QUELQUES RÉFLEXIONS
Ces réponses qui sont, en dernière analyse, la substance de celte longue discussion, appartiennent désormais à la science, elles sont tombées aujourd'hui dans le domaine public; il est donc permis de les discuter, d'en apprécier la valeur, la portée, de voir jusqu’à quel point la cause des sourds-muets, plus encore que celle de la surdi-mutité, y a gagné. L’Académie impériale de médecine a paru, dans cette affaire, tendre bien plutôt à un résultat philosophique qu’à une conquête médicale; elle s’est plus préoccupée de l'éducation qu'il convient de donner aux enfants affectés de cette infirmité fâcheuse, que des moyens de traitement à l’aide desquels on pourrait guérir l’infirmité elle-même, en un mot, la question d'enseignement a pris le pas sur la question thérapeutique. Cette tendance singulière est le résultat du travail primitif que la commission a dû examiner et qui, sous prétexte de guérison de la surdi-mutité, ne s’occupait au fond que d’un nouveau mode d’excitation de l’ouïe dans un but avoué de modifier profondément le système d'instruction employé jusqu’à ce jour. La commission entraînée dans cette voie, a mis de côté le traitement de la maladie pour ne voir que les avantages qui devaient découler de ce changement radical dans les habitudes de notre maison; aussi son rapporteur s’est-il en quelque sorte borné à paraphraser les demandes ministérielles, si bien que l’on aurait pu dire, si l’on ne connaissait sa parfaite loyauté, que la main qui avait rédigé les demandes avait poussé le soin jusqu’à rédiger aussi les réponses.
Mais, ainsi que nous l’avons fait observer, l’Académie n’a pas voulu s’associer à cette œuvre complaisante ; elle a modifié ou plutôt changé presque entièrement les conclusions premières pour y substituer des réponses beaucoup moins explicites; elle a parfaitement senti jusqu’à quel point sa responsabilité serait engagée si elle dépassait certaines limites; sa prudence, avertie par quelques voix influentes, a refusé un concours dont il était si facile de faire un dangereux usage.
Quelques mains non moins fermes qu’habiles sont parvenues à empêcher ces entraînements que provoquaient à l'envi certains orateurs et la plupart des journaux de médecine, mai cette réserve
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doit les examiner, constater leur infirmité, tant par ses propres recherches qu'à l’aide des pièces authentiques qui lui sont remises par lu famille ou par les correspondants. Ceci fait, il examine les oreilles de l’enfant aliu de savoir si celles-ci sont le siège de quelque maladie extérieure, et le plus souvent, il lui est impossible, dans cette première recherche, d’explorer les trompes par la raison que la plupart de ces enfants ontété déjà examinés, traités par des moyens plus ou moins douloureux, et qu'ils résistent opiniâtrement à tout examen nouveau. Il eu résulte que l’enfant reçu par une décision ministérielle est admis définitivement dès que l’on a vérifié l’exactitude des renseignements donnés par la famille et des certificats fournis par un médecin. Dès lors le sourd-muet est confié aux soins des maîtres d’étude, des professeurs, et l’on ne peut avoir de dounées positives sur son état physique qu'après qu'il a passé quelques semaines dans l'Institution.
Voici l'ordre suivi dans notre maison, les formes administratives qui président à feutrée et à l’admission des élèves. Plus lard, quand le sourd-muet est classé, quand ou sait au juste à quelle catégorie il appartient, j’ai à voir à l’infirmerie ceux, en très petit nombre, qui sont afi'eclés d'otorrhée purulente, ceux qui éprouvent des douleurs d'oreilles, ceux qui se plaignent d'un mal quelconque occupant ces organes. Ceux-là sont traités par les moyens ordinaires, par les injections, par les cautérisations au nitrate d’argent, par les applications de liquides astringents, mais surtout par un régime tonique, des ferrugineux , des amers et autres moyeus qui améliorent la constitution générale de l’individu; le succès dépend encore bien plutôt d’un bon régime alimentaire, d’une hygiène bien réglée, de tous les avantages qui résultent pour ces enfants du séjour dans une maison saine, vaste, aérée, où se trouvent réunies les conditions de salubrité les plus désirables.
Mais il ue faut pas l'oublier, les malades parmi nos élèves sont en minorité, la plupart sont exempts de toute lésion appréciable ; leurs oreilles, examinées avec le plus grand soin, ii’otfrent aucune trace de maladie; les sourds-muets de naissance, ceux qui le sont devenus par suite de convulsions dans la première ou la seconde année de la vie, ceux qui sont affectés de surdité nerveuse, nous offrent des oreilles parfaitement saines, la trompe est libre, les caisses 11e contieiiuent aucune matière étrangère ; ü n’y a donc aucun truiteuieut applicable. Et notez que lu plupart de ces pauvres eufants ont été traités avec une énergie dont ils conservent un triste souvenir; leurs tempes, leurs régions mastoïdiennes sont couvertes de cicatrices larges et profondes, la nuque a été labourée
par des sétons, le dos, les bras ont été couverts de vésicatoires qui se sont ulcérés, et rien de tout cela n’a eu la moindre influence sur une infirmité qu’on ne guérit pas. Faudra-t-il donc recommercer ces tortures, inventer quelque supplice nouveau pour combattre un mal incurable? L’Académie le conseille, le prescrit en quelque sorte, puisqu’il y a lieu d’espérer, dit-elle, de l'améliorer chez un certain nombre de sourds-muets. Encore faudrait-il dire sur lesquels il conviendra d’appliquer ce traitement spécial. Est-ce celui de M. Blanchet? Mais il a été démontré que ce chirurgien n’en employait aucun, tout comme Itard qui guérissait quelques sourdsmuets sons opération ni traitement (1). Est-ce simplement l'application d’une. musique quelconque, d’un orgue, d’un acoumètre et autres instruments plus ou moins sonores? Mais il n’y a rien de médical là-dedans, c’est un exercice de manœuvre, comme ceux que demandait l'abbé Sicard pour tous ses élèves.
Mais enfin, dira-t-on, il doit se trouver un certain nombre de sourds-muets qui peuvent acquérir quelque perfectionnement de l’ouïe, et qui, par conséquent, gagneront plus ou moins à l’intervention de l’art. Nous serions volontiers de cet avis, si ce progrès obtenu par nos soins avait une influence notoire sur leur position ultérieure, sur leur éducation, sur leur valeur intellectuelle et morale, en un mot, si par là nous pouvions leur être réellement utile. L’expérience nous a si bien démontré que ces prétendues améliorations de l’ouïe chez les sourds-muets, suite ordinaire d’un traitement quelconque, se bornaient à la vaine satisfaction de leur faire entendre un son, un bruit, de leur faire répéter un mot qu’ils voient bien plus qu’ils ne l’entendent, nous savons si bien ce que signifie cette sorte d’illusion si chère aux parents, si utile à ceux qui l’exploitent, que nous ne nous laissons plus séduire par ces beaux rêves, que nous résistons à ces pratiques, et que nous nous attachons surtout à ce qui peut contribuer au bien-être des infortunés confiés à nos soins.
L’Académie ajoute à son conseil ce correctif : « Mais l'expérience na pas encore ap/jris s'ils sont susceptibles de guérison complète, » C’est une manière fort nette, très précise de dire ce qu’elle pense de ces miracles tant vantés, de ces faits pris au hasard dans tous les recueils anciens ou modernes, d’indiquer la confiance qu'il faut avoir en ces histoires. Il serait plus exact de dire que l’expérience a démontré d’une manière générale l’incurabilité du sourd-muet ; mais enfin, nous acceptons le jugement tel qu’il est porté, et nous
(1) Voir le commencement de notre introduction.
croyons qu'il est de nature à rendre circonspects ceux qui seront tentés de recommencer les travaux d'Itard, de MM. Deleau, Blancliet, Hubert-Valleroux et Baudelocque. Non, il n'est pas encore démontré que l’on puisse guérir complètement un sourd-muet; tous les moyens mis en usage jusqu'ici n'ont jamais produit ce résultat; non, personne ne peut se vanter d'avoir acccompli ce prodige. Il faut essayer, sans doute; mais les tentatives si nombreuses des empiriques et des médecins ont échoué, et tout porte à croire qu’elles échoueront encore si l’on s’obstine à marcher dans celte voie obscure en prenant pour guide le hasard.
Deuxième réponse. — La possibilité de lire sur les lèvres est une faculté commune à tous les sourds-muets et sert de fondement à l'instruction de ces infortunés dans les écoles allemandes et à Paris dans diverses institutions.
Quant à l'articulation de la parole, elle peut, toutes choses égales d'ailleurs, relativement à l'intelligence de ces élèves, être obtenue à un degré d'autant moins imparfait que l'action de parler était primitivement moins complètement abolie.
Nous admettons que tout enfant sourd-muet, même de naissance, pourra apprendre à lire la parole sur les lèvres ; c’est là le premier fait établi dans cette réponse de l’Académie. Nous savons aussi que M. Ferrus voulait protester contre une assertion qui lui a paru beaucoup trop générale. Sans connaître les motifs sur lesquels se serait appuyé cet honorable académicien pour combattre ce principe, nous croyons devoir présenter quelques réflexions destinées à en limiter la portée.
De ce que tout sourd-muet est capable d’apprendre à lire la parole sur les lèvres, s’ensuit-il que l’on doive faire de cette faculté la base de l’instruction des sourds-muets? Nous ne le pensons pas, et voici pourquoi. Parmi ccs enfants, il y en a un bon nombre dont l'intelligence n’est pas assez vive pour tirer parti de ce genre d’instruction. Tous ceux qui n'ont jamais entendu, qui n’ont jamais parlé, et dont l'esprit est borné, ne comprendront qu’avec infiniment de peine l'utilité d’un pareil moyen de communication ; il faudra un temps énorme, des efforts inouïs pour arriver à des résultats presque nuis, tandis que ces efforts et ce temps seraient bien plus utilement employés à enseigner la mimique. Les sourds-muets qui ont l’orgRnc vocal très imparfait, chez qui le coup d’œil manque, qui ne saisissent pas des nuances délicates dans les mouvements de la bouche, de la langue, de la partie supérieure du larynx, ceux qui ne savent pas gouverner l'émission de l'air à travers la glotte, le pharynx, l'isthme du gosier, les fosses nasales, ceux-là se consu-
merout en vaines tentatives pour articuler des son 3 dont le mécanisme leur échappe; le maître et l’élève auront fait fausse route en poursuivant un succès impossible.
Voilà l'inconvénient de cette affirmation trop absolue, elle confond dans une division générale tous les enfants sourds-muets, elle les soumet à une règle uniforme, elle impose à tous un mode d’instruction qui ne convient qu’à quelques uns d’entre eux. Nous devons protester contre cette mesure arbitraire. Certes, nous croyons nécessaire de donner à tout sourd-muet le plus grand nombre possible de moyens de communication avec les hommes, de lui apprendre à lire sur la bouche des parlants, de dire lui-même certains mots usuels dont l'utilité est plus générale, mais nous ne pousserons pas à l’extrême l'application de ce principe salutaire, nous In restreindrons à mesure qu’il nous sera démontré que les facultés physiques ou morales de l’enfant sourd-muet lui donneront moins d’aptitude à cette étude difficile.
Les plus chauds partisans de la méthode dite allemande en usent autrement: ils éliminent peu à peu de leurs classes d'articulation les élèves qui montrent peu de dispositions, ils condamnent à une ignorance absolue les malheureux qui ne peuvent lire sur les lèvres, qui 11e peuvent pas parler, oubliant leur devoir à ce point que les plus dures formules de blâme leur sont prodiguées par tous les visiteurs de leurs établissements. Le triomphe de la méthode est ce qui les touche; ils sacrifient tout à ce plaisir de vaincre une difficulté qui paraissait insurmontable. Un sourd-muet qui parle leur semble le plus haut point de perfection que puisse atteindre un instituteur. Cette faculté de lire la parole et de parler, suivant eux, est la vraie mesure de l’intelligence de ces malheureux ; par conséquent, on 11e doils’occuper que de ceux qui possèdent cette aptitude, les autres n’en valent pas la peine.
Nous ne saurions protester avec trop d’énergie contre une doctrine semblable : elle nous paraît barbare, criminelle, tant lesexceptions à cette règle sont éé «vantes, nombreuses, tant il s’en faut que l’organe vocal et ses usages soient en rapport avec la valeur intellectuelle de l’individu. Bien qu’il ait plu à M. Valade-Gabel de nous reléguer loin de la classe des philosophes spiritualistes, nous déclarons très positivement que nous ue croyons pas à cette subordination de l'intelligence, nous ne donnerons jamais la première place aux organes qui serveut a ses manifestations, nous estimons la pensée plusque les paroles, une idée davantage qu’un mot. Nous croyons qu'il est plus important pour un enfant sourd-muet de meubler son esprit de connaissances exactes que de phrases toutes
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faites, qu’il répète le plus souvent mécaniquement, sans en connaître la valeur, à la façon d’un perroquet, comme l’a si bien dit M. Ferdinand Bertliier.
L’expérience prouve tous les jours qu’à l’aide des procédés ingénieux inventés ou perfectionnés par M. Vaïsse, des enfants complètement sourds de naissance parviennent à lire sur les lèvres et à articuler beaucoup de mol»; mais il est également démontré que cette étude n’est profitable qu’à un petit nombre de sourds-muets, que ce genre d’exercice, qui prouve la puissance de l’art, n’est utile qu’à ceux qui ont une aptitude spéciale à ce genre d’instruction , que les résultats obtenus comme ensemble sont loin de satisfaire les personnes éclairées qui ne se contentent pas d’un faux semblant d'instruction, mais qui veulent se rendre compte du produit réel de ce Ira' ail si pénible. Ajoutons qu’il se rencontre des enfants sourds-muets pour qui l’étude de la langue française est d’une difficulté si grande, qu’ils ne parviennent jamais à l’écrire correctement Ceux-là sont semblables aux parlants qui, transplantés hors de leur pays natal, n’apprennent pas la langue des peuples au milieu desquels ils vivent. Un long séjour au sein d’une nation étrangère ne leur donne pas la faculté de parler ce nouveau langage, ils conservent les formes, l’accent, le caractère de leur langue primitive, vingt ans d’exercice ne leur donnent pas ce qu’un autre pourra gagner en quelques années ; il y a chez eux une imperfection relative qui ne préjuge pas la question de capacité intellectuelle. Eh bien, les sourds-muets qui sont ainsi organisés ne pouvant apprendre quelques mots qu’avec une peine infinie, faudra-t-il s’ohstiner à leur donner un talent qu’ils ne peuvent acquérir, et consacrer en pure perte, à ce travail ingrat, un temps qui serait si utilement employé à autre chose?
