‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Espagne 9 Provinces - Unies , Partng:al de 1555 à 1584

Au commencement du quinzième siècle, les ducs do Bourgogne étaient devenus, soit par des mariages soit par des traités, possesseurs des Pays-Bas, qui étaient, dès celte époque, un foyer d'activité intellectuelle et politique, et se partageaient avec Venise le commerce

de l'Europe. A la mort de Charles le Téméraire, le mariage de sa fille Marie avait fait passer cette contrée sous le gouveinementdeMaximilien I«^; puis le mariage de Philippe, fils de ce dernier, avec Jeanne de Castille, l'avait réunie à l'Espagne. A l'avènement de Charles V, ses États se composaient donc de l'Empire d'Allemagne, de l'Espagne et des Pays-Bas, et formaient ainsi la monarchie la plus étendue du continent. A l'époque où il abdiqua, l'Empire avait été distrait de cette vaste monarchie en faveur de son frère Ferdinand, et l'Espagne, accrue par compensation du Milanais et du royaume de Naples, passa avec les Pays-Bas sous le sceptre de son fils, Philippe If, qui se trouvait ainsi à la tête du plus puissant État de l'Europe (1555); Ce monarque, né pour le malheur de l'humanité, va, pendant un long règne de quarante-quatre ans, verser un déluge de maux sur le monde. L'Amérique, qui venait d'être le théâtre de cruautés et de perfidies tellement inouïes qu'elles nous paraissent invraisemblables [1],

[1] Le défenseur des Indiens, Las Casas, évalue à 10 millions le nombre de ces malheureux que la rapacité fanatique des conquérants fit périr dans l'espace de quarante ans. On sait que ceux-ci prétendaient tirer leur droit sur les Amériques d*une bulle que le pape Alexandre VI avait accordée à Ferdinand le Catholique, et par laquelle il avait, en sa qualité de représentant dé Dieu sur terre, tracé une ligne d'un pôle à l'autre, donnant l'Occident au roi d'Espagne et l'Orient au roi de Portugal.

Condorcet ne porte qu'à 5 millions le nombre d'hommes que la conquête de l'Amérique aurait fait périr. (Enquisse

fournissait h l'Espagne d'inépuisables trésors, et l'impression encore récente, produite par la découverte d'un monde nouveau, l'entourait d'un immense prestige. Après la paix de Caleau-Cambrésis (1S59), Philippe quitte la Flandre, décidé a lui enlever toute liberté religieuse et politique; il lui laisse, en partant, le tribunal, justement exécré, de l'inquisition, et des troupes espagnoles qu'il y avait introduites contrairement à la constitution flamande et qu'il avait promis de retirer. Les calvinistes prennent les armes et sac- . cagent les églises ; excès très-condamnables, quoique provoqués. Quatre cents gentilshommes ayant demandé respectueusement le maintien de la constitution et la suppression de l'inquisition (1567), Philippe leur envoie le duc d'Albe avec une troupe choisie de soldats dignes de servir sous un tel général. A leur arrivée, 100,000 habitants fuient à l'étranger; le tribunal de sang et les bourreaux du gouverneur en font périr 18,000 au milieu des supplices ; ceux que la tyrannie épargne gémissent écrasés sous les impôts les plus lourds. Guillaume d'Orange, qui s'était réfugié en Allemagne, implore en vain l'assistance des Etals pro-

d'im tableau historique des progrès de V esprit humain^ 8« époque, tome YIII des œuvres complètes, Paris, 1804.) Le témoignage de Las Casas, qui était un auteur contemporain et qui avait été sur les lieux mêmes, semble devoir èlre préféré. Il est possible toutefois que son zèle pour la cause des Indiens lui ait fait exagérer le nombre des victimes, mais il est peu problable quMl le lui ait fait doubler.

!l2 PREMIÈRE PARTIE

testants. Il assemble h Utrecht les députés des provinces du nord, et leur fait accepter cet acte d'union d'où sort un nouvel Etat. La tête du fondateur de la république des sept Provinces-Unies est mise h prix par Philippe, et un scélérat, excité par des moines fanatiques, l'assassine à Delft (1584). Mais la république qu'il avait créée lui survit, et sa marine devait bientôt s'élever à un haut degré de puissance.

