XIII
Turquie, Hong^rie et Bohème, Polog;ne, Russie Suéde, Prusse, de 1456 à i740
Après la prise de Constantinople, ce dernier reste, depuis longtemps décrépit, de l'antique civilisation,
[1] Désordres contraires aux vrais intérêts du prince, année 1666, dans les OEuvres de Louis XIV, t. II. Dans ces mêmes Instructions, il prétend qne le ciel a fait les rois dépositaires souverains de la fortune publique, et il dit encore au Dauphin : « Vous devez donc premièrement être per- « suadé que les rois sont seigneurs absolus et ont naturelle- « mrnt la disposition pleine et libre de tous les biens qui « sont possédés aussi bien par les gens d'Église que par « lei^ séculiers, pour en user en tout temps comme de sages
82 PHEMIÈRE PARTIE
Mahomet II menaçait tout rOccident, lorsqu'il fut arrêté au siège de Belgrade, où il perdit 40,000 hommes (1456). Le parricide Sélim P'' avait inspiré encore plus de terreur à4'Europe : vainqueur en Orient et en Afrique, il se disposait à marcher contre elle, quand la mort était heureusement venue à temps arrêter le cours de ses cruelles prospérités. A la bataille de Mohacz (1526), son successeur, Soliman II, tue 22,000 Hongrois, saccage tout le pays et fait des esclaves par centaines de mille. Il est arrêté devant Vienne, dont il fait en vain le siège et où il perd une grande partie do son armée. Son fils, Sélim II, voit sa marine anéantie par don Juan d'Autriche, h la bataille deLépante(l571), où la mer reçoit 15,000 cadavres. C'est de cette époqne que la puissance ottomane va commencera décliner. Près d'un siècle s'écoule au railieu d'intrigues de sérail, de meurtres d'enfants, de noyades de femmes, de révoltes des janissaires, et d'étranglements de sultans. Mahomet IV obtient d'abord divers avantages sur les Polonais et les Autrichiens ; mais il est battu à Saint-Gothard par Montécuculli (1664). Le grand vizir Kara-Mustapha s'étanl avancé jusqu'aux portes de Vienne, le roi de Pologne, Sobieski, qui déjà avait défait les Turcs à Choczim, leur fait essuyer une déroute complète (1683), et les
« économe.^, c'est-à-dire suivant le besoin général de leur (( Élat. » {Utilité de certaines dépenses, Des privitégef du clergé, nature de sês hiem. Ibidem.) ^
poursuit en Hongrie où il leur tue, à la bataille de Barkan, 12,000 hommes. Mahomet envoie à son grand vizir le fatal cordon. Le sultan de France avait une manière plus grande de consoler ses serviteurs de leurs revers; il disait au vieux Villeroi, après la défaite deRamillies : « Monsieur le maréchal, on n'est pas a heureux à notre âge. » Beau mot, qui a pourtant à mes yeux le défaut' de couvrir cette mauvaise pensée, que Villeroi eût été irès^heureuxy si, au lieu d'avoir 20,000 des ses soldats tués, c'eût été lui qui eût tué 20,000 ennemis. Les Turcs, battus h Salankemen et à Zenia, perdent, par le traité de paix de Carlowitz (1699), la Transylvanie et l'Esclavonie. Battus de nouveau par le prince Eugène, à Péterwaradin et à Belgrade, ils voient les Autrichiens s'agrandir encore à leurs dépens par le traité de Passarowilz (1 718). Mais l'empire ottoman aura désormais à courir bien d'autres dangers du côté de la Russie.
