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INFLUENCE DU PALUDISME SUR LA GROSSESSE

Quelle est l'influence du paludisme sur la grossesse?

Les opinions à ce sujet ont été autrefois bien partagées, et il y a encore quelques années, tous les auteurs n'étaient pas du même avis.

Hippocrate pourtant signalait comme influence unique « l’avortement fréquent ». Benjamin Verneuil, dans sa thèse, admet que la fièvre intermittente et l’état de gestation peuvent évaluer côte à côte, sans danger pour l’enfant.

Justus Schraume partage cette opinion et affirmait même que l’impaludisme n’avait aucune action sur la grossesse.

Bonfils (1) croit que l’intoxication aiguë n’a, la plupart du temps aucune influence sur la marche de la grossesse et attribue la cause de l'avortement ou de l’accouchement prématuré, à l’intoxication par le paludisme chronique. Guiraud et David considèrent que les accès intermittents produisent très fréquemment l’avortement ou l’accouchement prématuré.

(1) Thèse de Paris, 1885.

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Depuis, de nombreux travaux, et des observations, sont venus confirmer l’ancienne théorie d’ Hippocrate, à savoir : l'influence néfaste du paludisme sur la grossesse. De plus, les anciens auteurs attribuaient la cause de avortement, à une action analogue à celle des autres maladies aiguës et infectieuses qui le provoquaient. A cet argument, les auteurs nouveaux en ont ajouté un autre : « C’est que chez les femmes en état de gestation, et ayant contracté le paludisme, l'accouchement prématuré, est encore plus fréquent que l'avortement ».

J. Crespin (1) au cours d’une leçon faite à Phôpital de Mustapha, mentionne que le paludisme est'une complication très sérieuse de Pétat puerpuéral en général, de la grossesse en particulier.

A ne considérer que laccès de fièvre, on conçoit que le frisson, par les secousses violentes qu’il imprime à tout l'organisme puisse provoquer des contractions utérines, prélude de lPavortement ou de Paccouchement prématuré.

Dans le stade de chaleur, les dangers ne sont pas moindres. Une température de 4o° étant une cause de grande souffrance pour le fœtus, souffrance qui, comme nous le verrons au cours de cette étude, amène la plupart du temps la mort du fœtus.

Mais la malaria agit encore d’une façon plus générale sur l'organisme. C’est, nous lesavons, une des maladies, les plus déglobulisantes que l’on connaisse, et au cours d'accès violents, il est fréquent, pour ne pas dire habituel, de voir se produire une débilitation, une

(1) Bull. Méd., 16 février 1901.

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anémie profonde, aboutissant à cet état d’amaigrissement, de déchéance, que l’on nomme la « cachexie palustre ». Il est donc facile de comprendre, que ce sont là des circonstances susceptibles par elles-mêmes d’aggraver le pronostic de la grossesse. |

Le paludisme agit donc, non seulement sur la mère, mais aussi sur le fœtus. ,

La transmission se fait à travers le placenta, et Laveran dans son « Traité du paludisme » nous en donne l'explication. |

« On comprend, dit cet auteur, que les hématozoaires du paludisme, qui à leur première phase de développement sont à l’état de corpuscules amiboïdes, très petits,

libres, ou intimement accolés aux hématies, puissent -eux aussi franchir le placenta. La transmission du paludisme de la mère au fœtus se concilie donc très bien avec les notions que nous possédons aujourd’hui sur la nature parasitaire de la maladie ». |

Bonfils, dans sa thèse, cite le cas de Pascali ; ce dernier aurait observé sur 3/4 cas de paludisme chez les femmes enceintes, 25 accouchements prématurés, 3 avortements, et Seulement 6 accouchements à terme.

Par cette statistique, il est aisé de se rendre compte quels dangers la malaria fait courir.

Le Docteur Blin (1) mentionne qu’à Mayotte, les femmes créoles sont toutes impaludiées, et que les avortements sont très fréquents chez elles, et que lorsqu’elles parviennent à mener leur grossesse à terme, elles don-

(1) Annales d'Hygiène et Méd. col, 1945.