Philippe s'était emparé depuis quatre ans, par la seule force des armes, du trône de Portugal, devenu vacant par la mort de Sébastien. Soixante ans plus tard, le despotisme inepte d'un de ses descendants devait forcer les Portugais à reprendre leur indépendance.

Repassons le détroit.

§ IX Angleterre» Ecosse* Ëspaipiet de fS68 A f 6f S

Marie Tudor, tille de Henri VIII, et qui succéda (1653) à son frère Edouard VI, à peine sur le trône, fait mourir Jeanne Grey, rétablit le culte catholique, aidée de son lâche parlement, qui approuve ou condamne le lendemain ce qu'il avait condamné ou approuver la veille, et les échafauds se dressent de nouveau pour opérer des conversions. Mario- ne règne que cinq ans : règne toujours trop long sous une furie égarée par la fausse dévotion.

Elisabeth, sa sœur, lui succède (1558). Son premier acte est de rendre la liberté au culte protestant ; mais bientôt elle veut soumettre ce culte à Tunilormité. Toujours aidée du Parlement, elle rétablit la suprématie, et fait dresser, comme symbole de la religion aDglicaue(i56â), ces trente-neuf articles qui emprisonnent de nouveau la pensée religieuse. Elle secourt les protestants dans les Pays-Bas ; mais elle le fait secrètement et par des motifs plus politiques que religieux : elle veut créer des embarras à TEspagne, qui est encore la première puissance maritime. Marie Siuart, reine d*Ecosse, s'aliène par ses dérèglements le cœur de ses sujets; elle met le comble à l'indignation publique en épousant Tassassin de son époux (1668). Obligée d'abdiquer et de fuir, elle vient imprudemment chercher un asile auprès d'Elisabeth. Celle-ci l'abreuve d'ignominies pendant dix-huit ans, la retient prisonnière contre toute espèce de droit, puisque Marie était souveraine au même titre qu'elle, l'implique dans une conspiration et se souille du meurtre juridique de cette princesse (1587). Cet acte tyrauniqne fournit à Philippe II un prétexte pour déclarer la guerre à l'Angleterre. L'adjonction du por^ tugal donnait alors à l'Espagne l'empire des mers. Philippe arme cette flotte de 1 30 grands vaisseaux, décorée du nom à* invincible armada^ et qui portait 30,000 soldats, outre le grand inquisiteur et 150 dominicains. A peine engagée dans le canal, cette flotte se voit har-

celée par les vaisseaux anglais, et bientôt une violente tempête la fait échouer en partie et en disperse les restes (1588). Cette défaite délivre l'Europe de la crainte d'un asservissement général, que Philippe faisait alors peser sur elle. Il y survécut encore dix ans, et mourut en laissant l'Espagne écrasée sous le poids de ses dettes. On a évalué les dépenses de son règne à 6 milliards de francs. Ce fut sous le règne d'Elisabeth que l'armée navale anglaise commença à devenir considérable. La flotte qu'elle opposa a l'armada se composait de 176 bâtiments de plus petites dimensions mais beaucoup mieux gouvernés que ceux de la flotte espagnole, et était montée par 18,000 hommes. Pendant que Philippe soudoyait les ligueurs de France, Elisabeth avait secouru le parti protestant (1590), et cette assistance avait contribué au succès de Henri lY. L'Irlande, qui, dès le milieu du douzième siècle, avait été adjugée à Henri H par une bulle du pape Adrien IV, avait refusé d'adopter la réforme. Elisabeth retire aux catholiques irlandais la faculté d'occuper des emplois publics. Ceux-ci se révoltent (1596) ; Elisabeth les réduit par la force. C'est depuis cette époque que ce malheureux pays subit le fardeau de l'établissement luxueux d'une église officielle dont il n'use pas. Ou lui reconnaît le droit de n'en pas user: la conséquence est qu'il devrait en être déchargé. Elisabeth dépense dans la guerre d'Irlande 3 millions de livres sterling. C'était beaucoup pour la nation, mais

Irès-peu pour cette princesse, qui en donnait 300,000 à Essex', Tun de ses favoris, et eu devait 400,000 lorsqu'elle mourut.

