‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 3)Chapitre 4 sur 54 · VII · texte numérisé non relu

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France, Italie, Espagne, de 4494 â iS98

Charles VIII ne savait pas lire lorsque, à l'âge de treize ans, il hérita de la couronne de France. Son père^ Louis XI, avait pris soin de ne lui rien apprendre. A peine sut-il lire que son précepteur lui mit entre les mains les Commentaires de César et la Vie de Charîemagne. Cette lecture inspira au jeune prince ie goût des expéditions militaires: 11 se proposait de chasser les Turcs de Constantinople et de s'y faire proclamer empereur d'Orient , puis de passer en Asie et d'y voler de conquête en conquête. Et d'abord il part, contre l'avis de son Conseil (1494), pour conquérir le royaume de Naples , auquel il prétend avoir des droits par un testament fait à son père. Son armée se composait de 30,000 hommes, que les Mémoires du temps représentent comme étant pour la plupart des gens de sac et de corde. Il avait fait de gros emprunts à Milan et à Gênes, haussé les tailles et engage une partie de ses domaines pour satisfaire aux frais de cette expédition. Il entre en vainqueur à Rome, puis h Naples. Il avait cru orner sa marche triomphale en massacrant ses prisonniers. Pendant qu'il donne des tournois et des fêtes, l'empoisonneur Ludovic le More,

qu'il avait aidé à usurper sur Galéas le duché de Milan, et le pape Alexandre VI, dont le nom seul ràp* pelle tous les crimes et tous les vices , se liguent avec les Vénitiens, l'empereur Maximilien et Ferdinand, roi d'Espagne , pour chasser les Français d'Italie. Charles n'avait plus qiie 18,000 soldats. Il confie la garde de Naples à 9,000 hommes, que la peste^ jointe aux attaques de l'ennemi , allait bientôt moissonner, part avec le reste de ses troupes, force, h Fornovo (1495), le passage que lui refusent les coufédérés, à qui il tue 4,000 hommes, et rentre en France avec les faibles débris de son armée. Il meurt sans avoir renoncé à sa funeste conquête, qu'il lègue à son successeur Louis XII.

Celui-ci, non moins amoureux de vaine gloire que Charles. VIII, fait alliance avec Alexandre VI et son digne fils César Borgia. Par leur entremise il amène Ferdinand le Catholique à abandonner traîtreusement le roi de Naples et à s'en partager avec lui les dépouilles; mais ils cessèrent de s'entendre lorsqu'il s'agit d'effectuer le partage , et Louis fut entièrement spolié par celui avec qui il avait spolié de compte à demi. Après plusieurs expéditions entreprises sans nécessité, et pour lesquelles il vend les offices de finance, il voit s'évanouir successivement, par les défaites de Cériguoles (1503) et de Novare (1513), ses prétentions sur l'Italie. Dans la guerre de la sainte h'gne^ formée par le pape Jules II, qui ornait son Iront d'un casque beaucoup plus volontiers que de la

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tiare, le neveu de Louis XII, Gaston de Foix, dont les historiens célèbrent à Tenvi la bravoure , s'était déshonoré par le massacre de la garnison et des habitants de Br^scia : en cela du reste il n'avait fait que suivre l'exemple que le roi lui-même lui avait donoé à Pes« chiera,

François I*' fut l'un des rois de France dont l'excessive vanité et les mœurs déréglées ont été le plus funestes au pays. Il laissait sa mère dilapider le trésor et préparer des revers à la nation pour satisfaire sa haine contre une favorite ; il venait avec sa cour voir brûler à petit feu des protestants français en même temps qu'il favorisait le protestantisme eu Allemagne ; il excita ses Parlements à des actes.de persécution, préludes du massacre de la Saint-Barthélemy , et souffrit que celui .d'Aix convertît en désert les .vallées de la Provence et du Dauphiné, habitées par les restes paisibles des anciens Vaudois; ce fut lui qui importa la loterie d'Italie en France, et qui le premier employa la formule absoluti«to, car tel est noire bon plaisir. Loin de profiter des fautes de la politique de son prédécesseur, il augmente les impôts et vend de nouveaux offices de judicature, et se procure ainsi des fonds pour son expédition d'Italie. Son armée se composait de 34,000 hommes. Il est d'abord vainqueur à Marignan (1515), où les cadavres de 15,000 Suisses et de 6,000 Français couvrent le champ de bataille. Il attaque sans raison le roi d'Espagne, Charles V, qui lui avait été préféré par les électeurs de l'Empire. Il

