ISA
< Monsieur,
«Je suis heureux de vous voir aujourd'hui, mais malheureusement je m'aperçois que je ne parle pas assez bien, vous me comprenez de même , cependant je parle et ne cesse jamais parler, je parlerai bien plus lard, et j'espère que vous me comprendrez bien, je préféré parler que de faire des signes, la paro'e est le plus beau résultat, tout le monde comprend ceux qui parlent, Et voici une histoire que je vais vous raconter, et li-ez la avec plaisir, Un jour un sourd et muet connaissant seulement la parole mimique. so perd dans une roule, il prend du papier dans sa poche, y écrit un mot d'un lieu où il voudra aller il rencontre un vojageur, lui montre ce papier, mais ce voyageur ne sait lire, etc., etc. »
Il y en n encore deux pages sur le mémo ton.
Je n'ni pas eu occasion de faire la même épreuve sur dps élèves de I Institution impériale. M. Dubois est à la disposition de l’Ar.a» demie et do l'administration, si l’on désire soumet Itv è un examen comparatif quelques uns de ses nieves et un miinlire égal de sourdsmuets enseignés par le langage des signes. Il assure que ses élèves ne réussissent pas moins à la Inclure qu’a l’écriture, que les plus grands lisent habituellement les journaux, et que tous ont plus de goût pour les livres qu’on n’en attribue généralement aux élèves des classes de mimique (1).
Je m’arrête; les documents de toute sorte que je viens de fuira passer sous vos yeux me paraissent de nature ù ne pas luisser place nu doute. Non, vous ne risquez pas, en adoptant les conclusions de la commission , de provoquer, de la part de l'ndminislralion, une mesura nuisible a l'instruction des deux catégories d’élèves désignées. Non, vous n'avez point à craindre quo voire vole, s’il est conforme à ces conclusions, ait pour effet l'infériorité de ces élèves, qui seraient enseignés spécialement par le langage oral ; car, sans rappeler les faits plus anciens, qui n 'avaient pas un caractère de généralité suffisant pour frapper les esprits, vingt-cinq aiiuéei d'expérience vous fournissent la preuve que renseignement p<r ia parole ne donne pas, au point de vue intellectuel, des résultats inférieurs à ceux de l’éducation par ia mimique.
(I) Ainsi M. Bouvier, qui a examiné les uns. n'a pas examiné les autre», et il compare , et il juge I II a pris la peine de critiquer nos élèves , d sa corneille de dire que ceux de l'instiiuikm Dubiis sont aux ordres de I A oudémie, qui peut les voir si bon lui semble. Est-ce là de la justice . et . de bonne foi, peut-on se prononcer sur une affaire instruite avec celle partialité. P. M.
132 DE LA GUÉRISON DE LA SURDt-HUTITÉ.
Délivrés de cette appréhension, vous n’hésiterez pas à arracher à un mutisme forcé, factice, ces demi-entendants, ces sourds demiparlants, encore confondus dans les classes avec les sourds-muets complets, et perdant par l’usage continuel des signes leurs facultés rudimentaires de l'ouïe et de la parole, ou ne les conservant que très imparfaitement au moyen d'exercices passagers d’articulation. Vous ne persisterez pas dans l’ancienne erreur d’Itard sur la prétendue nécessité de cette éducation par signes pour des enfants placés dans les conditions les plus favorables aux succès de l’enseignement oral. Cette manière de voir, dans laquelle Ilard ne persisterait pas aujourd'hui (1), ne serait plus une erreur; ce serait un véritable délit, une mutilation de parties anéanties par l’inaction. Je ne m’associerai pas à un crime, disait Ordinaire, en envoyant sa démission de directeur des Sourds-Muets, lorsqu’on lui refusa jusqu’à ce faible cours d’articulation, tant de fois réclamé par Itard. Et vous, médecins, vous verriez des organes libres d’agir, agissant même à un certain degré, prêts à se développer par le seul fait de l’exercice, et vous les condamneriez à l’immobilité, à la nullité, à une destruction physiologique! Non, vous ne le ferez pas, vous adopterez les conclusions de la commission (2}.
(t) Qu’en savez-vous? Les succès que vous prônez avec tant de vivacité sont-ils tels qu’un esprit comme le sien eût accepté avec enthousiasme les conclusions du rapport de M. Piorry ? Si un médecin comme Itard avait siégé au sein de l’Académie , s’il avait pu faire’enlendre la voix sévère de la raison et de l’expérience , faire la juste part du bien et du mal dans ce conflit, nous n'hésitons pas à le dire, l’Académie eût perdu moins de temps à discuter une question de cette nature. P. M.
(2) Ce plaidoyer , qu’on nous passe ce terme , démontre d’abord , nous l’avons déjà dit, l’ardeur avec laquelle M. Bouvier s’est livré à I élude d’uno question non moins difficile que nouvelle pour lui. Nous rendons pleine justice au talent de l’orateur , à la vivacité de son débit , à sa pantomime expressive, à tant de qualités que lui cnvieraieol. partout ailleurs qu’à l’Académie de médecine, les maîtres de la parole. Qu’il nous soit permis d’ajouter que le discours écrit ne reproduit que très imparfaitement celui que nous avons entendu. M. Bouvier, comme Cicéron plaidant pro M i lotie , a refait son improvisation ; c’est un droit que consacre la coutume , et dont les académiciens usent dans l’intérêt de leur réputation littéraire. Mais le lecteur y perd ce premier jet qui traduit mieux la pensée. Nous aurions pu, à l’aide de souvenirs récents, retrouver beaucoup de passages qui ont ému les auditeurs et motivé des interruptions passionnées, des répliques brûlantes, mais nous avons voulu ne prendre de M Bouvier que ce qu’il a
DISCUSSION DU RAl’POBT.
— M. Michel Lévy demande la permission, avant que la séance soit levée, de lire quelques fragments d'un ouvrage de M. Ordinaire sur l’éducation des sourds-muets, fragments qui lui paraissent renfermer la solution de la question en débat.
Voici ces passages :
« Est-ce atteindre le but proposé que de prendre pour intermédiaire de cette association le langage mimique, qui est dans sa plus grande partie tout aussi arbitraire que les mots écrits, sans jouir des mêmes avantages qu’eux, et qui, après avoir absorbé toute l’attention dont l’élève peut disposer, sans garantie qu'il ait été compris, deviendra l’interprète du langage écrit? On ne peut donc, par cette voie, que compliquer la difficulté, au grand détriment de l'élève, comme les faits le démontrent.
» Les signes méthodiques, employés principalement pour expliquer les formes les plus arbitraires et les plus abstraites du langage écrit, ne se composent eux-mêmes que de ce qu’il y a de plus abstrait dans le langage mimique. L'abbé de l’Épée, après les avoir réduits à toute la simplicité qu'il croyait possible, se félicitait do penser qu'il ne faudrait plus que trois mois à une personne lettrée pour en acquérir la connaissance et en faire l'application ; et il pen • sait ainsi parce que celte personne, instruite de toutes les formes et de toutes les combinaisons du langage, était douée de toutes les conditions nécessaires pour les comprendre...
» Qu’on se passe donc d’un interprète qui ne pourrait enseigner la langue dont on a besoin que par une langue plus difficile encore, et dont on n’a que faire, et qu'on se résigne à se servir, pour cette transmission, du moyen le plus simple, offert par la nature même de la chose à l'attention de l’homme, celui qui s'adapte le mieux au but qu’on se propose, et qui non-seulement réalise dans l’enseignement tout ce qu’on s’était vainement promis des signes méthodiques, mais qui devient en même temps le moyen le plus propre pour faire recouvrer au sourd-muet l’avantage de ses communications sociales.
» Oui, la lecture sur les lèvres réalise tous ces avantages, et au
trouvé bon de donner lui-même au public , une œuvre corrigée avec réflexion , purgée des hasards de la tribune , des entraînements d'une verve étonnante.
Cette explication est rendue nécessaire par la publication de deux pièces qui trouveront place au commencement de la séance suivante, et qui, sans cet avertissement préalable, ressembleraient à un effet sans cause. P. M.
degré te plus éminent, puisque c’est la parole elle-même qu’elle fait voir a celui qui no peut l'entendre. et avec les moililiciitiniis et les nuances qui la caractérisent. Elle est a la parole plus que l’objet qu'il représente; elle en est le miroir le plus liilèlu ; elle lixe sans cesse l'attention «le l'élève sur la physionomie de oelui qtd parle, et «pii est aussi le miroir de son àtuu; elle le met dans le cas de saisir et de se pénétrer de tout ce que l'expression de l’intelligence et du sentiment jette encore «le lumière pour l’aire comprendre la valeur des mots qui l'expriment. Aucun exercice ne peut approcher de cet immense avantage. Tous ceux qui se fout par le langage mim'u|uc, se font dans une langue essentiellement transpositive, opposée à l’ordre de construction directe de la langue française, et compliquent la difficulté de son travail lorsqu'il s'agit, pour l'éleva, d’écrire ce qu’on lui a lait penser à l'aide du langage mimique.
Que deviennent- ils (les sourds-muets) lorsqu'ils quittent
nos institutions? Ils rentrent dans leurs familles, où ils retrouvent leurs parents, qui, le plus souvent, ne sachant ni lire ni écrira, sont devenus plus étrangers «pie jamais à toute communication avec eux Pins leur langage mimique se sera étendu et perli-ctiouné, pour se piéter à tout le développement de leurs idées, plus ils seront devenus inintelligibles peur tout ce ipii les entoure. A peine trouveront-ils dans le village qu'ils habitent lias personnes qui, ayant l'instruction nécessaire, aient en meme temps tisse* de loisir cl de bienveillance pour leur faire appliquer ce qu'ils ont appris; aussi l'oublient- ils rapidement Que sera- ce si, infatués de leur prétendu savoir, iis vont jusipi'ft dédaigner ceux «pii les entourent, et les pratiquas industrielles qui sont leur ressource?