Philippe III, renouvelant les persécutions qu'un siècle auparavant Ferdinand le Catholique avait fait endurer aux Maures, en chasse d'Espagne 500,000. Ses ministres en Italie tentent inutilement de s'emparer de Venise au moyen d'une conspiration (1618).

Allemagne* Danemark, France» Snëde» Espag^ne de 1609 à 1648

J'arrive 5 cette longue guerre de trente ans, qui coûta si cher h l'Allemagne.

L'empereur Rodolphe II avait accordé aux protestants de Bohême par lettres patentes le libre exercice de leur culte (1609). Son frère Matthias, parvenu au trône par l'usifrpation, veut leur retirer cette liberté sous divers prétextes. 11 s'était prononcé, avec raison cette fois, contre des protestants qui avaient bâti des temples sur les terres de l'abbé de Braunau et de l'archevêque de Prague. Excités par le comte de l!h Tour, les protestants se révoltent. Matthias offre en vain de confirmer les lettres patentes, et son successeur Ferdinand II, après avoir fait également de tardives concessions et des efforts impuissants pour arrêter les progrès de la révolte, est déclaré déchu de ses droits. La couronne dé Bohême est offerte h l'électeur palatin,

Frédéric V, prince dont la capacité ne répondait nullement à une telle situation, et qui est battu, à Prague, paries troupes de Ferdinand, aidées deVelles du roi d'Espagne, de Télecleur de Saxe et de Maximflien de Bavière. Le vainqueur ne met aucune borne à ses vengeances; il couvre la Bohême d'échafauds et y rétablit le culte catholique. Son ministre sanguinaire, Tilly, prend d'assaut et saccage Heidelberg (1621). A la diète de Ratisbonne, l'empereur enlève à Frédéric sa qualité d'électeur, qu'il fait conférer à Maximilien. Christian IV, roi de Danemark, secrètement excité par les rois d'Angleterre et de France, qui redoutent la puissance toujours croissante de Ferdinand, vient au secours du parti protestant, menacé en Allemagne d'une destruction complète. Il réunit une armée de 60,000 hommes; mais il est battu, à Konigslutter, par Tilly (1626). L'empereur dépouille les ducs de Mecklembourg, Maurice, landgrave de Hesse, et Frédéric Ulric, duc de Brunswick. Il remet, par son édit de restitution, les églises catholiques en possession de tous les bieqs qui avaient été sécuralisés, et charge ses généraux Tilly et Wallenstein d'extirper la réforme par les ftioyens les plus violents. Nous allons voir le protestantisme sauvé en Allemagne par un ministre qui le combattait ailleurs.

En France, La Rochelle était alors le boulevard des protestants. Le ministre de Louis XIII, Richelieu, après avoir assuré le triomphe définitif de la monarchie sur la puissance des grafnds, vient en personne assié-

ger cette place, qu'il réduit par la famine, malgré les secours de l'Angleterre (1628). Le siège de La Ro* chelle peut donner une idée de Térat de détresse auquel la guerre amène une ville en l'affamant. II est vrai qu'il s'agit ici d'un siège dirigé par un cardinal, qui disait lui-même que, lorsqu'il avait une fois pris sa résolution, t7 fauchait tout et ensuite couvrait tout de sa robe rouge. Après avoir épuisé toutes leurs provisions et dévoré tous les animaux domestiques, les assiégés mangèrent les herbes, les pailles et les racines mêmes les plus malfaisantes, puis ils se jetèrent sur les animaux les plus immondes et les plus répugnants, et ils en vinrent jusqu'à déterrer les cadavres des cimetières. On jugera de l'exaspération et du déses^ poir de la défense par ce mot du maire, en voyant les habitants mourir les uns après les autres : « C'est « assez qu'if en reste un pour fermer les portes. » Lors de la reddition de la ville, il ne restait que 5,000 habitants sur 80,000. Les dépenses que nécessita la réduction de cette place s'élevèrent à 40 millions.