Ainsi, bieti qu’il soit juste de dire que tous les sourds-muets puissent apprendre à lire sur les lèvres des parlants, il lien faut pas conclure que ce genre d éducation convienne à tous ces infortunés, car en agissant ainsi, on s’exposerait à priver la plupart d’entreeux des véritables sources d’instruction auxquelles ils doivent puiser, c’est-à-dire la mimique, la dactylologie, l’écriture et autres moyens pouvant servir à traduire la pensée. Donner la préférence, comme système général d’éducation, à la lecture sur les lèvres et à l'articulation, c’est, à l’égard des sourds-muets, substituer à la règle une chose exceptionnelle, c’est négliger la masse pour ne s’occuper que de quelques privilégiés, c'est se rendre coupable d’un vrai déni de justice envers le plus grand nombre de ces malheureux pour favo-
riser outre mesure ceux qui en ont le moins besoin, ceux qui, même b défaut de ce talent, trouveraient facilement en eux des ressources suffisantes pour remplacer ce qui leur manque Celte opinion, nous ne craignons pas de le dire, est celle de tous les véritables amis des sourds-muets.
Troisième réponse. — Les mouvements vibratoires des corps qui constituent la condition physique de la notion du son chez les sujets possédant le sens de l'ouïe, ne peuvent jamais donner une telle notion aux sujets privés de ce sens.
Mais, ainsi quil est généralement connu en physiologie et en pathologie, ces mouvements vibratoires produisent sur les organes de la sensibilité tactile une impression et une notion spéciales que les sourdsmuets peuvent mettre à profit dans un certain nombre de circonstances. Ce moyen d’instruction a été proposé, et se pratiquait antérieurement aux recherches de M. Blanche t sur ce sujet.
Il y a loin, comme on le voit, de cette solution si claire, si raisonnable, à la première réponse de lacommission. Il a fallu toute la verve de M. le président Bérard, toute la fermeté de MM. Bouillaud et Malgaigne pour rectifier une conclusion qui tendait à faire prévaloir une hérésie physiologique que l’Académie eût vivement regrettée, car elle n’eùt pas manqué de devenir une arme entre les mains de ses ennemis, si tant est qu'elle en ait. Nous ne comprenons guère , à vrai dire , la singulière obstination des orateurs qui ont cherché à établir un rapprochement entre les vibrations des corps perçues par l’ensemble de l'organisme, et les ondes sonores agissant sur le système nerveux spécial de l’oreille. Il est impossible de confondre deux sensations distinctes appartenant à des nerfs d’une organisation différente; c’est méconnaître d'emblée le fondement de la physiologie du système nerveux, l’appropriation de certains nerfs à la perception de qualités physiqOes différentes, transmissibles au cerveau par l'entremise de ces appareils constituant ce qu’on nomme les sens. Les émotions, les ébranlements qui résultent pour la peau des mouvements vibratoires, sont un genre de sensation qui diffère essentiellement de celle qui a son siège dans l'appareil acoustique, et lors même que l'habitude conduirait certains individus à reconnaître ces ébranlements, et à les rapporter à une cause déterminée, il ne pourrait en résulter la connaissance du son, qui n’appartient qu’à l’organe auditif. Argumenter sur certains phénomènes éprouvés par des sourds, et en conclure qu'ils ont la notion du son en tant que sensation , c’est dire , comme l’a imprimé M Blanchet, qu’il y a deux espèces d’audition , l’une par l’oreille , l’autre par la peau ,
RÉFLEXIONS SCR LES RÉPONSES ADOPTÉES PAR L’aCADÉMIE. 361
c’est s’efforcer de faire prévaloir ces énormités physiologiques qui ont été honteusement écrasées sous la puissante dialectique du président de l'Académie.
Mais enfin la science vraie l’a emporté sur le sophisme , les épilogueurs ont été poursuivis dans leurs derniers retranchements ; en vain cherchait-on à établir des analogies contre lesquelles protestait le simple bon sens, il a fallu en venir à cette formule si nette, si positive , qui tranche la question d’une manière souveraine , qui assigne à chaque partie du système nerveux son rôle spécial, qui ne laisse aucun refuge à des équivoques possibles , et réserve au nerf acoustique une fonction délicate, intellectuelle, en quelque sorte, que les nerfs de la sensibilité tactile avaient cherché à usurper. On se souviendra longtemps de cette lutte brillante , dans laquelle M. le professeur Bérard, s’appuyant sur une doctrine inébranlable, a déployé une vivacité d'esprit , une fermeté de raison , qui ont entraîné l'Académie dans un vote unanime.
Quatrième réponse. — Les élèves de la première catégorie, c'est-àdire ceux qui peuvent encore entendre, doivent être séparés des autres sourds-muets, et il y aurait un inconvénient réel à les réunir dans des classes communes et dans un même établissement.
Quant à ceux qui n entendent en aucune façon , et ne peuvent que lire la parole sur les lèvres , l'expérience n'a pas encore décidé entre V éducation par la mimique et l’éducation par la parole.
La première partie de cette réponse contient un précepte que nous ne pouvons accepter, (tard et la commission de 1828 avaient dit précisément le contraire. Il a été démontré que les sourds-muets complets ou non, vivant ensemble, échangeant des signes, se communiquant l’un à l'autre leurs pensées, gagnaient à cela plus d'intelligence , plus d'idées , qu’on ne pouvait leur en donner par tout autre moyen. La vie en commun est, pour eux, ce qu’est la conversation générale pour les entendants. M. Husson a fort bien établi que la source la plus féconde d’instruction pour les enfants ordinaires est ce qu’il appelle l’ audition indirecte, c'est-à-dire la faculté de saisir ce qui se dit autour d’eux ; l’air qui les environne est plein de paroles, c’est par cette voie que leur arrive la plus grande partie des connaissances usuelles , c’est de cette manière que les enfants savent tant de choses qui nous étonnent, parce que nous ne voyons pas comment ils les ont apprises. Eh bien, pour un sourd-muet, à quelque degré qu’il le soit, la fréquentation habituelle de ses compagnons d’infortune plus avancés que lui, plus instruits , constitue l’équivalent de cette conversation générale qui rend un si grand
service aux entendants. LA, en effet, ils voient continuellement des signes, ils échangent sans peine leurs sensations, ils sont témoins d'actions qui s’expliquent pour eux, dont ils saisissent le motif, le but, ils se servent instinctivement de leur étrange puissance d'imitation et de cette manière ils arrivent à savoir spontanément une foule de choses qu’il eût été difficile de leur apprendre.
L’expérience a prononcé cent fois en faveur de ce que nous venons de dire. Les enfants sourds-muets qui restent au milieu d'une famille d’entendants sont , à l’égard de ceux qui vivent dans une maison comme la nôtre, dans un rapport d’infériorité très remarquable , ils sont véritablement retardés , ils manquent d'une foule de notions que les autres ont acquises sans y prendre garde, à leur insu, grâce aux communications perpétuelles qui existent entre eux et leurs petits camarades ; les grands, les plus instruits, servent de moniteur aux nouveaux. Un pauvre enfant sortant du fond d’une campagne, où il a vécu jusqu a dix ans au milieu des troupeaux, et presque aussi sauvage qu'eux, arrive chez nous, conduit par ses parents , n’ayant aucune idée au delà de l’instinct primitif de sa conservation ; il est placé tout à amp au milieu d'une centaine de sourds-muets qui jouent dans la cour, il les regarde, il s’inquiète, le moment de la séparation est venu , sa mère le laisse , non sans larmes , il se manifeste alors des explosions de tendresse que le cœur comprend, mais enfin il faut que la séparation ait lieu, le petit sauvage pousse des cris , s’abandonne à toute la violence de ses passions, il cherche a s'enfuir, il se roule à terre, refuse de manger, pleure et se lamente, quelquefois ce spectacle se prolonge pendant plusieurs jours, mais enfin le calme renaît, le pauvre petit finit par regarder les autres enfants qui jouent, ceux-ci ne manquent guère de lui faire quelques caresses , de l’inviter à partager leurs amusements, peu à peu le chagrin s'efface, l'habit uniforme de la maison le séduit, le régime alimentaire lui parait bon, il est traité doucement par tout le inonde ; il est impossible , pour un enfant, de pleurer longtenqis la où tout le monde s'amuse et rit; la confiance renaît, et en moins d'une semaine ce jeune sauvage s’est civilisé, il comprend qu’il se trouve dans un inonde semblable à lui, il sent que ce sont des frères, il vit au milieu d'une famille qui est la sienne, où chacun pense et s’exprime comme lui , où il n’à rien à envier à personne, c’est son pays, son langage, ses mœurs, ses coutumes, et bientôt, à l'arrivée d’un nouveau sourd-muet non moins malheureux, non moins troublé qu’il ne l’a été, il cherche à lui rendre le service qu'il a reçu des autres, il sera sou mentor, son
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appui, heureux échange de sentiments fraternels, sainte tradition de dévouement affectueux, école mutuelle où il y a un égal avantage pour celui qui reçoit et pour celui qui donne.
Et c’est là ce qu'il faudrait détruire ! c’est IA ce que proscrit l’Académie, sous prétexte que cet enfant, sourd-muet plus ou moins complet, a conservé des restes de parole, et que le plus grand bénéfice qu’il puisse retirer d’une éducation quelconque, c’est de garder à tout prix cette langue , dont il se sert si mal ! Nous ne saurions souscrire & cet arrêt de nos honorables maîtres , nous no voyons IA qu’une surprise, le résultat inattendu d’un manque d’expérience, l’application exagérée d’une idée théorique qui ne soutient pas l'examen , et que tous les faits contredisent. Il a paru rationnel de faire deux classes de sourds-muets , ceux qui n’entendent pas du tout , et ceux qui entendent encore un peu. Ces derniers sont tout naturellement destinés à se servir de ce qui leur reste d’audition et de parole, il convient donc de les éloigner de ceux qui n'ont aucun de ces avantages ; cela parait tout simple à ceux qui ne tiennent compte que de ce point, qui leur semble capital ; mais si l’on veut examiner la chose avec un peu plus d'attention , si l’on veut voir ce qui se passe dans nos maisons , interroger , sans parti pris , les maîtres les plus habiles et les plus désintéressés , on verra que cet isolement, regardé comme nécessaire à ces élèves, est précisément ce qui peut leur nuire davantage. Si quelque vérité pratique ressort de ces longs débats , si les documents fournis de toutes parts établissent avec certitude un fuit, un seul, le plus important de tous, c’est celui-ci, à savoir, que la réunion des enfants sourds-muets favorise le développement de leur intelligence, leur donne une foule d’idées, contribue à en faire des hommes se rapprochant, autant que possible , de la grande famille des entendants ordinaires. Tout ce que la théorie pourra inventer en faveur de la séparation viendra échouer contre l’expérience de chaque jour. Non, les enfants sourds-muets qui ont conservé un reste d'audition et la faculté de parler plus ou moins bien , ne perdent pas ces deux avantages en vivant en commun avec les sourds-muets qui n’entendent ni ne parlent. Les uns , susceptibles d’acquérir un peu plus d’ouîe , une meilleure articulation des mots, reçoivent le mode d’enseignement propre à développer ces qualités, mais la mimique à laquelle se livrent devant eux les autres enfants , et qu’ils ont une tendance invincible à imiter, ne leur fait rien perdre de cequ’ils possèdentd’ailleurs ; ces deux sortes de science marchent coitcur, enunent, elles se viennent en aide mutuellement, le sourd-muet qui (tossède le mieux la première peut fort bien exceller dans la seconde , comme aussi
celui qui est le plus habile en mimique sera peut-être tout à fait impropre à la parole et à la lecture sur les lèvres. Donc, n’excluez rien, prodiguez uu contraire ces talents divers, cultivez avec soin ces aptitudes individuelles , soyez certain que le sourd-muet en tirera bon parti , et que, dans telle circonstance donnée , l’un de ces moyens faisant défaut, l'autre prendra sa place. En pareille infirmité , il faudrait avoir trop de ces ressources pour en avoir assez.
La seconde partie de la quatrième réponse laisse dans le doute une question capitale, la prééminence d’une méthode d’éducation sur l’autre, de la mimique sur l'articulation ou de celte dernière sur la mimique. Nous comprenons à merveille la réserve de l'Académie sur une matière aussi difficile, aussi étrangère à ses travaux habituels. Quand un congrès d'instituteurs de sourds-muets n’a pu trancher la difficulté, le premier corps médical de France pouvait bien décliner sa compétence à l’aspect des obscurités qui se montraient de toutes parLs; des orateurs également dignes de confiance soutenaient des thèses opposées, les arguments les plus contradictoires étaient produits avec l'assurance que donne une conviction profonde, on sollicitait avec ardeur un jugement exclusif, comment l'Académie aurait-elle pu se prononcer sans compromettre sa dignité? Elle a dû exprimer un doute, c’était le seul parti à prendre en présence de ce débat où les contendanls s'attribuaient la victoire.
Cependant nous croyons qu'au lieu de rester dans le doute et d’en appeler à l'expérience future, l’Académie eût mieux fait de recommander les deux méthodes, de les combiner, de les rendre obligatoires, car elle a pu se convaincre par les reproches d’insuffisance adressés tour à tour à chacun de ces systèmes , que dans certains cas l'une des deux éducations laissait au dépourvu celui qui l'avait reçue. Or, si nous ne nous trompons pas, il fallait conclure de ce fait que les deux modes d’instruction doivent se suppléer mutuellement, qu’ils doivent être congénères et non pas antagonistes, attend t que le sourd-muet se trouvera souvent dans l'occasion de recourir à l’un ou à l'autre. C’est, en effet, ce que démontre chaque jour l'expérience : les meilleurs sourds-muets, c’est-à-dire ceux qui possèdent le plus grand nombre de moyens de communication soit avec les entendants, soit avec leurs compagnons d’infortune, se trouvent en rapport avec des personnes qui ne comprennent que l'un ou l'aulre langage, ils doivent recourir à tous les artifices propres à remplacer ce qui leur manque, bien heureux quand cela suffit. Il est impossible de soutenir que l’un
de ces moyens puisse suffire dans tous ces cas; le sourd-muet qui parle le mieux rencontrera un étranger incapable d'entendre son langage; celui qui lit le mieux sur les lèvres aura affaire à un individu qui prononce mal, qui a de la barbe, ou dont la bouche n’est pas assez éclairée, tous deux ne pourront converser, force leur sera bien de recourir à d’autres moyens, à la mimique, par exemple, à ces signes si injustement décriés par certains orateurs, à ces gestes que tout le monde comprend et qui sont véritablement la langue universelle.
