CHAPITRE PREMIER
mSTOEIQUE.
Il n*est pas possible d'ajouter foi aux observations du siècle dernier, surtout à celles oii il est dit que des femmes ont conçu de nouveau et ont accouché^ alors que le premier fœtus était encore retenu dans la matrice. Qui donc peut croire que la semence de l'homme puisse passer par la matrice fermée, et déjà occupée par un fœtus, autour duquel elle s'est contractée, et parvenir jusqu'à l'ovaire ?
De pareilles observations sont rapportées par Bartholin , Wenckh , etc. Bartholin ^ raconte qu'une femme- qui avait porté pendant 6 ans un fœtus mort dans l'utérus, fut de nouveau enceinte pendant ce temps.
« Uiêi^. onoi. rat. Cent. IV, hist. XIV, t. II , p. 238.
Wenckh^ prétend avoir trouvé chez une femme , dans une nouvelle grossesse, des os d'un fœtus plus vieux.
Cela ne peut se concevoir que si Ton avait affaire à un utérus biloculaire, ou si Ton a confondu une grossesse utérine avec une grossesse tubaire, ou bien si Tutérus renfermait deux jumeaux, dont l'un, mort, a été macéré et dissous dans le liquide amniotique.
Les anciens, Hippocrate, Gelse, Paul d'Egine, ont parlé de fœtus morts dans la matrice , et putréQés. Âlbucasis a le premier décrit un cas dans lequel un fœtus est sorti par un abcès de l'ombilic (évidemment une grossesse extra-utérine). Il faut aller jusqu'à Rousset (Hysterotomotokie) pour trouver de nouveaux cas. Daniel Sennert réunit les matériaux existants, et composa son chapitre intitulé : De parla nullo et fœtu in tUero mortuo (Œuv. c, t. III, p. 732,) : grossesses extra-utérines, quoique l'auteur dise : Si ergo partus nullus fiât, et fœtus.... mortuus sitj danda opéra ut, antequam putrescere incipiatj ex utero vel ea>pellatur vel extrahatur. Sennert n'a fait aucune distinction — il écrivait il y a deux siècles — ; mais Sam. Merriman est tombé dans la même erreur dans son mémoire : Dissertation of rétroversion ofthe womb. Lond. 1810.
Différentes observations de ce genre sont rapportées par divers auteurs, qui 'prétendent avoir vu le fœtus renfermé dans la matrice pendant 2 ans (Nigrisoli*), 29 mois (De la Vergne*), 5 ans (Math. Cornax^), 6 ans (Bùchner*), 9 ans (Schulz*), 12 ans (Camera-
*Âiisc. Nai. Cur. Dec. III, Ann. IV, obs. 87.
*Nigrisoli, De rotnana muliere per biennium utero gerente. Guastall. 1665.
•De la Vergne in Journ. de méd, , t. XFV, p. 440. 1761.
^Math. Cornax, Hist. quinquennis fere gestationis in utero. Venet., 1550, ia Halleri Bibl. wied., t. II, p. 95. — Exsectio fœtus vivi ex matre viva aine alteruirius viiœ periculOy etc. a Fr. Rosseto gaU. conscripta, Casp. Bauhino, Latio reddita et var. hist. aucta. Adjecta est Jo. Albosii Fœtu8 per ann. XXVIII in utero contetiti et lapide facti hist., etc., p. 228. Francf. 1601.
«Bùchneri, Miscell. 1728, p. 822. — D. Georg. Hanaei Mater infantis mortui vîtmm sepulchrum, in Eph. Nat. Cur. Ann. Y, p. 352, obs. 174.
*Schulz in Abhandlungen der schwed. Akademie, Bd. XXIX.
rius^), 13 ans (Hertogius^), 14 ans (Mûhlbeck^), 28 ans (Bartholin^), &6 ans^.
C'est la lecture de ces cas qui' a dû faire dire à Rœderer^, Fauteur le plus ancien qui parle des rétentions : « In ipso etiam utero fœtus quandoque in lithùpaedion durescit. 7> YoigteF dit à ce sujet : « Plusieurs auteurs paraissent avoir observé qu*un fœtus mort était resté longtemps dans lutérus. Si cela ne repose pas sur quelque erreur (et nous ne pouvons pas en admettre pour toutes les observations de ce genre , quand plusieurs des observateurs sont à ranger parmi les hommes dignes de foi) , il faut pourtant savoir que toujours un obstacle mécanique se trou* vait situé à Torifice utérin , joint à un affaiblissement des forces des muscles de Tutérus. »« Il résulte de là que Yoigtel lui-même, quoiqu'il ne fût pas persuadé que ces cas s'étaient comportés comme ils ont été rapportés, admettait pourtant que cela ait pu avoir lieu.
Les accoucheurs et les médecins-légistes du siècle dernier et du commencement de ce siècle jusqu'à Carus, ne parlent pas des rétentions du foetus dans l'utérus. Est-il permis d'attribuer ce silence à l'ignorance des faits rapportés avant eux? Ne faut-il pas plutôt penser que ces hommes étaient persuadés que le phénomène en question ne pouvait absolument pas avoir lieu ou qu'il n'en existait du moins pas d'exemple indubitable.
D'après Osiander ®, la grossesse prolongée est très-variable quant à sa durée, suivant que l'œuf est dans la matrice ou en dehors de cet
< Gamerarii MemoratnL Cent. XX, Nro. 55.
*J>e mulierey quœ annis XIII y in utero gestavit sceletum fœtus tnoWm, etc., scripta ad M. Gornacem ab. .£gid. Hertogio. Medico in Exsectio fœt, vivi ex matre viva, etc., I. e, , p. 240, hist. III. — HaUeri, Bibl. medic, , vol. U, p. 85.
^Ahhandbmgen der Joseph, mcd. chirurg. Akadanie zu Wien, B. I. p. 225. 4787.
^Collectanea de diutuma graviditate, Amst. 1662. — Bartholini, Hist. anat. rar. Cent. II , hist. G.
^Ephcm. Nat, Cur,^ Cent. X, obs. 48.
•Elem, art. obstet. 1759, p. 356.
''Handbuch der pathol. Anat. , Bd. 3, p. 518. HaUe 1805.
•Handbuch der Entbindungskunst ^ 1. Th., p. 340. 1819.
organe. Dans le premier cas^ elle peut se prolonger pendant trois mois solaires y dans le dernier indéfiniment. Il ne parle pas d'une manière spéciale du séjour indéfini du fœtus dans la matrice , de sa décomposi* tion, de sa résorption (absorption) ou putréfaction.
Kilian, ajoutant foi aux idées que Garus avait fait revivre et que les Allemands avaient adoptées après lui , croyait à la possibilité du séjour du fœtus dans la. matrice pendant des années. Il cite les cas de Praël (28 ans), de Cheston (52 ans). Il en parle dans une note qui fait partie de l'article : Von den verschiedenen Schwangerschaften (T. I , p. 160, note a).