Gustave-Adolphe, ce grand manœuvrier, qui pourrait disputer à Frédéric II de Prusse et à Napoléon le mérite d'avoir perfectionné l'art de tuer en bataille rangée, Gustave-Adolphe venait d'enlever à la Russie plusieurs de ses provinces (1617), dans une guerre injustement entreprise, puisqu'elle avait pour but d'empêcher la nation russe d'user du droit d'élire son chef. Il avait rencontré plus d'obstacles dans la guerre que l'usurpation de son père lui avait léguée contre

Sigismond III, roi de Pologne, qui était soutenu par Tempereur Ferdinand. Celui-ci redoutait avec raison, dans la personne de Gustave, le défenseur de la cause protestante; mats en prenant à son égard un rôle agressif et en le laissant insulter par Wallenstein au congrès de Lubeck, il lui fournissait des sujets de ressentiment, que l'habile ministre de Louis XIH allait exploiter. Richelieu amène Gustave à traiter avec Sigismond (1628), et Texcite contre Ferdinand. Le roi de Suède, libre maintenant de déployer tontes ses forces eu Allemagne, s*y présente en libérateur du protestantisme, en même temps qu'en protecteur de la liberté des peuples, menacée par le despotisme de Ferdinand. La France et l'Angleterre lui fournissent des subsides, et la Hollande lui prête ses vaisseaux pour le transport des troupes. Il s'embarque avec 15,000 hommes seulement et 6,000 matelots. Il est bientôt maître de la Poméranie, malgré la défense à outrance que font les généraux de Ferdinand. Un de ceux-ci, le cniel Tilly, avait massacré la garnison de Neu-Brandebourg ; Gustave, par une horrible représaille, massacre celle de Francfort. Il ne peut arriver à temps pour délivrer Magdebourg, que Tilly prend d'assaut (4631) et qu'il saccage [1]. Gustave poursuit

[l] « Il y a, dit Ancillon, peu de tableaux plus horribles « que celui du saccagemenl de cette belle ville. Pendant « trois jours, le soldat s'y abreuva de crimes, s*enivra de « débauches et de sang. On ne vit que des bourreaux et des

ce tigre, Fatteintà Breitenfeld près de Leipsick, le met en pleine déroute et change entièrement par cette victoire la face des affaires en Europe. Il soumet le Palâtinat et la Franconie. Il bat de nouveau, sur les bords du Lech, Tilly, qui est blessé dans la bataille et meurt trois jours après. Le vainqueur pénètre en Bavière. Ferdinand, qui tremble à son approche, rappelle à la tête de l'armée impériale le féroce Wallenstein, que l'indignation générale l'avait forcé de renvoyer, et qui lui fait subir, comme conditions de ce rappel, les plus insultantes humiliations. Celui-ci rassemble une armée de 40,000 'hommes qu'il réunit à 20,000 Bavarois. Gustave, pressé par la famine et la peste, est obligé de quitter Nuremberg, qu'il voulait mettre en état de défense. Wallenstein ravage le haut Palatinat et menace l'électeur de Saxe. Gustave vole au secours de ce

a yictimes. Plus de 40,000 personnes périrent dans le feu, a par le fer ou dans les eaux de l'Elbe, qui étaient teintes u de sang et qui roulaient des cadavres. De quatre mille a maisons il n'en resta que cent quarante-quatre. Mille per- « sonnes s'étaient réfugiées dans Téglise cathédrale et fu- « rent seules épargnées lorsque les vainqueurs furent fati- « gués de meurtres. Semblable à Fange destructeur, Tilly tt présidait froidement à ces scènes infernales, comme on a préside à une fête militaire, et pour ajouter à l'horreur de « ce carnage par un contraste révoltant, sur les monceaux « de cadavres et les ruines fumantes de la ville il entonna « avec ses satellites un Te Deum solennel. » (Tableau des r^volutionsdu système politique deVEuro^e^ chap. 32, tome lll, Berlin, 1805.)

50 PREMIÈBE PARTIE

dernier, bai les impériaux à Lutzen, mais trouve la mort au milieu de sa victoire (4632), Son corps fut retrouvé parmi 12,000 cadavres. Wallenstein est accusé d'aspirer au trône de Bohême : Terapereur s'en débarrasse à Egra, par la main d'un assassin. Le duc Bernard de Weimar avait pris, à la mort de Gustave, le commandement des troupes suédoises ; après plusieurs succès obtenus en Franconie, il vient secourir Nordlingen, qu'assiégeaient les Impériaux, réunis h 15,000 Espagnols. La bataille s'engage, et dans cette funeste journée, les Suédois, écrasés par le nombre, ont 8,000 morts et 4,000 prisonniers. Ils sont alors abandonnés par l'électeur de Saxe^ le perfide Jean- George P', qui fait sa paix avec l'empereur, et obtîeni, pour prix de sa lAche désertion, la Lusache avec la promesse de l'archevêché de Magdebourg pour son fils. La cause qu'ils étaient venus si généreusement défendre en Allemagne y courait les plus grands dangers, lorsque Richelieu, qui un instant avait été inquiet et même jaloux des succès de Gustave- Adolphe, maintenant délivré de toute inquiétude de ce côté, vint faire une heureuse diversion.

