INSTITUTION IMPÉRIALE DES SOURDS-MUETS
Bordeaux, le 4 juin <853.
« Mon cher docteur,
j> Vous démontrez parfaitement le charlatanisme de nos prétendus guérisseurs de sourds-muets, et je partage entièrement votre opinion sur l’insuccès des efforts tentés jusqu'à ce jour pour guérir la surdité. Vous avez peut-être été un peu trop absolu, en déclarant qu’on ne peut obtenir aucune amélioration chez l’individu atteint d’une .surdité incomplète, et que l'éducation auriculaire des sourds-muets doit être considérée comme impraticable ; je crois que chez certains sourds-muets , en très petit nombre, on pourrait obtenir quelques résultats. Mais ces cas exceptionnels n’ont aucune portée par rapport à la masse des sourds-muets. Substituer l’articulation de la parole, comme moyen général d’enseignement, à la méthode actuelle qui consiste dans l’emploi simultané de l’écriture et de la mimique, ce serait faire rétrograder l’art d’un siècle et revenir à l’époqué où l’on n’obtenait que des résultats individuels.
» Vous avez dit, avec raison, dans votre lettre, que « les élèves français, » instruits d’une manière générale par la méthode mimique, possèdent» » après üh certain nombre d’années d’études, une instruction bien plus » étendue que ceux à qui l’on s’est efforcé d’apprendre à parler. » Mais vous allez un peu trop loin lorsque plus bas vous ajoutez que « les màitfés » allemands ont été amenés par l’évidence à reconnaître que la méthode » suivie en France convenait mieux à la pluralité des sourds-muets, leur D donnait incontestablement une plus grande valeur intellectuelle. » t M. Haug, professeur à l’Institution de Gmünd, dans le Wurternbéfg, à reconnu dans son mémoire que l’instruction est plus développée dans lés écoles françaises que dans les écoles allemandes ; les autres instituteurs n’ont pas reconnu ce fait, mais, qu’ils le reconnaissent ou le nient, il n’én est pas moins positif, et les membres de l’Académie de médecine qui le révoqueraient en doute n’auraient pas été en position de comparer lés résultats obtenus en France et ceux obtenus de l’autre côté du Rhin, tous les instituteurs qui ont visité les écoles françaises et les écoles allemandes sont unanimes sur ce point, M. Haug cite, lui-même, l’opinion de MM. ’Weld, Day, Vaisse. M. Peet, qui dernièrement a visité la plupart des écoles de l’Europe, a constaté le même fait.
» Vous m’engagez, monsieur, à intervenir dans le débat qui s’agite aü sein de l’Académie de médecine ; je le trouvais inutile, puisque j’ai déjà exprinié mon opinion dans les Annales, où j’ai comparé les deux
méthodes opposées. Cependant je verrai: mais avant de prendre un parti, j’ai besoin d’avoir sous les yeux toutes les pièces de la discussion.
» Becevez, etc.
» Édouard Morel,
» Directeur de l’Institution de Bordeaux. »
La lettre suivante adressée à l’Académie par un professeur parfaitement compétent en ces matières, constitue un document de haute valeur. Cependant nous faisons nos réserves à l’égard de certaines idées théoriques sur l’importance desquelles on est loin d’être d’accord dans notre maison.
A M. le Président de l'Académie impériale de médecine.
« Monsieur le président,
» Puisque, sous le couvert d’une question médicale, on a porté devant l’Académie divers problèmes de psychologie appliquée à l’éducation des sourds-muets, souffrez que, par votre entremise, je lui fasse hommage de deux mémoires sur le rôle que l’articulation et la lecture sur les lèvres doivent jouer dans l’instruction de ces enfants. Le corps savant qui s’honore de vous avoir à sa tête trouvera dans les brochures que je soumets à son appréciation la preuve évidente que, dès avant 1838, les professeurs de l’école de Paris s’étaient justement préoccupés de tirer parti de toutes les facultés, de toutes les aptitudes dont les muets restent pourvus.
» Ni la facilité de faire revivre la parole chez les sujets qui ont été atteints de surdité à un certain âge et consécutivement de mutisme. ni le parti qu’on peut tirer de la sensibilité auditive que nombre d’entre eux ont conservée, ni l'utilité physiologique des exercices d’articulation appliqués aux sujets qui ne peuvent être compris dans l’une ou l’autre de ces catégories, rien de tout cela n’avait échappé aux investigations de l’école de Paris.
ï A travers les tâtonnements et les incertitudes inséparables de toute science à son berceau, l'art d’instruire les sourds de naissance a fait en France, depuis un quart de siècle, de véritables progrès ; et quoi qu'on en dise, à l’exception de celle de Bruges, les écoles de Belgique n’obtiennent pas, à beaucoup près, des résultats égaux à ceux qu’on obtient dans les écoles françaises, bien que la durée du cours d’instruction y soit plus restreinte. Je m’en suis récemment assuré par moi-même (1 ].