» Supposons, au contraire, que ces élèves aient été exercés à lire la parole sur les lèvres; apres «pielques actes d'attention ils la re- Coiinaltreiil dans tous ceux qui pat ient, et par la seront en participation avec toutes leurs idées.
«> Supposons «pi'ils ne puissent articuler que quelques mots; pourvu que ce soient ceux qui se rapportent au principal objet de leur pensée, ils seront comme un rayon de lumière <|ui sel’tira pour éclairer et faire comprendre tout ce qu'ils développeront ensuite par l'action mimiqu». L'habitude perfectionnera et rendra tous les jours plus faciles leurs communications. Non seulement ils ne pourront jamais oublier ce qu’il* ont appris, mais le besoin de leurs relations sociales leur en fera sentir chaque jour davantage l'utilité dans tous les détails da la vie. Leur connaissance (huis la langue ira en se perfectionnant et en se proportionnant toujours à la sphère
DISCUSSION DC B APPORT
dans Inquclle ils vivent cl a celle des besoins qui y correspondent. Si tels sont les nvaiiingcs qu’on doit espérer de l'articulation et de la lecture sur les lèvres, même pour tous ceux qui en profileront le moins, je le demande, n’est-ce pas un devoir d'humanité de n’épargner aucun effort pour ohercher à les leur procurer? a
SKANCS DU 2 fl MAI 4853.
— Les deux pièces qui suivent ont été motivées par quelques paroles un peu vives, échappées à M. Bouvier. Entraîné par le désir de prouver que les sourds-muets, élevés par la mimique, ne possédaient pas une instruction supérieure à celle des parlants, cet orateur a insinué que les premiers devaient une partie de leur renommée littéraire à des adjonctions de capacités bienveillantes; MH. Pélissier, Berlhieret autres, vivement blessés parcelle imputation, ont protesté avec énergie, et de la ces lettres qu'il était impossible de lie pas placer dans le cours de ce débat.
A Messieurs les Membres de l'Académie impériale de Médecine. t Messieurs*
« La discussion encore pendante dans vos séances prend de semaine an semaine des prn|iori)iing inattendues Dans la dernière séance surtout, on a cherché S ébranler la haute sagesse de T Académie, en représentant les sourds- imi.'ls les plus illustres et les plus justement considérés, comme autant de geais de la fable qui ne portent que des plumes d'emprunt.
» Celle assertion extraordinaire a pu opérer un mirarlo , elle m'a guéri de mon mutisme, et je viens faire hommage à l' Académie des petits ouvrages que j'ai publiés. Je ne crains aucun paon capable de reconnaître comme sienne une de mes plus belles plumes. Hélas I dans sou découragement, le pauvre sourd-muet n on a pasassex. et ses plus belles plumes sont encore les plus modestes par compaiaisnn I
> Je comprends la juste stupéfaction de mes collègues , en apprenant le fond de l'étrange harangue de M. Buuvier à la dermeie séance de l'Académie impériale de médecine. (Vêlait anus le masque du la plds allablc bienveillance! qu'il était venu visiter netre établissement, s'enquérir avec une touchante attention des moyens usités dans notre enseignement, et exprimer avec une certuine chaleur sa satisfaction . son estime et même son admiration à tous mes collègues, et en particulier a mon illustre frère, U. Bertbier, notre vénérable doyen. Il • laissé après lui un parfum do
DE Là GUÉRISON DE LA SURDI- MUTITÉ.
sympalhie qui nous a fait espérer une voix éloquente pour éclairer du (lambeau de la vérité la religion surprise de l'Académie ; mais cette voix s’est (ail entendre : sa sympalhie est tombée avec le masque. Celte voix s'est acharnée à ravaler ce que l’univers aurait glorifié, à savoir ceux qui, parias delà civilisation, se sont meurtris les mains et les genoux h grimper sur le sentier glissant et épineux au haut duquel ils ont saisi, aux applaudissements des contemporains, le rameau sauveur de I arbre de la vie morale et intellectuelle ; ils ont reconquis par leur travail leur titre d'hommes, de chrétiens et de citoyens de leur patrie, et avec le fer rouge de la flétrissure, on a voulu les pulvériser jusque dans leurs oeuvres mêmes.
» Il y aura un Colomb sourd-muet , et on no lui accordera pas d'avoir découvert l'Amérique I 11 y aura un Galilée parmi nous, et pour avoir démontré irréfragablement que la terre tourne, on mettra sans pitié ce sourd-muet à la torture ! C'est assez déjà qu'on dispute à la masse de mes compagnons d'infortune leur langue, c'est-à-dire ce langage qui, chez eux, fait voir sous la gaze la plus transparente, leurs pensées et leurs sentiments t On veut proscrire en eux ce beau, ce magnifique langage qui préexistait dès la création, à la parole même ! La parole, pour traduire la pensée, a besoin de se revêtir des mots, des expressions phraséologiques. Mais le langage nvmiquc dont le fond est l'essence même de la pensée la traduit immédiatement, telle qu'elle est, et sans mots qui souvent servent à exagérer ou à diminuer ce qui est effectivement.
> Étrange vicissitude qui doit confondre le penseur ! Au milieu des merveilleuses découvertes de l'art, de la science et des lumières, au milieu de ce mouvement grandiose du siècle qu'on appelle le progrè», on veut que le corps savant le plus illustre et le plus utile du monde donne le premier l'exemple de faire rebrousser chemin au progrès? Quoi ! dans l'antiquité, dans le moyen ige , et jusqu'au xvm* siècle , des milliers d'intelligence* sympathiques, d'affections paternelles, de dévouements évangéliques ont entrepris l'instruction de quelques sourds-muets ; ils n'ont vu que la parole comme moyen d'y parvenir. Ils ont patiemment essayé, ils ont courageusement tenté et ils n'ont pas réussi (j’entends pour la masse de cette portion de l'humanité condamnée). C'est seulement à la fin du xvm* siècle qu'un modeste prêtre, ayant par hasard rencontré deux sourdes-muettes, eut la divino idée de chercher dans leur infirmité même de quoi la réparer : il trouva fermée irrévocablement en elles la porte par où arrivent dans l'entendement humain toutes les connaissances; mais la fenêtre n'était pas aussi fermée : il s'en empara pour pénétrer dans l'intérieur de ces créatures abandonnées; en d'autres termes, il s'adressa aux yeux du sourd-muet pour y jeter la sonde qui allait éveiller enfin son intelligence assoupie. Culte sonde, c'est le langage naturel des signes, et dites, en comparant lus succès de l'immortel abbé de l'Épée aux tentatives antérieures, si
DISCUSSION DU RAPPORT
ce bienfaiteur de l'humanité a fait une découverte ai funeste, si désastreuse, qu'elle est digne d'être aujourd'hui proscrite et foulée aux pieds I
9 Combien je serais heureux si l'Académie, daignant, dans sa haute sagesse, déroger à ses habitudes, prenait le parti de me faire venir momentanément dans son enceinte ! Là, devant le tableau noir qu'on irait chercher à notre écolo, et la craie à la main, je combattrais toutes les objections possibles, j’irais au-devant de tous les renseignements désirables, et je prouverais d'une manière évidente et convaincante que, dans notre enseignement, la parole, à laquelle du reste je reconnais toujours une utilité inappréciable, ne peut malheureusement occuper qu'un rang secondaire, limité et conditionnel.
» Il n’a pas été moins douloureux pour moi de voir un étranger nous décocher en fuyant une (lèche empoisonnée. M. Saegert est venu avec le docteur Blanchel assister aux exercices de ma classe. Il m a fait, sur ma méthode, les éloges les plus pompeux. Il ne s'est pas arrêté là : il est encore venu le lendemain chez moi avec le docteur Blanchet. Notre conversation a naturellement roulé sur l'enseignement des sourds-muets. Il ne nt’a pas été difficile de lui démontrer l’impuissance ou plutôt l'insuffisance de la méthode allemande, par la connaissance que j'ai faite d'une foule de sourds-muets allemands qui sont venus à Taris. M. Saegert m'a déclaré qu'il était toujours de mon opinion, et qu'il était presque le seul contre tous les instituteurs allemands pour faire adopter la méthode la meilleure. Il a fini en me disant que si tous mes collègues et mes confrères de France lui promettaient leur concours, il pourrait tôt ou lard parvenir au but de tous ses efforts. Comment devant de telles paroles, empreintes d'amitié et de conviction, pouvais-je m’attendre à le voir, en si peu de temps, changer de ton et dénier d'uno manière trop officielle ce qu'il a admiré, approuvé et applaudi la veille? Le secret de celte métamorphose ne saurait se trouver que dans le désir d'obliger le docteur Blanchet. Celui-ci lui a sanslîoute jeté son cri de détresse, et M. Saegert s'est empressé de venir à son secours dans la position hasardeuse qu’il a si légèrement prise en face de l'Académie et en face de l'œuvre sublime et impérissablo.de l'abbé de l'Épée.
» Daignez agréer, je vous prie, messieurs, l'hommage de mes sentiment* et de la plus respectueuse considération,
» Pélissier ,
» Professeur sourd-muet.
> Paris, le 2i mai 4 853. s
La protestation suivante a été adressée à M. le président de l'Académie de médecine.
» Nous, soussignés, professeurs sourds-muets de l'Institution impériale de Paris , ayant appris arec autant de douleur que de surprise que, dans
138 DE LA guérison de l» surdi-mutité.
h séance du 17 courant ,le l'Académie impériale de médecine en parlant dee lourde murin qui ont publié leurs (ruvrci on a la Inné échapper des insinua lions peu obligeunlen pour rnx. nom nous imposons le deroir impérieux de les repousser de Ionien nos forces, on iilfirninnl sur noire honneur el nolro conscience, que les productions de noire faible plume auxquelles le public a fait un accueil bienveillant dont nous tommes tous émus jusqu'au cœur, sont entièrement Je nous. »
Ferdinand Bertbibr.