Ainsi, nous ne pouvons imiter la réserve de l’Académie en cette circonstance; il nous semble que rien n’autorise à faire un choix absolu, exclusif entre ces deux méthodes d’instruction des sourdsmuets. Il nous paraît cent fois préférable de les combiner, de faire qn’elles se prêtent un mutuel appui. lût s’il fallait faire un pas de plus dans cette voie, nous ajouterions que dans tout état de cause, la mimique doit avoir la préférence: c’est elle qui prépare en quelque sorte les succès de l'articulation. A l’aide des signes naturels ou de convention, le sourd-muet, quel que soit le degré de son infirmité, acquiert d’abord des idées; il comprend les rapports des choses; il pénètre dans le monde moral; il s’enrichit d’une foule de connaissances qui ne lui coûtent aucun effort ; c’est avec des signes que le professeur peut se faire comprendre ; c’est le fil mystérieux qui le dirige dans ce dédale ; par conséquent, il faut s'en servir, il faut en apprendre l'usage et l’importance aux enfants qui ne peuvent s’en passer, quoi qu'on ait pu dire à cet égard. Ainsi, ne séparons pas les sourds-muets en plusieurs classes, laissons-les vivre en commun, les plus favorisés avec ceux qui le sont le moins, tous y gagneront, tous apprendront à s'aimer, à sc secourir, à se réunir fraternellement contre les difficultés de la vie. L’instruction classique n’est pas le seul but qu’il faille se proposer avec eux comme avec les entendants, le rapprochement des individus perfectionne la sociabilité générale, porte d'heureux fruits dans l’avenir, soulage et console les malheureux en les désignant à la bienveillance de ceux qui ont du superflu. Quand on vit avec les sourds-muets, on comprend mieux leurs besoins, on s’aperçoit que le trésor qui leur manque, ce n'est pas la parole, mais l'intelligence, ce n'est pas l’expression, mais l’idée, parce que l’absence de l'ouïe leur enlève le bénéfice commun aux hommes qui entendent, cette multitude de petites choses qui échappent à toutes les bouches, ce monde de pensées qui flotte dans l'air, la vraie pâture de l’esprit, aussi nécessaireà celui-ci que l’air aux poumons, le pabulum vitœ par excellence, ce qui fait de l'individu le moins spirituel un membre actif
de la société dont il partage les sentiments, les émotions, tandis que le sourd-muet a besoin qu’on lui explique tout ce que les autres saisissent sans avertissement. Nous ne parlons ici, bien entendu, que du sourd-muet isolé, livré à ses propres ressources; ces réflexions ne sont plus applicables à la société (les sourds-muets. Dès que, par leur réunion, ils peuvent échanger leur pensée, il se développe aussitôt, par ce simple contact, un accroissement d'intelligence qui profite non moins à la masse qu'aux individus, c’est une force qui résulte du rapprochement, c’est cet admirable appareil de physique dont l’action s’accroît en raison du nombre des éléments qui le composent, il se développe dans un groupe nombreux de sourds-muets un esprit public, une émotion générale , une sorte de sympathie qui les anime. Il suffit de les avoir vus dans leurs fêtes annuelles, quand ils célèbrent l’anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Épée, oh! alors, ce 11 e sont plus les mémos hommes; la mimique prend un éclat surprenant, le télégraphe électrique ne transmet pas plus promptement la pensée, et l’on peut leur appliquer ces belles paroles de Cassiodore : Loquacissimœ manu* , lingosi digiti, siletiliwn clamosum, expositio lacita, attendant /tontines /xrsse et sine oris ufjatu suum celle nunciare.
Comparez celte réunion à celle des parlants artificiels et voyez si ce langage informe sera compris par la masse des élèves, si ces saillies, qui excitent l'enthousiasme parmi les nôtres, produiront des mouvements semblables quand la bouche seule d'un individu qui ne s’entend pas sera le point de mire de cent sourds-muets cherchant à comprendre des paroles incorrectes ou obscures? Ceux qui ont pu faire cette double épreuve u’hésiterout pas à donner la préférence à la mimique; l’Académie a cru devoir s’abstenir, mais elle eût proclamé, par un vote unanime, la supériorité de notre mode d'enseignement des sourds-muets, si elle avait pu voir les uns et entendre les autres, lin quart d’heure consacré à cet examen suffirait pour motiver un arrêt sans appel.
Cinquième réponse. — (tuant uu succès à espérer du traitement par l' instruction au moyen du développement gradué et successif de l’ouïe et de la parole, des exercices d'acoustique et du langage articulé pour les élèves de la première catégorie, l'Académie s'en référé à ce qui a été dit plus haut. (Première réponse.)
Pour ce qui a trait aux autres catégories, elle redit encore que l'expérience n’a pas suffisamment décidé à cet égard.
La demanae ministérielle (voir le rapport de M. Piorry, page 25) avait pour objet do savoir si , à l’aide des procédés curatifs de M. Manchet, les deux catégories de sourds-muets pourraient, à la
fin de leurs études, rentrer dans leurs familles et duns la société avec la faculté de communiquer et de converser plus ou moins complètement au moyen du langage articulé. C’était là en quelque sorte le résume de la nouvelle tentative de M. Blanchet; il s’agissait de couronner son œuvre musicale, de déclarer que les sourds-muets dont il s'était occupé avaient cessé de l'être, que le miracle était accompli. L’Académie s’est souvenue des conclusions du rapport de M. Husson, du succès constaté, il y a déjà vingt-cinq ans, des résultats aujourd’hui contestables de ces tentatives qui paraissaient alors si riches d’avenir; elle n’a pas voulu reutrer dans cette voie si pleine d’illusions et d’erreur, elle a seulement établi ce fait si connu, que tout sourd-iuuel est susceptible d’une certaine amélioration auditive dès que l’on s'occupe de stimuler, par un moyen quelconque, son oreille atfaiblie. C’est la ce qu’il y a de plus clair, de mieux démontré dans celte thérapeutique rationnelle ou empirique de la surdi-mutité. Faites du bruit, éveillez l’attention des enfants privés de l’ouïe, apprencz-leur a écouter, bientôt ils pourront entendre un peu, plus ou moins, suivant la nature de leur infirmité, mais arrivés a un certain point, le bénéfice cesse; il y a dos obstacles que l'on ne peut franchir; en vain les guérisseurs promettent d’aller au delà, en vaiu Tardent désir des parents, le besoin d’espérance les porte à poursuivre des épreuves nouvelles, à compter sur un succès impossible, il se trouve toujours quelque circonstance servant à expliquer l'échec du médecin pédagogue, et l’on recommence à traiter de la même manière d’autres enfants qui ne seront pas plus heureux que les premiers.
L’Académie a donc eu raison de se borner à spécifier le fait d’une amélioration possible à l’aide d’un traitement spécial; elle ne se compromet pas en parlant ainsi, mais nous craignons encore qu’on ubusc de cette déclaration si simple. 11 y a là de quoi servir d'encouragement a tout spéculateur qui voudra exploiter la crédulité des familles; votre enfant est sourd-muet, je le ferai entendre, j’améliorerai sa situation, je le guérirai de telle façon qu'il puisse saisir certains bruits, je lui enseignerai à parler, ce ne sera plus un sourd-muet, par conséquent; voyez plutôt ce qu’a dit l’Académie. Et comme sur l'ensemble de ces infirmes il s'eu trouve toujours quelques uns dont la surdité classée à la hâte et par erreur parmi les incurables, devra subir des modifications importantes par le progrès de l’àge, par un changement heureux dans la constitution de l'enfant ou même par un traitement quelconque, ce fait habilement exploité, servira de type ou plutôt d’appàt et entraînera dans la même voie tous les autres qui ne peuvent légitimement espérer un pareil bé-
néfice. Là est donc le danger ; on déclare qu’un certain nombre de sourds-muets sont susceptibles d’amélioration; par cela même le chirurgien se trouve autorisé à les traiter tous, sans distinction de classe ou d’espèce, sans motif valable, sans espoir d'être utile, mais uniquement pour complaire à une famille qui désire par-dessus tout la guérison d’une infirmité aussi déplorable.
Nous aurions voulu que l’Académie entrât franchement dans une autre voie, qu’elle mit un terme à des abus que tout le monde connaît, dont on gémit, qu’on ne réprime pas, parce qu’ils échappent par leur nature à tout contrôle scientifique. Il appartenait à un corps savant, aussi haut placé dans l'estime publique, d’avertir les familles affligées de se tenir en garde contre ce leurre auquel tant de gens se sont laissé prendre. En établissant comme une vérité démontrée que les prétendues guérisons de la surdi-mutité méritent peu de confiance, en faisant voir que certains cas exceptionnels ne peuvent motiver l'espoir d’un hasard aussi heureux, en déclarant que les améliorations même les plus grandes, comme celles dont M. Benjamin Dubois est le type remarquable, ne changent rien au fond des choses, ne rendent pas à la société un sourd-muet qui ne peut y prendre sa place, l'Académie aurait rendu un vrai service aux familles en les prémunissant contre des promesses vaines et contre les autres inconvénients qui résultent de ces pratiques où la bonne foi ne tient pas toujours le premier rang.
Peut-être nous trouvera-t-on un peu sévère sur ce chapitre ; nous en convenons volontiers, mais nous alléguons pour excuse la connaissance d'un bon nombre de faits qui ont le pouvoir de mettre en échec notre modération habituelle Nous savons que nous avons tous le droit de compter sur les efforts ou plutôt sur les hasards de la nature médicatrice, qu'en se livrant à des pratiques plus ou moins rationnelles, on arrive quelquefois à des résultats inattendus, merveilleux en quelque sorte, que le public et certains médecins regardent comme un éclatant démenti donné aux doctrines des confrères les plus habiles et les plus circonspects; nous savons aussi qu’en admettant, en thèse générale, l'incertitude du diagnostic dans certaines maladies cérébrales ou sensorielles, et par conséquent les difficultés d'un pronostic fondé sur ces bases douteuses, on laisse un champ libre aux hommes plus hardis qui recherchent avant tout le bénéfice éclatant d’un succès inespéré, mais ces diverses considérations n’ont pas la puissance d’ébranler un principe que nous proclamons bien haut, le devoir de s’abstenir quand on ne croit pas pouvoir être utile. Que ce précepte soit d'une application difficile, d'accord ; qu'il se prête à des interprétations élastiques, nous en
RÉFLEXIONS SUR LES RÉPONSES ADOPTÉES PAR L’ACADÉMIE. J Ci»
sommes convaincu ; mais nous prétendons qu’à côté de l’abus impossible à éviter, il y a un frein salutaire qui retiendra tout homme consciencieux. Nous ne saurions transiger avec le devoir, pas même quand le malade lui-môme nous y convie. Nous n’acceptons pas la formule : Qui mit decipi, decipiatur!
Sixième réponse. — M. le ministre remarquera que dans ces ré/jonses, l'Académie na pas parlé du traitement chirurgical ni des méthodes de M. Blanchet. Ce médecin na fait que mettre en usage des méthodes thérapeutiques connues avant lui, à part cependant l'application de divers instruments ( tels que les acoumèlres et l’orque ) qui sont plus précis que les autres pour mesurer le degré de l’audition et les progrès qti'elle peut faire sous l’influence du traitement.
Cette réponse de l’Académie est la reproduction exacte de l’opinion qui avait été si nettement formulée dès le commencement de la discussion dans la lettre écrite par l'honorable M. Guéneau de Mussy. (Voy. p. 28, 29 et 30). Cet académicien, qui faisait partie de la commission de 1828, n’avait pas oublié les travaux d’Itard et le rapport de M. Husson ; il lui était impossible de voir une méthode nouvelle dans la reproduction servile des premières tentatives; il s’agissait évidemment d’une copie, et si l’auteur de la lettre en question, relevant ce rapprochement facile, ajoute, avec sa bienveillance habituelle, des éloges que l’on a voulu faire passer pour une approbation complète, il suffit de voir le dernier parti pris par l’Académie tout entière pour comprendre la portée de ce jugement définitif. Ainsi, dans ce travail qui a si longtemps occupé la commission et l’Académie, qui est devenu la cause d’une des plus longues et des plus orageuses discussions qu’on ait vues dans le sein de cette compagnie savante, il n’y a rien de chirurgical, il n’y a pas de méthode de traitement, il n’y a rien qui soit par conséquent du ressort de l’Académie impériale de médecine. Ce travail de M. Blanchet s’est fourvoyé ; ce n’est pas là qu’il devait chercher des juges; cette discussion est un hors-d'œuvre, du temps perdu, puisque la science n’y a rien gagné, puisque les malades n'en sont pas plus avancés, puisque l’humanité n’a pas à s'en réjouir (1).
(I) Disons cependant qu’à l’honneur des compagnies savantes appelées à discuter ces questions ardues , il ressort toujours un utile enseignement de la discussion elle-même. L’esprit public dans l'Académie de médecine se forme promptement, le débat prend un caractère qui n’échappe aux yeux de personne ; on sent de quel côté est le bon droit, le bon sens, la justice, 1 honnêteté. Il y a dans l’Académie un instinct répulsif à l’égard de tout ce qui ressemble à l'industrie , à la spéculation; et n’y eût-il que
370 DE LA (U ERISON DP. I.A SCEDI-1UTITÉ .
L’emploi de l'orgue, de l’acoumètre ne peut passer pour une découverte , quel que soit le degré de précision de ces corps sonore» pour apprécier les progrès dus au traitement, et cependant c'est la seule chose que l'Académie accorde a M Blanchet. Nous ne voulons pas la lui contester, le chicaner sur sa musique , dont il prétend tirer un si grand parti; que ce soit, si l’on veut, une nouvelle lyre d'Amphion bâtissant les murailles d'une autre Tlièbes, nous ne demandons pas mieux, ne fùt-ce que pour ne pas troubler une harmonie si puissante. Mais le lecteur de ces longs débats , celui qui aura donné une attention particulière aux plaidoyers de M. Bouvier, aura sans doute remarqué que cet honorable académicien n'a pas dit un mot de ce fameux moyen de traitement destiné à ouvrir aux sourds-muets une ère nouvelle. La classe d’articulation de notre Institut a pour résultat, au dire de M. Bouvier, d’enlever à nos élèves le peu d’audition et de parole qui leur reste ; la classe de musique de M. Blanchet doit, au contraire, non seulement entretenir ces qualités , les développer, mais encore lis créer chez ceux de ces enfants qui ne les possèdent pas , et cela grâce aux moyens employés par l’auteur de la nouvelle méthode, ür, cette méthode consiste uniquement dans le son de l’orgue, que l’on fait entendre aux sourds-muets une heure par jour et cinq fois par semaine. Comment M. Bouvier n’a-t-il pas insisté sur la valeur de ces procédés, dont il vantait si fort les produits? Si la séance musicale donnée tous les malins par l’organiste de M. Blanchet suffit pour guérir tous les sourds-muets, pourquoi ne pas rendre justice à l’instrument, et par quel singulier oubli l’orateur, qui a déployé un si grand zèle pour tant de choses peu importantes, n’a t-il pas dit un rnot de cet orgue, decet acoumètre à qui l’on doit de semblables merveilles? M. Bouvier n’aimerait-il pas la musique? Aurait-il assisté a quelques-unes de ce* séances matinales, où une douzaine de sourds-muets exécutent un concert si peu harmonieux ? Nous le croirions volontiers , mais ce n’est pas notre affaire. Il nous importe seulement de savoir en quoi un orgue peut être utile à un sourd-muet.