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nent le Jour à des enfants chétifs, et sans aucune résistance. |

Le Docteur Le Juge, qui a exercé durant de nombreuses années à l’Ile Maurice, affirme que l'avortement est la règle presque toujours, et que bien souvent, malgré une médication énergique, la mère était rarementsauvée, lorsqu'il s'agissait d'accès violents.

Nous trouvons dans cette dernière opinion, un peu d’exagératon ; il est certain que les dangers courus sont grands, mais Je paludisme, surtout si une médication énergique intervient à temps nw’entraîne pas ainsi fatalement à la mort, même s'agirait-t:1l d’accès pernicieux.

Mais cela n'empêche que la proportion de mortalité est grande, et mon père, qui a exercé bien des années à l'Ile Maurice, nous fait savoir que l’avortement ou l'accouchement prématuré survenait dans 50 p. 100 des cas, à la suite d'accès répétés, le plus souvent, et

que la vie de la mère était toujours en danger et que

seule une médication énergique au début pouvaitsauver la malade.

Le Professeur Bar, dans son « Traité de l'Art des accouchements », porte à notre connaissance le fait suivant, à savoir que la cachexie palustre peut prendre pour ainsi dire, une marche aiguë, et causer la mort quelques jours après l’accouchement, et même parfois avant le terme de la grossesse.

Capuron, Jacquemier, Cazeaux et tous les auteurs modernes, parmi lesquels Tarnier et Pinard, soutien-

nent la même opinion.

An) Rue

Un premier fait donc, est bien nettement établi, à savoir, {a fréquence de l'avortement ou de l’accouchement prématuré chez les femmes atteintes de palu-

disme.

Il nous reste maintenant à connaître la cause pour laquelle ces accidents se produisent.

À quoi faut-il attribuer cette interruption de la grossesse par le paludisme? à

D’après certains auteurs, la congestion utérine, jouerait le plus grand rôle! Burdel croit à l’'ébranlement nérveux. Goth et autres à l'élévation de la température maternelle .

Les médecins italiens admettent trois causes :

L’Anémie plus ou moins marquée de la malade.

L'hyperthermie et le Frisson.

Cardamatis (1) est de la même opinion et il ajoute que l’utérus, par le fait de la cachexie palustre, devient atonique, faible, et que l’accouchement traîne en longueur, d’où danger pour la mère et l’enfant.

Dupuy (2) n’accuse que l’anémie seule, et il en donne une théorie très élégante :. L'organisme de la mère, ditil, étant plus affaibli, les besoins du fœtus augmentant à mesure qu'il se développe, les échanges deviennent insuffisants, et la nature semble vouloir se debarrasser du produit de la conception, pour empêcher la mère de succomber à l'état continuel d’épuisement.

De.toutes ces théories que nous venons de mentionner, et d’après les observations que nous publions, il en

(4) Bull. Méd. 12 déc. 1903.

(2) Thèse, Montpellier 1879.

ED découle, que nous ne pouvons admettre que la congestion utérine, joue un rôle dans linterruption de la grossesse, vu que jamais ces accidents ne furent accompagnés ou précédés d’hémorragie. |

Nous ne saurions invoquer davantage le frisson, ayant pour cause le décollement du placenta ; tout au plus, pourrait-1l provoquer quelques contractions utérines, et encore n’en sommes-nous pas très certains.

Quant à l’hyperthermie, elle est une cause, mais une cause indirecte de l'interruption de la grossesse, en ce sens qu’elle amène fréquemment la mort du fœtus.

Les faits cliniques viennent de démontrer dans ces ‘dernières années que linfection paludéenne, pouvait atteindre le fœtus in utéro (P. Bar).

Les observations de Jacquemier, Playfair, Economos, et tout dernièrement Dumollard, Viallet, Laffont, Tissier et Brumpt, ont prouvé, d’une façon indiscutable, que le paludisme était, non seulement congénital, mais, de plus héréditaire.

Il nous est donc facile maintenant de comprendre le mécanisme de l'interruption de la grossesse. Le paludisme, qui n’est au fond qu’un empoisonnement du sang a, comme la plupart des agents infectieux, un poison qui a une action directe sur la contractilité utérine, mais ce n’est pas seulement par ce mode, que linterruption de. la grossesse est produite, le plus souvent encore, c’est en provoquant la mort du fœtus.

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