Alphonse Lekoih.
Eugène Allibsrt.
Pélissier.
rart», le Ï3 mai 1853.
(Suile de la discussion du Rapport de Si. Piorry. )
M. Bouter : IVrniolloz-moi Ha résumer en deux mots l'opinion que j ni exprimée, dans lu dernière séuuce, sur lu seconde partie des conclusions de In cninmi.s-.ion.
J epiouve il uutaiit plus le besoin de formuler de nouveau nettement ma muuière de voir, i|u elle n n pus été bien comprise de quelques personnes, soit ici, so t au dehors.
Oii in u cru coupable d'une injuste agression envers l'Institution des soin ds- muets de Paris; on m’a prété l’opinion que son enseignement par lu miimque était inférieur a I ciiscigiieiuei.l pur l'articulation. employé duos d'au 1res écoles.
A Dieu ne plaise que je aissc les droits de notre Ifistiln-
tion ilej’ai is u la reconnaissance, a l'admiration de tous les hommes capables de sentir et d'apprécier les efforts ayant pour but le soulagement el le bien être de nos semblables !
Celte institution marche, depuis plus de cinquante ans. dans la voie du perfectionnement. Est-ce donc l'attaquer, est-ce se montrer injuste a son égard , que d'entrer avec elle dans celle meme roule, que de 'ou loir I aider a soutenir sa gloire el a en acquérir une nouvelle?
Je n’ai nullement entendu trancher la question de la prééminence de l’une ou l'autre méthode d'éducation des sourds-muets.
J ai félicité, au contraire, I Académie de u'avoir point a se prononcer sur celle question, et je me suis contenté de la poser dans les termes que j'ai crus les plus propres a eu avancer la solution.
Ce que j'ai simplement voulu prouver, c'est :
1 ' Que la méthode d'enseignement par la parole ne donne pas.
IIISCLÏSIQ.'i UU BÀPPOSr. HO
au point de vuo intellectuel, des résultats itt/éiieurt à ceux de l'éducation par la mimique ;
2“ Que conséquemment l'Académie n’a point à craindre, en adoptant lu proposition de. la commission , que son vole ait pour effet l ’ infériorité velative des deux catégories de gourds- muets qui seraient enseignés spécialement par le langage oral ;
3" Que, délivrés do cette appréhension, qui était celle de la commission de 1828, nous nu devons pas hésiter un instant a voter la seconde partie des conclusions de la nouvelle commission, aOn de mettre un terme, autant qu'il peut dépendre de nous, au silence forcé des dcmi-iiitendunU, des sourds demi-parlants, dont on sacrifie eu grande partie dans l'état auluel des choses, et malgré l'existence du cours d’articulation, les facultés rudimentaires de rouie et de la parole, au lieu de les développer le plus possible, comme il est démontré qu'ou y parvient pur une méthode excluant l’eiuploi de la mimique (1).
Les propositions de la commission qu'il me reste à examiner sont relatives a la possibilité de rendre plus ou moins complètement l'ouïe aux sourds-muets. La eommiss on reconnaît celte possibilité; d'autres la conieslent ou la nient. Noire honorable collègue, M. Bégin , a prêté l'appui imposant de sou autorité et de sa parole a la manière de voir de la commission , dont il était membre. L’honorable M. Bousquet s'est montré, au contraire, plu- sceptique que lu commission.
Culte question, chacun le sent, n’est pas moins grave que celle que j’ai traitée il y a huit jours Non seuemciil l'iidiuinistralion attend votre réponse pour statuer sur les mesures importantes qu'ou lui propose, mais lu franco médicale a les yeux sur vous, pour s'inspirer de vus lumières, pour s'appuyer sur votre jugement, a l'égard des vingt mille clients, riches ou pauvres, qui l'miciTogcut au sujet de leur infirmité, Les familles elles-mêmes attendent de votre bouche l'arrêt qui doit leur apporter quelque consolation ou leur ravir tout espoir.
(I) Si ce troisième parsgrapho était admis comme réel, il justifierait pleinement le reproche adressé par M. Bouvier, c'est-à-dire I infériorité des ■ >urds-muets se servant de la mimique, comparés à ceux qui parlent. Cette assert ion, qui a servi de base au discours de M. Bouvier, et contre laqoello s'élèvent les professeurs sourds-muets inculjiés, se trouve reproduite |>ar l'auteur, qui lui donne une nouvelle force en la considérant comme chose démontrée. Il y a là une question de principe qui prouve à quel point nos lourds-muets avaient raison de réclamer. P. M
14 0 DE Là guérison de Là surdi-mutité.
L’opinion d’Itard , cette grande autorité en médecine auriculaire, qui longtemps régna seule en France , était peu favorable, surtout dans les dernières années de sa vie, aux tentatives de guérison des sourds-muets. «Un petit nombre de faits heureux , a-t-il dit » quelque part, établissent à peine quelque exception a l'incurahi- » litc des sourds-muets. » Ce n’est pas qu'ltard n’ait obtenu , dans un grand nombre de cas, une diminution plus ou moins marquée, ou même la disparition complète de la surdité; mais celle-ci a généralement récidivé au bout d'un temps variable, ordinairement assez court.
Cependant Itard admet qu'indépendamment du traitement médical , on peut améliorer utilement l’audition des sourds-muets qui entendent un ppu, en les soumettant à des exercices méthodiques du sens de l’ouïe, par une sorte d'éducation physiologique, qui fait précisément le sujet des mémoires de ce médecin renvoyés à la commission de 1828, à celle dont M llusson a été le rapporteur.
La principale difficulté, d’après les recherches d'Itard lui- même, est donc de s'opposer aux récidives, et l’on remarquera que cette difficulté se retrouve très souvent dans le traitement de la surdité accidentelle île l'adulte, ce qui n'a rien détonnant, puisque les travaux d'Itard lui ont démontré que « la surdité qui alfecle le foetus » ou l’enfant, diffère peu , sous le rapport des causes, de celle qui » survient chez l’adulte (1). »
« Tout traitement , a dit encore Itard , qui ne donne pas au sourd- » muet l'entière et pleine jouissance du sens auditif, ce qui est infi- » niment rare, doit être regardé comme nul , en ce sens que l’in- » dividu reste comme auparavant dans l'impossibilité de su mettre » en communication avec la société par le secours de l’audition et » par le développement s/œntané de la parole (2). » Oui , sans doute, il en sera ainsi, si , après avoir rétabli en partie l'audition, on reste spectateur oisif des efforts impuissants du sujet pour acquérir cette faculté de la parole. Mais qui ne voit qu’ltard lui-méme nous a fourni le moyen de doter, dans ce cas, le sourd-muet de la parole, en nous montrant les bons effets de ces exercices méthodiques, de cette éducation physiologique, applicables au demi-entendant, et l'amenant par degrés à reconquérir le langage oral , sans que pourtant il retrouve la pleine jouissance du sens auditif?
Cette idée simple, mais féconde, qui paraît avoir échappé è Itard,
(I ) Itard, Rapport sur un mémoire de SI. Gairal. (Mémoires de t’ Académie de médecine, 1836, t V, p. 530 )
(2) Loco cilalo.
DISCUSSION DU BAPI'OKT. 141
l’association de ses propres procédés, l’un médical, l'autre physiologique. les soins éducateurs du lu parole après et mémo pendant le traitement qui a plus ou moins amélioré l’audition: telle est, en effet, la base des méthodes curatives employées de nos jours (1).
Les efforts persévérants de M. Deleau ont le plus contribué à mettre en lumière les résultats de ces méthodes, dont il est, en partie, le créateur, ou qu’il s’est, en quelque sorte, appropriées par le long laps de temps, par les travaux, qu'il leur a consacrés.
Cet honorable praticien a publié un assez bon nombre d’observations détaillées de guérison ou de diminution de la surdité, suivies du rétablissement plus ou moins complet de la parole par le traitement combiné dant je viens de parler, appliqué à des enfants affectés de surdi -mutité de naissance ou en bas Age.
Plusieurs de ces sujets ont été présentés à des commissions ou à des membres de l’Académie des sciences, avant le traitement et pendant son cours.
D'autres ont été traités sous les yeux d'une commission désignée par l'administration des hôpitaux, et composée de Kapeler et de notre honorable collègue M. Baffos, qui ont constaté l'amélioration obtenue dans l’exercice de l’ouïe et de la parole, du 16 janvier 1828 au 29 juin 1829, et pour l’un de ces enfants, la persistance de cette amélioration le 7 mai 1831.
Il y a eu des récidives, quelquefois après un temps fort long, et M. Deleau ne peut les connaître toutes. Mais qui pourrait aliirmer qu’elles aient eu lieu dans tous les cas qu'il a été forcé de perdre de vue ; qu’elles aient toujours été complètes; qu'elles n'aient pas souvent été produites par des causes accidentelles; qu’il n’eùt pas été possible d’en prévenir une partie par des soins consécutifs mieux entendus; que, malgré le retour de la surdité, certains malades n’aient conservé lu bénéfice de la parole, au moyeu de la lecture sur les lèvres? Le nommé Lecomte, lorsqu’il a été revu par M. Bon-
(1) Arrivés à celle partie du discours de M. Bouvier, la partie vraiment médicale, celle sur laquelle nous pouvons sans trop de vanité nous croire compétent, nous éprouvons cependant un certain embarras il exprimer notre opinion tout entière. Il s'agit en effet d'apprécier à leur juste valeur les œuvres do nos confrères, do discuter des assertions positives, d'infirmer des témoignages, en un mot de soumettre à un examen critique des faits trop souvent acceptés sans discussion préalable. L'inléiél de la vérité élant notre seul but, nous accomplirons nolro lâche sans aigreur, mais aussi sans faiblesse, avec l’espérance de porter quelque lumière dans un sujet que do puissants motifs tendent à obscurcir. P. Jl
DE La (iüÉRtSUN DE La SLhDI-MUTlTÉ.
nafnnt. était redevenu sourd el parlait fort pou ; mais un grand nombre d'années s'étaient émulées depuis (]uo M. I>el»*au l'avait traité: il eu avait passé plusieurs dans l'institution des sourdsmuets de Toulouse, où il avait cesse de cultiver la parole; la rechute qu’il a éprouvée du crtté de l'ouïe devait donc s'étendre aussi 4 la faculté d’articuler et de lire sur les lèvres (I).