Celte question, posée sérieusement, n’a pas été examinée par l’Académie. La commission avait paru s’en occuper , ou du moins le rapport faisait grand bruit du nombre de vibrations perçues par nos élèves ; elle attribuait à celte sorte de gymnastique la faculté
celte sorte de manifestation intime qui se sent et se deviDe plutôt qu elle ne se voit, il en résulterait un bénéCce tout clair pour le public. Ainsi, sous ce rapport, l’affaire de la surdi-mutilé aura produit de boru risuUaU.
RÉFLEXIONS S OR LÉS RRHONSÉS ADOPTÉES PAR l’aCADÈMIE. R?t
de développer l'ouïe, de la metlre en rapport avec des sons de plus en plus aigus, et le plus haut degré de sensibilité des sourds-muets était considéré comme la plus grande aptitude à recouvrer la parole. On a cru généralement qu’il y avait là une illusion, que cette disposition à percevoir les secousses produites par ces vibrations n'indiquait pas une intervention plus spéciale de l’ouïe, que l'on confondait l’ébranlement total de l’individu avec l’audition ellemême, et que, par conséquent, les conclusions du rapport n'étaient pas légitimes. Ce qu’il y a de certain, c'est que, dans les dix séances consacrées à la discussion de ce document, il n'a plus été question de l'orgue et de l’acotimètre, personne n'a songé à mettre en lumière les avantages de ces instruments ; c'est que tout le monde a compris que cette musique nouvelle ne valait pas mieux que celle employée en 1804 par Itard. Il ne s’agit pas, en effet, du nombre exact de vibrations que peut percevoir une oreille affaiblie , peu importe ce détail , d’autant mieux que ces sortes d'ébranlements mécaniques ne donnent pas du tout la mesure de l’aptitude réelle à entendre la voix. On a beau dire , la voix n’agit pas seulement comme bruit, on ne la saisit pas d’autant mieux qu’elle est plus intense ; telle oreille impressionnée par un son d’une nature déterminée ne le sera pas nécessairement deux fois , quatre fois davantage par un son deux fois, quatre fois plus fort. Ces rapports numériques, séduisants de prime-abord en raison de leur précision même, sont loin de représenter fidèlement ce qui se passe chez les individus affectés de surdité : telle oreille qui sent le battement d’une montre à 5 centimètres n’entend pas la voix , tandis que telle autre qui est très apte à la conversation ne perçoit pas le bruit de la montre, même au contact. Il y a dans l’organisation de l’oreille des particularités physiologiques dont on ne se rend pas qompte: par exemple , l’impossibilité d’entendre certaines notes au milieu d’une gamme quand le reste de cette gamme est parfaitement entendu ; l’altération de certaines notes qui semblent fausses lorsque toutes les autres conservent leur justesse. J’en ai observé de fréquents exemples sur des artistes, sur des fabricants d’instruments de musique, sur des chanteurs. Comment, après cela, oser attribuer à la musique une propriété curative au bénéfice des sourdsmuets? Comment croire qu’il suffira de jouer de l’orgue en présence de ces infirmes, pour réveiller la sensibilité de leurs oreilles engourdies ou milles? Nous tenons pour certain que chez la plupart des élèves traités de celte façon par M. Blancliet ou plutôt par son organiste, il n’y a eu aucune amélioration que l’on puisse attribuer à ces manœuvres; les notes de M. Volquin le constatent, les élèves
372 DI LA GÜÉBISON DI LA SCRDI-MÜTITÈ.
en conviennent : c’est un fait de notoriété publique dans notre
maison.
Nous pourrions multiplier ces objections , qu'il nous suffise de dire que l’intervention des instruments sonores dans le traitement de la surdi-mutité n'a produit jusqu’ici aucun avantage réel ; que les succès annoncés sont contestables, parce que les enfants soumis à ces soins ne les ont pas reçus à l’exclusion de tout autre ; que les élèves de la classe Blanchet ont été admis à l'enseignement Vaïsse, Valade-Gabel et Volquin ; que ceux qui n’ont pas entendu l'orgue ont profité des leçons d’articulation tout autant que ceux qui ont eu la plus large part dans l’audition de cette musique; enfin, que pareille expérience ne peut être considérée comme probante, puisqu’elle rie remplit aucune des conditions propres à en assurer la valeur.
Septième réposse. — L'Académie est d'avis qu'il serait utile, pour résoudre les questions pendantes entre les diverses méthodes de traitement de la surdi-mutité, et pour imprimer, au besoin, une direction nouvelle à l'éducation des sourds-muets, de créer près de l'Institution impériale un conseil de perfectionnement, analogue à celui qui a été attaché à l'École polytechnique.
Nous acceptons d’autant plus volontiers cette réponse qu’elle provoque le rétablissement de ce qui a toujours existé dans notre maison depuis son origine jusqu'à l’année 1839. Anciennement, il y avait à l'Institution des sourds-muets un conseil d'adminislratiou composé de sept membres, qui dirigeait tout, nommait aux emplois vacants, c’est-à-dire présentait à l’approbation du ministre de l’intérieur les fonctionnaires qu'il avait choisis. De plus, il y avait un conseil de perfectionnement compsé de cinq membres, MM. Raynouard, Abel Rémusat. Ordinaire, Frédéric Cuvier et Feuillet, avec quelques changements dans ce personnel par suite de décès ou de démissions. Vers l’année 1828, les professeurs de l’Institution se réunissaient en conférence, se communiquaient leurs idées sur les améliorations de l’enseignement, sur l’utilité d'une marche uniforme; ils tendaient ainsi à organiser une méthode rationnelle, un corps de doctrine, résultat de leurs communs efforts. Le conseil de perfectionnement pouvait puiser à cette source féconde les idées pratiques les plus justes, introduire dans le système d'éducation des sourds-muets les changements indiqués par l’expérience : c’était une chose excellente destinée à exercer la plus heureuse influence sur l’avenir de notre maison. Des circonstances particulières mirent un terme à l'exécution du programme suivi jusque-là. Cette réunion des professeurs avait eu pour résultat la composition en
Digitiz»
commun de travaux du plus haut intérêt, qui, sous le titre de Circulaires, étaient rédigés et publiés par les soins d’un de ces messieurs, et envoyés à toutes les institutions de sourds-muets connues; ces travaux furent abandonnés au grand détriment des malheureux sourds-muets. M. Edouard Morel, il est vrai, a cherché à remplacer ces publications si utiles en créant les Annales de l’éducation des sourds-muets et des aveugles, ouvrage périodique qui, depuis 1844, a recueilli, avec un soin intelligent, tous les matériaux les plus propres à perfectionner cette partie de l'enseignement public.
En février 1841, une ordonnance royale établit auprès du ministre de l’intérieur un conseil supérieur destiné à. la surveillance des établissements généraux de bienfaisance et d’utilité publique, au nombre desquels se trouve l'Institution des sourds-muets. A partir de cette époque, l'administration de la maison fut remise aux mains du directeur responsable, assisté d'une commission consultative. C’était un régime tout nouveau ; mais l’autorité supérieure n’ayantpas jugé convenable de rétablir un comité de perfectionnement , chaque professeur put agir à sa guise dans le cercle de ses attributions. La commission consultative, telle qu’elle existe aujourd’hui, se compose de MM. Thomas, de la cour des comptes, président; Goupil, du conseil d’État; Michelot et Chevreau père. Ces messieurs assistent aux examens semestriels, ainsi qu'aux commissions des professeurs chargé%de l'examen des personnes qui se proposent de contribuer à l’enseignement des sourds-muets, et légalisent en quelque sorte les brevets de capacité donnés à ceux qui le méritent; ces diverses fonctions , qui se rapportent, comme on le voit, à l’instruction des élèves, ne peuvent perfectionner ou modifier en rien le système d'enseignement suivi par les professeurs. Cette commission peut apprécier les résultats; elle constate la supériorité de telle classe sur telle autre; elle a, sous ce rapport, une opinion personnelle sur la valeur relative des maîtres, mais elle ne change rien aux procédés mis en pratique, et diffère autant que possible de ce comité de perfectionnement qui avait pour mission , pour but, de provoquer tous les changements reconnus nécessaires.
Le vœu émis d’abord par l’honorable M. Bégin, accueilli par un vote unanime de l’Académie, et devenu dès loi s une résolution formelle de ce corps savant, a donc pour résultat de rétablir une institution utile, tombée en désuétude par suite île circonstances que le pouvoir seul saurait expliquer. Si l'administration fait droit à cette demande, nul doute que ce conseil ne soit accueilli
374 DS Là (iUKHISON DK Là SURDI-MUTITÉ .
avec bonheur par toutes les personnes de notre maison ; le directeur. les maîtres, le médecin lui-niéme applaudiront, aux ell'orts des hommes honorables choisis par l'autorité pour perfectionner le système d'études, pour aviser aux moyens de modifier certaines pat lies du programme d'admission ; pour demander que les enfants puissent entrer cites nous plus tôt , h huit ou neuf ans (1) par exemple, moius âgés encore si l’on veut, afin de prévenir les inconvénients d'habitudes si différentes de celles qu'ils doivent prendre dans la maison. Ce conseil ne manquerait pas d'occasions pour constater l’utilité réelle des moyens thérapeutiques mis en usage dans le but de guérir ou de diminuer la surdité; il serait en mesure d'apprécier la valeurde ces tentatives déjà si souvent renouvelées sans utilité pour ces pauvres enfants; il pourrait aussi présider au clussement des sourds-muets, décider que les uns seraient soumis à l'articulation et à la lecturesnr les lèvres, tandis que les autres étudieraient de préférence la mimique Oii éviterait par là une perle de temps très préjudiciable à ces enfants; on consacrerait plus de soins, plus d’elforls aux plus intelligents, è ceux qui, en raison de diverses circonstances, sont plus aptes à recueillir les bienfaits d'une éducation supérieure, tandis que, se bornant au nécessaire pour les moins heureusement doués, on donnerait è ceux-ci une instruction moius étendue, mais largement compensée pour eux par les travaux industriels. C'est surtout dans une maison comme la nôtre qu'il importe de choisir les sujets, de l^s diriger vers le point qu'il leur sera donné d'atteindre, de sortir de cette routine qui, sous prétexte d’égalité, de philanthropie, n'arrive à des résultats incomplets qu'à cause de ce défaut de classification. L'État, qui fait eu grande
(t) Nous apprenons que cette mesure d'une si grande importance pour soi élèves, proposée à 1 approbation du ministre par la commission consultative et par le directeur, vient d'obtenir le complet assentiment de l’autorité supérieure, et qu’à la rentrée prochaine noue recevrons des enfants âgés de neuf ans. La Sociite centrait d'éducation et d'auiilance pour le» lourd t mueli en f ranci a pu se convaincre, depuis plusieurs années, que les sourds-muets qui jouissent du bénéfice de son haut patronage dans des institutions particulières où ils sont admis à six, sept et huit ans, sont déjà très aptes à recevoir le genre d'éducation qui leur convient le mieux , et qu'il n'est pas nécessaire d'attendre qu ils soient plus avancés en âge pour s'occuper de ce soin. Cette expérience acquise a provoqué la démarche de l'administration do notre maison et amené I heureux résultat dont les pauvres sourds-muets sont appelés dès aujourd'hui à recueillir le fruit.
RÉFLEXIONS SUR LES RÉPONSES ADOPTÉES PAR l’àCADÉMIE. 375
partie les frais d’éducation des sourds-muets, se substitue à leur famille, prend les mesures les plus efficaces pour assurer l'avenir de ces infortunés : il est de son devoir de les diriger dans la voie la plus utile pour eux ; il doit choisir le genre d’instruction pour lequel ils montrent le plus d’aptitude; par conséquent , il remplacera les parents des élèves de nos lycées qui décident que tel enfant laissera les études classiques pour suivre la carrière des sciences. C’est son rôle, celui d'un tuteur vigilant, d’un conseil et d’un guida
Parmi les sourds-muets, il en est beaucoup qui ne tirent qu’un faible parti de l'instruction qu'on leur donne; leur intelligence bornée, soit primitivement, soit par suite de la maladie qui a détruit leurs organes auditifs, résiste aux efforts des maîtres; ils restent dans las rangs infimes de ces écoliers à la suite, dont les professeurs s’occupent peu , car ils savent que leurs soins seront superflus. A ceux-là faut-il donc prodiguer des trésors dont ils sont incapables de profiter, faut-il semer sur ce sol ingrat, cultiver cette plante stérile , vrai sauvageon que Dieu n’a pas voulu greffer , et dont le jardinier le plus intelligent ne pourrait rien obtenir ? Non, sans doute, le sentiment du devoir mieux compris entraînera des conséquences plus heureuses ; l’enfant incapable ne sera pas traité comme le plus habile, le mieux doué ; à l’aide de ce discernement plus équitable on donnera à ces organes le genre de nourriture intellectuelle qu'ils |>euvent le mieux assimiler.