(1 ) Ceci est une réfutation anticipée des opinions émises plus loin par M. Jules Guérin sur les succès obtenus en Belgique, notamment par M. l’abbé Carton. P. M.
DISCUSSION DU RAPPORT
» Le découragement profond dont le savant et regrettable Itard fut saisi à la fin de sa laborieuse carrière, pas plus que l’avortement des promesses exagérées faites à l’Académie des sciences, et le grand nombre d’élèves restés sourds qui figurent néanmoins sur des listes de guérison (1), ne me font croire à l’impossibilité d’améliorer, par des moyens médicaux, le sort de bon nombre d’enfants atteints de surdité congéniale ou acquise. Des faits récents me donnent même la confiance que la médecine auriculaire touche à de véritables succès ; l’Académie ne tardera pas à se convaincre que l’impuissance des otologistes, en général, se mesure aux efforts mêmes qu’ils font pour se poser en instituteurs.
» Plusieurs des questions actuellement agitées devant l’Académie ont reçu une solution théorique et pratique ; quelques autres sont susceptibles d’une solution prochaine ; mais il en est qui attendent des études plus approfondies ; telle est celle qui consiste à savoir s’il serait possible, pour l’instruction des sourds de naissance, de tirer parti des impressions produites par les ondes sonores sur certaines parties du corps, autres que l’appareil auditif. Dans l’état actuel de la science, qui oserait dire exactement le degré de force, de variété, de netteté que doit avoir une sensation-signe, afin de prêter un point d’appui convenable aux opérations de la pensée? Qui oserait dire si tel signe qui suffit à rappeler une idée simple dérivant directement de l’action des sens, offre aux opérations de l’entendement l’appui nécessaire , quand celles-ci ont pour objet des notions abstraites et générales, en d’autres termes, quelle part d’attention le signe peut absorber sans dommage pour les combinaisons de la pensée elle-même ?
» Ce premier problème résolu, il serait possible de déterminer jusqu’à quel point les forces de l’attention, la volonté, l’intelligence du langage peuvent suppléer la sensibilité auditive.
» Il est aussi, dans l’ordre purement physiologique, une foule de points qui restent à éclaircir, et quoique l’observation m’ait donné la solution de plusieurs, je me borne à les poser ici sous forme de questions.
» Outre l’intensité qui vient de la force des vibrations, le ton qui dépend du nombre de ces vibrations dans un temps donné, le timbre qui dépend de la nature des molécules vibrantes, et la vitesse qui est attachée au mode de propagation, n’y a-t-il pas dans les sons d’autres circonstances qui peuvent en faciliter la perception ? Les éléments constitutifs du chant ne sont-ils pas plus perceptibles que les éléments constitutifs de la parole?
» Les différents sons de la voix humaine qui peuvent être considérés chacun comme le produit d’un instrument particulier, ne sont-ils pas plus difficilement distingués entre eux que les différents tons d’un même son ?
(t) Allusion aux faits publiés par MM. Deleau, Beaudelocque et autres.
» Les articulations qui modifient la voix avec tant de délicatesse et qui transforment l'exclamation et le chant en expression régulière de la pensée circonscrite, délimitée, ne sont-elles pas encore plus difficiles à distinguer entre elles?
» Les cornets acoustiques n’ajoutent à l’intensité de la parole qu’aux dépens de sa netteté, à peu près comme les chanteurs qui donnent du volume et de l’éclat à leur voix, en négligeant l’articulation ; n’y aurait-il pas moyen de modifier la construction de ces instruments, de manière que les deux éléments si essentiels de la parole se trouvassent également favorisés ?
» Serais-je le seul à qui l’observation aurait révélé que, s’il est des muets par suite de l’affaiblissement de la sensibilité auditive, ii en est par un excès de cette même sensibilité ; que l’oreille a ses cas de presbylisme et de myopie; que la capacité d’audition peut être cultivée et étendue?
» Aurais-je été le premier à concevoir la possibilité de créer des appareils acoustiques qui feraient converger ou diverger les rayons sonores, de manière à permettre à l’oreille de les percevoir de plus près ou de plus loin? Quelque immenses que soient les différences qui caractérisent la constitution intime de l’œil et celle de l’oreille, le mode fonctionnel dè la vue a la plus grande analogie avec le mode fonctionnel de l’ouïe.
» Encore un mot, si vous le permettez, monsieur le président, et je tefmine cette lettre déjà trop longue. Comme évidemment l’audition n’est point un fait simple, mais le résultat combiné de la sensibilité auditive et de l’activité mentale, la guérison de la surdité nécessitera toujours la coopération de la médecine et de la pédagogie.
n La question médicale a son petit côté et son grand côté. Il eh est dè même de la question pédagogique.
» A mon sens, le petit côté de la question, chez le dèmi-sourd, c’est d’exciter eu lui la sensibilité auditive, de faire mouvoir librement des organes longtemps engourdis, d’enseigner le mécanisme de la lecture, d’âllécher l’oreille par des sensations agréables. Tous ceux qui se sont occupés des enfants atteints de surdité incomplète y sont plus ou moins bien parvenus.