Le royaume de Hongrie, après la mort de Jean Hunyadeet de Matthias Corvin, devint la proie de la Turquie et de l'Autriche. Louis II ayant été tué à la bataille de Mohacz, et n'ayant pas laissé d'enfants, l'em--' pereur Ferdinand P*" avait réclamé les trônes vacants de Hongrie et de Bohême. La Hongrie, voulant se soustraire k cette domination et déférer la couronne à Jeaii Zapoly, palatin de Transylvanie, invoqua le secours des Turcs, et se trouva ainsi pressée entre deux ennemis qui finirent par se la partager (1562). La Bohême s'était soumise à l'Autriche aussitôt après la
mort de Louis. Elle embrasse la réforme et obtient de l'empereur Rodolphe II des lettres patentes qui lui accordent la liberté religieuse. Mais ayant secoué le joug de Ferdinand II, elle succombe dans cette lutte inégale que j'ai décrite plus haut. Le vainqueur inhumain retire aux protestants jusqu'à la faculté de tester et de se marier, et bannit 30,000 familles.
La Pologne avait été longtemps la puissance prépondérante du Nord. Tous les droits civils et politiques y étaient concentrés dans la classe nobiliaire, et ce régime s'était maintenu et même fortifié lorsque, après l'extinction des Jagellons (1572), le trône était devenu purement électif. A la mort du roi, la diète, formée uniquement de la noblesse, délibérait à cheval et armée, et procédait à l'élection d'un nouveau chef. Ce mode d'élection, quelque peu barbare et auquel le gros de la nation demeurait étranger, n'intéressait que la haute aristocratie et les princes voisins qui se disputaient les votes de la diète. Les dissensions qu'il occasionna furent une des principales causes de la décadence de. la Pologne, qui, dans le cours du dix-septième siècle, perdit successivement la suzeraineté de la Prusse ducale, la Livonie, l'Ukraine, la Sévérie et la Podolie. Je dirai bientôt par quelle succession d'événements elle se vit, au dix-huitième siècle, imposer des rois qu'elle était censée élire, et finit par être effacée de la carte de l'Europe.
Vers la fin du quinzième siècle, Ivan III avait délivré la Moscovie de la domination des Tartares. Ce
prince brutal, qui tua un de ses fils, avait mis tout a feu et à sang dans la grande horde. Son petit-fils, Ivan IV, qui créa la milice des strélitz, avait achevé d'abattre la domination tartare par la conquête de Kasan et d'Astrakan. Les cruautés qu'il exerça sur les vaincus et sur ses propres sujets, lui avaient fait donner le surnom de Terrible, Après l'extinction de la dynastie de Rurik, qui, dès la fin du neuvième siècle, avait fondé l'État de Novogorod, Boris Godounof usurpa le trône (1598). Les troubles que causa celte usurpation ne prirent fin et la Russie ne commença vérilablementà peser dans la balance européene qu'après l'élection de Michel Romanof. Son fils Alexis Michaelowitz punit une révolte des cosaques du Don en en faisant pendre plusieurs milliers sur le grand chemin d'Astrakan (1645). Il organise les dragons et forme les régiments d'infanterie de Bulyrsk et de Moscou. Il prend à son service des Anglais, des Écossais et d'autres étrangers. 11 dépouille la Pologne de Smoleusk, de Kiovie et de l'Ukraine; mais il se fait battre par les Suédois.
