‹ De la grossesse: dite prolongéeChapitre 5 sur 33 · Digeste, lib., XXX VIII, t. VI · texte numérisé non relu

Digeste, lib., XXX VIII, t. VI

d'aucun homme ». La fécondation aurait eu lieu simplement parce que cette dame s'était « imaginée en songe, la personne et l’attouchement de son mari ». C’est après cette fécondation par suggestion, qu'elle aurait accouché, quatre ans après le départ de son mari, d’un enfant légitimé par le Parlement (1). On cite bien d’autres observations de femmes ayant porté onze mois et plus. Cujas, célèbre jurisconsulte du xvi* siècle, considérait comme légitime l’accouchement qui avait lieu durant le onzième mois de la grossesse. François Rabelais, qui fut un biologiste en même temps qu’un philosophe (car il ne faut pas oublier qu'avant d’être curé de Meudon, il fut professeur d’analtomie) n'accepte pas la théorie des parturitions de onze mois et voici ce qu'il écrit, à propos de la naissance de Gargantua. Il dit, qu’étant données les lois de son époque, « les femmes veuves peuvent franchement jouer du serre-cropière à tous enviz et toutes restes deux moys après le trépas de leurs maryz. — Je vous prie par grâce... sid’icelle en tro uvez que vaillent le desbraguetter, montez dessus et me les amenez — car, si au troisième moys elles engroissent, leur fruict sera héritier du deffunct » (2). Plus tard Mauriceau prétendait avec juste raison que, si un enfant expulsé au septième mois de la grossesse est viable, celui qui l’est à huit l’est davantage, et

que celui seui, qui est considéré comme à terme, pré-

1. Witkowski. Histoire des accouchements, p. 183. 2. Rabelais. Œuvres complètes. Livre I, chap. Le

sente au maximum les conditions de viabilité, et il ajoutait «qu'on voit quelquefois des femmes accoucher un mois après le terme ordinaire » (1).

Au cours du xvur siècle, les accoucheurs reconnaissent que les limites de la grossesse sont difficiles à préciser. Van Swieten prétend quelles sont variables dans les différentes femmes et encore dans les mêmes individus.Lieutaud,médecin de Louis XVI, qui, d’abord, avait admis les accouchements au seizième mois, se borne plus tard dans une deuxième édition de son précis de médecine pratique à laisser le jugement à la disposition des auteurs. En 1767 et 1:65, à propos du cas de Renée de Villeneuve, ful soulevée cette question de grossesse prolongée, qui fut admise par plusieurs médecins, en renom à cette époque, tels que A. Petit. Les principaux adversaires des naissances tardives furent Louis et Bouvard.

Levret écrivait un an après, « qu'il peut y avoir des enfants de onze mois, la nature ayant été obligée d'employer deux mois, de plus pour parachever complètement son œuvre » (2). À ia fin du xvine siècle Condorcet écrivait: « Dans ce pays où les hommes de science travaillent d’une façon désintéressée, il faut qu'ils recherchent la durée de la grossesse, les conditions de variations et les conséquences futures de cette variation. »

1. Mauriceau. Traité des Maladies des femmes grosses, 1694. 2. Levret. Traité des accouchements, 1961.

Il eut de l'influence, car, en 1816, Teissier lisait à l’Académie des sciences un mémoire où il racontait ses recherches sur la durée de la gestation des femelles de certains animaux. [lne faisait d’ailleurs que reprendre les expériences de Buffon (1). Tous ces travaux ont servi à fixer un point de biologie générale, celui du peu de variations de la durée de la gestation.

Au moment de la fixation des lois de l’Empire, l’article 315 du Code fut rédigé ainsi: La légitimité de l'enfant, né 300 jours après la dissolution du mariage, pourra être contestée. Cet article de loi a été beaucoup commenté et nombreuses furent les observations publiées à ce sujet. Chaussier cite le cas d’une aliénée dont la grossesse dura 297 jours sans qu'il puisse y avoir supercherie. En 1826, à Londres, devant la Chambre des Lords, fut soulevée cette question de gestation prolongée, à propos d’un procès analogue à celui de Renée de Villeneuve.

Elisabeth A dderley, femme de Lord Hyde Gardner Peerage, accoucha 311 jours après la mort de son mari. Si l’enfant était déclaré légitime, il héritait du titre et de l'immense fortune du père. On comprend l'importance de cette cause restée célèbre pour toutes les passions qu'elle a suscitées. Le D: Lyall conclut dans son rapport que, selon certains accoucheurs, la grossesse prolongée peut s'étendre à 311 jours.

1. Teissier. Recherches sur la durée de la gestation des femelles de plusieurs animaux, in Mém. Académie des sciences, 1816.

Depuis cetle époque, Désormeaux, Velpeau, en 1829, Mr° Boivin, Moreau ont rapporté des observations de grossesses prolongées. Simpson qui eut le mérite de réunir les observations de Merriman, Murphy, de Reid, admet que la gestation peut se prolonger 30 à 39 jours au delà de la durée normale. On fit des statistiques ; Reid réunit 40 cas où il n'y avait eu qu’un seul coît ; dans 4 cas l’accouchement avait eu lieu du 288e au 290° jour. La grossesse prolongée était admise ; mais Stolz n’admettait pas que la grossesse pût se prolonger au delà de 280 jours. Depaul allait plus loin en fixant comme limites 260 jours. En 1878, Villard déclare que l'accouchement n'est relardé que par une cause dystocique tenant à la mère ou à l’enfant.La même année, Müller de Nancy, élève de Stolz, rejette les grossesses prolongées. Depuis, plusieurs observations de soi-disant prolongation de grossesse ont été publiées dans les journaux.

Aujourd’hui, cette question, si importante à tous les points de vue, aété résolue de façon différente dans tous les pays.

En Prusse, la légitimité est discutée au delà de 302 jours, en Angleterre, au delà de 311,en Autriche, comme en France, au delà de 300 jours. Les Américains sont plus larges puisqu'ils ne fixent aucune limite pour la durée de la grossesse. Et toutes ces : divergences d’opinions qui existent encore à l’heure actuelle et qui font que la limite de durée de la gestation est plus ou moins reculée suivant les pays,

Page 1