est battu îi Pavie (1525), où 8,000 de ses soldats périssent et où il est lui-même fait prisonnier avec une partie de son armée. Pour recouvrer sa liberté, il paie une énorme rançon et signe un traité qu'il a Tintentioh de violer. Il établit sept légions, appelées des noms de diverses provinces et composées de 6,000 hommes chacune. À la bataille de Cérisoles (1584), les Impériaux perdent 10,000 hommes et ont 4,000 prisonniers. La paix de Crespy vient mettre un terme aux longues guerres par lesquelles François l^^ èl Charles-Quint avaient épuisé d'hommes et d'argent la France et l'Espagne. Ce fut sous le règne de François V^ que la marine militaire de France commença à acquérir quelque importance [1].

[1] Les règles et usages des marines royales en Europe n'étaient à cette époque, et ,ne devaient être longtemps encore que Torganisation du brigandage en grand, exercé sur les mers. On peul en prendre une idée dans Fédit rendu par François I", en février 1543, art. 25 et 26 (necueUgérnéral des anciennes lois françaiges^ par MM. Isambert, etc., tome XII, Paris, i828). Les matelots et soldats juraient ^ntre eux, svr le pain, le vin et le sel, et en présence d'un prêtrCy de nç point faire connaître ce qu'ils pourraient détourner des prises et de se le distribuer. L'édît, en interdisant cette fraude, règle les parts des prises, y comprenant les prisonniers et leurs rançons : l'amiral devait prélever un dixième ; les propriétaires des navires armés en guerre avaient un quart du restant, les avitaUleurs un quart et demi, et les matelots et soldats un autre quart et demi. En lisant ces dispositions, ne se croit-on pas trâns-

Henri II prend de nouveau Toffensive (1B82).

Charles-QuiDt emprunte 200,000 écus d'or au duc de Florence, el s'avance avec 50,000 hommes sur Metz^ dont il fait le siège ; mais il est forcé de s'éloi* gner avec perte d'une grande partie de son armée. 11 ravage la Picardie, incendie trois cents villages, prend et rase Thérouène. Rivalisant de cruauté, Henri saccage le Brabant, le Hainaut et le Cambrésis (1554). CharlQs^îuint, qui avait paru aspirer à la monarchie universelle, abdique et se retire dans un couvent, après avoir conclu avec le roi de France la trêve de Vaucelles (1556), qui est bientôt rompue. Henri,, excité par le pape Paul IV, qui lui promet le royaume de Naples , et par Diane de Poitiers, que l'or du souverain pontife gagne à ses projets, envoie en Italie le duc de Guise avec 20,000 hommes, en même temps qu'il dirige sur la Flandre une autre armée, commandée par le connétable de Montmorency. Les Espagnols et les Anglais attaquent la Champagne et la Picardie. Le connétable essuie à Saint-Quentin une déroute complète et est fait prisonnier. Le duc de Guise, rappelé d'Italie, prend Calais aux Àn^ glais (1558). Henri rassemble à Paris les états généraux et en obtient une somme de trois millions , qu'il emploie à de nouveaux armements, suivis de nouvelles

porté dans une caverne où de superstitieux bandits, qui cherchent à se tromper les uns les autres, réglementent le partage de leur butin?

défaites. La paix de Cateau-Cambrésis (1889) accroît la prépondérance de TEspagne. Henri II, à l'issue d'une procession, allait aussi voir brûler des calvinistes en place publique. C'étaient là les goûts que lui inspirait Diane de Poitiers de concert avec le cardinal de Lorraine. Il meurt blessé dans un tournoi par Montgomery.

Sous la régence de Catherine de Médicis, de sanglante mémoire, commence une longue série de guerres civiles et religieuses, de toutes les guerres les plus abominables, les premières parce qu'elles se .font entre les citoyens d'un même État, les secondes parce qu'elles violent l'asile sacré de la conscience, les unes et les autres parce que les passions , une fois mises en jeu, y atteignent un degré effrayant de violence. Le massacre de la Saint-Barthélemy (1873) fit perdre à la France 100,000 de ses enfants, soit •par l'assassinat soit par la fuite, et fut suivi de vingt-deux ans de guerre civile. Cette époque est l'une des plus hideuses de l'histoire de France, et je ne m'étonne pas que le vertueux chancelier L'Hôpital en soit mort de chagrin, souhaitant que ce jour lamentable pût être effacé du souvenir des hommes. Mais Dieu ne permet pas que le crime soit ainsi enseveli dans l'oubli. L'histoire est impitoyable, et la justice veut que les individus et les nations expient leurs forfaits par la honte et le repentir. On a essayé de décharger Charles IX de l'odieux de la Saint-Barihélemy pour le rejeter tout entier sur Catherine.