A l'avènement de Pierre P"", les mœurs moscovites étaient encore à demi barbares. Plusieurs fois, dans son enfance, il avait été témoin des sauvages révoltes de la milice des strélitz; il avait dès lors projeté de la supprimer, et n'attendait pour cela qu'une occasion favorable. Il alla d'abord apprendre en Hollande le métier de charpentier de vaisseau, en qualité de simple ouvrier. Il visita ensuite l'Angleterre,
puis rAutriche, et il se proposait de parcourir les divers Étals de l'Europe ppur en étudier les arts et les usages, lorsqu'il fut rappelé en Russie par une révolte des strélitz (1698). Il en fait pendre 2,000 sur les grandes routes, et remplace cette milice turbulente par 29 régiments de cavalerie et d'infanterie. C'est lui qui est le fondateur, en Russie, du système actuel des troupes régulières. Il introduit dans i'administratiou publique et dans les divers usages de la nation toutes sortes de réformes : la plupart étaient sages et utiles, et ne demandaient qu'à être introduites avec ménagement. Mais il poussa la manie de l'imitation des pays qu'il avait visités et l'abus du commandement jusqu'à prescrire à ses sujets de se raser la barbe et jusqu'à leur imposer la forme de leurs vêtements. Son fils Alexis se fera l'écho des murmures des vieux boyards moscovites, dont toutes les idées et toutes les habitudes étaient déconcertées par tant de brusques changements. Le tzar, qui est dur pour lui-même et pour les siens comme pour les autres, déclarera son fils déchu de ses droits à la couronne et le fera condamner à mort. A la paix de Garlowitz, il s'était fait céder Azof par les Turcs, et avait établi sa première flotte sur la mer Noire ; mais il va porter désormais ses vues ambitieuses vers la Baltique, et là il aura affaire à de plus redoutables adversaires.
Après l'abdication de Christine (1654), cette .princesse qui avait voulu recevoir de Descartes des leçons de philosophie, et qui les appliquait si mal en faisant
assassiner son amant à Fontainebleau, la prépondérance dans le Nord passa de la Pologne à la Suède. Charles X s'était agrandi aux dépens des Polonais et des Danois, Charles XI s'était appliqué surtout à organiser àpon profit personnel le gouvernement despotique : quand la reine le suppliait en larmes de soulager les misères de son peuple, il lui répondait : « Nous « vous avons prise pour nous donner des enfants et « non des avis. » Lorsque Charles XII monta sur le trône (1 697), âgé de quinze ans, à la cérémonie de son sacre, il -ôta la couronne des mains de l'archevêque d'Upsal et se la posa lui-même sur la tête. Voyons comment il usera de son pouvoir absolu. L'histoire a beaucoup à reprocher à Charles XII : c'est une raison de plus pour lui rendre cette justice qu'il fut d'abord provoqué, Pierre P^ se ligue contre lui avec Frédéric IV, roi de Danemark, et Auguste II, roi de Pologne et électeur de Saxe : ils espèrent profiter de l'inexpérience d'un prince presque enfant. Cette conduite du tzar était d'autant plus blâmable qu'il faisait dans le même temps donner à Charles des assurances de bonne . amitié, Apprenant qu'Auguste vient de faire invasion dans la Livonie, iqui appartient à la Suède depiiis la paix d'Oliva, le lionceau s'élance de sa capitale, qu'il ne devait plus revoir (1700). Deux escadres, envoyées par l'Angleterre et la Hollande, qui redoutent l'agrandissement du Danemark, se joignent à la flotte suédoise, composée de 43 vaisseaux. Copenhague, menacé d'un bombardement, demande la paix. Son roi.
