HISTORIQUE
L'histoire de l’influence réciproque du paludisme, sur la grossesse ne date pas d’aujourd’hui. Déjà Hippocrate, le père de la médecine, la signalaït-dans son traité & Des airs, ‘des eaux et des lieux » : « Les femmes atteintes de cachexie palustre conçoivent difficilement, leur accouchement est laborieux, le flux qui suit les couches, ne se fait pas chez elles, d’une façon avantageuse ». Il constate aussi la fréquence de l’avortement ‘et attribue cet accident à une action analogue à celle des autres maladies aiguës qui la produisent.
Pendant fort longtemps pourtant, la question au sujet de l’action des fièvres intermittentes sur la grossesse, a été fort discutée, et la croyance générale était « que l'état de grossesse créait pour la femme, vivant dans un pays où régnait le paludisme une immunité complète ».
Griesinger et autres confirmaient cette immunité. Quadrat, Mendel, Crédé, la considéraient comme très fréquente.
Depuis, la coexistence de ces deux états a été reconnue et tous les auteurs sont unanimes à l’admettre.
Mauriceau, en 1690 publia l'observation suivante :
| Lois 14 — «J'ai accouché une femme d’un petit enfant masle de huit mois, dont la naissance avoit esté accélérée d’un mois entier par plusieurs accès de fièvre que la mère avoit eus, quelques temps auparavant, pour la guérison de laquelle fièvre elle avoit été obligée de prendre du quinquina. Ce petit enfant ne vécut que peu de jours non pas à cause qu'il estoit venu au terme de huit mois, auquel on croit abusivement que les enfants ne peuvent pas vivre, mais parce que, aprèsavoir été déjà beaucoup débilité par la maladie que la mère avoit eue, 'ete., etc... »
On voit done par la publication de cette observation que, non seulement la femme en état de grossesse est susceptible de contracter le paludisme, mais de plus que l'accouchement prématuré s’est produit, suivi de mort de l'enfant.
Dans les pages qui suivront, nous verrons (chose qui était à peu près ignorée de ce temps, puisque Mauriceau dans son ouvrage de 1728 n’en parle même pas) que le paludisme peut être € congénital et héréditaire » ce qui explique la fréquence de mortalité chez les nouveaunés, et encore plus chez ceux nés prématurément.
Schuring, en 1728, signala un cas d’impaludisme survenu chez une femme enceinte,
Astruc, en 1765, dans son « Traité des maladies des femmes » signale l’influence fâcheuse de la fièvre intermittente sur la grossesse, en l’interrompant et en causant l’avortement.
Ritier, en 1867, admet que la grossesse ne constitue pas une immunité, et que la fièvre paludéenne en ce cas se présente le plus ordinairement sous la forme aiguë.
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VER LOT Le ; | Puis viennent les observations de Æ ranck, Ho ffmann,
Heébrard, Guiet, Jacquemier et Verneuil, qui considè-
rent la forme aiguë du paludisme comme pouvant pro-
duire l'interruption de la grossesse.
Mais Verneuil, tout en reconnaissant que les deux états «grossesse et impaludisme » peuvent exister mentionne « que ces états, lun pathologique et l’autre physiologique peuvent. très bien évoluer côte à côte, sans que le pronostic en soit plus grave pour la mère ou pour l'enfant ».
Depuis, nombre d'observations sont venues prouver l'influence néfaste du paludisme sur la grossesse.
Duboué (de Pau), en rassemblant plusieurs observations, conclue de plus à l'influence réciproque du paludisme sur la grossesse.
Bouchat, en 1787, dans son « Traité des maladies du nouveau-né » cite le fait d’une femme, qui était paludique et devint grosse quelques temps après, accoucha à terme d’un enfant paludique, débile avec un ventre gros et distendu. Cet enfant mourut à l’âge de 22 mois, et l’autopsie révéla une rate énorme pesant 9 livres.
Pitre-Aubinais, en 1856, rapporte des cas de paludisme congénital très intéressants, avec cachexie précoce et accès semblables à ceux de la mère.
Playfair, en 1857, cite le cas d’une femme atteinte de fièvre intermittente quotidienne et qui mit au monde un enfant qui avait une rate volumineuse.