Au contraire, quand la parole est toujours pratiquée, une rechute, qui n'a lieu qu'au bout de plusieurs années, ne la détruit pus, et l'individu ne perd pas tout le béuéllre du traitement qui, par une amélioration, même temporaire, de l'audition, l'a mis en état d'apprendre plus facilement le langage articu'é, en se servant à la fuis de l'ouïe et des auties sens suivant la méthode appliquée au* demi-entendants par Itard lui-nième.
Ma is M. Del i-a u a eu parfois la satisfaction de conserver longtemps sous ses yeux ou a sa portée les sujets de ses observations, et de constater la persistance de la totalité ou de la plus grande partis de l'amélioration qu'ils avaient obtenue. Sans doute, les guérisons complètes sont, comme l’a dit Itard, fort rares ; mais n’est ce pas déjà un grand bienfait de l'ai t qrc de rouvrir nu sourd-muet, ne fùi-ccqu> demi (2), cette double voie de communication avec la société, par l'ouïe et la parole, qui lui était a jamais fermée?
Notre honorable collègue, M, Bousquet, a po<é devant l’Académie quelques questions sur les résultats du traitement de quatre jeunes sourds-muets, confiés ft M. Delenu, entretenus et éduqués, pendant quatre ans, aux frais de l'Académie des sciences. M Bousquet a demandé ce qu’étaient devenus ces eiil'nuls ; pourquoi aucun rapport n’Hvait été fait a leur sujet. Ce fait méritait, en effet, d'être
(I) Oci peut s'appeler In doctrine de» rechute». C'est une manière commode d'expliquer 1rs insuccès ; elle n'appartient pas seulement aux médecins qui veulent absolument guérir les sourds-muets. L'histoire de Lecomte, sourd-muet guéii. est une histoire type; Itard en avait vu bon nombre de semblables. M. Bouvier les explique, mais pareille explication indique assez bien I échec inévitable qui attend Isa paitiaans de celte méthode. P. M.
(i) Sans doute, ce serait un grand bienfait, mais on n'y arrive pas. et quand on croit y parvenir, survient bientôt la rechtili, ou ce qu'on nomma ain>i, et le pauvre infirme, qu'il reste ou non sous les yeux du médecin guérisseur, n'en garde pas moins Sun infirmité. C'est là I histoire général* de ces guérisons qui font tant de bruit et contre lesquelles protestent ceux môme qui passent pour en avoir recueilli le bénéfice. Mais en pareil!* affaire, tout n'est pas perdu. P. M.
DISCUSSION DU RAIFORT. 1/iî
éclairci. Je me suis enquis de toutes ses circonstances, et voici ce que j'ai appris :
En t82i», l'Académie des sciences décida , sur l'avis d'une commission ayant pour rapporteur SI Geollïny Suint-Hilaire, qu'il serait fourni a SI. Doleau les moyens de continuer, pendant quatre années, l'éducation d'enfants sourds- muets récemment guéris de la surdité et qu'il avait jusque-là élevés a ce» Irais.
En 1827, une somme de 24,001) francs, non de 40,003, fut affectée aux frais d'entretien, d’éduculioil et de traitement, pendant quatre ans, des nommés Itnssanx. f.lmbot, Trézel et Martin, qui avaient déjà recouvré l’ouïe (l ) plus ou moins complètement par les soins de M. üe’enu. I.enr étal et les progrès du lu cure avaient été constatés antérieurement.
Les quatre aimées stipulées furent employées par M. Delrau, non seulement a continuer le traitement médical de ees enfants, mais encore a leur apprendra à parler, et a leur donner, soit pur lui— même, soit avec l aide d’un instituteur, tontes les notions dont se compose l'éducation intellectuelle. M. Doleau a niis sous mes yeux dix a douze forts volumes ou caillera manuscrits, qu’il a dù composer pour ses élèves, sur la langue française, le sty e, les divers actes de la vie humaine, la numération, le catéchisme, l'histoire sainte, etc. Pour qui connaît le prix du temps à Paris, il paraîtra évident qu’en se chargeant de celte entreprise, notre honorable confrère s'est libéralement associé a l'œuvre généreuse de l'Académie.
Au bout des quatre ans, en 1831, M. Deloiui, qui avait adressé & l'Académie plusieurs rapports annuels sur i'élat des jeunes malades et leurs progrès ; qui les avait présentés aux commissaires de temps à autre, remit au rapporteur tous les documents qui les concernaient. Il attendit quatre ans le rapport; mais il ne fut pas fait. Frédéric Cuvier. qui en était chargé, était membre de l’administration des Sourds Muets. J’ignore si cette circonstance eu l quelque relation avec cct ajournement indélini, regrettable puur la science (i).
(I) Enfants sourds-muets récemment guéris.., Let nommés qu\
avaient déjà recouvré l'ouïe..,., La formule est commode, et ce soûl ces cas de guérison qui, apres des années de soins assidus, arrivent à zér» Comme résultat définitif, P, M.
(i) Il y a là une insinuation qno repousse le noble caractère de Frédéric Cuvier. M. Bouvier, qui a cru devoir vanter l'indépendance delà commission, dont M. Piorry est le rapporteur, aurait-il moins de foi dans celle qui avait été nommée par l'Académie des sciences? P. M.
l/|/l DE La GUÉRISON DE LA SURDI-MUTITÉ.
AI. Deleau publia divers renseignements sur l’état de ces enfants. Il garda chez lui Trézel, qui est devenu son aide. Il ne perdit pas de vue les trois autres, et s’assura que leur amélioration persistait. Ils devinrent des hommes : Dussaox fut doreur sur porcelaine; Chabot, opticien; Martin, tourneur. Chacun d’eux était en état d'entendre son patron et de converser avec lui. Plus tard , Dussaux et Chabot vinrent à mourir : il ne resta plus que Martin et Trézel.
Martin habite Chevrcuse, dans le département de Seine-et-Oise ; il a éprouvé une rechute partielle et son audition est restée imparfaite.
Trézel, né complètement sourd, avait été l'objet d’un rapport spécial de l’Académie des sciences en 1825; il avait alors dix ans, et il entendait très bien. M. Magendie, rapporteur, le revit en 18/tl, et s'assura de la persistance de l'ouïe, dont il ne lui parut pas toutefois avoir l’instinct de se servir comme un véritable entendant (1). Je l'ai vu moi-même il y a peu de jours : l’audition m’a paru moins parl’aile, bien quelle ne soit pas abolie ; il lit sur les lèvres, quand il n’entend pas ce qu’on lui dit; sa prononciation laisse à désirer; mais il se fait très bien comprendre (2).
M. Deleau a encore actuellement plusieurs sourds-muets en traitement; il m’a montré, entre autres, un enfant de quatre ans, qui n’a reçu que quelques injections d'air dans la trompe, et qui est déjà un peu moins complètement sourd. La discussion actuelle pourra lui fournir l’occasion de solliciter de l'Académie de médecine un nouvel examen de ses procédés et des résultats qu’il obtient.
AI. le docteur Blanchet, on vous l’a dit, est entré largement dans la voie ouverte pav Itard et agrandie par AI. Deleau. Que pourrais-je ajouter au témoignage qu’en a rendu votre commission ; aux paroles flatteuses du respectable Al. Guéneau de Alussy, qui vous a parlé du
(() Complet rendus de l' Académie des sciences, 1841, t. XII, p. 1074.
(J) Il suffirait d'un pareil résultat pour juger l'œuvre de M. Deleau. Sur quatre enfants confiés à ses soins, deux sont morts ; des deux vivants, l’un, Alartin, a éprouvé une rechute partielle, que veut-on dire par là? L’autre, Trézel, resté sous la main de son sauveur, est arrivé, après quinze ans de soins assidus, à no pas se servir de son ouïe comme un entendant véritable. M. Bouvier lui-méme a constaté que l’ouïe est moins parfaite (que quoi?), bien qu’ello ne soit pas abolie, sa prononciation laisse à désirer (sans doute qu’ello soit meilleure, c'est-à-dire intelligible)... El c'est là ce qu'on voudrait nous proposer comme un modèle? P. Al.
DISCUSSION DU RAPPORT. 12i5
« zèle et de la constance dignes d'éloges (1), » qui caractérisent les travaux de M. Blaucliet (2)?
Ou s’est plaint du peu de détails communiqués à l’Académie sur les procédés thérapeutiques de ce laborieux confrère. Ce serait luire l’histoire de toutes les causes de surdité cl des moyens applicables à chacune d’elles, que d'exposer les méthodes curatives qui peuvent être utiles dans la surdi-mutité. Il est évident qu'un médecin instruit ne saurait se borner à une seule, puisque la surdité n’est que l’effet de maladies très diverses. M. Blunchet emploie donc, suivant les indications, comme tous les médecins auristcs de notre époque, le cathétérisme, la dilatation de la trompe d'Eustachc, l'introduction de différentes vapeurs dans la caisse du tympan, les injections d’air, si efficaces entre les mains de M. Doleau, l'insufflation, h l’état gazeux et à doses très fractionnées, d'alcalis végétaux tels que la strychnine, l'électricité, sans parler des moyens généraux à opposer aux diathèses, des opérations propres à extraire les corps étrangers, tels que les polypes, de la résection des amygdales hypertrophiées, etc. ; car tous ces cas se rencontrent dans la surdité qui produit le mutisme (3), de même que dans celle qui survient à un âge plus avancé. C'est beaucoup moins par l'invention d'un procédé empirique que par une heureuse et sage application des moyens connus, par des perfectionnements de détail dans la confection des instruments, par l’habileté manuelle et la sagacité du diagnostic, que la médecine auriculaire peut aujourd'hui se signaler d'une manière spéciale et acquérir de nouveaux titres à notre estime et è la confiance des familles.
