‹ De la grossesse utérine prolongée indéfinimentChapitre 1 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ayant eu la bonne fortune de passer une année d’internat à la Maternité de Nancy, sous la direction du doyen des accoucheurs et des gynécologistes, M. le professeur Stoltz, nous n’avons pu nous trouver longtemps en contact avec cet illustre homme de science sans entrer en communion d’idées avec lui et devenir son disciple. Son amour de la vérité, sa haine de l’erreur; sa confiance dans l’évolution normale des phénomènes naturels, sa défiance à l’égard de l’anormal, et à plus forte raison du surnaturel ; son admiration devant la puissance conservatrice des forces de la nature, sa crainte de déranger l’ordre qui règne partout dans l’univers, ont trouvé en nous un terrain trop bien préparé par l’ineffaçable enseignement sur l’anatomie comparée et philosophique du savant Baudelot, pour que nous n’ayons saisi l’occasion de nous faire le champion d’une de ses idées et de détruire une erreur qui nous est restée des

siècles passés, et qu’il est temps de voir disparaître de la science du dix-neuvième siècle.

Si nous nous sommes permis d’être quelquefois un peu affirmatif, un peu tranchant même, c’est au sujet d’opinions que nous avons entendu émettre avec cette assurance par notre éminent maître, M. le professeur Stoltz, le vénérable doyen de la Faculté de médecine de Nancy, dont l’autorité, reposant sur plus d’un demi-siècle d’observation, nous a enhardi quelquefois par son enseignement dans des questions que notre jeune expérience ne nous aurait pas permis de trancher aussi catégoriquement.

M. le professeur Stoltz a bien voulu nous communiquer l’observation inédite d’une grossesse extra-utérine confondue avec une grossesse utérine jusqu’après l’autopsie, et recueillie par lui-même de 1830 à 1832. C’est cette observation qui nous a donné l’idée de rechercher les erreurs semblables qui se trouvent dans la science et d’examiner s’il est possible que la grossesse utérine ait une durée aussi longue que la grossesse extra-utérine.

Dans ce but, nous avons commencé par étudier la durée normale de la gestation utérine et la prolongation que quelques auteurs croient devoir lui accorder. Après avoir traité ensuite la rétention jusqu’à terme de l’œuf avorté dans le cours de la grossesse, nous examinerons la véritable rétention indéfinie de l’œuf dans la matrice, d’abord chez les autres mammifères, puis chez l’homme. A cet effet nous passerons en revue quelques observations anciennes, puis toutes les observations modernes que la science fournit actuellement, aussi bien les cas signalés en Allemagne, en Angleterre, en Italie, que ceux recueillis en France.

Sous le nom de grossesse utérine prolongée ( yraviditas diuturna , de Carus), nous entendons la rétention de l’œuf vivant ou mort dans la matrice au-delà du terme normal de la grossesse, d’une façon absolue, indéfinie, sans accouchement ni naissance, rétention jusqu’à la mort de

la mère, ou rétention plus ou moins longue et élimination du fœtus par portions, par les voies génitales.

Elle ne comprend donc ni l'accouchement retardé ni la naissance tardive, qui arrivent à la suite d’une grossesse prolongée d’une façon relative ( graviditas protracta ). C’est pour ne pas la confondre avec celle-ci, que nous l’appelons grossesse prolongée indéfiniment.

Il faudrait proscrire le terme de grossesse retardée ou tardive, employé par Gardien et par Capuron, et qui signifie que la grossesse a éprouvé un retard, aussi bien pour commencer que pour finir.

Les auteurs qui opposent la naissance tardive à la naissance précoce veulent dire que l’œuf met plus de temps que d’ordinaire à devenir mûr. Nous, au contraire, nous entendons parler de la rétention dans la matrice de l’œuf déjà mûr, par oppositon à la naissance prématurée, où le fœtus n’est pas encore mûr.

Nous cherchons à traiter la question de savoir si un œuf qui offre tous les caractères de la maturité peut continuer à séjourner dans la matrice, vivant ou mort, pendant un ou plusieurs mois, ou même des années entières.

C’est ce que les Anglais désignent, d’après Oldham, sous le nom de missed labour.

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