Le rôle du conseil de perfectionnement dans une maison comme la nôtre est tout tracé d'avance Réunir les professeurs à des époques régulières, établir entre eux des conférences ayant pour but le perfectionnement de la méthode d’instruction ; arriver peu à peu à l’uniformité des procédés , afin de produire comme conséquence l’uniformité des résultats; offrir à chaque sourd-muet l’espèce et le degré d'instruction que comporte son intelligence; donner a tous les sourds-muets la plus grande somme possible de moyens de communication avec le reste de la famille humaine; simplifier les procédés d’instruction en les régularisant ; s'appliquer fortement à ce qu'il y ait une similitude parfaite entre les signes employés aux mêmes usages dans tous les pays, les stéréotyper en quelque sorte, afin d'en faire un vrai dictionnaire du langage mimique : tel est le but qu'il s'agit d’atteindre. Beaucoup d’efforts ont été faits pour arriver là, tous n’ont pas été égalemenriicufeux; mais cette perfection que nous indiquons est possible, surtout quand une réunion d’hommes éminents aura tracé la voie qui y conduit , quand une direction non moins ferme qu’intelligente et philanthropique aura
imprimé une activité salutaire aux professeurs dont la vie est vouée à l’accomplissement de cette œuvre, d'une œuvre sainte qui fut le rêve d'un homme de bien et de génie , l’immortel abbé de l'Épée I
Les deux lettres que nous avons adressées au président de l’Académie impériale de médecine, les notes nombreuses que nous avons ajoutées à la plupart des pièces qui forment ce recueil, ne nous dispensent pas de présenter un aperçu général de cette discussion si longue et si intéressante. Bien que le lecteur attentif ait pu se faire une opinion exacte du sentiment de l'Académie en voyant les conclusions qui ont été définitivement adoptées, il convient cependant de faire ressortir d’une manière plus précise les enseignements qui découlent de cet immense débat. Essayons de remplir ce rôle avec toute l’impartialité dont nous sommes capable.
Il y a dans cette affaire deux choses parfaitement distinctes : l’une médicale, l'autre pédagogique : la première du ressort de l'Académie ; la seconde sortant beaucoup des attributions de ce corps savant, ne s’y rattachant que d'une manière accessoire, à titre de conséquence éloignée d'une infirmité regardée comme curable. Examinons d'abord le premier point, celui qui nous intéresse le plus, et, il faut bien le dire, celui dont l'Académie s’est le moins occupée.
La guérison de la surdi-mutité est-elle possible ? Voilà le problème à résoudre, mais comment arriver à sa solution? On procède ainsi. D'abord par le (j \it. On a guéri des sourds-muet s : des auteurs dignes de foi rapportent des observations tout à fait probantes ; il n’y a donc pas à hésiter, et l’on peut dire, oui, lajtuérison de la surdi-mutité est possible.
“"Cependant, il faut en convenir, les histoires de guérison relatées dans des ouvrages déjà anciens ne sont pas toujours ent ourées, des garanti es que pourrait désirer une critique un peu rigoureuse ; rarement il est dit : J’ai vu ; presque toujours on tient le fait d’un témoin oculaire, digne, ajoute-t-on, de la plus grande confiance; quelquefois le rapport est moins direct encore : c'est un médecin, souvent même un homme du monde qui raconte ce qu’on lui a dit. L’histoire a passé par plusieurs bouches avant d’arriver à celui qui
l’imprime, de sorte que l'on peut, sans se montrer sceptique, élever des cloutes sur la réalité de l’événement.
Ces objections contre des guérisons déjà anciennes ont d’autant plus de force que l’on se montrait autrefois moins sévère sur la dési- . gnation des maladies. A une époque où l’on ignorait entièrement les ; procédés à l’aide desquels on peut arriver au diagnostic précis, non 1 pas seulement de la surdi-mutité, mais d’une maladie quelconque, ( qui oserait dire que les individus désignés sous le nom de sourdsmuets fussent véritablement atteints de cette infirmité? On était loin alors, tout le monde en conviendra, de se piquer d’exactitude dans l’appréciation d’un état morbide, surtout quand lescaractères matériels échappaient à la vue; on se contentaitde dire: Cet enfant, ce jeune homme n'entend pas la voix, il ne parle pas, donc il est sourd-'îfiuet : et quand par hasard une erreur de diagnostic venait à se révéler, quand cette oreille que l’on croyait fermée à tout ^jamais venait à s’ouvrir naturellement 'ou par suite de quelques manœuvres heureuses, on criait miracle , parce que n>n n’avait pas la modestie de croire que l’on s’était trompé, que l’on avait appelé sourd-muet un individu qui n’était que sourd.
Pense-t-on qu’une pareille erreur soit rare? Ce serait méconnaître deux choses également commun es : l a légèreté du jugement de ceux qui voièïif un malade, ''^ TPadmiration qui se manifeste dès qu’il s'agit de guérison, surtout quand la maladie était moins connue, moins bien appréciée, quand on était d’autant plus disposé à s’enthousiasmer que le résultat paraissait plus phénoménal. Les phénomènes ne sont jamais plus communs que quaud on sait moins bien observer.
A mesure que l'on est devenu plus habile dans cet art, les pro- i / diges ont disparu ; mais il a fallu venir en quelque sorte jusqu'à nos/
■ jours pour ne plus tomber dans ces étonnements qui démontrent i surtout la naïveté ; de l’observateur. Voyez ce qui s’est passé à l’époque de notre Itard et depuis lui. Une connaissance plus précise des conditions matérielles de la surdi-mutité, une étude plus attentive des infortunés sourds-muets, une appréciation plus rigoureuse des procédés thérapeutiques, des agents employés comme médicaments, du manuel opératoire applicable à la guérison de cette infirmité, tout cela a contribué à rendre plus circonspect; les cas rares sont devenus plus rares encorej et nous croyons po uvoir a ssurer qu’o n finir%par n'en plus rencon trer.
Cependant il faut reconnaître que l’on doit à Itard une opinion qui est de nature à produire un singulier résultat Le soin qu'il mettait à bien diagnostiquer les cas de surdi-mutité composant le
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DE LA GlÉRISOÏl II* LA Sr RDI-MUTITÉ .
personnel de l’Institut de Paris avait pour conséquence, cela est ccrlaiu, de rendre impossibles les erreurs où tombaient ses devanciers; mais celle attention elle-même le conduisit a un fait capiial dont on s'est emparé, et qui, nous le croyons, servi™ de base ou de prétexte à des erreurs nouvelles. Il s'agit de ce principe : La surdité* f lit naissance uu acquise dans l'enfance ne dépend pas de causes diffé-J l rentes de celles qui produisent la surdité chei les adultes. Partant rie ce point, Itard en conclut que ces deux surdités sont également curables; il applique a l’une ou à l'autre les mêmes moyens de traitement; il multiplie les formules thérapeutiques, et, sans tenir compte des changements qui surviennent toujours en pareil cas, et qu'il a si bien reconnus plus tard, il commence à parler de guérison, il entrevoit des succès qui le ravissent ; il ouvre la porte à des illusions que l'gxpérienc e a colin détruite s , mais que rl autres ' s .obstinent a partager <~mrïTt v,sa iis~7Tonlo parue qu'ils ont de bonn es raisons pour cêltt .
('.'est en effet depuis cette époque que l'on a recommencé à parler des surdi-mutités guéries, que des esprits ardents et spéculatifs ont essayé de combattre cette infirmité par des moyens île toute espèce, rationnels ou empiriques, que les recueils scientifiques, et plus encore les journaux ordinaires, ont enregistré ccs guérisons si avidemept accueillies par les familles dans lesquelles se trouve uu sourd-muet. Médecins ou instituteurs, chacun s’est efforcé de signaler à l’attention publique ces phénomènes si peu surprenants pour ceux qui savent à quoi s en tenir sur ces prétendus incurables si facilement rendus a la vie commune. Tâchons donc de voir clair dans cette affaire trop souvent obscurcie par •alvV beaucoup de petites passions qui trouvent moyen de se glisser . partout.
L’opinion d ltard, que nous avons rapportée plus haut, est-elle •xacte? Est-il vrai du dire qu’il y a identité autre, les causes qui produisent la surdité congéniale, ou même celle qui survient dans les premiers temps de la vie, et l'altération de l'ouïe cite* les adultes?
Dans un travail intitulé : Hecherches sur l’origine de la surdimutité (l), j’ai essayé de remonter a quelques unes des causes les plus ordinaires de cette infirmité quand elle est à l’état congénital. J’ai fait voir que ces causes si efficaces sont celles qui ont pour résultat la détérioration de l'individu, l'abâtardissement de l'espèce, cellesqui altèrent les races, produisent peu a peu l'idiotie, le crétinisme. Les
(I) Voyez à la fia de noire traduction du livre de M. K ramer, in-8, Paris, 1 848, chez Germer Baillière.
RÉSINÉ GÉNÉRAL
faits II 1 '.appui de cette thès& sont assez nombreux, assez patents pour entraîner la conviction; aussi m’accordera-t-on, je l’espère, que là, du moins, il n'y a pas similitude entre l'absence de l’ouïe d’un enfant nouveau-né et la surdité qui frappe à vingt ans un individu dont l'oreille avait toujours été bonne. Il s'agit ici d’une iraperfectioD organique. pamiijve n /c'q6U^i l'on veut. un. .arrêt de développe men t, une absence de sensibilité spéciale; le nerf acoustique n’est pas apt&.àjg!Bplir saJiiiiction, il JJLfiit pas-dmiô-des conditions qui le rendent propre à recevoir une impression sonore, ou plutôt, comme l’a dit avec raison M. le professeur Gerdy, le cerveau, qui seul perçoit et juge, n'est disposé convenablement à faire ni l’un ni l’autre de ces oflices; il n’y a donc rien ici qui ressemble à aucune des maladies dont nous avons à nous occuper dans la pratique de notre art.
Et maintenant supposez que cet état d’imperfection primitive f soit héréditaire, les exemples n’en sont pas rares, vous aurez encore une raison de plus pour regarder cette forme de surdité comme une chose toute spéciale, ne tenant évidemment à aucune des lésions matérielles qui se produisent chaque jour sous l'influence des modificateurs ordinaires de nos organes.
Mais ce n’est pas tout. Parmi les sourds-muets dits de naissance, il y en a beaucoup qui doivent leur iniirmité non plus à une abseuce de sensibilité auditive, mais à des lésions cérébrales qui ont précédé la naissance elle-même. L’étude des maladies du fœtus ne
permet plus de confondre certaines altérations congénitales avec les imperfections sensorielles précédentes. Un examen attentif de ces sujets qui n'entendent pas révèle des lésions cérébrales dont toute trace n’a pas disparu ; on retrouve dans les souvenirs de la mère, dans les circonstances de l’accouchement, dans les premières phases de la vie, des accidents qui mettent sur la voie d'une maladie du fœtus ou du nouveau-né, et la encore il est difficile de rien signaler qui ressemble aux affections ordinaires des oreilles. *
/ Les coiy; ulsu)ng. Quelle que soit la valeur qu’on donne à ce mot, les convulsions jouent un grand rôle dans la production de la surdité des enfants. Niera-t-on que le fœtus puisse en être atteint, que certains enfants naissent avec des lésions organiques, cérébrales ou autres, qui sont la cause ou le résultat manifeste d'un grand trouble dans les fonctions du système nerveux cérébro-spinal ? La plupart des vices de conformation se rattachent à ces maladies du cerveau, du cordon rachidieu ou des nerfs, et sur ce poiut nous ne pouvons mieux faire que d'invoquer les travaux étiologiques de M iules Guérin lui-mème. Il est certain que dans bien des cas, la surdité congéni-
taie est pjacéc sous La dépendance d’qpg maladie cérébr^ e reconnaissable encore à la forme du crâne , à sdh volume excessif, à sa diminution de capacité, toutes circonstances qui indiquent un mal ancien dont on ne voit en quelque sorte que les conséquences les plus éloignées. Que de fois nous avons constaté elle* des enfants d e six mois uye nssifirali^j^cqpipljy» jgs parois du ep Anp t l'abseffee de toute fontanefle, une microcéphalie due à q uelque inflam - , m^ion jneninyjes? Les eqfan ts h vdrocéuhale s sont souvent affectes de surdité;' la compression du cerveau , en quelque sens ;qu elle ait lieu, produit des résultats analogues : il s’agit toujours d’une lésion grave contre laquelle la science reste désarmée et qui,
, l° rs môme qu’on pourrait la combattre avec avantage, ne permettrait guère à l'oreille de recouvrer ses fonctions si profondément •altérées.
Beaucoup d’enfants nouveau-nés éprouvent des convulsions; ils sont plus tard reconnus comme sourds, et en l’absence de toute , 8utre cause, il faut bien se rattacher à cet accident pour expliquer cette surdité déplorable. Que s’est-il passé eu pareil cas? Les accoucheurs les plus célèbres, les médecins qui s’occupent plus particulièrement des maladies de la première enfance, vous disent que ces mouvements convulsifs, quelquefois très légers, de peu de durée, qui ne compromettent pas la vie du petit malade, sont le produit d une irritation cérébrale ou d'une phlcgmasie; d’autres n’y veulent voir qu'un désordre fonctionnel dont la cause matérielle est insaisissable. Trop souvent, en effet, les recherches microscopiques ne fout rien découvrir; et cependant, alors que le malade a survécu, quand la santé, un instant compromise, s’est rétablie complètement, on ne tarde pas à s’apercevoir que ces enfants n’entendent pas, et comme on ne peut pas dire qu’ils entendaient avant cet accident, il faut bien admettre que c’est là la cause de la surdité à laquelle ils sont condamnés pour toujours. fjf Est-ce donc là une maladie de même nature que celles qui s’obl H servent chez les adultes? Nous répondrons hardiment : Non^ et la raison , c’est que le cerveau d’un nouveau-né ne ressemble pas à * celui d’un homme de vingt ans, encore moins à celui d’un homme * de quarante ans. Quel que soit le phénomène morbide qui se passe dans le crâne, congestion, irritation, phlegmasie, tout ce que Ton \ voudra , cet organe pulpeux appelé tout à coup à présider à des fonctions qui ne dépendent plus de la mère, devient, par cela "* même, singulièrement disposé à des troubles que sa texture délicate rend plus dangereux qua toute autre époque de la vie ; certaines fonctions d'un ordre plus relevé , ayant pour conditions
Digit
physiques des organes d’une structure plus compliquée, l'oreille in-t terne, en un mot, y compris le nerf acoustique, éprouvent facilement* des atteintes qui donnent lieu à l’abolition complète du sens au-* ditif.