qui assiégeait le duc de Holstein, beau- frère de Charles, est obligé de se désister et d'accepter le traité de Travendal ; il paie les frais de la guerre qu'il a injustement entreprise. Dahlberg force le roi de Pologne h abandonner le siège de Riga, capitale de la Livonie. Charles s'avance contre le tzar, qui ravage l'Ingrie. La rencontre a lieu àNarva. L'armée suédoise ne compte que 20,000 liomnies, tandis que l'armée russe en compte 80,000 et en attend 40,000 autres que Pierre a été chercher. Charles, qui marche en avant avec 8,000 soldats seulement, se précipite ?ur l'armée ennemie : 18.000 Russes sont tués ou noyés, 30,000 posent les armes, et, soit prudence soit plutôt générosité de la part du vainqueur, sont renvoyés libres dans leurs foyers. Cette bataille célèbre est une des plus éclatantes preuves de la supériorité de la valeur sur le nombre. Charles soumet en courant la Courlande et la Lilhuanie, et arrive à Varsovie d'où s'est enfui Auguste. II le rejoint à Clissau où il le bat. L'assemblée de Varsovie prononce la déchéance de son roi, et Charles fait élire à sa place Stanislas Leczinski sous un semblant d'élection qu'il impose aux vaincus (1704). En enlevant ainsi à la nation le droit d'élire librementson chef, il manquait à sa parole en même temps qu'à la justice, car il avait plusieurs fois déclaré qu'il n'en voulait qu'à Auguste et à ses Saxons, et non aux Polonais. Pierre, qui venait de fonder Saint-Pétersbourg dans un marécage où périrent plus de 100,000 ouvriers, avait repris Narva. Son armée comptait déjà 65 régi-
ments de toutes armes, et chaque régiment d'infanterie se -composait de près de 5,000 soldais. 11 met à la disposition d'Auguste 60,000 Mo*scovites, que Charles et Stanislas dispersent. A Fraustadt, 10,000 Suédois, conduits par Renbskold, défont les troupes, doubles en nombre, de Scbulenbourg (1706). Cette victoire est horriblement souillée par le massacre d'un corps de Moscovites faits prisonniers. Charles poursuit dans ses États de Saxe le roi détrôné, et le force, par le traité d' Al t-Rantstadt, à renoncer au trône de Pologne (1 706] . Il exige de plus qu'il lui livre Patkul, qu'il fait rouer inhumainement : dans l'ordre d'exécution, Charles était qualifié de seigneur Irès-clément. Cet acte, déjà odieux en lui-même, violait en même temps le droit des gens : Patkul était alors ambassadeur du tzar auprès d'Auguste. Né Livonien, il avait été injustement condamné à mort sous Charles XI, pour avoir, à la tête d'une députation de ses compatriotes, porté de respectueuses représentations au despote. Tout homme maltraité par la tyrannie a incontestablement le droit d'aller chercher une autre patrie. Patkul avait pu s'échapper et s'était réfugié d'abord en Pologne, puis en Russie. Charles commet d'autres violations du droit des gens. Non content d'avoir traversé a main armée et sans permission la Silésie, territoire autrichien, il exige que l'empereur le reconnaisse comme prolecleur des luthériens de cette contrée [1]. Les violences de Charles
[1] Avec quelle constance les fautes du despotisme se co-
compromettaient sa cause, et son ambition grandissait avec ses succès. Ses armées de Saxe, de Pologne et de Finlande montaient maintenant à près de 80,000 hommes. Ses soldats, autrefois pauvres et endurcis à la fatigue, étaient couverts des dépouilles de l'ennemi et commençaient à s'amollir. Le moment n'était pas loin où la fortune allait lui devenir infidèle. Il quitte la Saxe, va trouver le tzar à Grodno, le poursuit dans le palaiinat de Minski, et défait à Hollosin 20,000 Moscovites [1]. Pierre fait des propositions de paix (1708). Charles, à qui les succès donnent le vertige, répond : « Je traiterai à Moscou. » De ce moment le jeune insensé mérita de sentir bientôt le néant de ses triomphes. Les défaites réitérées de Pierre eussent découragé vingt autres monarques ordinaires. Mais celui-là> l'âme fortement trempée. Son coup d'œil est perçant, quand il n'est pas offusqué par les vapeurs du vin : « Mon frère prétend faire l'Alexandre,
pient de siècle en siècle et sans faire le moindre profil des leçons de l'histoire I Changez les noms et les dates, et vous trouverez que c'est à peu près le même rôle qu'a voulu jouer l'autocrate du Nord à Tégard des sujets du sultan qui appartiennent à la religion grecque.
[1] C'est à l'occasion de celte dernière victoire que fut frappée la médaille portant cette arrogante légende, que les événements subséquents vont convertir en mordante ironie :
Victrices copias alinm laturus in orbem.