» Le grand côté, c’est de fortifier l’attention et la volonté, de faire divorcer le sujet d'avec les habitudes mimiques antérieurement contractées, de développer complètement les facultés intellectuelles et morales, je ne dis pas d’enseigner, mais de faire acquérir toutes les idées que possèdent les enfants ordinaires ; enfin, chose aussi importante que délicate, et à laquelle n’ont songé ni les médecins spécialistes qui se sont posgs en instituteurs, ni les instituteurs qui ont charitablement entrepris cette tâche difficile, c’est de faire que le sujet associe directement là parole à la
DISCUSSION DD RAPPORT. 59
pensée, et qu'il pense dans l'ordre même où ses interlocuteurs émettent la parole.
» Médecins et instituteurs, vous n’avez qu’un moyen de prouver l’efficacité de vos procédés : montrez des sujets dont la surdi-mutité ait été préalablement bien constatée, et que vous ayez mis en état de penser et de s’exprimer à l’aide de la parole, comme aussi de s’approprier les idées d’autrui à l’aide des sons vocaux perçus, non par la vue ou par le tact, mais exclusivement par l'oreille (1).
» Daignez agréer, monsieur le président, les sentiments de haute et respectueuse considération avec lesquels j’ai l’honneur de vous saluer.
» Valabe-Gxbel,
» Dir. honor. de l’Instit. inàp. des sourds-muets de Bordeaux, ancien prof, de l’École de Paris. »
M. J. Gdérin : L’Académie n’a pas besoin que je lui rappellê l’importance de la question qui s’agite devant elle. Elle sait qu’à cette question se rattachent les problèmes les plus élevés de là physiologie, de la psychologie et de la pathologie. Cependant le rapport ne paraît pas l’avoir compris de cette manière. Les critiques approfondies dont il a été l’objet de la part de plusieurs dé nos collègues, et même de la part d’un membre de la commission, prouvent assez qu’il laisse beaucoup à désirer. Pour mon compte, après l’avoir lu attentivement, je suis obligé de déclarer qu’il m’â paru non soulement justifier les reproches dont il a été l’objet, mais en mériter peut-être de plus graves encore. L’Académie voudra bien le remarquer, il ne s’agit pas d’un simple rapport scientifique, dont on puisse laisser à l’avenir de confirmer ou d’infirmer les doctrines ; mais il s’agit d’un rapport officiel, demandé par l’autorité, et destiné à servir de motif et de garantie à d’importantes
(1 ) L’auteur de cette lettre reproche à. certains médecins de se faire instituteurs de sourds-muets , et il a raison ; mais s’ensuit-il qu’il ait le droit de se poser en médecin, et son talent reconnu d’instituteur lui donnet-il la faculté d’approfondir, au bénéfice de ses idées, les questions médicales qui se trouvent dans ce débat? Nous ne le pensons pas. M. Valade- Gabel l’a si bien senti qu’il s’est associé un docteur en médecine pour compléter son oeuvre. Reste à connaître le résultat de cette association. Espérons que les élèves traités et instruits par deux hommes de talent, seront on jour soumis à une appréciation rigoureuse, et que de ces efforts combinés résultera quelque progrès digne de prendre place à la suite des travaux de l’abbé de l’Épée et d’Itard, les deux vrais modèles à imiter. P. M.
réformes dans l’enseignement des sourds-muets. C’est l’Académie elle-même qui est appelée à prononcer ; c’est son opinion, c’est son autorité qu’on invoque. Il est donc Indispensable que le rapport réponde, sous tous les points de vue, à ce qu’on est en droitd’attendre d’elle. Mais une autre considération doit encore la rendre plus circonspecte et plus difficile. Le rapport demandé par le ministre est peut-être destiné à révolutionner les institutions publiques consacrées à l’éducation des sourds-muets. 11 rencontrera des opposants, des adversaires, même parmi ceux qui ont intérêt à conserver ce qui existe. Ces adversaires ne l’épargneront pas. Il est donc très important que le travail qui sera fait au nom de l’Académie soit digne d’elle et capable de supporter l’examen des plus difficiles. Eh bien, malgré toute ma déférence pour M. le rapporteur, je suis obligé de confesser que le rapport est loin de satisfaire à ces conditions. Il me paraît avoir amoindri et rétréci la question à résoudre; il me paraît souvent faible d’informations et de preuves; mais il me paraît surtout manquer d’autorité ; en un mot, c’est un rapport insuffisant. Pour que cette critique ne soit pas exposée au reproche qu’elle adresse, l’Académie voudra bien me permettre de la justifier.