Voilà pour ce que l’on nomme surdité de naissance, surdité primitive, essentiellement nerveuse, avec absence de toute lésion appréciable, entraînant comme conséquence le mutisme. Il faut noter que ces convulsions si communes au début de la vie se rencontrent souvent dans la première, et même dans la seconde année, à l’époque de l’évolution dentaire, au moment du sevrag e, quand le mode d’alimentation est changé sans réserve, sans prudence, quand sous l’influence des indigestions , le cerveau se congestionne et donne lieu à des désordres nerveux si graves. Ici encore s’observe un genre de surdité qui diffère essentiellement des autres formes I de cette maladie : l’enfant frappé de convulsions perd connaissance, reste plus ou moins longtemps dans cet état ; il revient à lui , tout paraît terminé; on oublierait bientôt ce danger si, plus tard, on ne remarquait que l’enfant, vendu à la santé, cesse d’entendre, perd peu à peu l’usage de la parole, et prend toutes les allures d’un vrai • sourd-muet. On se demande alors comment est arrivé ce malheur, quelle cause a pu produire cette perte de l’ouïe; on s’évertue à chercher des explications ; on invoque la gourme supprimée , une i chute sur le front , une fièvre érupti\e avortée ou une rétrocession de rougeole, comme s’il était nécessaire de recourir à tant de suppositions gratuites , quand on sait que certaines convulsions du jeune âge entraînent si facilement la perte de l’ouïe.
Ainsi, pendant la vie intra-utérine, à l’époque de la naissance, et .
Î < pendant les deux années qui suivent, il peut survenir chez les en- J fants des affections convulsives dont le siège est cérébral, et qui produisent la surdité complète. Il ne s'agit point ici de cas rares , mais bien de maladies fréquentes que l’on observe sur les troi3 quarts des enfants désignés sous le titre de sourds-muets do naissance. Dans beaucoup de cas les convulsions ont paru avoir peu de gravité , l’accident a été passager , on n’y attache que fort peu d’importance, et cependant il n’y a pas d’autre cause delà surdité. Est-ce donc là une maladie qui ressemble à toutes les autres? ses résultats sont-ils les mêmes? peut-on espérer de les guérir par les ressources ordinaires de l’art? En théorie et en pratique cette espèce de surdité est suivie du mutisme, rentre-t-elle dans la catégorie de ces affections qu’une étude attentive révèle au médecin consciencieux ? Nui) s cu vons , dès à présent , p ouvo ir p rotes ter contre le principe établi par ltard. Mais poursuivons cette étude , et voyons
382 de la curriso.x de la surdi-mutité.
■ si nous trouverons d’autres exceptions à lu règle qu’il a voulu éta-
I lilir.
* Les maladies cérébrales consistant en une inflammation des méninges, surtout de la base de l'organe et de ses cavités intérieures, donnent lieu à des mouvements convulsifs, à un état comateux qui se termine souvent par la mort. Quelquefois la guérison arrive, tuais le petit malade reste hébété; il ne sait plus marcher, il a perdu la mémoire, et bientél on constate qu'il n'entend plus. Ce que l’on désigne dans le monde sous le nom de fièvre cérébrale , est encore une des causes les plus directes de la surdité , c'est là la source la plus féconde de celte infirmité, et I on voudra Lieu reconnaître que cette maladie diminue de fréquence à mesure que l’un avance en âge, ut que, chez les adultes , elle donne lieu bien moins souvent à lu perte de l’ouïe. Pourquoi ? Sans doute par la raison que nous avons déjà alléguée , parce que le cerveau est moins impressionnable, parce qu’il résiste mieux aux atteintes de l'inflammation, parce que sa texture plus ferme ne suppure pas aussi facilement, et que le nerf acoustique qui participe à ces modifications favorables n’est pus altéré ou détruit par l'étal morbide qui se développe dans le crâne.
Plus tard survient une autre affection non moins grave qui s'empare des jeunes gens , les décime, et produit quelquefois l'abolition de l'ouïe. La lièvre tvnlioïda^ se complique souvent de lésions céré-j braies, sympathiques ou autres, mais enfin il y a stupeur, perle de' connaissance, coma ; ou voit même des accidents convulsifs se maniiester , et quand tous ces symptômes ont disparu , quand la convalescence s’établit , que les fonctions s'exécutent chaque jour
' avec plus de régularité, l'ouïe ne se relève pas, et la surdité, quij •* n’était qu’un des phénomènes de la maladie débutante, persiste, en dépit îles traitements les plus énergiques, Qui n’a rencontré dans sa * pratique quelques uns de ces cas redoutables déjouant tout pronostic, échappés, comme par miracle, â une mort qui paraissait certaine , qui arrivent enfin à la convalescence , et restent comme un témoignage de la puissance de l’organisme luttant contre les plus puissantes causes de destruction ? Des jeunes gens arrivés au dernier degré de marasme , la peau ulcérée en vingt endroits , épuisés par une hémorrhagie intestinale, plongés dans un délire qui dure des semaines entières , se relèvent enfin, prennent quelques aliments, mais ils ne peuvent marcher qu’au bout de trois mois de convalescence; ils perdent la faculté de l'aplomb, ils chancellent en marchant, ne peuvent se diriger vers un init deierminjj ; ils semblent tombes ëlï enfance, ils balbutient quelques mots, ils ne com-
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prennent pas ce qu’on leur dit; mais enfin la vie a repris ses droits, le corps se restaure , les jambes se raffermissent , et il ne resterait plus que le souvenir de cette horrible maladie si l’oreille retrouvait la sensibilité qu'elle a perdue.
L’Âflccrio^ tvpflûïdü exci 'plioimclle que nous venons de peindre est de toutes les maladies de l’adulte celle qui produit une surdité plus ressemblante à celle des enfants dont nous avons parlé plus liaut. Mais dans bien des cas moins redoutables, sans qu'il y ait complication cérébrale, les membranes muqueuses supérieures sont le siège d’une lésion qui entraîne de fâcheux accidents. La cavité de l’oreille moyenne se remplit de pus, le tympan s'ouvre pour luisser passer ce liquide ; un écoulement abondant s'échappe des oreilles ; les cellules mastoïdiennes participent lïcetle inflammation, et de là des désordres matériels qui entraînent quelquefois une surdité complète. Il ne s'agit plus ici de système nerveux ; c’est une lésion d'une bien moindre importance sans doute, mais enfin les
organes contenus dans la caisse peuvent être détruits, les osselets entraînés par la suppuration, la buse de l'étrier quitte la fenêtre ovule; dès lors le vestibule ouvert entraîne la perte des fonctions de l’oreille interne proprement dite et l’ouïe est détruite sans retour, f
Les maladies de l’oreille moyenne, quelle qu’en soit la cause, ne | donnent jamais lieu à une surdité complète; il faut toujours que la l portion labyrinthique soit atteinte pour déterminer la cophose absolue, car les altérations les plus graves du tympan et de la caisse ne détruisent pas l’ouïe quand le nerf acoustique reste intact. C’est pour avoir méconnu cette vérité que tant d’erreurs de pronostic ont été commises; c’est là la véritable cause de ces guérisons phéno- ( ménales proposées a la créduli té du public, gran d adm irateur des
rapidement les principales causes de la surdité complète; elles appartiennent toutes au système nerveux, fl faut en effet que l’action morbideVèxerce sur le nerf acoustique lui-méme, soit dans le rocher, soit à son origine cérébrale, pour que la vraie condition auditive soit détruite. Tout ce qui se passe dans les parties extérieures accessoires n’u qu’une importance secondaire, détermine un affaiblissement plus ou inuius considérable de l’ouïe, mais ne met pas l'individu dans une condition telle,, qu’il ne puisse plus apprécier la voix, ses modulations principales; n’empéche. pas l’enfant qui eu est alTecté d'entendre parler, de répétiT les mots, de suivre la conversation, en un mot ne le relègue pas dans la classe des sourds-muets.
Je ne veux pas donner ici des chiffres que je réserve pour un
choses impossibles .
Nous venons d’indiquer
S8ÎI DE LÀ GUÉRISON DE LA SCRDI-ULTITÉ.
autre travail ; il me suffira d’affirmer que parmi les sourrls-muets de naissance, parmi ceux qui le sont devenus à la suite de convulsions dans les deux ou trois premières années de la vie, et ces deux catégories renferment plus des sept huitièmes du nombre tota l, il ne s’est jamais rencontré un de ces cas (je guérison dont on Tait si grand bruit. Tous ces sourds-muets offrent le vrai type de la surdité nerveuse, c’est-à-dire dépendant de l’absence de sensibilité spéciale du nerf acoustique. Il y a chez eux absence d’audition, mutisme consécutif, c’est-à-dire impossibilité d’entendre la voix, d’apprendre à parler par imitation spontanée ; et lors même que cette eopliose ne serait pas absolue, quand l’organe de l’ouïe percevrait encore quelques vibrations sonores, cela ne suffirait pas pour lui donner la notion du son, pour servir de base à une éducation ordinaire.
Mais arrivons au but. Cette forme de surdité ressemble-t-elle à la surdité nerveuse des adultes, à celle qui se rencontre si souvent dans la pratique et qui résiste trop souvent à tous les moyens de traitement les plus variés, les plus énergiques? Peut-on établir un rapprochement complet entre ces maladies ?Nous avons déjà montré quelle différence de structure il existe entre le même organe aux divers âges, combien le cerveau d’un nouveau-né peut être facilement modifié par des accidents bien légers en apparence, enfin avec quelle promptitude un sens est aboli alors qu’une cause insignifiante en apparence est venue troubler pour un instant la santé î du nouveau-né. Voit-on jamais rien de semblable chez les adultes?
En effet, quels sont les cas de surdité complète et subite que l’on I observe dans la pratique ? Voici ce que je puis dire pour mon propre compte.
Un officier supérieur <|e l’armée d’Afrique est pris tout à coup de fièvre intermittente pernicieuse, avec délire, conyï, etc. Il échappe à ce premier accès. On lui donne coup sur coup du sulfate de quinine jusqu’à la dose de 0 grammes dans les vingt-quatre heures. Un second accès revient; les symptômes cérébraux ne sont pas moins violents que la première fois. Tout s’apaise; le sulfate de quinine est de nouveau prodigué. Le troisième accès manque, mais l’ouïe est perdue. Dix ans sont passés depuis cet événement, et la surdité est restée complète.
Une jeune fille de bonne santé monte, en hiver, sur l’impériale d’une diligence, elle avait ses règles ; le froid était vif, surtout pendant la nuit. Elle arrive à Paris après quarante-huit heures de voyage: elle est tout étourdie, chancelante, comme hébétée ; elle se plaint de céphalalgie, de bourdonnements d’oreilles; le flux menstruel a cessé; elle n'entend /ms, elle distingue à peine le bruit des
BÊSCUB GENJtBAL.
paroles; ou emploie tou les les ressources de l'art pour remédier a ces accidents divers ; la santé générale se rétablit, mais l’ouïe reste perdue, abolie complètement, et cependant l’exploration la plus I attentive de toutes les parties accessibles de l’oreille n’y fait décou- » vrir aucun changement morbide, et depuis plusieurs années le mal [a persisté au même degré, en dépit de tout ce qu'on a pu faire pour lie combattre.
*.«Un homme de trente ans, ayant toujours bien entendu, éprouve - la nuit, pendant son sommeil, une sorte d’accès épileptiforme, le seul qu'il ait jamais eu ; il crie, s'agite, rondo; ii dort plus profondément qoe de coutume (tous ces renseignements sont donnés par sa femme), et le lendemain il se révedle avec un sentiment de fatigue, de courbature générale, mais sans céphalalgie, e.t cependant il a perdu complètement l’ouïe; il n’eutend plus; il n'a plus entendu depuis, quoiqu’on ait pu faire pour rétablir la sensibilité des oreilles, bien que l’on ait constaté la parfaite intégrité du tympan et de la caisse.
Je pourrais multiplier ces exemples, ceux-ci suffisent pour établir que le système nerveux est le soûl affecté dans ces coplioses absolues arrivées d’une manière subite. Ce sont la, j’en conviens, ,\ des maladies fort analogues à celles qui se rencontrent chez les 1 \ jeunes enfants ; il y a dans ces deux cas rapidité d’action de la cause morbide, il y a absence de lésion appréciable, ou du moins ’ ,
n’a-t on pu encore signaler lus conditions matérielles de cet état . pathologique; mais est-ce une raison pour dire avec (tard que ce 1 sont des maladies semblables, n’offrant de différences que dans f leurs conséquences éloignées, et devant céder à un même mode de traitement? La rareté de ces dernières, comparée avec la fréquence des autres, n’indique-t-elje pas qu’il y a dans la première enfance des conditions spéciales en vertu desquelles la surdité se développe en quelque sorte sans obstacle, tandis que chez l’adulte, l’organisation plus puissante résiste ordinairement à des causes bjen plus énergiques?
Il faut conclure de lout’ce qui précède nt nous croyons que cette '
, conclusion paraîtra légitime) que la surdité de naissance, celle de nouveau-né et celle qui survient pendant les deux premières années de la vie, lient à une absence primitive d’innervation, ou à la destruction de la sensibilité nerveuse de l’appareil acoustique; que cette surdité, qui a pour conséquence le mutisme, différé, sous beaucoup de rapports, des diverses espèces de surdité que l’on observe chez l’adqlte, et que, quel que soit le degré de rapprochement que l’on veuille établir entre ces maladies, on ne peut être
autorisé à en conclure la possibilité d’une guérison que les faits jjCpnt jamais démontrée.
On a reproché à cette opinion d’étre désolante, fatale en quelque sorte ; de douter de la puissance de l'art, de fermer la porte à tout progrès, et enfin de nier l’évidence. Il s’agit de s'entendre sur ces divers points, et pour aller directement au but, examinons les objections produites par les partisans de la guérison de la surdimutité.