Comme M. Deleau, M. Blanche! croit inséparable du traitement médical le traitement fonctionnel destiné à en développer et en assurer les effets. Il se borne même à celui-ci, à l'exemple d'Itard, quand le premier s’est montré sans elficucilé. Je n’ai pus à revenir
(I) Bulletin de l'Académie, t. XVIII, p. 68 t.
(S) Ceux qui connaissent la bienveillance parfaite et l'extrême politesse de M Guéneau de Mussy, ne donneront pas à ces expressions une portée scientifique qui n'existe que dans l'interprétation de M. Bouvier. P. M.
(3) Je proteste avec toute l'énergie dont je suis capable contre une assertion de cette nature. Non, jamais les causes énumérées par 31. Bouvier dans ce paragraphe ne produisent la surdi-mutité .; non. le traitement et la guérison de ces petites maladies du conduit auditif externe et de l'oreille moyenne no détruisent pas la surdi-mutité. Il y a là une confusion déplorable qu'il importe de détruire, et j'y parviendrai, je l espèro. dans la suite de ce travail. P. M.
sur l’exposé qui vous a été présenté par la commission, relativement aux procédés physiologiques adoptés par M. In docteur BlanclieL Leur caractère distinctif est l'emploi de la musique, rejeté, au contraire, par M. Deleau, qui préfère ne mettre en usage que les sons de la parole, soit comme moyen de classement des sourds muets, soit comme exercice propre à développer le sens de l'ouie, et par suite la phonation.
Mais, je l'ai dit, malgré les faits produits par Ilnrd, malgré ceux de SI. Deleau et d’antres encore, il est des hommes très compétents qui nient la curabilité de la surdi mutité, c'est-à-dire de la surdité du fœtus ou de l'enlanl et du mutisme qu'elle produit. Krumer, tout en admettant théoriquement la possibilité du la guérison par l’eiret d'une éducation auriculaire, établit que jusqu’à présent personne n’a guéri un sourd-muet, c'est-à-dire ne l'a uns en état d« pouvoir communiquer avec les entendants et parlants au moyen de l’oreille. M. le docteur Menièrc vous a également déclaré « qu'on n'avait » jamais guéri de sourds-muets; (pie la possibilité de cette guérison b devait être reléguée nu nombre des desiderata les plus incertains » de ht science. »
Nul plus que moi ne rend hommage au talent, nu noble caractère de notre savant confrère, de mon camarade de vieille date, M. Manière. Mais ne se montre-t-il pas ici trop exigeant? Ne reste-til pas trop inditrérent aux avantages, si minces qu'oit les suppose, que la simple amélioration de l'ouie procure aux sourds-muets nu point de vue de lu parole, même quund ils sont dans l'obligation de l’apprendre, en grande partie, par la lecture sur les lèvres? D'ailleurs, n'est-il pas manifeste que la thérapeutique de la surdimutité peut élever plus haut ses prétentions? Quoi! les polypes de l’oreille, l’obstruction de la trompe d'Eustaclic, l'engouement muqueux de la caisse, etc., seraient souvent curables chez l’adulte parlant, et ces affections perdraient ce caractère par cela seul quelles se feraient développées à une autre époque de l'existence! Ou ne guérirait jamais, chez l'enfant, ce que l'on peut guérir dans une période plus avancée de la vie! Et nous, médecins, consultés pour une affection identique, nous devrions la traiter, si elle s'est manifestée après l'époque où elle produit le mutisme, et nous abstenir, si c'est un malheureux sourd-muet qui eu est porteur? J'cu appelle à l'honorable M. Menièrc lui-nténic. Non, il ne resterait pas, il n’est pas possible qu'il soit resté toujours inactif en pareil cas, et, au besoin, sa pratique, j'en suis sûr, réfuterait ici sa doctrine. Faut-il rappeler encore cette éducation physiologique du sens de l’ouïe, & laquelle Iturd a attaché son nom et qui combla ses vœux
discussion du Rapport.
l!il
vous disait naguère noire vénérable collègue, M. Guéneau de Mussy? Cet héritage d'Itard est-il donc répudié par son honorable successeur (1) I
Voire commission, sans entrer dans ce débat, sans revenir sur l’expérience du passé, si diversement interprétée, s’en est tenue aux faits que l’on a placés sous ses yeux; je crois qu’elle a eu raison. Mais ces faits eux- mômes sont contestés. Je respecte tout à la Ibis, et leur origine, et le doute qu’ils ont pu faire naître; car le scepticisme, en thérapeutique, est, à mes yeux, la première qualité du médecin. J’applaudis surtout du rond du cœur aux chaleureuses paroles par lesquelles l’Ame élevée de mon excellent confi ère, M. Monière, a justement flétri tous les prétendus guérisseurs, quel que soit leur -masque, qui abusent les familles, en leur promettant ce que l’art ne peut leur donner.
Au milieu de ce conflit, que fallait il faire? Chercher, ce me semble, a s'éclairer en examinant soi -môme les faits. C'est ce que j'ai teulé. Peut-être l'Académie pourra-t-elle tirer quelque profit de mes investigations.
Vous connaissez ces faits, tels qu'ils sont exposés dans le rapport lucide de M. le professeur Piorry. D'après cc rapport, des enfants sourds-muets, dont l'état de surdité absolue ou presque complète avait été constaté, soit par des pièces authentiques, soit par lu commission elle-même, ont été amenés par le traitement a entendre la parole, tantôt très près de l’oreille, tantôt a 30 ou 60 centimètres, tantôt à t ou même 2 mètres de distance; chez presque tous, la
(1) Non, nous n'avons pas abandonné la voio où M. (tard nous avait précédés. Nous avons étudié avec la plus consciencieuse persévérance les causes réelles de la surdi-mutilé, et nous avons reconnu que toutes celles dont parle M Bouvier n'entrent pour rien dans la production de celle triste infirmité. Nous avons constamment sous les yeux des enfants dont la nuque a été labourée par des sétons énormes, dont le crâne dénudé, les tempes, les régions mastoïdiennes, sont profondément cicatrisées par des moxas, par des vésicatoires ulcérés, nous constatons les résultats déplorables d'une foule de pratiques médicales ou chirurgicales, rationnelles ou empiriques, qui sont restées sans utilité pour les victimes do ces barbaries, et instruits par de tels exemples, nous avons appris â nous abstenir dans bien des cas où ( impuissance de l'art est trop clairement démontrée M. Bouvier n'avait pas besoin de cet appel pathétique à notre humanité, à uotre conscience, il peut être certain que ces sentiments no nous sont pas étrangers, mais nous croyons en donner la preuve en ne torturant pas, à notre seul bénéfice, des malheureux que nousavons tout lieu de croire incurables. P. M.
faculté d'articuler a été facilement développée ou perfectionnée par les exercices vocaux , quoique ceux-ci fussent courts et incomplets; quelques uns chantent et mettent leur voix à l'unisson de l'harmonium. Un de ces sourds-muets, considéré comme incurable (1), a gagné aux exercices d'articulation une parole beaucoup plus facile qu'il ne l'avait auparavant, et la faculté de lire sur les lèvres.
J’ai vu plusieurs de ces enfants depuis la lecture du rapport. J’ai reconnu qu'ils jouissaient de toutes les facultés qui leur sont attribuées par la Commission.
Je citerai particulièrement les suivants :
Le nommé P>astien (n* 2 du rapport, 1” série), dont la commission a constaté la surdité à peu près complète (2) avant le traitement, et qui m'a entendu à une certaine distance, quoique je fusse derrière lui, et qu’il ne pût me voir parler. La commission a fait, à son égard , des expériences décisives pour s’assurer que c'était bien par le sens de l’ouïe qu’il percevait les mots. Dans une de ces réunions, par exemple, on l'enferma dans une armoire bien close, et il répondit quand on lui adressa la parole (3).
Legras (nM, 3* série), dont l’état antérieur de surdité est constaté par un certificat revêtu de la signature d’un des hommes les plus compétents dans cette matière. Il entend la parole à quelque distance de son oreille; il parle imparfaitement, mais il n’a reçu que les leçous du cours d'articulation , cinq heures par semaine, comme on sait, et le reste du temps il a été livré à la mimique.
Les deux frères Plard ( n* 1 , 2' série, et 5, 4' série), dont la surdité de naissance (4; avait été établie par des ccrlilkats de médecin que j'ai eus sous les yeux. Leur traitement, commencé avant les
(1) Par qui? Par nous, peut-être, mais que signifie cette désignation?
Incurable, dit le docteur A ; curable, dit le docleur B, et la preuve, c’est qu après des exercices d'articulation , sa parole est devenue plus facile, il a acquis la faculté de lire sur les lèvres. Lo croyez-vous guéri pour cela? A-t-il cessé d’étre infirme? n’a-t-il plus besoin d’un mode d'éducation tout spécial? P. M.
(2) Voir à la page 4 la lettre d'introduction do M. Volquin , dans laquelle se trouvent des renseignements positifs sur ces divers élevés. P. M.
(3) Le3 armoires des classes do l'Institut sont en sapin mince, et par
conséquent très sonores. Un meuble de celle espèce pouvait passer pour un corps vibrant, véritable caisse d barmonio destinée 4 renforcer les sous , comme l'acoumètre de M. Blanchet. P. M.