L’objet du rapport est de faire connaître à M. le ministre l’opinion de l’Académie sur certaines innovations proposées par M. le docteur Blanchet dans le traitement des sourds-muets, dans leur classement à leur admission dans les écoles de l’État, et enfin dans leur éducation et leur enseignement. Cette mission est grave, puisqu’elle a pour but de motiver d’importantes réformes dans ce qui existe : elle est grande, puisqu’elle embrasse toutes les questions qui se rattachent au traitement et à l’éducation des sourds-muets. Mais au lieu de s’inspirer de ce double point de vue, le rapport semble, au contraire, avoir voulu s’y soustraire. D’une part, il a laissé ignorer àl’Académie le véritable motif et le but de son intervention; de l’autre, il a rétréci, comme à plaisir, le champ du débat ; il a passé à pieds joints sur toutes les difficultés : on dirait même parfois qu’il n’y a pas pris garde. M. le rapporteur ne manquera pas de répondre, comme il l’a déjà fait, que le cadre du rapport était tout tracé par l’autorité ; qu’il ne s’agissait que de répondre à des questions posées par le ministre. Mais cette fin de non-recevoir ne saurait être admise. En s’adressant à l’Académie, le ministre ne lui a pas demandé des réponses d’oracle : il a invoqué ses lumières, sa compétence. Il lui a demandé des conclusions, mais il ne lui a pas interdit de les motiver Or, bien que les questions ministérielles portent spécialement sur telle ou telle application de certaines
DISCUSSION DU RAPPORT
méthodes employées dans l’éducation et le traitement des sourdsmuets, il était impossible de détacher l’application des principes, de juger le fait sans peser la valeur de la méthode. On était donc obligé d’envisager la question dans toute sa généralité ; car, on ne doit pas le perdre de vue un instant, c’est d’après l’opinion que l’Académie exprimera sur les questions particulières posées par le ministre, que des réformes importantes et générales pourront être apportées aux institutions, aux principes. L’étendue de l’examen devait donc être en rapport avec celle des applications. Je n’exagère rien : l’Académie en a eu la preuve par la lettre même de M. Manière, qui, comme je l’ai dit précédemment, a restitué le programme du débat à ses véritables proportions. Si je ne me suis pas trompé, l’Académie me permettra donc d’entrer dans les développements nécessaires pour la mettre à même de porter, en connaissance de cause, un jugement sur la question qui lui est soumise.
De quoi s’agit-il? 11 s’agit, en général, de se prononcer entre les différents systèmes qui ont été proposés pour l’éducation physique et morale des sourds-muets, et en particulier de décider si le système suivi à l’Institut des Sourds-Muets de Paris ne doit pas être remplacé par un autre système, ou au moins profondément modifié par les acquisitions de l’expérience des autres pays. Comme on le voit, je prends la question dans toute sa généralité. Je n’admets pas, comme mon honorable et savant collègue 31. Ferrus, qu’il y ait deux parts à faire, l’une pour la médecine, l’autre pour la pédagogie. Tout ce qui se rapporte à l’amélioration et à l’éducation des sourds-muets est du domaine de la médecine : d’une part, chercher à réveiller et à développer les moindres vestiges de la parole et de l’ouïe ; de l’autre chercher tous les moyens de suppléer par les autres fonctions à ces deux fonctions absentes, tel est le double problème qu’on doit se poser. Or n’est-ce pas à la physiologie, à la psychologie et à la philosophie, c’est-à-dire à la médecine, envisagée dans son caractère le plus élevé, qu’il faut demander les éléments de cette solution ? C’est ce que j’espère pouvoir démontrer.
Le premier devoir du rapporteur était de présenter un historique court, mais substantiel, du sujet. Déjà plusieurs réclamations, et celle de l’honorable 31. Guéneau de 3Iussy, membre de la ci)mmission, ont insisté sur cette lacune. La réponse qu’a faite 31. le rapporteur prouve qu’il n’a pas apprécié l’importance et le véritable caractère de cette première critique. Il ne s’agit pas, en effet, de citer des noms, de rappeler des travaux, mais il faut, dans une question de cette nature, préciser par les idées et les résultats la
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part de chacun dans la chaîne du progrès. Fixer le point de départ et le point d’arrivée de la question, c’était le seul moyen de mettre l’Académie à même d’apprécier le caractère de nouveauté et d’utilité des idées et des pratiques soumises à son approbation. Un historique de ce genre fait complètement défaut dans le rapport.
Que la sévérité de ces remarques adressées au rapport ne préjudicie rien de ce que j’ai à dire des travaux de M. Blanchet. Je le déclare d’avance au contraire, je suis très sympathique aux eiforts de notre confrère, et en temps voulu je leur rendrai la justice qu’ils méritent.
Tous les efforts tentés jusqu’ici dans les différents pays pour asseoir les bases de l’éducation physique et morale des sourdsmuets peuvent se rapporter à deux écoles principales : à l’école dite française et à l’école dite allemande (1) ; la première faisait surtout usage, dans l’éducation des sourds-muets, de la méthode mimique et de ses diverses applications; la seconde ayant principalement recours à la lecture sur les lèvres, au développement et à l’enseignement de la parole : l’une presque exclusivement en honneur dans l’Institut des Sourds-Muets de Paris; l’autre très répandue à l’étranger, en Belgique, en Hollande et dans tout le nord de l’Allemagne.
