‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 4)Chapitre 40 sur 54 · XI · texte numérisé non relu

XI

Bselavage et emnbAt J«tf claire, eaCMitée par la s«cvre«

Outre les fléaux dont la guerre afQige journellement Tespèce humaine, il en est d'autres qu'elle a enfantés an-

« dans la fille qu'oo doit bientôt les assiéger avec une paissante ahnée « contre laquelle sa garnison ne saurait tenir^ et que cependant le prince « ne veut point lui envoyer du secours, sous prétexte qne les habitants « sont assez forts pour se défendre, mais dans le fond à cause du peu d*af- « fection qu'il a pour eux ; qne les désordres d'un pareil siège lea ruine- « ront sans ressources, au lieu quMls peuvent tout espérer de la libéralité « du prince qui vient les attaciucr, s*ils se donnent volontairement à lui. c Ces discours et une infioité d^autres semblables^ qui ne coûtent rien « à an scélérat qui trabit sa conscience et son roi, ne manqueront pas u de faire de grandes impressions sur Tesprit des habitants, qui craignent « ordinairement beaucoup la perte de leurs biens, et la garnison, qui en « sera elle-même ébranlée, sera bientôt contrainte de se rendre à leur « volonté. Une garnison mécontente peut facilement obliger son gouver- « neur à céder, et si on craignait quelque chose de la part des habitants, « les soldats peuvent auparavant les gagner tous ou en partie par des « faux bruits, comme nous venons de dire. De même les habitants peu* « vent peu à peu gagner nne garnison en caressant les soldats et les in- « téressant dans leur dessein par les promesses qtt*ils leur feront de la < part du prince à qui on veut se livrer ; enfin, dans une ville iibre, le « parti le plus fort peut vous ouvrir les portes sans que Tautre soit en état « d*y résister...

« Un gouverneur tâchera de gagner le plus de monde qu*il pourra de « sa garnison, et après avoir pris jour avec Tennemi, il mettra aux portes « des gardes é sa dévotion, qui laisseront entrer des soldats déguisés, jusc qu*à ce qu*ils soient en assez grand nombre pour pouvoir forcer un € corps de garde. Il pourra de même mettre des sentinelles sur le rem« € part pour fovoriser Tescaiade ou rentrée par la rivière, etc. Un officier « ou un sergent, d'accord avec son caporal, peuvent favoriser de même « ces entreprises par les moyens des sentinelles de leur faction qu'ils a mettront aux endroits qu*on veut surprendre. Un major peut convenir c avec l'ennemi qu'on lui enverra un certain Jour une troupe de 100 ou t de 200 hommes dont le chef se dira envoyé pour renforcer la garnison « et lui présentera son ordre supposé ; le major l'ayant pris fera retirer

3S2 niOlSlftHS PARTS.

cienncment et dont les conséquences durent encore. Comme cette génération remonte un peu haut, on oublie souYent de la rapporter à sa véritable cause, L'esclayage^ par exemple, est l'une des plaies les plus hideuses qui aient défiguré et déshonoré Thumanité. Quoique Ton rencontre aujourd'hui bien peu de personnes qui ne soient persuadées de Tillégitimité radicale de Tesclayage et qui osent le défendre en principe, il n'a pas encore entièrement disparu de tous les points du globe. Or on sait qu'il doit son origine à la guerre. L*homme barbare, qui est parfois plus ergoteur qu'on ne serait tenté de le supposer, a prétendu fonder le droit de réduire son semblable en servitude sur cette argutie, par laquelle il a cherché hypocritement à donner à sa cruauté des airs de clémence : ce J'ai le droit tt de tuer un ennemi que j ai vaincu et fait prisonnier de «t guerre ; donc à plus forte raison j ai le droit, en lui eon-^ « servant la vie, de le faire mon esclave. Loin qu'il ait à «c se plaindre de moi , il ma au contraire des obliga- €< tions. » Je ne m'arrêterai pas à faire voir ce que ce raisonnement renferme de stupide sauvagerie : ici j'ai sim-

« eelte troupe, et ordonnera qu*oa ferme les barrières et les portas jus- « qu'à ce qu*il ait parlé au gouverneur chez qui il Ira eCfeclivement sans « cependant lui en parler; à son retour, il ordonnera d^ouvrirde la part « du gouverneur, et fera entrer la troupe, qui se rendra n^altresse du 9 corps de garde^ tandis que ceux qu*on aura mis en embuscade s'avan* « ceroni pour entrer et s^eraparer de la place. Il peut aussi, etc., etc...