Suivant eux, on a constaté cette guérison un assez grand nombre de fois pour que pareil événement ne puisse être considéré comme un hasard, un cas exceptionnel, un de ces faits que l’on voit, que l’on admire, mais que l’on ne serait pas en droit d’attendre d’un traitement tout empirique. Et pour appuyer cette assertion, on récapitule les histoires plus ou moins authentiques des mémoires de l’Académie des sciences, des recueils offerts à l’avidité des curieux de la nature, on accepte comme irrécusables des récits faits par des gens de bonne foi, instruits même, et l’on part de là pour affirmer que des sourds-muets, complètement sourds, ont été guéris de leur infirmité. Mais comment a-t-on établi le diagnostic de cette ma-
f ladie? sur quelles preuves s’appuie-t-on pour affirmer qu'elle était certaine? en un mot, quelle confiance peut-on avoir dans des choses aussi légèrement indiquées? Il faut venir jusqu’à Itard pour trouver quelque précision dans ces histoires, et encore que d’objections on pourrait faire à ces observations si incortiplètes! Jamais il ne dit avec précision si la surdi-mutité est congénitale, originelle, dans quelles circonstances de famille l’enfant est né, si son infirmité est j le résultat de mouvements convulsifs observés peu de temps après la naissance; enfin, on ne peut savoir, en lisant l'histoire de ces malades, quelle opinion il faut avoir sur l’espèce de surdité dontils étaient atteints On conviendra qu’en pareil cas, il faut apporter n n<;. yrariile dose, de bonne volonté p our être satisfait de ces observations, Nous sommes plus exigeants ; nous avons beau relire avec le plus grand soin les huit observatioq s rapportées par Itard, il r n’en est aucune qui nous semble suffisante, probante ; nous accep-f tons à peine ces faits comme des renseignements, bien loin d’yl voir des preuves en faveur d’une doctrine qui a urait besoin de s J ar guments les plus péremptoires . *
Depuis ItalYl, d’autres médecins ont publié des faits de ce genre, manquant également d'uu diagnostic précis, et, pour ne parler que de ceux qui ont eu le plus de retentissement, nous citerons seulement Honoré Trezel et Eugène Lecomte, soignés par M. Deleau, tous deux vivants , tous deux examinés par des membres de l’Aca-
rui.M .MK général. 387
demie qui ont publié le résultat de cette enquête. M. Bon lia l'ont a vu Eugène Lecomte; il a constaté qu'il n'entendait pus la parole, qu'il lisait sur les lèvres de sou interlocuteur, qu’il saisissait quel* ques mots, qu’il en répétait quelques uns, d’une manière a peine intelligible et que sa voix était on ne peut plus désagréable (1). De son côté, M. Bouvier a vu Honoré Trezel ; il a examiné ce sujet type, ce sourd-muet guéri, qui, placé sous la main de M. Üeleau depuis son enfance, lui sert de spécimen en même temps que d’aide, et M. Bouvier a dit en propres termes, hautement, devant l'Académie:
« J’ai vu Honoré Trezel moi-méine, il y a peu de jours; son audi- » tiou m’a paru moins parfaite, bien qu’elle ne soit pas abolie; il k lit sur les lèvres quand il n’entend pas ce qu'on lui dit; sa pro- L> nouciation laisse à désirer, mais il se fait bien comprendre (2). »
* Nous ne voulons pas pousser plus loin cette recherche qui serait (cependant si instructive, nous renvoyons le lecteur au chapitre VI, ipage Û53, de notre traduction de Kramer (8) ; il y trouvera une •analyse détaillée de tous les cas de guérison publiés par la plupart des médecins aurisles anciens et modernes , et surtout par Dard , Drleuu, Scltmalz, Cm lis, Cooper et autres. Nous alürmonsde nouveau une mis une de ce s observat ions de euérisnn .te la snydi-mqtité n’est a l’abri des obiections d'u ne saine criti.me. p ue pas un sourd-muet n’a pu franchir l’éternelle barrière nu i le sépare des entendants ordinaires; que toutes les promesses fades pa r les guérisseurs n'ont jamais été remplies : enfin, que pareil chef-d'œuvre, qui se résume tout entier aujourd’hui dans la personne de M. Benjamin Dubois , ne consiste que dans un état intermédiaire , utile , remarquable, sans doute, mais dont les avantages sont bornés a la famille, au cercle des amis et connaissances de M. Dubois, et laisse énormément à désirer toutes les fois qu’il s’agit de franchir ces étroites limites pour entrer dans le miimi> ! o. (Veii çboi'-d œuvre, qu’on y prenne garde, ne se rencunlie que dans des , il© instances » tout a fait excepbonnelles, citez un individu qui cinenii.i et parlé dans sou enfance, q.d a reçu descel 'entes leçons de et: ,i -es habiles, qui en a profité dans v mesure de soa intelligence très développée, qui a trouve dans sa famille des aides dévoués, qui a poursuivi opiniàlrémeut ce travail de restauration intellectuelle et physique, qui a multiplié ces ressources d'une éducation spéciale par un exercice
(I) Voyez page 36.
(?) Voyez page <44.
(3) Trailc <tcs maladies de l'oreille, par Kramer. traduite! annoté pir le docteur Menicre. Paris ' s 48, Germer baiilière
continuel, qui est devenu lui-même professeur, a parlé sans cesse, a démontré chacune des parties de la science qu'il avait si péniblement acquise, et a fini par devenir le prototype de ce que l’on peut faire en faveur d'un enfant sourd-muet.
Croit-on qu'il soit facile de reproduire un pareil concours de circonstances? Est-il possible de généraliser un fait singulier, phénoménal, en quelque sorte, et «le vouloir bâtir tout un système «l'éducation sur ce «as exceptionnel? Mais il ne s’agit ici que de guérison de la surdi-mutité. Nous dira-t-on, en effet, que M. Benjamin Dubois est guéri , qu’il n'est plus sourd-muet , qu'il est rentré dans la grande famille des entendants et parlants, qu'il ne diffère pas essen-. bellement des autres hommes, qu'il est une preuve de la puissance» de l’art, et que tous les sourds-muets traités par les mêmes moyens sont capables d'arriver au même point? Autant dire que tons les aVeugles-nés peuvent devenir un l’ingeou , mon professeur de mathématiques au lycée d'Angers, que tous les sourds-muets peuvent faire «les vers comme Pélissier. Ces rares exceptions a la règle comroune brillent comme une fleur au milieu du désert, comme une étoile dans une nuit obscure ; la médecine n’a rien à voir dans ces nwH-crillj.j dp jffltienre.pt ' Q| H, j I ‘ U]/ 1 . E 1 li 1 P‘“" v »i ,pWl que les hommes <|uj.soutjcriïcs a .ce sommet de Huche Ho n’eiUeudant pas les parlants, ne sfoiletideni pas eux-mémes : ils .voient parlai-. il s comprennent les mouvements d'une bouche connue, ilssavent articuler, ou plutôt ils ont perfection né une faculté qu'ils p i- - mnivnt avant de perdre l’ouïe; ils ont un organe vocal flexible, docile, .ils parlent, parce qu’ils ont su parler, parce que leurs yeux, remplis de sagacité, reconnaissent sur la bouche de leur interlocuteur les mouvements qui expriment des sons dont ils savent la valeur. Essayez d’amener à un pareil résultat le sourd-muet de naissance , celui qui n’a jamais entendu , qui 11’a jamais dit un mot , qui ignore complètement la voix et la parole, pour qui ces deux choses sont comme si elles n’étaient pas, traitez cet infirme, «pie v..us regardez comme un malade, par tous les moyens curatifs connus , inveiitez-en d’autres plus actifs, plus barbares, si c'est possible ; couvrez sa tête de moxas, de vésicatoires, labourez sa nuque par des sétons , soufflez «le l’air dans la caisse , perforez les tympans, trépanez ce crâne obstiné a ne pas entendre ; et lorsque vous aurez constaté, à l'aide «les diapasons, des acoumètres, que le cerveau est ébranlé par des vibrations plus ou moins considérables, quand quelques admirateurs passionnés se seront extasiés sur un progrès qu’on observe toujours en pareil cas, mais qu’ils décorent du litre de guérison, livrez alors cet ex-sourd-muet
aux mains du pédagogue le plus habile, le plus savant, le plus profondément enfoncé dans les nébulosités de sa philosophie spiritualiste (nous ne voyons rien de spirituel la-dedans), vous verrez échouer ces tentatives : les organes rebelles se refuseront a un exercice dont le germe n'est pas en eux , la parole ne pourra jaillir de cette bouche, parce que l'oreille inerte n’aura pas reçu cet ébranlement traditionnel , parce que l’instinct imitateur n’a pas été réveillé par les accents maternels dont M. Gerdy a si tiueinenl indi-
qué lu puissance.
Faut-il rappeler que les premières tentatives d’Ilard, les plus heureuses assurément , puisque sur une douzaine de sourds-muets , il rendit l'ouïe et la parole à six d’entre eux, ne furent le produit (Huui'u n traiteme nt , liaurmip opépition , ainsi qu’il le déclare luimême, et7apü?s lui, JJ. Uussou, dans son rapport ; que les sons, , variés de plusieurs instruments assez grossiers suflireut pour le » conduire à un si mugnilique résultat , et que jamais ceux qui l’ont imité n’ont osé publier des succès analogues? Si, depuis, ce médecin d’un si excellent esprit , a cru devoir joindre à ces exercices physiologiques de l’ouïe quelques médicaments intérieurs , quelques applications suîHîipéauT'ou autres agents thérapeutiques pris un peu au hasard ou sur la foi de quelque praticien recommandable, les succès n’ont pas etc plus satisfaisants; et quand, après beaucoup de tentatives de ce genre, mon prédécesseur désabusé a vu que ses soins n’a honti.-sa jent à rien, que les simples ébranlements acousla)üessÏÏïïTsaient pour donner lieu à la même amelioration trop 1 tôt limitée , il a e nfin renoncé à faire de la j ü gdeci m^^j ^inutile , il a réservé un temps précieux pour dës’œuvres plus profî^^l tables, et nous l’av ons vu fon de r de s es^propres deniers une classe,! dans laquelle se perfectionnent le petit nombre d’élèves capables! de tirer parti d’un si grand bienfait. *
Croira-t-on qu’un homme de celte valeur, un médecin doué à ce point d’une philanthropie éclairée, eût consacré une notable partie de sa fortune à une fondation uniquement pédagogique, s’il eût pensé que la médecine avait un rôle utile a jouer dans cette œuvre? C’aurait il pas provoqué des recherches nouvelles sur la guérison de lu surdi-mutité, s’il eût entrevu quelque succès possible, si la longue habitude de voir ces enfants, si quarante ans passés au milieu f d’eux lui eussent laissé l’espoir de mettre un terme à cette infirmité? J
Itard savait que quelques prétendus sourds-muets avaient été guéris, l’un à la suite de l'écoulement d’une cerluine eau par le conduit auditif externe, l’autre par un coup de marteau qui, ayant fracturé l’occipital, avait déterminé une suppuration abondante; celui-ci
DE LA GUÉRISON DE Li SURDI-MUTITÉ.
par un vésicatoire recouvrant l’oreille entière, celui-là par quelque moyen île même nature. Mais, de bonne foi, s’imagine-t on qu'un médecin aussi éclairé ait pu considérer ces individus comme étant affectés d'une surdi-mutité véritable? Des lésions ne dépassant pas l’oreille moyenne et guéries par des moyens aussi simples n’indiquent-elles pas clairement qu’il 11e s'agissait ici que de maladies sans importance, regardées à tort comme des surdités complètes et qui ne s’accompagnaient de mutisme que par des causes accidentelles? Si notre lturd avait cru à l'existence de semblables maladies commecauses productrices de la surdi-mutité, il n'aurait pas manqué de les signaler, de les poursuivre, d’appeler l'attention des médecins sur des faits aussi propres à montrer toute l’efficacité de la science. - -- • • . - .
j/f Mais il n'est pas tombé dans cette erreur; il a laissé ces faciles triomphes aux moins clairvoyants ; il a considéré les sourdsmuets comme des incurables; il a voulu les instruire et non les guérir; il les a dotés généreusement de tout ce qui peut contribuer à diminuer les inconvénients de leur infirmité; il a été leur providence et ne s’est pas cru un Dieu capabl e de produire des miracles. Son successeur immédiat, nous pouvons le dire avec confiance. S’i st efforcé de marcher sur les traces de cet homme de bien, évitant comme lui de céder à des entraînements faciles, profitant de l’expérience acquise, confirmant par sa propre expérience les principes qu'aucun fait n'a démentis et qui, jusqu’à nouvel ordre, resteront la base de sa conduite ( 1 ).
Nous ne terminerons pas ce travail sans dire quelques mots de V la seconde partie du grand programme de la discussion académique,
I c’est-à-dire du mode d’éducation qui convient le mieux aux sourdsmuets. Ce point eût demandé, pour être traité convenablement, la
(t) Ce passage était imprimé quand nous avons eu connaissance de la thèse inaugurale de M. le docteur Joseph Émile Deleau, intitulée : Vu traitement des suurds-muet.i , et soutenue devant la Faculté de médecine, le i août 1833. Nous avons lu ce travail qui reproduit avec détail des faits, des pièces administratives, des lettres et certificats déjk publiés dans la
( plupart des ouvrages de M. Deleau père. Nous ne craignons pas d'affirmer que cette thèse n ajoule rien à ce que l’on savait sur la guérison de la surdi-mutité. Le jeune docteur ne parait pas s’étre inspiré des débats de l'Académie: il n'a rien emprunté aux oraleursqui ont fourni tes arguments les plus pérenqrtoires en faveur de la possibilité de cette guérison, il n'en a pas inventé de nouveaux, de plus concluants, sans doute parce que la science était, pour lui, toulo faite sur ce point.
Digiti;
plume savante des hommes spéciaux, MM. Édouard Morel, Vaïsse, Berlhier, Valade ou Puyhonnieux ; ce dernier chapitre de notre livre en eût reçu un attrait qui ne peut lui venir de nous. Mais on a déjà beaucoup écrit sur ce sujet; les personnes que cela intéresse remonteront aux ouvrages originaux pour avoir une idée exacte de l’état de la science sur cette question difficile. L'Académie a beaucoup entendu parler des méthodes française et allemande; cette dernière surtout a trouvé de chauds défenseurs parmi les orateurs qui ont soutenu le rapport de la commission, ou plutôt le rapport de M. Piorrv. Est-il donc absolument nécessaire de se prononcer entre elles? faut-il donner la préférence à ce qui se fait chez nous ou à ce que font les professeurs d'outre-Rhin? Les arguments fournis par les partisans exclusifs de chacun de ces systèmes d'éducation sont-ils de nature à entraîner une conviction telle qu'il n'y ait plus qu’à adopter celle-ci et à proscrire celle-là? Bien habile qui pourrait résoudre ce problème! Nous n’avons pas mission de porter un arrêt définitif. Il ne nous parait pas nécessaire d’en venir là ; nous croyons, au contraire, qu'il faut conserver ces deux modes d'instruction ; nous voudrions qu’il en existât un troisième, un quatrième. Plus on aura multiplié ces ressources, plus nous pensons que les sourds-muets auront a s’en applaudir. Le malheur qui les frappe est de telle nature qu’on ne peut le compenser que par le plus grand nombre possible de moyens artificiels ; il faut prodiguer les équivalents afin de donner à ceux qui n’entendent pas, et qui ne peuvent parler, l’écriture ordinaire, la dactylologie, les signes naturels, la mimique rationnelle, l'articulation des sons, la lecture sur les lèvres et d’autres procédés encore s'il en existe. L’industrie humaine ne peut s'en tenir à ces créations restreintes, elle s'agite, elle travaille, elle produit des artifices merveilleux à l’aide desquels la pensée sc communique sans l’intermédiaire des moyens que nous venons d’indiquer. En veut-on un exemple? Voici un fait que je tiens de l’honorable M. Gueneau deMussy, qui en a été témoin.