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Cette foiMiiie impérieuse conseilla, il est vrai, le massacre, et employa toutes sortes d'obsessions pour y déterminer son fils, qui y répugnait d*abord. Mais il n'est pas moins vrai que Charles finit par y consentir, que lui seul donna et pouvait donner des ordres pour l'exécution, et qu'ainsi il assuma la plus forte part du crime. Il serait trop commode pour les tyrans de pouvoir renvoyer la responsabilité de leurs méfaits à ceux qui les leur ont conseillés, et il ne parait pas que la conscience de Charles, qui, pendant ]es deux années qu'il survécut à la Saint-Barthélémy, fut bourrelée de ' remords, ait accepté le bénéfice de cette immorale doctrine. On conçoit que l'infâme surprise dont ils venaient d'être les victimes ait exaspéré les protestants et les ait poussés à des actes de dévastation et de cruauté, qui n'en étaient pas pour cela plus justifiables. Trop souvent ils imitèrent le cruel fanatisme de leurs persécuteurs. Ils étaient sans doute attaqués injustement; mais, en ayant de son côté la justice et le droit, leur cause n'eût rien perdu à y ajouter la modération et l'humanité dans la défense. Ils s'emparent de plusieurs places. Le duc d'Anjou vient les assiéger dans La Rochelle (18X3) ; il livre inutilement neuf assauts dans lesquels il perd 34,000 hommes : c'était une terrible revanche des défaites de Jarnac et de Moncontour, où, quatre ans auparavant, les calvinistes avaient perdu i 0,000 hommes.

Sous Henri llï, la guerre civile continue. Il est forcé de signer l'édit de Loches, qui n'accorde pas

seulement à la réforme la liberté de conscience, mais qui concède a ses chefs de véritables privilèges. C'est alors que se forme (1576) contre lui aussi bien que contre les calvinistes cette ligue catholique, qu'il finit par signer lui-même, espérant par là s'en rendre maître, et dont Catherine lui avait conseillé de se déclarer le chef. Après de nouvelles concessions faites aux réformés , concessions suivies de nouvelles perfidies, il réussit à irriter également les deux partis entre lesquels il avait voulu louvoyer. 11 attire à Blois et fait assassiner (1588) le duc de Guise, cet assassin de Coligny. L'année suivante, il est assassiné luimôaïc par un moine que Sixte-Quint voulait canoniser.

Le roi de Navarre, chef des réformés, et qui, depuis la mort du duc d'Anjou , était l'héritier présomptif de la couronne, devient roi de France. Mais les succès militaires que Henri IV obtient sur la ligue, à Arques et a Ivri, ne lui semblent pas suffisants pour lui assurer la paisible possession du trône ; il a recours à une nouvelle abjuration [1], qui ne lui fait nul honneur, parce que tout prouve qu'elle ne lui était, pas plus que les deux précédentes, inspirée par des motifs véritablement religieux. Cette abjuration lui ouvrit les portes de sa capitale, mais ne devait pas le sauver du poignard aiguisé par le fanatisme implacable de ses en-

[1] J'aurai à en reparler dans la troisième partie, à propos du projet d« paix universelle attribué à Henri IV.

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nemis. L'édit de Nantes (1S98) vint suspendre en France, pendant quelques années, le cours de ces dissensions religieuses, où Ton ne peut faire un pas sans glisser dans le sang. Cet édit assura aux protestants le libre exercice de leur culte, et les admit au partage de tous les droits des autres citoyens. Cel;i était juste et sage; mais il fallait s'en tenir là. Quand des membres d'un État sont mis sur un pied d'entière égalité avec leurs concitoyens, ils n'ont rien de plus h réclamer. Henri commit la fayle d'accorder aux réformés le privilège de posséder des places fortes spéciales. Il les leur accordait, il est vrai, à titre de places de sûreté ; mais cela même semait un nouveau germe de division entre eux et les catholiques, et devait plus tard fournir à ces derniers un prétexte pour de nouvelles persécutions. Je sais bien que leurs adversaires eussent trouvé d'autres prétextes quand celui-là leur eût manqué ; mais il ne fallait pas avoir à se reprocher de leur en avoir offert un.

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