Nous arrivons ainsi en 1885, où Bonjils dans sa remarquable thèse, réunit 140 observations {parmi les-
quelles nous en emprunterons quelques-unes, pour
Le 16e
compléter l'étude qui nous occupe ici). Dans 33 observations le fœtus était mort. RU
Il semble le plus souvent que linterruption de la grossesse soit due à la mort du fœtus (La Pratique de l’art des accouchements. P. Bar).
Pasquali, sur 34 observations de grossesse avec paludisme note six fois seulement l’accouchement à terme. 5 Le Professeur Burdel, en 1876, appelle Pattention sur une forme cardiaque d'intoxication paludéenne, pendant la grossesse, avec forte tachycardie ayant amené la mort.
Casset, en 1891 cite plusieurs observations de récidive de fièvre intermittente par traumatisme puerpuéral.
Chambrelent (189h) au cours d’une leçon à hôpital St-André, sur le « paludisme et la grossesse » en fit. bien ressortir Îles accidents, et exposa le fait d’une grossesse réveillant un cas de paludisme qui semblait guéri depuis quatre ans.
Dock: (1898), publia une intéressante observation dans le Philadelphia Medical Journal sur l'avortement par la Malaria .
En 7901, J. Crespin, à l'hôpital de Mustapha, signale deux cas de « paludisme sur la grossesse ». Dans le premier cas, l’enfant est mort peu après avoir été mis au monde, et dans le second, l'enfant était mort-né et macéré.
Steuber rapporte qu’en Afrique Orientale 50 p. 100 des enfants meurent avant l’âge de quatre ans, de cachexie paludéenne.
Cordamatis-Louros (1903) font une une intéressante communication au sujet de l'influence néfaste que cause le paludisme sur la grossesse. |
En 7905, le D' Blin, de Mayotte, signale que les femmes créoles sont toutes impaludées, et que les avortements sont très fréquents chez elles.
En 2909 Laffont, dans son intéressante thèse, donne un clair aperçu sur le « paludisme congénital et héréditaire ». d
En la même année, Legagneur dans sa thèse, cite des observations qui sont dignes d'intérêt, au sujet des « rétractions de lAnneau de Band] dans certains cas de paludisme ».
Enfin, nous ne saurions, avant de terminer cet Historique, oublier de mentionner les noms de Laveran, Ross, Manson, Kielsch et Kiener, qui sont désormais
immortels dans l’histoire du paludisme.
FRÉQUENCE DU PALUDISME PENDANT LA GROSSESSE / | » f
La grossesse crée-t-elle une prédisposition au paludisme, ou une immunité? Cette question a été, sujette autrefois à bien des discussions, et les nombreuses observations provenant des divers milieux, n’avaient amené qu’à des conclusions différentes.
Les auteurs allemands ayant constaté très peu de cas de paludisme chez les femmes enceintes, avaient voulu prouver que l’état puerpuéral constituait une immunité à l’égard de l'infection paludéenne. Quadrat, Mendel, Crédé et autres étaient de cet avis. |
Ritter, au contraire, admet que la grossesse ne met pas à l'abri de la Malaria.
Les médecins italiens, d'accord avec Ritter, rapportent des faits concluant à la non-immunité.
Pitre-Aubinais (1) et Burdel (2) non seulement nient limmunité, mais affirment de plus l'existence d’une prédisposition, en raison de l’état d’affaiblissement et de dépression que la grossesse exerce sur l’organisme
(1) Journal de Méd. de Nantes, 1850.
(2) Recherches sur la fièvre paludéenne, 1864.
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et ils ajoutent que cette prédisposition doit augmenter avec l’âge de la grossesse, et ils étaient amenés à conclure que la femme demeurée indemne échappait à l’intoxication pendant les premiers mois, et que l’impaludisme ne se manifestait que dans les derniers mois.
Les observations que nous publions ci-après et parmi lesquelles nous constatons des symptômes de paludisme, aussi bien au début qu’à la fin de la gestation, font qué nous ne pouvons confirmer tout à fait celte opinion. I
Depuis, nombreux sont les ouvrages parus, et les observations publiées, qui tendent à prouver que létat d’immunité du paludisme n’existe pas à l’égard de la grossesse. | ,
Quant à la prédisposilion, quelques rares faits probants font que nous pensons à sa réalité possible. Mais le fait, admis aujourd’hui par tous les auteurs, c’est qu’une femme, à n'importe quel moment de sa gestation, est susceptible, tout comme le commun des mortels, de contracter le paludisme, et cela aussi bien au début qu’à la fin de sa grossesse.