‹ De la grossesse utérine prolongée indéfinimentChapitre 25 sur 26 · Réflexions sur la deuxième partie · texte numérisé non relu

Réflexions sur la deuxième partie

Nous avons ensuite rapporté les observations, et d’abord quelquesunes de celles des siècles passés où l’on croyait que le fœtus mort pouvait rester longtemps, des années même, dans l’intérieur de l'utérus, qu’il pouvait y être consumé et réduit à l’état de squelette. Nous croyons avoir prouvé que tous ces cas sont des cas de grossesse extra-utérine. Nous n’avons pas fait mention de tous ceux des siècles passés, où la grossesse extra-utérine est trop évidente, et où l’erreur ne se comprend

1 Béclard avait constaté ce fait sur une chatte, et crut y trouver une preuve de l’intussusception de l’eau de l’amnios. Dugès l’a également observé sur une souris.

que si l’on tient compte des idées incomplètes qui régnaient à cette époque sur l’endroit où se fait la fécondation et où l’œuf fécondé peut s’implanter et se développer.

Ayant trouvé en Carus un des défenseurs les plus illustres et les plus récents de la grossesse utérine prolongée, celui que presque tous les auteurs allemands ont invoqué et par lequel ils se sont évidemment laissé induire en erreur parce que c’était un homme d’une grande valeur, nous avons rapporté ses idées et cherché à démontrer qu’elles sont insoutenables aujourd’hui. A ce sujet nous avons passé en revue la question en médecine vétérinaire et essayé de prouver que si l’on a cru devoir admettre des rétentions dans les cornes utérines de certains mammifères, ce fait ne peut se transporter dans l’espèce humaine, où les cornes ressemblent à la trompe de Fallope, et donnent alors de véritables grossesses extra-utérines. La structure de la matrice humaine diiïère du reste trop de celle des autres mammifères pour que les faits soient comparables, et la plupart du temps les faits de rétention rapportés se réduisent à des espèces de momification d’un fœtus jumeau retenu seulement jusqu’à terme.

Nous avons vu ensuite que dans les cas d’avortement interne la rétention jusqu’à terme du fœtus est un fait très-fréquent, mais qu’il n’y a pas d’exemple authentique d’œuf avorté retenu longtemps au-delà du terme ordinaire de la gestation.

Dans les observations de ce siècle qui ont été acceptées par des esprits judicieux, mais souvent sans examen suffisant, nous pensons qu’on s’est trompé, et qu’on n’avait affaire qu’à des grossesses extra-utérines; nous ne faisons exception que pour celles où quelques parcelles d’os ont été incrustées dans les parois utérines, mais il y a loin de là à la rétention d’un fœtus entier, surtout s’il a dù subir les modifications qui n’ont été vues que dans les kystes extra-utérins, telles que sa transformation en corps gras et en lithopædion.

Nous avons parcouru tous les recueils anciens et modernes, toutes les revues et tous les journaux français, allemands, anglais, italiens, et

i ous croyons pouvoir affirmer que nous avons réuni ici tous les cas un peu sérieux qui ont été donnés comme grossesses utérines prolongées (non compris les accouchements retardés qui n’entrent pas dans notre sujet). Mais aucune des observations rapportées jusqu’à présent ne peut soutenir une critique fondée sur les connaissances anatomiques et physiologiques actuelles; aucune ne prouve d’une manière positive la rétention pendant plus de dix mois du fœtus vivant ou mort. Sur une cinquantaine d’observations il n’y en a que deux ou trois qui pourraient provoquer un doute; mais elles sont si incomplètes et présentent encore des points si obscurs, qu’on ne peut pas y ajouter foi jusqu’à présent.

La plupart du temps la menstruation revenait après dix mois comme après les grossesses ordinaires; or il est impossible qu’il y ait des règles véritables venant d’un utérus qui renferme un produit de conception uni intimement à sa face interne, et faisant pour ainsi dire corps avec lui jusqu’au moment où l’accouchement produit le décollement de l’œuf et sa séparation définitive. Comment veut-on que dans ces conditions la caduque se desquame et entraîne une hémorrhagie tant que cette muqueuse est intimement soudée aux membranes de l’œuf?

Et ceux qui croient, sur le vivant, que la grossesse est utérine, comment savent-ils que c’est l’utérus s’ils ne sont pas arrivés à sentir nettement les os à travers l’orifice du col, et s’ils n’ont pas cherché à s’assurer que la matrice n’était pas vide en l’explorant avec la sonde utérine? Mais là encore combien de causes d’erreurs! Combien n’y en a-t-il pas qui ont pris pour le col ce qui n’était qu’un orifice fistuleux dans le cul-de-sac troué, faisant communiquer le kyste extra-utérin avec le vagin, en touchant, aussi bien qu’en sondant. Donc, chaque fois qu’il n’y a pas d’autopsie, on ne peut rien affirmer; et à l’autopsie même, après un certain nombre d’années de durée de la grossesse extra-utérine, la matrice vide est souvent tellement difficile à reconnaître, englobée qu’elle est dans des masses de tissus de formation nouvelle entourant le kyste, qu’on a fréquemment dû croire à une matrice là où il n’y avait qu’un kyste, erreur commise même par des anatomistes des plus compétents.

Toutes ces élucubrations de Carus, ees vues de l’esprit, ne suffisent donc plus; il faut des faits, et les faits donnés jusqu’à présent ne permettent pas de croire à la rétention. Elle est donc et reste inadmissible, tant qu’on n’en aura pas produit des preuves nouvelles. Il aurait fallu qu’à l’autopsie on se fût bien enquis de l’absence de l’utérus dans le petit bassin, et qu’on eût constaté la présence de nombreuses fibres musculaires lisses dans les différentes portions de la poche fœtale, bien isolées des parties voisines, pour qu’on ne prenne pas pour des fibres du kyste les fibres lisses de la matrice collée contre lui, ou celles des trompes ou du pavillon, ou de n’importe quel organe abdominal qui l’environne et qui en renferme.

Notons encore qu’on ne cite pas un cas de rétention pour rétrécissement pelvien, qui devrait cependant en être la cause principale; dans ce cas, en effet, le fœtus est bientôt putréfié quand les membranes se rompent, et la femme meurt de septico-pyoémie si le fœtus n’est pas extrait.

Le missed labour, le travail manqué, est pour nous simplement le travail qui se déclare à terme dans les grossesses extra-utérines (remarqué déjà par les anciens dans une observation de Cyprianus citée par Baudeloçque), mais travail qui n’aboutit pas, ce qui donne lieu alors à une grossesse prolongée indéfiniment, mais extra-utérine et non utérine comme on le croyait.

Nous ne voulons pas nous arrêter à réunir ici tous les symptômes qu’on a signalés dans les prétendus cas de rétentions fœtales; nous serions obligé de relater tout ce qu’on a observé dans les grossesses extra-utérines abdominales, et pas autre chose. Il en est de même pour la marche, le pronostic et le traitement, dont la discussion ne pouvait entrer dans notre plan.

Page 1