RÉSUMÉ DE LÀ DEUXIÈME PARTIE
Résumons brièvemeDt les conclusions générales qui résultent de Tensemble des documents consignés dans cette deuxième partie.
L'effectif des armées de terre et de mer de l'Europe, sans y comprendre les gardes nationales, milices, réserves et landwebrs, dont les nombres ont été indiqués dans les états détaillés, est de 2,805,414 hommes^, et les sommes correspondantes à la perte de leur travail s'élèvent à 733,402,000 fr.
La valeiu* improductive des propriétés mobilières et immobilières, affectées au service de la guerre , est de 18,785,435,305 fr., et les intérêts de la valeur de ces propriétés s'élèvent à 751,417,412 fr.
Les dettes publiques causées par la guerre forment un total de 38,622,677,387 fr., et les intérêts de ces dettes sont de 1,748,750,355 fr. Pour certaine nation, l'intérêt de la dette publique va jusqu'à dépasser les 6/7 du revenu total de l'Etat.
La dépense militaire annuelle, qui, dans les budgets officiels, est portée à un total de 2,020,524,434 fr., s'élève en réalité à un total de 5,253,794,201 fr. ; c'est-à-dire qu'elle dépasse les 6/7 du chiffre de la recette totale, qui est de 6,124,593,289 fr. Pour plusieurs Etats, elle dépasse le chiffre des recettes du budget public.
Voilà un résultat véritablement stupéfiant et bien éloi-
1 II s'élève aajourd*hai citraordinairement à plus de i millions U'hommcs.
STATISTIQUE DES ÉTABUSSEMEKTS NILITAUIES. 197
gDé de celui auquel l'atlention publique s'arrête ordinairemeut. Il s'appuie en grande partie sur des chiffres officiels. Le point principal sur lequel on pourrait disputer serait celui de Teslimation de la valeur des propriétés mobilières et immobilières affectées au service de la guerre dans*les diverses nations de l'Europe, estimation qui, en l'absence de publications officielles sur cette valeur chez la plupart de ces nations, est nécessairement un peu indécise. Ici en effet je ne puis affirmer avoir une certitude véritable quant à un chiffre précis, et Ton peut objecter qu'étant privé sur ce point de documents authentiques et complets, j'ai été livré au vague de mes évaluations personnelles. La même raison s'oppose à ce que ceux qui feraient cette objection précisent un chiffre inférieur au mien. Si je me trompe et s'ils peuvent m'en fournir un autre en l'étayant de preuves rigoureuses, je suis tout prêt à l'accepter. En attendant, je vais leur faire des concessions tellement larges qu'ils n'oseraient pas eux-mêmes me les demander. Quoique je croie être demeuré au-dessous de la réalité dans mon estimation de la valeur des propriétés mobilières et immobilières affectées au service de la guerre, supposons qu'on la réduise de moitié. Au lieu du chiffre de 751,417,412 fr., auquel j'ai porté Tintérét à 4 pour 100 de la valeur de ces propriétés pour toute TEurope, nous n'aurions plus que 375,708,706 fr., et alors le chiffre de 5,253,794,201 fr., auquel j'ai porté le total de la dépense militaire annuelle, ne serait plus que de 4,878,085,495 fr« Or, ce dernier chiffre api>roche encore des 4/5 de la recette totale. Allons plus loin. Supposons même qu'on ne tienne aucun compte de l'intérêt de la valeur des propriétés mobilières et immobilières affectées
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au senrice de la guerre en Europe. Le total de la dépense militaire aunuelle serait encore de 4,509,376,789 fr., c*est à-dire d'une somme qui est presque égale aux trois quarts de la recette totale. On voit que j'ai tenu surabon^ damment la promesse que j'ai faite en commençant cette seconde partie, de montrer que la guerre, ou, à son défaut, la paix armée dévore une somme bien supérieure à la moitié du reyenu public de l'Europe.
Sans cette dépense annuelle et avec le produit de la vente de la plupart des immeubles et d'une partie du matériel de la guerre, l'Europe éteindrait en peu d'années sa dette publique, ouvrirait de nouvelles voies de communication, créerait une infinité d'établissements utiles et d'institutions moralisantes, et donnerait ainsi du travail, de l'instruction et des mœurs à tant de malheureux qui vont et viennent sans cesse des angoisses de la faim à l'ivresse de la débauche ou aux fureurs du désespoir «
Je n'ajoute plus qu'un mot relativement à ce fardeau de la dette publique de l'Europe, sous le poids duquel gémissent les générations actuelles et sont menacées de gémir encore d'autres générations futures. On a dit souvent avec raison qu'un père déshonorait sa mémoire quand il léguait à ses enfants des dettes à acquitter. Est-ce que le (mractère d'immoralité dont cette conduite est entachée s'efface par cela seul qu'il acquiert des proportions colossales, parce que, au lieu d'individus, ce sont de nombreuses populations que l'on charge d'acquitterdes dettes qui ne leur sont pas personnelles? Depuis deux siècles, et particulièrementdans les soixante dernières années, les principales nations européennes se sont précipitées dans cette funeste voie des emprunts, dont Colbert disait qu'il voyait bien com-
ment on y entrait, mais qu'il ne savait pas comment on en sortirait. Ces emprunts qui ont été toujours croissants, et qui grèvent l'avenir autant que le présent, ont presque toujours été destinés à soutenir les frais infructueux de la guerre ou du maintien, en temps de paix, d'armées presque aussi nombreuses qu'en temps de guerre. On prétend justifier ce ruineux système en invoquant un principe dont fait souvent abus Tégoïsme des générations présentes, et qu*on applique du reste ici fort mal à propos, à savoir qu'il est juste de faire supporter aux générations futures les dépenses qui leur profiteront un jour. Encore faudrait-il laisser ces générations plus libres de régler elles-mêmes leurs dépenses, et ne point les condamner à une sorte de minorité perpétuelle. Je ne crois pas qu'il doive y avoir des règles difierentes pour administrer les finances d'un Etat et celles d'un particulier, ni qu'il soit sage d'entreprendre les améliorations même les plus désirables avant d'avoir préparé par une bonne gestion économique les moyens de les exécuter. Si je consentais à admettre le système en vogue des emprunts publics, ce serait tout au plus pour exécuter, dans une prudente mesure, des travaux d'utilité non-seulement présente mais future et permanente , comme, par exemple, pour l'établissement de ponts, de fontaines, de routes, de ports, de maisons d'école, etc., dont les générations futures profiteront aussi bien que leurs devancières» Mais il n'y a rien de tel dans les emprunts faits pour soutenir les frais de la guerre ofiensive , car ce sont des dépenses entièrement infructueuses. Il me reste à démontrer, dans la troisième partie, que c'est encore là leur moindre défaut.