Les deux écoles rivales se disputent la prééminence; elles se targuent toutes deux d’une incontestable supériorité, et s’adressent réciproquement les reproches les plus graves. Rappeler à l’Académie que les conclusions sur lesquelles on lui demande de voter sont destinées à révolutionner l’école française, à introduire chez elle l’école allemande, n’est-ce pas lui rappeler d’un seul mot l’importance et l’étendue du débat, et lui montrer en même temps tout l’intérêt qui s’y rattache?
Quelque opinion qu’on se fasse des deux écoles, on ne peut s’empêcher de reconnaître que, tout en poursuivant le même but, elles
(1) Disons tout d'abord que cette ciassiBcation est entièrement arbitraire; qu’en France, comme en Allemagne, comme partout, il y a des écoles où l’on emploie l’un et l’autre procédé d’instruction ; que l’articulation de la parole a été la première méthode appliquée en France ; que c’est toujours par elle qu’on a débuté dans l’éducation isolée de certains sourds-muets ; que la seconde manière, la mimique, née du besoin de généraliser les leçons, a succédé à la première en raison du perfectionnement des éludes et de la plus grande expérience des maîtres. Il est juste de dire que la mimique est le plus haut degré de la science d’instruire les sourds-muets, le vrai moyen de développer l’intelligence, de donner des idées. P. M.
DISCUSSION DD RAPPORT
se distinguent par les deux points de vue où elles se placent pour y atteindre. L’école française, préoccupée surtout de l’éducation de l’individu , s’attache à lui donner, sous les formes les plus faciles et par les voies les plus rapides, les connaissances qui, d’un sourdmuet, c’est-à-dire d’un être disgracié, feront un homme à peu près égal aux autres hommes, sous le rapport du développement et de la culture de rintelligence. L’école allemande, au contraire, plus préoccupée des avantages que l’homme retire de son commerce avec la société, cherche à faire rentrer par tous les moyens possibles le pauvre sourd-muet dans la grande famille, dont son infirmité l’avait séquestré. Voilà une première et grande différence entre les méthodes française et allemande, c’est-à-dire voilà les préoccupations qui les dirigent à leur point de départ. Si l’on poursuit ces deux différences générales dans les particularités qui s’y rattachent, on aperçoit les avantages et les inconvénients qui les caractérisent.
L’Institut des Sourds-Muets de Paris passe à bon droit pour faire, comme l’écrit très sérieusement M. Menière, d’excellents sourds-muets : mais en réalité il passe pour ne faire que cela. Ceux qui y arrivent avec une demi-surdité ou une mutité incomplète en sortent complètement sourds et complètement muets. La pratique exclusive de la mimique anéantit les derniers rudiments de la voix et de l’ouïe. L’absence de l’exercice de la parole et de l’ouïe a pour effet nécessaire l’atrophie et la disparition des derniers vestiges de ces deux fonctions. C’est donc avec une certaine raison que l’on a dit de l’Institut des Sourds-Muets de Paris qu’il est une très bonne fabrique de sourds-muets.
Un second reproche adressé à l’école de Paris, c’est de prédisposer ses élèves à la phthisie pulmonaire. La suppression de la parole est regardée comme une cause déterminante de la phthisie pulmonaire. On a vu bon nombre de personnes devenir phthisiques par le seul fait de la suppression de l’exercice de la parole ; les effets de l’emprisonnement cellulaire en font foi (1).
Voilà donc deux reproches sérieux qu’on adresse à l’école française, c’est-à-dire à l’emploi exclusif du langage des signes.
(1) Il n’est pas un des mots de ce paragraphe qui ne puisse être réfuté par des faits authentiques. Il suffit de voir les registres de nos infirmeries , et de les comparer à ceux des établissements dans lesquels on fait parler les élèves, pour avoir une opinion diamétralement opposée à celle de M. Guérin. Portai et Landré Beauvais, tous deux hémoptoïques , et tant d’autres, affectés de maladies analogues , n’ont dû leur guérison qu’à un
DE LA GUÉRISON DE LA SDRDl-MDTITÉ.
Mais l’école française ne reconnaît pas ces inconvénients, et du reste elle les rachèterait par des avantages qui lui sont propres.
En vertu de la mimique, comme moyen d’initiation et de transmission , la méthode française prétend donner simultanément à ses élèves la notion des faits et des idées. La dactylologie y ajoute les avantages d’une langue faite. C’est à la faveur de ce double moyen que l’école française se flatte de rendre l’éducation plus facile, plus rapide et plus complète. Et effet, ainsi que l’a rappelé M. Menière, au congrès de Pforzheim, il a été assez généralement admis que les produits des écoles françaises étaient supérieurs, quant à la culture intellectuelle et morale de l’individu, aux produits de l’école allemande. Mais, nous le répétons, cet avantage, dont il serait possible de trouver les causes ailleurs que dans la supériorité de la méthode mimique sur l’articulation, est acheté au détriment de l’isolement auquel elle condamne à jamais le sourd-muet en le livi’ant à la société dépourvu de tout moyen de communication avec elle.