< Un simple soldat peut faire un signal pendant la nuit pour faire con-»

< naître le lieu où il est en faction... Un seul habitant peut favoriser Ten* o treprise, etc. » {Le Parfait Ingénieur français^ 2« partie, ch. i, Des sur-^ prises par inleUigence et par trahison, Paris, 1748.) Dans ces leçons sur Fart de trahir son pays, et je suis obligé d'en passer, il y a, comme on voit, des instruaions pour tout le monde, depuis le gouverneur d'une place assiégée et ses offîeiers jusqu'au simple soldat et au timide bourgeois.

CONSIDÉRATiOlVS MOiUUBS ST POLVIQUES. 223

plement pour but de montrer que l'esclavage ^t un des fils premiers-ués de la guerre. Un autre de ses digues enfants est ce combat judiciaire, si longtemps pratiqué devant la juj^/c^ féodale, coutume non-seulement irralionnelle en ce qu'elle incriminait souvent Tinnocent et innocentait le coupable, mais impie en ce qu'elle sommait insolemment Dieu de parler à Theure et de la manière qu'un juge imbé* cile avait fixées. On sait qu'elle a été apportée par de barbares guerriers, qui rendaient ainsi la justice dans leurs forêts, et qu'un de ses restes, encore aujourd'hui subsis-* tants, est ce fatal usage du duel, dont les plus déplorables exemples viennent parfois des hommes mêmes qui sont le mieux persuadés de sa complète déraison. Personne n'ignore que cette tyrannie a ses principaux soutiens parmi les militaires ; elle n'en a même plus guère que là, en sorte que nous ne pouvons espérer de voir son règne finir qu'a-» près que celui de la guerre elle-même aura cessé.

sxn.

I<a gMevre n'est point lut mal nécessaire.

Bien des gens, dont les uns gémissent réellement et les autres font semblant de gémir sur les maux de la guerre, prétendent que c'est un fléau nécessaire, une maladie dont on ne guérira pas l'humanité, parce qu'elle est, disent-ils, inhérente à notre imperfection. N'en a-t-on pas dit autant de l'esclavage antique, du servage féodal et de l'esclavage moderne des colonies, et ne s'est-il pas rencontré des philosophes même qui ont cru que la société humaine ne pouvait pas se concevoir sans esclaves ? Pour que la guerre continuât d'être un mal plus nécessaire que l'esclavage^ il

224 nomÈME partie.

faudrait que les divers peuples youlussent continuer de demeurer isolés et refusassent absolument de s entendre et de se lier par des conventions. Or ce que la marche accélérée de la civilisation ne permettra bientôt plus à aucun peuple , même aux Chinois « est dès aujourd'hui rendu impossible en Europe par la facilité et la multiplicité des relations qu'entretiennent ses diverses populations.

La guerre tin mal nécessairey une maladie incurable de l'humanité ! Ceux qui tiennent ce langage ne savent guère à qui ils se rendent semblables. Essayons de leur faire honte de leur propre image. Supposons des sauvages, vivant éparpillés dans une grande lie de l'Océan, sans lois comme sans abris, se disputant mutuellement et disputant aux brutes une nourriture précaire, réglant tous leur différends par la force brutale et individuelle, se mangeant même entre eux lorsque la faim les presse. Supposons encore que l'un d'eux, inspiré par une plus haute raison que celle de ses féroces compagnons , puisse leur tenir ce langage : «( Nous sommes tous les enfants d'une même famille. « Pourquoi vivre ainsi isolés, errantset oisifs, et nousentre- « dévorer comme des bétes, quand il nous serait si facile « de nous entendre pour cesser d'être ennemis et vivre plus « heureux ? Construisons des demeures fixes; cultivons ce « sol dont le produit sera centuplé; faisons quelques lois qui « définissentsimplement les devoirs et les droits de chacun « et lui assurent la tranquille possession du fruit de son « travail ; choisissons les plus sages et les plus capables « d'entre nous et les chargeons de faire exécuter ces lois « et de décider de quel côté est la justice, quand il survient c( entre nous des contestations particulières où la passion « trouble notre vue. Opposons ainsi aux erreurs de la rai-

