeurs annexielles, soit par atrésie cicatricielle du col, en un mot dans les cas où, pour une raison quelconque, le fœtus à terme ne peut sortir de l'utérus.
Nous pourrions citer l'observation de M. Potocki : « Sténose cicatricielle du col utérin conséculive à des cautérisations. Rétention intra-utérine du fœtus mort dans le cours du faux travail. Incision tissu cicatriciel.Expulsion spontanée..., publiée en 1908 » dans les Annales de la Société d'Obstétrique, Pédiatrie et Gynécologie.
À ce propos, M. Potocki écrit ce qui suit : « Nous ne pouvons que regretter que la femme ne soit venue nous trouver à terme, car nous aurions essayé de l’accoucher par les voies naturelles et si nous avions reconnu qu'il serait incertain d’avoir l'enfant vivant en le faisant passer par le col utérin, nous n’aurions pas hésité à adopter la voie haute et à pratiquer l'opération césarienne ».
Après ces observations, on ne peut plus parler de ‘grossesses prolongées ; celles-ci ne peuvent exister, car lorsque le fœtus à terme n’est pas expulsé, il meurt, alors la gestation cesse et il y a rétention.
La grossesse prolongée ne peut donc pas exister,
Actuellement nous ne savons donc rien de précis au sujet de la durée de la gestation, il faut l'avouer. Prenons le cas cité par M. Pinard: «Un marin s’embarque aujourd’hui; il laisse sur le quaiune femme allaitant un enfant de trois mois. Il revient un an après son départ. À son arrivée, il trouve sa
femme accouchée depuis quinze jours. Vous êtes chargé de faire un rapport concernant le désaveu de paternité. Que direz-vous ? Question grave.
Eh bien ! à l’heure actuelle, étant données les recherches de Lataste sur les mamnifères, on n'aurait plus le droit d'affirmer que le marin n’est pas le père de l’enfant qui vient de naître près d’un an après son départ. Par le fait de lallaitement, il peut y avoir vie latente et gestation retardée. »
L’articie 315 de notre Code civil fixe à trois cents jours la limite dela durée de la gestation. Nos législateurs, qu’on a accusés d’être trop larges, nous semblent tout simplement prudents et nous ne croyons pas qu’il y ait lieu de reviser cet article du code, avant que nousne soyions plus instruits sur la durée de la gestation, car s’il n'y a pas de grossesses prolongées, il y a peut-être, suivant l'expression de Lataste, gestation retardée.
Observations prises à la clinique de Baudelocque