On allègue, il est vrai, que grâce à l’initiative et aux efforts d’Itard, il existe à l’Institut de Paris un cours d’articulation ; mais ce cours est un véritable leurre. Si je suis bien informé, les élèves y sont exercés au plus une heure par jour. En dehors du cours, ils ne s’occupent plus de la méthode. Leur instruction générale se fait par la mimique ; ils communiquent entre eux par les signes. Le cours d’articulation n’est donc véritablement pour eux qu’une affaire de luxe, qu’un accessoire, au lieu d’être le principal. Ce n’est qu’une notion qu’on leur donne, et non une méthode d’éducation qu’on emploie.
L’école allemande, dont il ne faut pas aller chercher très loin les applications, puisqu’il s’en trouve à Paris même, se sert surtout de la lecture sur les lèvres et de l'articulation, c’est-à-dire de renseignement de la parole. La lecture sur les lèvres, improprement appelée ainsi, consiste à apprendre à l’élève à reconnaître les formes que la bouche affecte dans la prononciation de chaque mot. Il relit ainsi sur les lèvres, plutôt qu’il ne lit, les mots dont il a appris d’abord la concordance avec la langue écrite. La lecture sur les lèvres ne serait ainsi qu’une succédanée naturelle de la mimique et de la dactylologie artificielles de l’école française. Les ressources en sont vraiment admirables. Il ne s’agit pas, comme on l’a dit, et comme l’a répété M. Menière, d’un tour de force que peuvent exécuter
mutisme absolu continué avec opiniâtreté pendant des années entières. Que de gens bien portants sont devenus malades par ce seul fait d’une position nouvelle qui les forçait à parler beaucoup ? P. M.
DISCUSSION Dü KAPPORT.
exceptionnellement certains individus, mais d’une merveilleuse méthode vulgarisée et passée à l’état de pratique usuelle dans les écoles allemandes. C’est en effet à la faveur de cette méthode qu’une escouade d’enfants comprennent et transcrivent simultanément sur un tableau la parole du professeur. Il m’a été donné de voir, dans l’institution deM. Dubois, rue de Courcelles, à Paris, de tout jeunes enfants saisir et reproduire, avec une merveilleuse rapidité, la dictée que leur faisait leur maître ou maîtresse. L’habileté dans l’art de lire sur les lèvres peut être portée à ce point, que M. Dubois fils, qui fait le plus grand honneur à M. Deleau, son premier instituteur, m’a dit avoir pu deviner, d’après les seuls mouvements des joues, des mots dont un interlocuteur cherchait à lui dissimuler la forme, en plaçant les doigts sur la bouche ; et il m’a ajouté que souvent il était parvenu à se faire comprendre de ses élèves en leur donnant, de la croisée de son appartement, des ordres, pendant qu’ils étaient dans son jardin. Pour mon compte, je ne saurais trop exprimer mon admiration pour ce mode d’enseignement, la lecture sur les lèvres, qui révèle au physiologiste un ordre entier de mouvements inexplorés jusqu’ici, et qui dénote, de la part des sourds-muets, une finesse d’observation égale à la richesse des faits qu’ils apprennent (1).-
La valeur de cette ressource, comme moyen de mettre le sourdmuet en rapport avec ses semblables, est immense. Ai-je besoin de le faire remarquer? Il lui suffit, pour communiquer immédiatement avec tout le monde, de s’être initié à la forme orale du langage commun. Quel avantage sur le sourd-muet instruit par la mimique et la dactylologie, qui ne peut comprendre que ceux qui ont appris son langage et qui s’en servent avec lui !
L'articulation ou renseignement de laparole est le second élément de la méthode allemande. L’enseignement de la parole a fait supposer d’abord, comme condition première, la nécessité d’un certain degré de la faculté d’entendre de la part du sourd-muet; mais l’expérience n’a pas tardé à montrer que cette condition n’est pas indispensable. Il faut donc distinguer sous ce rapport, parmi les sourds-muets, les sourds complets parlant et les muets demi-sourds. Il est possible, en effet, d’apprendre aux sourds complets à parler,
(1) Ce sont là de ces étonnements qui sont communs à tous les observateurs novices, et qui prouvent simplement qu’on n'a pas réfléchi sur ces matières. Un peu d'expérience amortit ce premier enthousiasme, on voit mieux quand on a appris à regarder , on admire moins quand on connaît mieux les procédés mis en usage, et surtout les sourds-muets sujets de l’observation. P. M.