Un jeune sourd-muet, élevé dans sa famille, avait appris à parler et s'en acquittait fort bien. Il ne lisait pas sur les lèvres, mais son père lui communiquait toutes ses pensées en lui prenant la main, en faisant sur cette main des attouchements méthodiques qui avaient une signification convenue, tellement précise, qu’un discours tout entier pouvait être transmis du père au fils. Ces deux personnages avaient assisté à l’office religieux de Saint-Sulpice, un sermon avait été prononcé, et au retour de l’église, en présence deM. Gueneau deMussy, le père, tenant la main du jeune homme
392 DS LÀ guerisom de la surdi-mutité.
el agissant comme nous l'avons dit, put en quelque sorte dicter mot a mut le discours du prédicateur a son fils, qui le traduisait en langage ordinaire. Il y avait entre eux un moyen de communication tout particulier, une de ces inventions, fruit de In nécessité, qui naissent et meurent dans le sein des familles affligées par la présence d’un sourd-muet, que le hasard fait découvrir et dont le génie d'un abbé de l'Épée saurait bien tirer parti.
Faudrait-il proscrire une si belle découverte, si chère à celui qui en profite, comme certains novateurs voudraient proscrire la mimique, sous prétexte qu’elle empêche les sourds-muets de recouvrer l’ouïe, qu'elle est un obstacle a la guérison de la surdi-mutité? Voila pourtant ce que nous avons entendu dire par des hommes qui prétendaient parler au nom de l'humanité, qui considéraient notre réserve comme un crime, qui nous accusaient de mutiler, c’est leur mot, les infortunés que quelques soins méthodiques devraient rendre a la vie commune. A les entendre, ces chauds partisans de la méthode allemande, il faut soumettre tous les sourdsmuets à l'articulation et à la lecture sur les lèvres. Bien que la seconde conclusion du rapport ait affirmé que tous les sourdsmuets étaient capables de recevoir ce genre d’éducation (on n'a pas dit d'en profiler), nous ne sommes pas convaincu de la justesse de cette allégation. Il suffit d’avoir assisté à deux séances de la classe de M. Volquin pour acquérir la preuve qu'un assez bon nombre de ces entants sont dé|>ourvus de voix, ou bien en ont une tellement rauque, tellement sauvage, que tout succès dans ce genre de travail leur est interdit. Personne, même parmi les plus ardents champions de cette cause, ne songe à faire peser sur ces malheureux une condamnation aussi sévère : le niveau n’est pas inflexible. A Zurich ou renvoie les gosiers absolument réfractaires ; en Allemagne on élimine peu a peu les sujets dont on ne peut rien obteuir, et l'on montre ensuite les plus heureusement doués comme un échantillon pris au hasard dans la foule. On sait trop ce qu'il faut penser de ces exhibitions artificielles. Les hommes les plus compétents, les plus consciencieux, disent depuis'longtemps que parmi les sourdsmuets de naissance, ou trouve rarement quelques enfants capables d’apprendre à articuler certains mots , que parmi ceux qui ont perdu l’ouïe dans les premières années, trop jeunes pour avoir appris à parler, et n'unteiidant pas du tout, il est également très rare de rencontrer des sujets organisés d'une manière assez heureuse pour arriver à parler un peu correctement; enfin, que ces succès, dont ou fait si grand bruit, ne se voient que chez les entants qui sont devenus sourds plus tard, lorsqu’ils savaient déjà parler, lors-
que leurs organes vocaux, façonnés à cet usage spécial, se trouvaient dans les meilleures conditions pour continuer un exercice qui leur était en quelque sorte familier.
Nous partageons entièrement ces opinions fondées sur une longue expérience; nous sommes convaincu que cette manière de comprendre le rôle d’instituteur de sourds-muets est la seule vraie et bonne. Dans nos écoles publiques , là où les élèves n’entrent qu’après dix ans révolus, lorsqu’il ne peut rester de doute sur la nature de leur infirmité, il ne s’agit plus d'un traitement médical qui ne peut leur être utile, il faut classer ces enfants suivant le degré de leur infirmité, suivant la cause qui l’a produite; il faut rechercher ceux qui conservent un peu d’audition . ceux qui ont su parler , qui parlent encore , et a ceux la donner une éducation qui se rapproche davantage de lu méthode allemande ; il faut cultiver les restes d’audition et d’articulation l perfectionner par tous les moyens possibles ces facultés précieuses , en tirer parti avec empressement et persévérance , mais ne pas se borner à ce genre d’instruction,. car il se trouvera des circonstances où le sourd-inuet aura besoin d’autre chose. Le langage mimique , fournissant plus d’idées, est une ressource précieuse ; la dactylologie méthodique n'est pas non plus à dédaigner, air cette écriture en l'air a toute la correction désirable et supplée à l’imperfection de la parole. Enfin, il ne faut négliger aucun des moyens de communication, tous peuvent avoir leur utilité dans un cas donné , et l’éducation d'un sourd muet ne sera complète que quand iL les possédera tous.
Quant aux enfants tout a fait sourds, chez qui la perte de l'ouïe est congéniale ou à peu près, qui n’ont jamais entendu parler, ceux-la ne peuvent être condamnés à l’articulation sans injustice, sans cruauté, car beaucoup d'entre eux sont absolument incapables de réussir dans ce travail ingrat. A ceux-là vous prodiguerez l'enseignement mimique et lecnture , tout en essayant d’y joindre la lecture sur les lèvres et les rudiments de l’articulation, si par hasard ces enfants ont un gosier assez souple, une voix assez facile; et alors vous aurez rempli votre lâche.
Que si, dans une famille offrant toutes les conditions désirables, il se rencontre un sourd-muet intelligent, attentif, heureusement organisé sous tous les rapports, le précepteur particulier de cet enfant pourra tenter une de ces éducations exceptionnelles qui prouvent tout autant de zèle de la part du maitre que d'aptitude et de courage de la part de l’élève ; il parviendra à rétablir la parole, à donner surtout le talent de la lecture sur les lèvres, et l'on retrouvera là un de ces rares exemples de ce que peut
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produire une application soutenue pendant des années. C'est en pareil cas que trinmpho l'amour maternel , c’est alors que l’on surmonte tous les obstacles , qu'on invente des procédés nouveaux , que le sourd-muet au sein de sa famille , dans son cercle habituel, ne parait plus affecte de surdité, de mutisme, tant il communique facilement sa pensée , tant il comprend bien la pensée des autres , tant cet échange mutuel est prompt et complet. Mais il faut le reconnaître, la médecine et la musique n’ont contribue en rien à ces résultats merveilleux : ce n’est pas en donnant un peu plus d’audition à ces infirmes, que l’on I est parvenu à perfectionner leur éducation , puisque l’on obtient un pareil succès chez des individus qui n’entendent absolument rien; il faut seulement que l’enfant ait entendu et parlé, que ses organes vocaux aient possédé cette science première, fruit de l’imitation instinctive; que cette faculté précieuse , développée par la pratique, puisse, à l’aide de soins intelligents, non pas naître, non pas être créée, ce qui serait trop d'ambition, mais se perpétuer, ce qui est beaucoup plus facile.
Enliu nous dirons avec M. Édouard Morel, avec M. Vaïsse, et quelques autres professeurs expérimentés, qu’il se rencontrera parfois des entants affectés de surdi-mutité incomplète, chez lesquels la médecine pourra intervenir avec un certain avantage. Nous traiterons ia maladie comme doit le faire tout médecin consciencieux ; nous guérirons le malade, si cela est en notre pouvoir , heureux de rendre inutile la tâche de ces maîtres habiles, et d'ouvrir les portes du monde parlant a ce pauvre enfant , pour qui elles semblaient devoir être fermées à jamais.
Nos lecteurs ont pu voir (page 338) une série de notes recueillies par M. Volquin sur un certain nombre d’élèves cités dans le dernier discours de M. Bouvier. Ce sont la des documents authentiques destinés à servir de base au jugement des personnes qui voudront prendre la peine d'examiner sérieusement l'affaire de ia surdimutité. Ces fragments d’un travail assez étendu avaient pour but de réfuter quelques assertions hasardées ; la suite, que nous imprimons aujourd'hui à la fui de ce recueil de pièces, n’aura pas moins d’importance que le commencement. C’est une réponse adressée aux personnes qui nous ont reproché d’abandonner les sourdsmuets à eux- mêmes, d’attendre du hasard les bénéfices è retirer de tel ou tel mode d’instruction , sans tenir compte du degré d'infirmité de ces enfants , de leur aptitude plus ou moins grande à la
NOTES SU» LES SOl'RDS-Ml'ETS. 395
parole. Les renseignements suivants que nous mirions pu étendre davantage suffiront pour démontrer que les habitudes de notre maison n’omettent aucun des soins qui peuvent conduire ces enfants a recueillir le plusgrand avantage possible de leur séjour dans l’institution impériale des sourds-muets de Paris.
Relevé des notes concernant chacun des élèves qui composent la classe d'articulation.
Bkacc*. — Élève de cinquième année, sourd-muet de naissance, n’entendant absolument rien. Il a de l'intelligence, il est assez avancé dans la connaissance de la langue. Il parle assez bien, quoiqu'il soit géné par un bec de lièvre. H peut articuler tous les sons.
Bocbaik. — Cinquième année ; devenu sourd b trois ans, h la suite d'une affection typhoïde, entend encore un peu. mais pas assez pour distinguer les sons de la parole. Il est assez intelligent, son instruction est passable ; il a parle jusqu à dix-huit mois. Il ne parlait plus du tout quand il est entré aux sourds-muets ; maintenant il articule assez bien, mais sa voix est rauque.
Dslasdbe. — Cinquième année; sourd-muet complet denaissauce; intelligence et instruction passables. Il a toujours montré peu de dispositions pour la parole et cependant il articule un peu.
Dkscb. — Cinquième année. Devenu sourd à deux ans, par suite de convulsions causées par la sortie des dents. Il est complètement sourd. Beaucoup d'intelligence: instruction fort avancée; il est lo premier de sa classe. Très peu d’aptitude à parler, néanmoins il articule un peu, mais son professeur seul peut le comprendre. Il n’a pas de voix ; peut-être se déveluppera-t-elle plus tard.
Ikbebt. — Cinquième année. Pas de renseignements, mais tout porte à croire qu'il n'est pas sourd de naissance; il entend même assez bien pour distinguer les sons et la parole quand celie-ci est émise fortement près de son oreille. Traité depuis son entrée aux sourds-muets par le docteur Blanche!, il avait une otorrhée abondante à gauche. Son intelligence et son instruction ne sont pas remarquables II parle assez bien, mais bas; les sons aigus no sortent pas; il ne peut être entendu à plus de deux mètres de distance.
La vois*. — Quatrième année. Sourd-muet complet de naissance. Intel ligence ordinaire, son instruction vo bien ; il articule passablement, mais sa voix de tête est criarde et très désagréable.
Lésai». — Quatrième année. Sourd-muet complet de naissance. On a prétendu que celte infirmité était le résultat des accidents survenus pendant l'accouchement laborieux de sa mère. L'intelligence et [ instruction sont
NOTES SUR LUS soi 11DS-MUETS.
dans la moyenne; l'articulation est assez bonne, mais cependant peu facile à comprendre.
Cochet. — Quatrième année. Devenu sourd è l âge de deux ans et demi, à la suite d'une fièvre cérébrale avec délire. La surdité est complète. Il est intelligent et très avancé dans son instruction. Articule un peu, mais sa voix de télé est très fatigante à entendre.
Serot. — Quatrième année. Devenu sourd à deux ans el demi par suite d'une fièvre cérébrale. Il n’entend pas du tout; il est intelligent, mais peu avancé; il a été souvent malade, ce qui explique sa nonchalance Cinq mois après sa fievre cérébrale, il avait oublié tous les mots qu'il savait. Il commence à articuler, mais faiblement.
Bertrahd. — Troisième année. Sourd de naissance, entend un peu Ie 3 cris, les grands bruits, mais non les vibrations Son intelligence est faible, il comprend lentement ; il commence à articuler et montre des dispositions.
Perrotte. — Troisième année. Sourd-muet complet de naissance. Intelligent , mais très étourdi ; pourrait apprendre facilement, s'il voulait travailler. On a eu beaucoup de peine à le décider à articuler ; on croit qu'il réussira.
Pichet. — Troisième année. Devenu sourd à trois ans, à la suite d'une affection typhoïde ; il lui reste encore un peu d'audition. Il a de l'intelligence, mais pas d'attention, pas de goût pour le travail. Il a perdu la parole aussitôt après sa maladie. Il commence è articuler un peu ; il est probable qu'il réussira.
Siiioh.mh. — Troisième année. On croit que le refroidissement qu'il a éprouvé en naissant a été la cause de sa surdité. Il n'entend pas du tout. Très intelligent, il travaille et deviendra un bon élève. Il n'a jamais parlé, mais il commence à articuler un peu ; il a des dispositions.
Bernard. — Deuxième année Sourd-muet complet de naissance ; il a eu une maladie intestinale qui a été considérée comme la cause de son infirmité. Instruction peu avancée. Une grave maladie plus récente l'a empêché de profiter de la classe d'articulation.
C»gh 4. — Deuxième année. Sourd-muet de naissance; entend quelques grands bruits. Son instruction est peu avancée; il articule un peu el montre des dispositions pour la parole.
Collet. — Classe de première année Sourd-muet de naissance, il est très rachitique; fracture avec aplatissement du nez dans sa première enfance ; n'entend pas du Inul. Peu d'intelligence, peu d'instruction, montre peu de goût pour la parole ; aussi ne l'exerce-t-on pas beaucoup, vu l'état de sa poitrine.
Hehhel. — Sourd-muet complet. Pas de renseignements sur son