(1) Il y a ici une erreur matérielle qui se trouve rectifiée dans le travail de M. Volquin, page 4 de l’introduction. P. M
DISCUSSION DU RAPPORT. 149
travaux de la commission , avait déjà amélioré leur audition et développé chez eux la parole. Ils sont très avancés sous cas deux rapports, moins toutefois sous le second que sous le premier.
Plaud (n* 4, l r * série), ce sourd incurable dont j'ai parlé plus haut. Déjà âgé, mais très intelligent, il a appris assez vile à lire sur les lèvres; et sa pavole, qui n'était pas entièrement perdue, s’est développée par l'exercice. On m'a fait observer sur lui un phénomène assez curieux (1) : en se plaçant de manière qu’il ne puisse voir la figure de l’interlocuteur, et en lui faisant apprécier par lu toucher les mouvements des parties entre le menton et l'os hyoïde, on peut lui faire répéter certaines syllabes, qu'il reconiiait à la nature du mouvement qu’il perçoit avec la main.
A ces laits, j'en ajouterai un autre tout semblable à ceux qui remplirent de joie le cœur d'itard, dans les premières années de ce siècle. Il est rapporté par M. Piroux, directeur do l’institutiou des sourds muets de Nancy.
a Le fils de M. C. .., dit M. Piroux, avait passé six ans dans une » école de sourds-muets de province. Il avait été présenté, dans cet » intervalle, à un médecin auriste de Paris, qui l’avait déclaré » incurable. Mais, ayant reconnu chez cet enfant qu’en exerçant » ses oreilles j’en augmenterais la sensibilité, je me mis à l'œuvre. » Je finis par faire entrer dans ses oreilles un filet «le voix, plus a tard un petit ruisseau, et enfin une grande rivière, entretenant » toujours dans une parfaite harmonie la voix perçue et la voix » produite. L’enfant a perdu insensiblement ses signes, et la pa- » rôle n suffi à toutes ses relations. Il est utile d'ajouter que je no » recevais cet enfant que comme exlcme, et que le père consolidait, » par la pratique, les progrès que je faisais faire à son fils par mes » leçons. Au bout de deux ans, l'enfant entrait dans une école or- » dmaire, et après trois ans, il faisait sa première communion , » après avoir appris de vive voix le catéchisme (2). »
(4) Ce phénomène s'observe à chaque instant dans la classe d'articulation. M. Vaïsse ne manque jamais de placer la main des élèves sous son menton , afin de leur faire comprendre par le toucher les mouvements musculaires qui se passent dans cette région et qui ont pour résultat les diverses positions de la languo, du pharynx et du larynx. P M.
(ï) Il y a dans les comptes rendus deM. Piroux bon nombre d'histoires de ce genre racontées en un style pittoresque, annonçant bien plus d'entbousiasme que de critique. Nous tenons l'instituteur de Nancy pour un bomme excellent , plein de zèle, mais enfin , il faut bien le dire, ses confrères sont loin d'accepter sans contrôle ses assertions, marquées pour la
Je ne multiplierai pas davantage les cilalious et les faits. Je ne viens pas faire ie mie clinique auriculaire. Je ne viens pas surtout usurper la place de la commission et de son honorable rapporteur; elle est trop bien remplie. Quoi do plus propre, eu effet, à nous inspirer toute la confiance dans les faits, dans In manière dont ils ont été observés, que la composition même du celte commission I Quels noms y voyons-nous figurer? des Guéneau de Mussy, des llégin, des Huttnlnud, des ü.ullurgcr, des Piorry, c'est a-dire la science ancienne traditionnelle, la jeune science, la méthode expérimentale ou d observation personnifiée, la chirurgie sage mûrie par le temps et l'expérience, et par-dessus tout l'indépendance (1), la bonne foi et un amour sincère de la vérité Aussi, cette commission u’a-t-ellc pas failli a sou mandat; aussi, n'a-l-ellu épargné ni le temps, ni la peine, pour le remplir sûrement, pour se mettre f» l'abn de toute erreur, de toute illusion. Et, remarquez -le, celte commission est unanime dans ses conclusions; relisez, je vous prie, la lettre de l’honorable M. Guéneau de Mussy, qui a pu re sembler, au pn'micr abord, à une protestation ; vous y verrez qu'il s'associa à tous les résultats d'observations mentionnés dans le rapport.
Ces résultats, ainsi entourés de toutes les sortes de garanties, suffiraient à eux seuls pour décider la question.
Supposons, ce qu'a Dieu ne plaise 1 supposuns qu'un enfant sourd soit donné par le sort a l'un de nous dans sa famille, à qui que ce soit parmi nos nombreux confrères, sans eu excepter mou estimable ami JJ. Menièrc (2). Que ferait chacun de nous, chacuu de nos
plupart au coin d'uno bizarrerie incontestable. Des renseignements reçus d'un honorable médecin de Nancy semblent indiquer que M. Piroux est souvent seul de son avis dans l'appréciation de ses succès. Les sourdsmuets qu'il dit avoir rendus à la société sont loin de justifier ces prétentions. Nous prions le lecteur de voir la dernière brochure publiée par M. Piroux en 1853 ; il y trouvera de quoi motiver le jugement que nous perlons ici. P. M.
(I) L'incident regrettable auquel a donné lieu celte partie du discours de M. Bouvier sort du domains scientifique; nous n'avons pas à nous en occuper. Que Ion compare les conclusions définitivement adoptées par l'Académie avec celles qui terminent le rapport de ,M Piorry, et I on verra ce que valent les arguments accumulés dans ce paragraphe. P. M .
(3) Ces arguments ad homiuem plaisent beaucoup à M. Bouvier , ils font de l'effet à la tribune, mais quand on les discute de sang-froid, quelle est leur valeur réelle? Quel méJecin, père ou non, s'examinera le jeune enfant sur lequel il doit donner un avis? Mais M. Bouvier ne sait pas que dans l ira-
DISCUSSION DO RAPPORT
confrères, en présence des faits positifs du In commission, quand bien même ils seraient les seuls, et des dénégations <|u’on leur oppose? ('rayez-vous que le médecin à qui incomberait ce malheur s'écrierait aussitôt : C'est un sourd-muet; la surdi-mutité, c’est-àdire la surdité do l’enfance, est incurable, il n’y faut pas toucher. Non; ce qu’il ferait, je vais vous le dire.
Il chercherait, avant tout, la cause du mal; il explorerait toutes les parties accessibles de l’orgnne, et surtout l’oreille moyenne; il saisirait la moindre iiuHrntion qui pourrait en ressortir, et il agirait comme dans la surdité de l'adulte. Puis, s’il échouait dans ses ellbrts, il se souviendrait de la belle découverte d ltard, confirmée par les faits que la commission a produits; il tenterait l’éducation physiologique du sens do l'ouïe, et, soyez-en sûrs, il épuiserait tous les moyens d’action que la science possède, avant de se résigner douloureusement, en cas d’insuccès, a déclarer cet être, qui lui serait cher, à jamais sourd-muet, a le ranger déllniliveinent parmi ces parias de la grande société humaine.
Mais coque vous feriez pour celui qui serait votre chair, votre sang, ne le feriez -vous pas pour le client qui invoquerait vos lumières? Et ce que vous feriez pour le riche, ne le feriez vous pas aussi pour le pauvre, que uuus somme.* tons d’autant plus empressés à secourir, qu’il est moins en état do réclamer nos soins?
Or. qu’est ce qu'une institution de sourds muets? C'est une réunion de ces enfants dont je viens de parler : ils sont sourds, voilà tout. A-t-on suivi à leur égard, avant leur entrée, la ligne de conduite. que je viens de retracer? a-t-on épuisé toutes les ressources de l'art avant de déclarer qu'ils étaient incurables? Vous savez bien le contraire ; on n’a pas même, le plus souvent, exploré leurs organes (1) !
mense majorité des cas, les enfants sourds-muets ne nous sont présentés que longtemps apres l’accident qui a entraîné la perle plus ou moins complète de l'ouïe. Les parents de cet enfant nous apportent le résultat d’observations qui datent de plusieurs années ; souvent aussi ce pauvre infirme est seul au monde, et tout renseignement nous manque sur l’origine de son infirmité. Il est facile d'instituer ainsi un programme philanthropique dans un discours destiné à émouvoir les auditeurs , mais autre chose est l'exécution. P. M.
(() Les élèves boursiers du Gouvernement et ceux qui sont aux frais de leurs familles, entrent à l'Institution en vertu d'un acte administratif, basé sur la production des pièces exigées par le règlement, et parmi lesquelles figure en première ligne le certificat consistant la surdi-mutité. L’enfant
Ce que la commission vous propose, c’est d'appliquer à ces enfants les mesures que vous adopteriez pour les vôtres, pour le client, ricliu ou pauvre, qui viendrait vous consulter; c'est de les faire jouir du bénéfice des progrès «le la science.
Que veut, en elfet, la commission? Elle veut que tous les sourdsmuets, à leur entrée dans l’établissement, soient examinés et classés au point de vue de leur degré de surdité, de la cause organique de celle-ci, du degré de persistance de la parole, et enfin de la question de savoir si l'art médical peut leur être de quelque secours.
Elle veut que l’on applique, à ceux chez lesquels il y aura quelque espoir de le faire avec succès, les méthodes le plus en rapport avec les progrès de l’art, pour tenter de leur rendre un degré plus avancé d'audition, ou au moins, si la surdité est incurable, pour leur conserver la parole dans le cas où ils ne l'auraient pas perdue, en rejetant définitivement parmi les sourds-muets complets, et en livrant a l'éducation ordinaire de l’établissement ceux que l'on jugerait ne pouvoir tirer aucun fruit de ces essais.