« s*écrie-t-il ; il ne trouvera pas en moi un Da- « rius [1]. »
Le vainqueur poursuit sa marche sur Moscou. Mais tout à coup, changeant de direction, il s'enfonce dans les marais et les forêts de l'Ukraine, ayant fait une funeste alliance avec Mazeppa, chef de cette contrée, et qui veut se rendre indépendant. La trahison de celui-ci ayant été découverte, les 20,000 alliés que les Suédois s'attendaient à trouver sur les bords de la Desna avaient été battus et dispersés. A Lesno, Pierre, qui vient d'ordonner à ses Kalmouks de fusiller quiconque prendra la fuite et de le tuer lui-même s'ils le voient lâcher pied, attaque avec 20,000 hommes le général suédois Levenhaupt, qui en conduit 16,000 à son maître. Le combat dure trois jours; ij,000 Suédois succombent. Charles est cerné, et un
[I] Charles avait en effet pris Alexandre pour modèle. Dans sa retraite de Bender, on lui lisait un jour la satire où Boileau adresse à l'illustre mort cette leçon, qui eût été beaucoup plus utilement h l'adresse de tel monarque vivant :
L*enragé qu'il était, né roi d*uae province QnMl pouvait gouverner en bon et sage prince, S*en alla follement, et pensant être Dieu, Courir comme un bandit qui n'a ni feu ni lieu, Et traînant avec soi les horreurs de la guerre, De sa vaste folie emplir toute la terre.
(Satire vin, De V Homme.)
Charles prit le livre des mains du lecteur et arracha le feuillet.
hiver des plus rigoureux vient aggraver sa situation (1709). Il est à cinq cents lieues de sa capitale. Le froid et la faim lui enlèvent- lous les jours quelques-uns de ses soldats. H n'a plus qu'une trentaine de raille hommes. A une autre époque , ce nombre lui eût suffi pour vaincre ; mais le temps n'était plus où, comme a Narva, un de ses Suédois battait dix Moscovites. Il provoque en vain un ennemi prudent , qui le laisse s'affaiblir et se borne à le harceler. Son impatience se venge en brûlant des villages. Au printemps, ifvient assiéger Pultava , espérant s'y ravitailler ei de Ik gagner Moscou. Mais Pierre l'y rejoint avec une armée de 60,000 hommes , qui ont fini par apprendre de leurs ennemis mêmes l'art de la guerre. Charles, toujours aussi impétueux et qui venait d'être blessé à la jambe, livre bataille, se faisant porter sur un brancard à la tête de ses troupes. Il essuie une entière déroute : 9,000 de ses soldats sont tués et presque tous les autres pris et désarmés. Le tzar n'imita pas la générosité qu'avait montrée son ennemi à Narva : il fit rouer ceux d'entre les captifs qui appartenaient aux cosaques de Mazeppa, et envoya les autres en Sibérie. Charles, malade, errant et presque abandonpé, alla chercher un refuge sur le territoire turc, où il fui reçu avec cette grandeur que les musulmans mettent dans l'hospitalité, mais que les exigences de son caractère hautain et intraitable finirent par lasser. Le tzar rentre à Moscou, renouvelant des anciens Romains un triomphe ridicule au dix-huitième siècle , même en
Russie. Il prend possession de l'Ingrie, de la Livoiiie et de la Carélie. On eut alors pour la millième fois la preuve de ce que durent les traités imposés par la force et de ce que valent les garanties dont on les entoure. Le roi de Danemark fit revivre, au mépris du traité de Travendal, ses prétentions sur le Holstein, et le roi Auguste prit à son tour la place de Stanislas sur le trône de Pologne, au mépris du traité d'Alt- Rantsladt, que l'empereur d'Autriche, la reine d'Angleterre et les États généraux de Hollande avaient garanti. Charles consuma plusieurs années dans des intrigues qui avaient pour but d'exciter le sultan contre le tzar, quand son devoir l'appelait dans ses États, qui étaient attaqués de toutes parts et où on lui offrit plusieurs fois de le reconduire. La bataille du Pruth (17H) fit tuer 16,000 