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sans qu’ils puissent s’entendre ni entendre parler ; comme, à plus forte raison, il est possible de développer les rudiments de la parole et de l’ouïe chez ceux qui ne sont pas absolument sourds. La possibilité de ces faits n’est plus en question. Les adversaires de cette méthode allèguent, il est vrai, que, dans l’un et l’autre cas, on n’obtient la plupart du temps que des résultats incomplets, qu’une articulation rauque, sourde, incompréhensible, repoussante; mais à côté de ces résultats, il en est d’excellents, d’admirables même, et il m’a été donné d’en constater plusieurs qui font le plus grand honneur à la méthode. La négation systématique de ces résultats vient surtout de la part des personnes qui ne voient fonctionner que l’école française. Leur critique toute théorique n’est fondée que sur ce qu’ils ne voient pas et ne peuvent pas voir. Ils ne devinent pas jusqu’à quel point la nature humaine, l’instinct, a des ressources ignorées. Quant à moi, qui ai vu fonctionner une quarantaine de jeunes garçons et de jeunes filles, instruits d’après la méthode allemande, dans l’établissement de M. Dubois, je ne puis m’empêcher de regarder comme une ressource précieuse dans l’éducation des sourds-muets la lecture sur les lèvres et l’articulation.
Mais, a-t-on dit, ces résultats ne peuvent être obtenus que chez des sujets très intelligents; ils sont donc très exceptionnels, et, de plus, ils ne seraient pas durables.
Il est de fait que le degré d’intelligence joue un grand rôle dans le succès de la méthode allemande ; mais elle a cela de commun avec les autres méthodes. Toutefois, il convient de faire ici une distinction. Ou ne saurait trop reconnaître, avec MM. Ferrus et Bonnafont, l’importance du rôle que joue l’intelligence dans l’éducation des sourds-muets. Toutes choses égales d’ailleurs, c’est sans contredit le plus intelligent parmi les sourds-muets qui arrive à parler le mieux. Mais il serait inexact de dire que l’état de l’appareil vocal ou auditif est subordonné à celui de l’intelligence. Il est de fait, et M. Ferrus le sait mieux que personne, qu’il est certains idiots qui ont l’appareil vocal très bien développé, sinon tout à fait normal ; ils peuvent apprendre à parler, et ils prononcent très distinctement des mots et des phrases; ce qui leur manque, ce n’est pas l’organe ni la fonction, mais uniquement le moyen de s’en servir ; chez certains sourds-muets, au contraire, le régulateur de la fonction existe, mais l’appareil fonctionnel manque ou n’existe que très imparfaitement. On peut donc, chez le plus grand nombre des sourdsmuets, même chez ceux doués d’une intelligence très médiocre, tirer de l’articulation un parti meilleur peut-être que des méthodes
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mimiques. J’ai vu des jeunes filles, d’une intelligence très peu développée, articuler d’une manière satisfaisante : elles s’en servaient surtout utilement pour la lecture.
A l’appui de leurs objections : que les résultats de l’enseignement de la parole sont très exceptionnels, peu durables et inférieurs à ceux de la méthode française, les adversaires de la méthode allemande, tels que M. Menière, allèguent l’opinion des Allemands eux-mêmes. Au congrès de Pforaheim, en 1847, tous se seraient accordés à reconnaître la prééminence des produits de l’école française sur ceux de l’école allemande. Ceci est une véritable méprise. On a confondu, dans la comparaison qui a été faite des deux méthodes, la valeur de leurs produits eu égard à l’éducation intellectuelle et morale des élèves, avec la valeur des moyens de commitnication qu’elles leur donnent. Or, à ce dernier égard, voici deutc citations empruntées à un remarquable discours prononcé à çe même congrès de Pforzheim, par le professeur Haug (1), qui mettra l’Académie à même d’être mieux édifiée : « Mais jusqu’à quel point » nos sourds-muets réussissent-ils dans l’articulation et la lecture ? sur les lèvres? Il serait injuste, et doublement injuste, de la part » d’un Allemand, de vouloir méconnaître les heureux résultats qui, «sous ce rapport, sont atteints dans presque toutes les écoles alle- » mandes, d’où sortent chaque année un nombre considérable dç » sourds-muets qui ont acquis une telle habileté dans la prononcia- » tion et la lecture sur les lèvres, qu’ils peuvent, après une courte » fréquentation, s'entretenir couramment avec tout étranger, à l'aide de » la parole, et même perfectionner et compléter la connaissance de la » langue quant aux idées et à l’expression. Ces résultats sont solides. » Mais, ajoute l’auteur, avec une impartialité qui ne fait que rehausser la confiance que mérite son jugement, « est-ce avec la majorité de nof » élèvesque nous pouvons obtenir de si ec/atoz/s succès? J’en doute.» — Ce n’est pas là un sur mille, et encore moins un sur dix mille» comme paraît le croire M. Menière (2), et avec lui quelques autres partisans exclusifs de la méthode française. Du reste, M. Morel, qui passe à bon droit pour un des partisans les plus éclairés de cettg méthode, sans admettre la proportion de M. Haug ni celle de
(1) Annales de l’éducation des sourds-muets, 1848, n° 3, p. 174.
