XVI
Angleterre* Etats-Unis d'Amérique, France Espagne, de 1794 ft iVSS
Mais voici que les puissances occidentales de l'Europe transportent le théâtre de la guerre au delà de l'Atlantique, comme si le vieux continent ne leur suffisait pas pour s'entre-déchirer.
Dans une adresse au roi Georges 111 et au Parlement d'Angleterre, le congrès de Philadelphie demande le redressement des griefs des colonies, opprimées par la métropole (1774). Cette démarche est repoussée durement par le roi et son Parlement, malgré les efforts éloquents de Fox. Les Américains, ne pensaient pas encore à se séparer de la Grande- Bretagne. Attaqués à Bunker par le général Gage, ils repoussent avec avantage les troupes royales, qui perdent un millier d'hommes. Ils se déclarent indépendants (1776). Ils sont battus à plusieurs reprises par le général Howe, et le congrès est obligé de se retirer dans la province de Maryland. A la bataille de
[1] 11 faut rendre celle justice à la plupart de ces nobles enfants de la Pologne, réfugiés au milieu de nous , qu'ils désavouent aujourd'hui le servage des paysans polonais. Voir la remarquable lettre de M. Ostrowsky, publiée dans le numéro du Siècle du 6 mars 1856.
Trenton, Washington défait un corps de Hessois que l'Angleterre avait à sa solde. A Saratoga, le général Burgoyne est forcé par le général américain Gates à capituler et à mettre bas les armes. Le gouvernement français reconnaît l'indépendance des États-Unis et fait avec eux un traité d'alliance (1778). C'était son droit. Il notifie jce traité au gouvernement anglais, qui lui déclare la guerre. Louis XVI avait alors 79 vaisseaux de ligne et 59 frégates ; il envoie 26 vaisseaux, commandés par d'Estaing et portant aux Américains un secours de 13,000 hommes qui s'emparent delà ville de Saint-Georges. L'Espagne se réunit à la France contre l'Angleterre (1779). Celle-ci arme de nombreux vaisseaux : elle avait alors 70,000 matelots et autant de soldats de terre. Sa dépense de guerre montait, cette année-là, à près de 16 millions de livres sterling. Les Anglais livrent de nombreux combats de mer, dans lesquels ils ont généralement l'avantage. Ils s'emparent d'un grand nombre de possessions françaises et espagnoles dans l'Amérique et l'Inde. L'amiral Rodney bat, au cap Saint-Vincent, la flotte espagnole, commandée par don Juan de Langara (1780). Celui-ci est fait prisonnier avec 2,400 hommes. Dans l'action, qui avait duré dix heures, un de ses vaisseaux avait sauté avec l'équipage , composé de 600 hommes. La Hollande, à l'imitation de la France et de l'Espagne, reconnaît le gouvernement des États-Unis (1781) : Georges déclare la guerre aux Hollandais. Rodney leur enlève plusieurs de leurs
l.U PREMIÈRE PARTIE
possessions des Antilles, et laisse le général Vaughair y exercer des déprédations et des cruautés qui excitent l'indignation de Burke dans le Parlement. Washington et Lafayette forcent Cornwallis à capituler à York-Town : 5,000 Anglais sont faits prisonniers. La guerre d'Amérique commençait à .n'être plus guère populaire en Angleterre, si même elle l'avait jamais été; mais le parti de la cour tenait à la continuer, et trouvait encore dans le Parlement une majorité, qui pourtant diminuait tous les jours et qui finit par s'évanouir. Rodney bat le comte de Grasse près de la Dominique (1782). Les Français eurent 2,000 tués et 4,000 blessés. 4 vaisseaux furent pris, un cinquième sauta et un sixième avait coulé. Peu de temps après, 2 vaisseaux et '10 batteries flottantes des escadres française et espagnole sont incendiés à Gibraltar, et 10,000 hommes périssent brûlés ou noyés. Malgré ces succès, le parti de la guerre perdait tous les jours du terrain. Une adresse au roi, demandant la paix, avait enfin passé au Parlement. Le gouvernement anglais reconnaît l'indépendance des États-Unis d'Amérique, et la paix est signée à Versailles (1783).
En attendant l'heure prochaine, oùla vieille rivalité de la France et de l'Angleterre se réveillera plus ardente que jamais, quittons un instant l'Occident, et suivons au nord et à l'orient la marche des événements.