Russes, et Pierre fut un instant menacé de voir anéantir toute son armée et de perdre avec elle tout le fruit de ses grands travaux : il fut sauvé par la présence d'esprit et les prudents conseils de sa femme Catherine. Tel fut le triste et seul résultat des intrigues de Charles, résultat entièrement perdu pour lui, la paix ayant été signée à Falksen. Après cinq ans de séjour en Turquie, il vint rallumer la guerre en Poméranie, puis en Norwégé, ordonnant en Suède des levées d'enfants de quinze ans, n'y laissant que des vieillards et des femmes pour cultiver les terres, écrasant ses sujets de nouveaux impôts, et décrétant, d'après le conseil insensé de son favori Goertz, que la monnaie de cuivre aurait
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la même valeur que celle d'argent. Il venait d*entamer des négociations avec le tzar, lorsqu'il fut tué (1718) au siège de Frédérickshall. Cette raômc année, son terrible antagoniste, dans un accès de patriotisme farouche et auquel venait en aide la complicité de cent vingt-quatre juges serviles qui pouvaient lui épargner un crime, souillait lé mérite de ses réformes par la mort de son fils Alexis. La paix de Nystadt (1721) mit fin aux ravages que les Russes exerçaient sur les côtes de la Suède.
Ce fut alors que Pierre prit le titre pompeux d'empereur de toutes les Russies^ et que la suprémalie dans le Nord, qui avait passé de la Pologne à la Suède, passa de la Suède à la Russie, qui l'a conservée et accrue depuis. A la fin de son règne, l'armée russe se composait de 40 régiments d'infanterie et de 30 régiments de cavalerie. Ce fut lui qui, dans ses guerres avec la Suède, fonda la marine russe : lorsque! s'empara de l'ile d'Aland, sa flotte, la plus considérable qui eût encore paru dans la Baltique, se composait déjà de 16 grands vaisseaux de ligne et de 180 galères.
L'impératrice Anne Iwanowna, gouvernée par son cruel favori Biren, augmente l'artillerie et la garde. Sous prétexte que le sultan n'avait point empêché les Tartares de la Crimée de faire des incursions sur le territoire russe, elle déclare la guerre aux Turcs. L'empereur d'Autriche, Charles Yl, qui s'était offert comme médiateur, se tourne tout h coup contre les Turrs, qui le chassent de la Valachie et de la Servie, et yieooenl
mettre le siège devant Belgrade. Les Russes sont vainqueurs à Choczim (1739)*
Nous allons voir maintenant s'élever à côté de la Russie une autre puissance, destinée à jouer désormais un rôle considérable.
La Prusse, formée successivement de plusieurs États réunis à diverses époques, doit principalement son origine aux chevaliers de Tordre Teutonique, qui, dès le commencement du quatorzième siècle, avaient quitté la terre sainte pour venir s'établir à Marienbourg. Un siècle et demi s'était h peine écoulé, lorsque les désordres des chevaliers excitèrent une insurrection (1454), à la suite de laquelle une partie de leurs possessions leur fut enlevée par le roi de Pologne Casimir lY. Le grand maître de l'ordre, Albert, de la maison de Brandebourg, ayant embrassé la réforme, avait sécuralisé la Prusse et en avait fait un duché héréditaire dans sa famille (1525), conservant ainsi pour lui-même et attribuant à sa maison un droit de souveraineté qui avait péri avec sa qualité de grand maître. Au commencement du dix-huitième siècle, Frédéric I«% fils de Frédéric le grand-électeur, échangea son titre de duc pour celui de roi. Ce fut a dater de cette époque. que la Prusse prit rang parmi les grandes puissance^ •de l'Europe. Frédéric-Guillaume F% qui ne prisait que les rudes exercices de Tari militaire, organisa ses États en véritable camp, rassembla ces trésors et prépara ces machines humaines que son fils devait si habi; lemenl employer pour l'agrandissement de la Prusse*