c< son et de la force individuelles, qui jugent mal dans les « questions d'intérêt privé, le calme et le désintéressement «t de la raison et de la force de tous. Formons enfin une c< seule société de toutes les tribus qui vivent si misérable- « ment et sans liens communs sur cette terre que nous tece nons de la bonté du grand Être. » Assurément plusieurs de ces sauvages seraient soudainement frappés de la justesse de ce langage ; mais assurément aussi un grand nombre, le plus grand nombre même et infailliblement les plus méchants ou les plus abrutis, traiteraient Tinstituteur de rêveur et de fou et proposeraient de le jeter à la mer. S'il se trouvait dans Ttle quelques beaux-esprits, ils soutiendraient que l'état des choses, sans être précisément parfait, est un mal nécessaire, une maladie inhérente à la nature des habitants. Ceux de nos hommes d'Etat ou de nos beauxesprits civilisés, qui prétendent que la guerre entre les nations est un fléau nécessaire, une maladie dont on ne guérira pas Thumanité, se reconnaissent -ils dans ce miroir ?

M. Ancillon, ministre protestant et professeur d'histoire à l'Académie royale militaire de Prusse, après avoir victorieusement démontré que l'état actuel des sociétés éternise toiis les malheurs réunis dans le seul fléau de la guerre^^ se

< L'état de nature dans lequel Tivent encore les sociétés les unes à c regard des autres est un état contraire au bonheur et à la desUnaUon « de rhomme, où la force n'existe que pour violer impunément le droit, « tandis qu'elle ne devrait exister que pour le protéger et pour punir les or violateurs. Cet état éternise tous les malheurs réunis dans le seul fiéau a de la guerre ; il amène des dangers toujours renaissants, ou du moins c il entretient des jalousies, des détiances^ des craintes perpétuelles, et <t provoque des mesures de précaution qui sont elles-mêmes déjà un « mal réel. Les Étals ne doivent-ils pas tâcher de sortir de cette situation

is

iM TBOISiftn PMKTIS.

demande si elles doivent rester dans cette situation Tio'* lente . On ne saurait mieux penser ni mieux dire , et j*a¥Oue que ce début m'avait charmé de la part d'un homme ayant pour mission d'enseigner l'histoire à des militaires. Mais j'ai bientôt éprouvé un pénible étonnement. Presque immédiatement après, le même écrivain combat Tidée d'une association générale des Etats^ par des arguments tirés uniquement de ce qui a existé jusqu'à ce jour, et qui, s'ils eussent été écoutés, auraient empêché de naître tous les progrès qu'ont fait les sociétés humaines. Il pose, à l'usage des nations , des maximes comme celles-ci : Quieanquêy par la supMoriti de 9e$ forces et par sa position géographique, peut nous faire du mal, est notre ennemi naturel. Quiconque ne peut pas nous faire du mal^ mais qui, par la mesure de ses forées et par la position où il est, peut en faire à notre ennemi^ est notre ami naturel. Puis, après être revenu sur la nécessité, pour les diverses sociétés européennes, de sortir de l'état de nature et d'établir entre elles une garantie sociale du droit, il conseille, comme moyen d'arriver à cette fin , d'opposer forces à farces , de contre-balmeer V action par la réaction, c'est-à-dire, en défi« nilive, de faire ce qui a été fait jusqu'ici. Enfin il termine son Discours préliminaire par réhabiliter la guerre, tout en la comparant aux volcans, aux tremblements de terre, aux ouragans et à la grêle ; comparaison vraie en général, mais fausse dans l'intention de l'auteur, en ce que les hommes ne peuvent rien contre ces grands fléaux de la nature^ et que ce qu'ils ont de mieux à faire c'est de s'y

