‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 4)Chapitre 44 sur 54 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

cipales causes actuelles de leur peu de moralité. En somme, tout en écrivant sous l'inspiration d'une bonne conscience, cet auteur manque le but auquel nous devons tendre, parce qu'il n'ose point trancher dans le vif. Ses propositions de réforme reviennent à peu près à dire aux gens de guerre : « Si vous voulez nous promettre d'être « bien sages, nous vous laisserons continuer de fouler aux « pieds rhumanité, d'en dévorer la substance la plus pure « et de lui infuser en échange tous les poisons de Timmo- « ralité. » On les verrait empressés à jurer sur les évangiles que désormais ils seront très-sages, et puis ils riraient bien d'avoir échappé à si bon marché au danger d'être définitivement congédiés, et se dédommageraient amplement de la contrainte momentanée dont une philanthropie ingénue se serait contentée.

Un autre écrivain, M. Francisque Bouvet, dans une publication récente et qui a pour but de recommander l'établissement d'une juridiction internationale , commence par faire une apologie en règle de la guerre. Il prétend qu'elle a contribuij à des époques où d'autres modes d'action manquaient^ à rapprocher les hommes en les ralliant sous la mime bannière, en leur soufflant des passions semblables, en rendant leurs dangers communs, et qu'e//e amis en évidence, avec f énergie physique de Vhomme, les plus sublimes sentiments de son âme. Il voit Vantiquité resplendir sur ce point de traits et de caractères qui nont rien perdu à travers les temps de leur célébrité et de leur gloire, et il cite à ce propos les Cyrus, les Alexandre, les César et autres guerriers d*une haute illustration. Il trouve qu'à un point de vue purement viril et héroïque, le progrès s* est fait de haut en bas par la guerre, mais qu^au point de vue de la civilisation et de la /i-

COMSIDÉRATIOKS MOIULES ET POLniQUES. S41

berîi^ Volservation porte sur des faits encore plus satisfaisants, s'il est possible. Il découvre qu'au moyen âge c'est la guerre qui a crié V esprit national^ préparé f émancipation des classes inférieures^ retrempé les mœurs, ranimé V énergie des populations et surtout exalté le sentiment de Vhonneur. A ses yeux, la guerre a sa mission^ aux époques rudimenlai" reSf dans la formation sociale r c'est là ce qui fait la légitimité des armées et la dignité du soldat, et voilà pourquoi Vhistoire aura à les associer aux plus glorieux travaux du génie civilisateur de Vhumanité. Â ceux qui demandent la suppression des armées, il répond qu'elles sont des é/éments sociaux qui ont leur racine et leur sève dans la création universelle, et que leur suppression serait une castra^ tion véritable du corps social^ qu'elles seront restreintes aux proportions constituant physiologiquement la force et la virilité des États , et que la paix ne les privera point d'acquérir une gloire dont elles sont justement avides ^.

Si je fais ici ce long relevé d'assertions vides, déjà amplement réfutées dans tout ce qui précède, c'est parce qu'elles émanent d'un auteur qui, dès la première page, se pose en ami de la paix. On le voit, M. Francisque Bouvet ne cherche pas seulement une excuse à la folie des guerres passées dans le malheur des temps et l'ignorance des populations; c'est le principe même, l'essence des institutions militaires et de la profession des armes qu'il justifie et qu'il admire. On peut dès lors lui dire que, si la guerre est une si belle chose, si elle a pu produire dans le passé de si salutaires effets, on ne voit pas pourquoi elle ne continuerait pas d'en produire de semblables dans

' La Gtmre et ta CmUtation, V partie^ ch. i. Paris, 185S.

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le présent et dans TaTenir, ni pourquoi il cherche luimême un moyen de la rendre désormais impossible* Nous en particulier, qui détestons très-cordialement cette fu-« neste gloire des armes, qu'il aime et qu'il vante, nous avons le droit, quand il vient ensuite se joindre à nouâ, de désavouer un tel auxiliaire. Si nous opposions à nos adversaires les conclusions de son livre , ils nous en opposeraient avec autant de raison les prémisses^ oili il répète leurs phrases creuses et débute par leur donner gain de cause. La position fausëe qu'il a prise n'est pas même de la neutralité : c'est une équivoque et une contradiction, et elle nous inspire une juste méfiance ; car on ne saurait appartenir ainsi à la fois à deux camps opposés. Il nous prédit que les armées seront restreintes aux proportions eonstituant physiologiquement la forte et la virilité des Etats. Nous ne pouvons pas accepter de sa part le bénéfice d'une pareille prédiction ; car d'abord ce ne sont pas les idées qu'il préconise qui amèneront jamais la réduction des armées, et puis, eût-elle lieu, elle ne saurait suffire dut justes exigences de nos principes. Beaucoup d'esprits assez clairvoyants pour être frappés de la vérité de cette considération, qu'il y a perte pure pour tous dans l'accroissement proportionnel des forces militaires des nations, ne le sont pas assez pour voir que la dernière conséquence à laquelle elle conduit forcément est qu'il faut Supprimer complètement les armées permanentes. Quand une fois on a compris que deux nations voisines demeurent dans le même rapport de puissance en réduisant à Id moitié ou àu tiers ou au quart leurs préparatifs de guerre^* si l'on se contente de demander une réduction proportionnelle des armements^ on reste en chemin quand il faudrait marcher

GONSIDÉRATIOKS ËOMLièÉ fit POLITIQUES. S4S

encore ; car il est étidcnt qtie le principe de persistance du même rapport de puissance est àrpplicable & tdule autt*ë proportionnalité de forces militaires, proportionnalité c|iii demande ainsi à aller toujours s'âmoindrissàtlt et cfUi ne laisse en repos un esprit conséquent €(Uë lorsqu'elle arrive au chiffre rigoureusement nécessaire pouf tnaltltëtiif là sécurité intérieure des citoyens et faire exécutef les ëettiences des magistrats.