Ce n'est là, vous le voyez, que la reproduction exacte delà conduite que vous tiendriez vous-mêmes dans chaque cas particulier de surdi-mutité; et nous devons nous estimer heureux que la sollicitude de l'administration la disposant à faire le bien sur une aussi grande échelle, elle ait bien voulu nous choisir pour nous associer à son œuvre. Vous ne déclinerez pas cet honneur, vous seconderez sa généreuse initiative en adoptant la première partie des conclusions de la commission.
i'ai conclu, dans la dernière séance, à l’adoption de la dernière partie de ces conclusions ; je viens de conclure à l'adoption de la première. Il me reste à jeter un coup d’œil rapide sur leur connexion, sur leur ensemble.
Ces conclusions, que la forme, bonne ou mauvaise, de mon argumentation a scindées, sont en effet étroitement liées, inséparables dans la réalité, et en quelque sorte solidaires.
Afin de doter les élèves que l'on traite, et qui ne tardent pas, en cas de réussite, à devenir des demi-entendants, ceux qui sont incurables et dont on cultive seulement la parole parce qu'ils ne l'ont pas perdue, de tout le degré d'audition, de toute la perfection du
m'est présenté . je l'examine, je recueille tous les renseignements possibles, it je le remets entre les maius des personnes chargées du soin de l'instruire. Plus tard , s'il y a lieu, on revient sur ces décisions préalables et des rapports spéciaux sont adressés à M. le directeur de l'établissement qui les transmet à la commission consultative. P. M.
DISCUSSION Dü RAPPORT.
langage oral qu’ils peuvent atteindre, il faut évidemment les soustraire à l'influence contraire de la mimique C'est là l'unique objet des conclusions relatives à l'éducation des sourds-muets En effet, je ne saurais trop le répéter, je ne saurais trop de fois appeler l'attention de l'Académie sur ce point, nous n'avons nullement à nous prononcer sur la supériorité relative des deux méthodes d'enseignement des sourds-muets, par la mimique et à l’aide de la parole. Nous n’avons nullement à résoudre la question de savoir s'il convient ou non de transformer l’organisation de l'Institution de Paris, de porter hardiment la cognée sur cette autre forêt de Dodone qui ne rend ses oracles que dans une langue inarticulée Nous pourrions à bon droit, pour lu plupart, nous récuser, si l'on voulait nous instituer juges en cette matière. J'ai dit et je le redis encore: quelles qu’aient pu être les apparences contraires, c’est là une question que j'ai formellement réservée, pour me servirde l'expression d’un autre orateur, et je n'ai pas davantage, en ce moment, la préleulion de la trancher.
De quoi s'agit-il donc? Simplement de séparer les sourds-muets en traitement , c'est-à-dire les demi-entendants, ainsi que les sourdsmuets incurables, mais demi-parlants, du reste des élèves, et de créer pour eux un mode d'enseignement dans lequel la parole jouera un rêle presque exclusif comme moyen de communication organique. Est-ce la bouleverser l'Institution , comme on l’a dit? Non ; c’est au contraire la régulariser; c'est substituer un ordre indispensable, au désordre, à la confusion, qui, sous ce rapport, y ont régné jusqu'ici. La preuve que la mesure que l'on indique ne tranche en rien la question du mode d'enseignement applicable aux véritables sourds-muets, qu'elle ne tend point à désorganiser l'enseignement préféré dans l'Institution de Paris, c’est que cet isolement des sourds-muets incomplets d'avec les autres a été depuis longtemps proposé par les partisans mêmes de l'enseignement par les signes.
Écoutons à ce sujet M. de Gérando ;
« On voit, dit-il , que rien n'est plus propre à confirmer, à ac- » croître encore la surdité apparente des degrés inférieurs, que » d’enfermer absolument le sujet qui en est atteint dans un institut nde sourds-muets, où les moyens d'enseignement et de comraunib cation ne s'adresseraient qu'a l'œil seul.
» O11 voit que l'emploi de lu parole artificielle, dans l'cnseigne- » ment donne aux sourds-muets, a toujours l’avantage de fuvoriser b l'éducation du sens de l'ouïe. Mais cet exercice est loin de suffire b pour développer l'audition : l'œil yjoueeucore un trop grand rôle.
» Lorsqu'un enfant annoncé pour sourd-muet est amené dans » un institut, on devrait donc, avant tout, s'attacher à bien déter- » miner le degré de surdité dont il est atteint ; on devrait composer » ensuite une dusse séparée do ceux chez lesquels l'audition serait » susceptible de recevoir quelque développement, pour les soumettre »au régime convenable, etc. (1). »
Un professeur parlant, ministre, à regret sans doute, de ce culte que l’on semble avoir voué au mutisme dans l'Institution de Paris, s’exprime comme il suit :
a Parmi les élèves qui ont conservé un peu d'audition, il y en a » beaucoup que nous voyons à regret renfermés dans nos écoles. » Leur éloignement de la société parlante, leur contact désormais » continuel avec leurs camarades, qui se servent constamment d'un » moyen de communication a part, leur rendent la parole moins » familière. La, ils subissent la loi de la majorité et ils parlent par » signes continu tous les autres. Alors leur oreille, que l’usage da » In parole tenait éveillée et attentive, se referme peu a peu, et des a enfants qui, élevés note intelligence par la parole. Uniraient le plus » souvent par entendre distiuctemnut , deviennent au milieu de nous » tout à fait sourds. Combien de parents n'avons mous pas vus. qui, » en retrouvant leurs enfants après quelques aimées, quelques mois a même de séparation, leur parlaient comme autrefois, et s’éton- » liaient de n'élre pins ni entendus ni compris, ils accusaient la » nature, versaient quelquefois îles larmes, en voyant l'infirmité de » leurs enfants se compliquer par l'Age au lieu de s'amoindrir, et » ils 11 e se doutaient pas que ce surcroit de malheur était le résultat » inévitable du silence qu'ils avaient imposé à leurs enfants, en les » faisant admoltre dans une école de sourds-muets, etc. (2). »
Ainsi, l'Académie, qui pourrait peut-être se récuser comme iticonrqiétente, s’il s’ngissnit de remplacer, pour tous les sourds-muets, renseignement mimique par l’enseignement oral, n’est plus certainement en droit de le faire, lorsqu’on la consulte pour décider si le meilleur moyen d'élendre el de perfectionner l’audition et la parole chez certains sourds-muets n'est pas autre chose que le silence et l'éloignement de toute voix articulée.
Ce simple énoncé de la question vous fait voir quelle en doitétre la solution. Il est clair, d’après cela, que les conclusions de lu commission relatives au mode d'éducation qu’il convient de donner aux
(I) De Gérando, De l' éducation des sourds-muets, t. Il, p. 633.
(S) Puybonnieux, I.a parole enseignée aux sourds-muets sans le secours de l'oreille. Paris, 1*43, p. 71.
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DISCUSSION DU RAPPORT
enfants sont !e complément nécessaire (le ses nulrps propositions, qu'elles ne peuvent eu être distraites, et que vous ne pouvez sanctionner les unes sens les autres. Je ne reviens pas, d'ailleurs, sur les moiifs que je crois vous avoir donnés d’être complètement rassurés sur l'instruction de ces enfants mis à part et élevés par l'emploi de la parole. Les documents que j’ai placés sous vos yeux mardi dernier vous ont, je crois, démontré qu'ils n’auront pas l'esprit moins altéré que les autres.
J'ai dit, dans la première partie de ce travail, que les mesures proposât s étaient le contraire des propositions de la commission de 1825; mais, considéiées à un outre point de vue, elles lui sont analogues, elles n’eu sont que la continuation, l'extension amenée par le progrès.
Savez-vous, en effet, quel fut l'objet constant de la sollicitude d'Itard à l'égard des sourds-muets, des travaux, des efforts de ce regrettable collègue, qui inspira, en 1828, la résolution prise par l’Académie? line seule phrase de son élnqe par M. Bousquet va nous l’appreudre. « M. liant, dit notre honorable collègue, travailla trente » ans pour faire introduire la culture de l’oreilla dans l'Institution » des sourds-muets (I). » Il ne dut qu’au concours éclairé del’ Académie d'y avoir réussi. Je me trompe, il crut y avoir réussi; il n’en était rien. L'œuvre de prédilection d'Itard, celle sur laquelle il revient encore dans son testament, dernier épanchement d'un cœur près de s'éteindre, est restée incomplète, insuffisante, tronquée. Il vous appartient de l'accomplir Serez-vous pl us sourds à la voix de votre commission qu'en 1828? lit parce qn'llard n'est plus parmi nous, serez-vous moins sensibles nu bien-être dns sourds-muets qu'd avait tant à cœur? Que ne puis-je évoquer ici son ombre, lui céder ma place à cette tribune ! Que no peut-elle vous faire entendre quelques unes de ces paroles simples, sensées, prononcées avec ce sentiment que renlèrmait son àme, avec cette haute raison qui distinguait cet esprit d'élite, avec celte autorité acquise par quarante années d’expérience 1 Alors vous ne balanceriez plus ; car si vous n’éies pas convaincus, vous ne voudriez pas du moins affliger cette âme honnête, animée de l'amour du bien, invoquant votre appui eu faveur de ceux qu’Itard se plaisait à nommer sa famille.
Encore un mot. Ou a parlé d'ajournement, de réponse provisoire, de je ne sais quelle autre réponse vague qui conseillerait simplement le itrogrès. M. le ministre ne nous a-t-il pas suffisamment témoigné sou amour du progrès, eu vous consultant sur des nmé-
(t) Uimoiret de l’Académie de médecine, l. VIII, p. 45.
liorations à introduire dans les soins à donner aux sourds-muets? Aura-t-il lieu d’étre très satisfait de votre réponse et des éclaircissements quo vous lui donnerez, en lui disant simplement qu'il est bon de tenir compte du progrès?