« violeaie? ne doivent-ils pas le souhaiter vivement î » {TeMeau â$s ri" vokUkm du systimô poUHque de l'Europe depuis la ftn du quinsnàme siècie, Disecurs pr^imma^, 1. 1. Berlin, 1803.)

résigner, tandis que le fléau de la guerre Tient uniquement de leurs passions et de leurs vices, et que tous les maux qui découlent de ces sources impures peuvent et doivent être combattus et sans cesse atténués, comme le reconnaît tout moraliste pour qui justice et progrès sont autre chose que des mots. Il y a cinquante-trois ans que M. Âncillon commençait la publication de son livre , si remarquable d'ailleurs, et de la lecture duquel je reconnais pour mon compte avoir fait grand profit. Pendant ce demi -siècle, on a continué d'appliquer aux nations européennes son système de contre-forces, et on les a tellement balancées qu'on a donné aux unes le vertige, aux autres des maux de cœur qui ont failli les faire trépasser. Il a eu le temps, n'étant mort qu'en 1837, de voir comment elles se trouvaient de ce régime.

Il y a une autre assertion, qui figure à c6té de celle que ]e viens de réfuter , c'est celle qui fait de la guerre un moyen providentiel de prévenir l'excès de la population : assertion trop peu sérieuse pour que je la combatte autrement qu'en y opposant ces simples faits. Notre planète n'a pas aujourd'hui 800 millions d'habitants*. Une moitié de l'Europe, celle qui se trouve au sud-ouest d'une ligne tirée d'Odessa à Stockholm, et qui occupe en étendue moins de la vingtième partie des terres, comprend le quart environ

1 Voici les renseignemenls approximatifs fournis à cet égard par la statistique :

Europe 860,000,000

Asie 400,000,000

A f Pi que 56,000,000

Amérique 42,000 000

Océanie 20,000,000

228 TROISIÈME Tàxm,

de la population totale du globe, et elle pourrait être beaucoup plus peuplée qu'elle ne l'est. La France à elle seule est presque aussi peuplée que tout Timmense continent du nouveau monde, et il s*en faut bien qu elle le soit autant qu'elle peut l'être. L'Afrique, qui est plus grande que l'Europe, et surtout la NouTelle-Hollande, qui n'est guère moins grande, sont presque désertes. De vastes contrées de TAsie, qui, à d'autres époques, possédaient de florissantes populations, ont été converties en solitudes par la guerre. Que ceux qui ont peur de manquer de place au soleil se rassurent donc : des milliers de siècles s'écouleront avant que la terre ait plus d'habitants qu'elle n'en peut nourrir , et si jamais ce moment devait arriver, la puissance infinie y pourvoirait. Par quels moyens? nous l'ignorons comme tant d'autres choses. Mais ce que nous affirmons, c'est que ce ne serait ni en chargeant les hommes de s'entr'égorger, ni même en leur interdisant les douces étreintes de l'union conjugale : elle aurait plutôt, si l'on peut faire quelques conjectures sur un sujet aussi vaste pour nos faiblesconnaissancesactuelles, chargé de l'extinction, soit totale, soit partielle de notre espèce, une de ces grandes crises de notre globe, dont la géologie nous montre les traces nombreuses dans le passé, et dont un orgueil ignare se plaît à croire la série définitivement close depuis l'époque, relativement si récente, oii nous avons été placés à notre tour sur ce monceau de débris de tant d'autres créations.

GOKSlOCRATieNS MORALES ET 1>0L1T1QU£S. 329

§ xni.

li'acilvité de lu gaetve coaaparée * celle de lu paix.