Philippe IV, roi d'Espagne, gouverné par son ministre Olivarès, continuait de faire dans les Pays-Bas une guerre ruineuse. Il avait secrètement encouragé la révolte de Gaston et de Marie de Médicis, mère de Louis XIII, révolte qui était dirigée moins contre le roi lui-même que contre son ministre. Ce fut pour celui-ci un prétexte suffisant pour déclarer la guerre à

rCspagne. C'était là son motif principal, quoiqu*iI en mît aussi d'autres en avant, par exemple, la détention de l'électeur de Trêves, qui avait déclaré vouloir rester neutre, acte odieux, dont la France n'était du reste pas chargée d'exiger le redressement, il attaque les Espagnols à la fois en Espagne, en Italie et dans les Pays-Bas, Banner, qui avait le commandement d'une division suédoise, défait à Wittstock les Impériaux réunis aux Saxons (1686). Bernard de Weimar obtient de nombreux succès en Alsace. Bientôt après il meurt subitement. On a dit qu'il convoitait alors la conquête de l'Àlsacd pour son propre compte, et que Richelieu le fit empoisonner. Celui-ci voulait annexer cette province à la France, et il s'en empara en effet, k la mort de Bernard. Peut-être est-ce cette simple coïncidence d'un événement naturel et de l'avantage qu'en lira le cardinal, qui a fait supposer un crime pour expliquer un gain quin'a nullement besoin d'explication. Banner meurt également au milieu de ses succès et après avoir été sur le point de s'emparer de la personne même de l'erapereur. Un poison lent, a-t-on dit, lui aurait été administré à Hildesheim. Le gouvernement autrichien a été accusé de ce crime ; mais les preuves rigoureuses manquent. Le mal a le triste privilège d'être admis facilement ; il lui suffit pour cela de quelque vraisemblance. Quand la vérité se fera-t-elle jour sur ces horribles mystères de l'histoire ?

L'empereur Ferdinand II était mort depuis quatre ans. Son fils, Ferdinand III, manifestait quelques dis-

positions h la paix, mais continuait àla guerre.Torstenson, qui avait remplacé Banner, et qui était comme lui élève de Gustave, parcourt en triomphateur la Silésie, la Saxe, la Bohême et la Moravie (1642). Le maréchal de Guébriant, victorieux à Kempen, meurt au siège de Rothweil. Les Français, défaits à Duttlingen par les Bavarois, battent les Espagnols à Rocroy (16.43). Louis XIII descendait dans la tombe : Richelieu , qui Ty avait précédé d'un an, s'était donné un successeur dans Mazarin. Torstenson , après s'être débarrassé, avec avantage pour la Suède, de la guerre avec le Danemark, que lui a sourdement suscitée Ferdinand, revient sur ses pas, pénètre en Bohême, tue, h la bataille de Jancowitz, 9,000 Impériaux, et menace Vienne, dont il se serait emparé sans la défection de Ragotzky. Le congrès de Munster s'assemble; mais les hostilités marchent de front avec les conférences, qui durent quatre années. La prise de Prague décide l'empereur à signer enfin la paix de Wesphalie (1648), qui rend à l'Allemagne la liberté de conscience. Les plénipotentiaires français firent insérer dans le dispositif du traité une clause qui était peu sérieuse : on déclara que les cantons suisses étaient affranchis; il y avait trois siècles qu'ils l'étaient sans la permission de la diplomatie. Voila donc cette orgueilleuse maison d'Autriche humiliéeet amoindrie. Qui prétendra maintenant parler en maître à sa place? Avant de répondre à cette question, arrêtons-nous un instant h la révolution qui survient en Angleterre.

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