D'autres veulent attendre pour se prononcer. A quoi bon ces nouveaux délais? Voici près d’un siècle qu'on attend. Quoi? soixante quinze ans d'expériences comparatives sur l'éducation par les deux méthodes, plus de cinquante ans d’essais, à compter des premières tentatives d’Itard sur le traitement des sourds-muets, ce n’est pas encore assez pour se former une opinion sur les questions qui vous sont adressées! L'expérience d'autrui est-elle, à vos yeux, sans valeur? Voulez-vous reprendre une à une ces laborieuses investigations? Et, en attendant, laisserez-vous la contagion du mutisme étendre encore ses ravages et multiplier ses victimes?
A ceux qui conservent des doutes, de l’incertitude, je dirai : Je vous en adjure, chers collègues, prenez le temps, avant de voter, de relire à télé reposée tous les discours que vous aurrz entendus. Discours pour, discours contre, discours sur les conclusions de la commission ; discours de théories transcendantes, discours de faits, discours d'esprit, discours de simple lion sens, lisez tout. Cela pourra faire un volume de quelques centaines de pages. Mais vous, dont la vie n’est qu’une suite d'abnégation et de dévouement, vous aurez le courage de vous imposer celte tâche, vous accorderez cette marque d’intérêt à la grande famille des sourds-muets. Si, après cela, vous n'étes pas suffisamment éclairés, il faudra désespérer, à l’avenir, de la coopération de notre Compagnie aux grandes choses, aux bonnes choses, aux choses utiles (1).
— M Bonkafont : En demandant une seconde fois à l’Académie la permission de reprendre la parole, je n'avais d’abord l’intention
(t) Les notes nombreuses dont j'ai surchargé le discours do M. Bouvier indiquent assez combien les opinions de cet orateur sont contestables. On sent qu’d y a là un parti pris de tout blâmer, de tout détruire, les formes les plus polies cachent une attaque violente, la rhétorique la plus ingénieuse déploie toutes ses ressources pour anéantir l'œuvre de l’abbé de l'Epéo et de Stcard ; il s'agit ici de mettre M. Blancliel sur le piédestal de ces grands hommes jetés à terre, M. Bouvier n'a rien épargné pour arriver à ce but, aussi avons-nous dû le réfuter avec persévéra nce. Nous irons plus loin. Dans le résumé de celle longue discussion, nous ferons voir sur quelles faibles bases reposent les arguments do M. Bouvier, combien il ignore co qui se fait dans notre maison, et surtout combien il sait mal ce qui peut se faire dans un établissement de ce genre. P. M.
DISCUSSION DD RAPPORT
que de m’occuper de quelques points pratiques du sujet ; mais, depuis lors, la question s'est considérablement agrandie, et comme nous l'avions dit en commençant, et comme l'a si bien répété M. Jules Guérin, il convient de l'envisager à la fois sous le rapport de la médecine, de la physiologie, de la psychologie et de l’éducation.
Cette manière de procéder est bien certainement la plus sûre pour arriver à une solution satisfaisante et pour éclairer l'Académie sur plusieurs points encore obscurs de l’organe de l'audition; mais, afin de ne pas prolonger celte discussion d< jà très longue, il nous semble convenable de réserver la partie psychologique pour une époque un peu plus éloignée ; nous serons d'ailleurs les premiers à faire naître l’occasion de revenir sur ce sujet.
Ce qu’il faut surtout discuter en ce moment, c’est le mérite des deux modes d’enseignement suivis pour l’éducation des sourdsmuets. Les partisans du langage oral et de la lecture sur les lèvres donnent à cette méthode une supériorité incontestable, tant pour favoriser le développement de l'intelligence des élèves que pour faciliter leur instruction générale; mais, si vous vous adressez aux partisans du langage mimique, ils vous répondront d'une manière non moins absolue et non moins satisfaisante. Nous pensons, nous, que s’obstiner à généraliser l'application de l'un ou de l'autre de ces modes d'enseignement, c’est tomber dans une égale erreur: les sourds-muets ne présentent pas, en effet, le même degré de gravité dans la surdité et dans l’intelligence, il devient nécessaire de former des catégories, alin de connaître ceux des élèves qui serout aptes à profiter le mieux de l’une ou de l'autre île ces méthodes.
Toute la difficulté consistant donc à luire un bon classement, ce qu'il importe, c’est de trouver un moyen qui fasse arriver à ce résultat de la manière la plus sûre, afin que l’on ne garde pas à la classe d'articulation des élèves qui ne pourront jamais parler, et vice versâ.
Depuis Ilard, on a bien cherché h classer les individus; mais ce classement est-il fait avec toute l'exactitude et la sévérité qu'il comporte? Il peut être permis d'en douter à cause du manque de moyens où l'on était pour apprécier immédiatement le degré de sensibilité du nerf auditif.
C'est afin de mieux interroger l’appareil de l’ouïe, pour juger l'aptitude du chaque élève, que nous avons proposé l'emploi du diapason, et l’on verra plus loin que les expériences nombreuses et authentiques que nous avons faites tout récemment avec cet instrument ne laissent plus aucun doute sur son efficacité. Ce
DK LA GlÉRtSdN DS tA StSRDl-MÜTITS.
moyen a été si bien apprécié pnr le directeur de l'établissement des sourds-muets, et p.ir le professeur d'articulation, qu’ils vont employer ce mode d'exploration pour le classement de leurs élèves.
Mais, avant de relater ces faits, je crois devoir répondre brièvement à deux objections que M. Piorry nous a adressées, et qu’il importe, dans l’intérét de la vérité, de ne pas laisser passer sous silence. M. le rapporteur a dit d'abord que le diapason dont je me sers est insuffisant et qu'il diffère beaucoup de l'instrument de M. Blancliet; mais il resio à juger lequel des deux moyens donne des résultats plus positifs pour apprécier le degré de surdité des sourds-muets.
Voici un exemple récent dns efTcls obtenus par mes diapasons :
Désirant m'éclairer encore davantage sur l'efficacité de ce moyen pour le classement des sourds-muets, je me rendis il y a quelques jours 4 l'institution de M. Dubois, rue de llourcellcs, où les jeunes élèves sont exclusivement soumis aux exercices du langage oral et de la gymnastique labiale.
M. Dubois, qui mérite les plus grands éloges pour son tèle et pour les eiïorts qu'il tente afin d’arriver à faire parler le plus grand nombre possible de ses élèves, me dit que parmi eux il s’en trouvait qui avaient acquis cette faculté. Je le priai alors de ne pas tne les désigner, et do les engager tous à garder le silence pendant le temps de l’examen.
Voici, sur 24 garçons que j'expérimentai, les résultats oblenus : 4 seulement entendirent le petit diapason du »«/ de la troisième octave, appliqué sur le ci âne, et à la distance de 1 à 2 centimètres de l'oreille ; 2 élèves l'entendirent appliqné seulement ; 13 ne perçurent que le diapason du rfo de la première octave, nppliqué el non a distance, et enfin 5 ne l'entendirent d'aucune manière.
Je dis alors à M. Dubois: Sur les 24 élèves, 6 parlent ou sont susceptibles de parler ; 13 parviendront à articuler quelques phrases, mais péniblement, et 5 lie pourront probablement jamais prononcer une parole.
Ce classement fut en tout point semblable â celui établi par M. Dubois, d’après les résultats île son système d'éducation.
Le lundi 2 mai, je me rendis à neuf heures du matin a l’Institution impériale des sourds-mueis, afin de me livrer aux mêmes expériences. Je ne peux mieux faire que de lire le procès-verbal qui a été dressé séance tenante, en présence du M. de Lanneau, directeur de l'établissement, et des trois professeurs Vaïsse, l’nybonnieux et Volquin.
DISCUSSION DU RAPPORT. 4 59
M. Menière, que j’avais convié à ces exercices, n'avait pu, à mon grand regret, s'y trouver.
Cours d’articulation. — Séance du lundi 2 mai
M. le docteur Ronnafont, membre correspondant de l'Académie impériale de médecine, se présente pour examiner les résultats obtenus au cours.
M. le directeur de l’Institution lui donne des renseignements sur la manière dont ce cours est établi.
Il est composé de 70 élèves qui se recrutent de la manière suivante: A leur arrivée à l’Institution, les enfants sont exercés h la parole pendant une année; après ce laps de temps, on élimine les sujets chez lesquels on ne reconnaît aucune aptitude, et les autres continuent à être exercés pendant les cinq années qui suivent.
Le cours a heu deux fois par jour : le matin de huit à neuf heures, et le soir de quatre heures et demie à cinq heures et demie (1); il est divisé en cinq catégories :
l r " catégorie. Elèves qui parlent bien et dont l'instruction est presque achevée.
2* — Elèves qui parlent assez bien et dont l’instruction
est moins avancée.
3* — Élèves qui commencent à parler.
é* — Élèves qui prononcent tous les sonsdontse compose
la langue.
5* — Élèves qui apprennent la valeur des sons.
Chaque catégorie comprend des élèves sourds de naissance, et d’autres qui le sont devenus à un ftge plus ou moins avancé; des demi-sourds et des sourds. Ce mélange a été nécessité par la diversité des intelligences, et par le plus ou moins d’instruction que les enfants possèdent.
Les élèves ont été classés, autant que possible, de manière que l’enseignement de la parole puisse profiter il leur instruction.
M. Ronnafont, désirant ignorer lu degré d'instruction de chaque élève, ou recommande a tous un silence complet, et 25 lui sont présentés nu hasard, qu'il examine et qu’il soumet à l'épreuve de ses diapasons. Celte opération donne les résultats suivants :
fl J Mais le trop grand nombre d'élèves ne permettant pas do les exercer tous à chaque cours, il n'y en a que la moitié par séance soumis aut exercices de la parole.
DE LA GUEEtlSU.N DE La SLRUI-ML'TITE.
Doi «rncon.
Hobert
Picaa. (Alfred).,
Plaid.
Dishc.
Plaid (jeune).
Plias (alué). .
ColouAs. . . .
Je sais.
Bissox.
COCÜEB .
NOTES
M. BO.VNAFONT.