Si Ton ne fait plus la guerre, disent ses partisans, les populations européennes Yont perdre Thabilude de ses màles exercices et s'amollir dans les délices de la paix ; et dès lors disparaissent de ce monde ces grands talents que la guerre fait déployer, et ces grandes entreprises auxquelles elle donne naissance. L'abbé de Saint-Pierre, qui s'était fait cette objection, demandait plaisamment si c'était une perte bien regrettable que celle du talent de détruire les hommes^ et s'il fallait souhaiter qu'un malade fût à l'extrémité pour que le médecin eût l'occasion de montrer son habileté ^ Ajoutons que lesmodernes Bayards qui nous vantent leurs màles exercices, et qui craignent que nous ne nous amollissions dans les délices de la paix, sont les plus adonnés à ces délices et les plus avides de plaisirs. Qu'ils cessent donc de faire les gens vertueux et de profaner les signes les plus respectables du langage. On ne donne plus le nom de vertu à la rudesse sensuelle de la vie militaire. Oo sait que rien n'est moins fait pour entretenir l'activité utile, et que rien ne favorise davantage les habitudes vicieuses. Qui est plus oisif, en effet, dans la majeure partie de sa vie, que le militaire de profession, et quoi de plus fécond en vices que Toisiveté? La pratique de l'agriculture, des arts mécaniques et libéraux

^ Su/pfiément à VÀbrégé de projet de paix perpétuelle^ réponses à la dixseptième et à la dix-huitième objection, ouvrages de poUlique^ t. H. Rotterdam, 1733.

3801 TROISlftliE PARTIE.

et de tous les travaux de la paix ne demande pas, comme la guerre, une action fiévreuse et un courage à longues intermittences; elle exige un courage journalier, un déploiement d'activité constante et réglée, bien plus propre à entretenir la vigueur de Tâme et bien meilleure gardienne de Taustérité des mœurs. C'est vraiment une chose étrange que de nous donner pour des sources de grands talents et de grandes entreprises cette énergie dévorante que fait naître le génie malfaisant de la guerre, cet enivrement qui fait courir sans but raisonnable après les basards et les dangers, cette valeur que j'appellerai de tempérament bien plus que de conviction et de dévouement. La bravoure qui fait affronter la mort peut sans doute être une vertu digne de toute estime, mais à une condition absolument indispensable, c'est qu'elle s'exerce à propos et dans un but légitime, par exemple dans le but de protéger la vie de nos semblables ou de défendre l'indépendance de la patrie véritablement attaquée. Sans cela, la bravoure est témérité, audace, souvent même cruauté et instrument de crime; car il y a des actes très-criminels et qui exigent un grand courage. Il y a, au surplus, pour trancher la question, un critérium bien simple. Quels sont ceux qui font le plus de cas de la bravoure considérée indépendamment du but dans lequel elle s'exerce? Interrogez le passé et le présent. Parmi les hordes de sauvages, les plus dégradées et les plus brutales se font perpétuellement la guerre. Et quelle guerre que celle qui a souvent pour intermèdes des festins de chair humaine 1 Viennent ensuite les peuples barbares, qui prisent fort les combats et l'honneur qu'on en retire, et qui pourraient sur ce point faire la leçon aux plus fiers de nos braves. Enfin, chez les

GONSIDÉRATIOnS MORAUBS £T POLITIQUES. 331

peuples civilisés ou qui passent pour Tétre, les hommes les plus épris de la gloire des armes sont-ils les plus vertueux, les plus bienveillants, les moins ambitieux, les moins vain^t ceux en un mot qui ont le plus de valeur morale? Que chacun fasse appel à ses souvenirs, et qu'il écoute la réponse à ces questions avec le calme d'une raison impartiale.

Il faut qu'une cause soit bien désespérée pour chercher une justification dans ce que notre nature a de plus irréfléchi, de plus passionné, de plus désordonné, et, si j*ai mentionné un pareil argument, c'est pour que je n'aie rien omis des dires de nos adversaires ^. Au reste, on verra plus