(2) Nulle part, je n'ai indiqué celle proportion, qui serait certainement
fort exagérée. Comme le professeur Haug, je crois que le succès, en pareil cas, n'apparlient pas à la majorité. Le mot considérable, employé par ce maître éminent, n'a pas de valeur rigoureuse. C'est à lui à établir la proportion réelle. P- M.
M. Menière, reconnaît explicitement : « 1° que la parole doit être » enseignée aux sourds-muets qui montrent des dispositions pour » cet enseignement ; 2° que les écoles françaises devraient faire un » emploi moins constant des signes mimiques, et donner une atten- » tion plus sérieuse à l’enseignement de la parole (1).
Voilà donc les raisons et les faits qui militent en faveur de la lecture sur les lèvres et de l’enseignement de la parole aux sourdsmuets. Avant de se prononcer, comme il l’a fait, sur telle ou telle observation, sur telle ou telle expérience afférant au système allemand, le rapport aurait donc dû s’enquérir d’abord de la valeur de ce système, assurer l’autorité de ses conclusions particulières par l’autorité de la méthode générale ; il devait faire plus : il ne devait pas se borner à constater quelques résultats momentanés, mais s’enquérir de la durée, de la permanence de ces résultats. M. Bonnafont, dans la dernière séance, vous a fait connaître l’état d’un sujet qu’on citait comme une des merveilles de la méthode, et qui, après quelques années, avait été réduit à ne plus prononcer que quelques mots incompréhensibles. Ce fait est-il une exception? Je suis très porté à le croire ; mais encore fallait-il, dans l’intérêt même de la méthode, le rechercher. Or, cela n’était pas impossible ni même difficile. M. Dubois, dont le zèle incomparable reçoit des encouragements du gouvernement, nous a affirmé qu’il avait rendu, depuis une dizaine d’années, une cinquantaine (2) de sujets à la société, qui tous conservent les avantages de leur éducation. Que sont devenus ces sujets? Si la commission ne pouvait s’en enquérir par elle-même, elle pouvait solliciter une enquête du gouvernement : la chose eût été d’autant plus favorable à la méthode et aux efforts de M. Dubois lui-même, que, si nous sommes bien informés, les commissaires qu’on a chargés spécialement de ce soin sont deux anciens professeurs de l’Institut de Paris. Malgré la confiance que peut inspirer leur caractère, on peut, sans leur faire injure, croire qu’ils ne pécheront pas par un excès de zèle en faveur des méthodes opposées à celles qu’ils ont pratiquées toute leur vie, et avec lesquelles ils se sont faits ce qu’ils sont (3).
Il existait d’ailleurs dans la science d’autres documents précieux,
(1) lbid, p. 712.
(2) Il y a ici une erreur de fait tellement considérable qu’on est tenté d’y voir un simple lapsus linguæ. C’est cinq qu’il aurait fallu dire, et encore prudemment ne devrait-on pas admettre sans contrôle ce chiffre flatteur.
(3) Nous publierons plus loin une pièce authentique émanant de la corn-
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dans lesquels, à l’autorité des faits se trouve réunie l’autorité des idées. Au nombre et en fête de ces documents, je citerai l’ouvrage si remarquable de M. l’abbé Carton, que j’ai offert à l’Académie de la part de cet auteur. M. Carton, directeur de l’Institut des sourdsmuets de Bruges, est un des hommes de l'époque qui ont le plus approfondi la question des sourds-muets. Son ouvrage, qui a remporté le prix en 1845, au concours ouvert par l’Académie des sciences de Belgique, renferme une appréciation aussi impartiale qu’élevée des différents systèmes. M. le rapporteur y eût trouvé non seulement'des documents importants à l’appui de la méthode allemande, qui est principalement appliquée à l’Institut de Bruges, mais il y aurait vu comment M. Carton a su mettre à profit les enseignements de la méthode française ; car, en fin de compte, [il ne s’agissait pas de rendre un jugement au profit de telle ou telle méthode, mais de mettre l’autorité à même d’apprécier et d’employer, dans une mesure convenable, les progrès faits à l’étranger, reproduits et perfectionnés par un de nos compatriotes. Or, sur tous ces points, je suis obligé de le répéter, le rapport est insuffisant : il manque de preuve et d’autorité.
Mais j’arrive à un troisième point de la question : à l’éducation de l’ouïe combinée avec l’éducation de la parole, à l’éducation physiologique des sourds-muets demi-sourds. C’est ici que commence le vrai terrain des recherches de M. Blanchet, terrain déjà parcouru par Itard et quelques autres de ses devanciers.
— M. LE Président : Il est cinq heures. M. Jules Guérin ne pouvant pas terminer aujourd’hui, et plusieurs orateurs étant encore inscrits, la discussion sera continuée dans la prochaine séance.