* Voici comment répondait à cette argumentation un des plus honnêtes ministres qu'ait eus la France : <x Teutends une dernière objection : les < bomroes aiment les hasards, et souvent c'est d'eox-mèmes qu'ils les « cherchent. J'en conviens, plusieurs y trouvent les honneurs et la forc tuoe; mais ceux qui n'ont pour prix de leur sang que la subsistance la « plus indispensable, si ce n'est pas la force qui les engage, si ce n*est « pas la discipline qui les retient, c'est un sentiment exalté par Texemple M et par l'opinion : mais parce que des hommes auraient été placés dans f une posiiion où leur volonté même les conduirait à des malheurs, ces « malheurs changeraient-ils de nature? L'ignorance des hommes du « peuple est une minorité prolongée^ et dans toutes les positions où ils « se trouvent pressés par les circonstances, leur premier choix, leur pre- « mier mouvement ne signifie rien. Il faudrait étudier leurs sentiments a dans ces moments où déchirés de mille douleurs, mais conservant en- « core un souffle de vie, on les enlève par monceaux du champ funeste « où la faux de l'ennemi les a renversés; il faudrait étudier leurs senti- « ments dans ces lieux désastreux où on les accumule et où les soufa frances qu'ils supportent pour conserver une existence languissante ne <K prouvent que trop le prix qu'ils mettent à la conservation de leurs « jours et la grandeur du sacrifice auquel ils se sont exposés ; il fandrait « encore étudier leurs sentiments dans ces moments où ils ajoutent « peut-être à tant de maux le souvenir amer de l'erreur d'un moment, « qui les a conduits à cette destinée; il faudrait surtout étudier leurs et sentinenta sur ces vaisseaux eoflaronés où il ft*f a plitf qa*ua instant

i32 TAOlSlÈllli; PARnS.

loin, lorsque j'aurai eu le temps d'exposer un ensemble d*idées qui se tiennent toutes, que nous n'entendons nullement refuser d'ajouter aux avantages des travaux de la paix ceux que peuvent procurer des exercices virils, pratiqués périodiquement, dans la prévoyance de toutes éventualités, mais dirigés dans un esprit civil et social. On verra que nous ne demandons pas que les hommes soient élevés et vivent comme des femmes, ni qu'ils s'étiolent dans les douceurs affadissantes de la petite civilisation , mais que nous voulons au contraire qu'ils soient toujours prêts à repousser une injuste agression, qui deviendra tous les jours plus improbable et plus difScile dans notre système, mais qui n'en sera pas moins tenue peur possible. Mous n'entendons pas faire l'apologie de la peur ni encore moins celle de la lâcheté. Autant que personne nous ap-

« entre eux et la mort la plus cruelle, et sur ces remparts où un bruit « souterrain leur annonce qu*ils vont être ensevelis sous un amas affreux c de pierres et de poussière. Mais la terre les a couverts, la mer les a enc gloutis, et nous les oublions, et leur voix absolument éteinte ne peut V plus accuser les malheurs de la guerre. Durs survivanciers que nous « sommes ! C*est en marchant sur des corps mutilés et sur des ossements € brisés, que nous nous réjouissons de la gloire et des honneurs dont nous c avons seuls hérité. Qu*on ne me reproche point de m'ètre arrêté sur ces « lugubres images ; on ne saurait trop les présenter^ tant on s'habitue, « au milieu de la société même, à ne voir dans la guerre et dans ses bor- « reurs que roccupationd*une jeunesse brillante, un exercice offert à son € courage, et le développement du talent des généraux. Et tel est refîet « de cette ivresse passagère, que Ton prend quelquefois le bruit des cer- Cl clés de la capitale pour le vœu général de la nation. Ah ! vous qui gou- « vernez, ne vous y laissez point tromper. » (Necker, De l'adminislration des finances de la France, t. III, ch. xxxiv. Paris, 178*.) La Société de la Paix a fait traduire en anglais les deux avant-derniers chapitres de cet ouvrage (les chapitres xxxiv et xxxv du t. III), sous la forme d'un de ces petits traités qu'elle distribue si utilement. Cette publication porte le litre suivant : BeflecUons on ihe calamUies ofwary etc. Londres, 1831.

CONSIDÉRATIONS MORALES ET POUHQUES. âSo

précioDS le courage s'exerçant avec intelligence et sagesse; nous aimons chez un homme une certaine mesure de no* ble fierté, et nous voulons qu'ayant un juste sentiment de sa dignité, il la fasse respecter par des moyens légitimes, et prenne par là rengagement de respecter lui-même celle de ses semblables.

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