La sétérité que nous avonâ dû montrer ddôs les Réflexions précédentes pourrait faire croire ^\lt përstitinés qui n'auraietit pas encore saisi toute notre pebséé quë nous avons pris d'avance le parti de condatnner absolument toute espèce de gilerre, quels qu'en puissent être la cause et le motif, et que nous sommes ainsi dupes nousmême de cette partialité passionnée à Ifiquelle tant d'autres se laissent aller et que réprouve la sagesse. Si quelqu'un avait pu faire une pareille supposition, nous espérons que ce qui suit le détromperait complètement.

§xvii.

Histîneilon nécessaire entre là guerre offensive

ei la guerre défensive*

C'est ici l'occasion de dire que, parmi les amis de la paix, il en est qui, avec les meilleures intentions du monde, compromettraient, si cela était possible, notre cause par leurs exagérations. De ce nombre est Tauteur du remarquable ouvrage que j'ai déjà cité*. Il refuse d'admettre aucune distinction entre la guerre offensive et

« Manual ùfpeace, by Thoitias Upham, i?ïew-Y<ïfk, iém; eh. vin, it, XV et xtli.

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la guerre défensive, et affirme que cette dernière est aussi iliégitime que la première. C'est là assurément une assertion insoutenable. J'admets comme lui V inviolabilité de la yie humaine. Je suis aussi partisan qu'il peut Fétre de Tabolition de la peine de mort* et, si c'était ici le lieu, j'en donnerais, je crois, des raisons qui valent peut-être les siennes ^ Maisrinviolabilité de la vie humaine, loin de détruire le droit de légitime défense, servirait au besoin à rétablir. Or le droit de légitime défense, qui se fonde sur le devoir de veiller à notre conservation, ne peut, dans certains cas, s'exercer qu'en donnant la mort à un injuste agresseur, c'est lorsqu'il nous est impossible de présjerver autrement notre vie injustement attaquée. Mais les nations peuvent être placées à cet égard dans la même situation que des individus. Elles ont aussi le devoir de veiller à leur conservation et par conséquent le droit de légitime

* Ma première peosée avait élé de ne point me borner à déclarer, dans cet ouvrage, que je suis partisan de l'abolition de la peine de mort, je voulais y traiter aussi ce sujet d*une manière spéciale. Mais j'ai eu deux molifs pour y renoucer. D'abord c'eût été un peu un bors-d 'oeuvre, malgré les connexions qui existent entre ces matières. En second lien et surtout, quoiqu'il soit évident pour moi comme pour la plupart des amis de la paix que rabolilion de la guerre et celle de la peine de mort sont deux choses qui doivent se compléter mutuellement, j'ai considéré qu'il y avait un assez grand nombre de personnes fort sérieuses, qui étaient disposées dès à présent à demander comme nous rabolition de la guerre, sans être encore également persuadées de la nécessité de retrancher de nos codes criminels la peine de mort. Il convient donc que nous séparions provtsoirement les deux questions, et que nous ne nous exposions point à éloigner par trop de zèle ceux qui ne demandent pas mieux que de venir à nous. Il faut aller au plus pressé, c'est-à-dire à Pabolilion de la peine de mort en grand, de la peine de mort avi^c ces proportions colossales que lui donne la guerre; celle-ci obtenue, rabolilion de la peine de mort en petit la suivra de près, si même elle ne l'a déjà précédée.

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défense. Posez le principe contraire, et aussitôt vous faites beau jeu aux envahisseurs barbares ou policés. La terre n'est plus qu'un vaste théâtre d'oppressions, où les oppresseurs seront d'autant plus à Taise que vous leur aurez dit d'avance qu'ils peuvent vous égorger impunément. Quelle bonne fortune ne serait-ce pas pour eux que vous vinssiez à bout de persuader aux nations qu'elles n'ont pas le droit, après avoir épuisé tous les moyens pacifiques, de prendre les armes pour se défendre contre une injuste agression? Si un individu annonçait au public qu'il se laissera voler et battre, il serait bien sûr d'être volé et battu. De même, un peuple qui déclarerait qu'il ne se défendra pas s'il vient à être attaqué ne tarderait pas beaucoup à l'être, et, s'il n'avait pas un goût prononcé pour la servitude, la nature, toujours plus forte que les théories qui la méconnaissent, le forcerait bien à se défendre, de sorte qu'en définitive décliner la guerre de cette façon serait un moyen infaillible de Tavoir. Le principal motif pour lequel l'auteur refuse d'admettre une distinction entre la guerre offensive et la guerre défensive, c'est qu'elle peut fournir des prétextes aux agresseurs, qui ne manquent presque jamais de se dire attaqués. Des prétextes, oui ; mais non pas des raisons. La distinction entre l'agresseur et celui qu'il attaque est une réalité indépendante de leurs affirmations ou de leurs négations. Si l'agresseur se dit attaqué, qu'est-ce que cela prouve î Qu'il est de mauvaise foi et qu'il ment ; mais son mensonge ne fait pas qu'il cesse d'être l'agresseur, et par conséquent ne détruit pas le droit de légitime défense de celui qu'il attaque injustement. En vérité, c'est un rôle presque puéril que d'avoir à réfuter une pareille théorie, et j'ajoute

34$ nuMfliJMK wms.

qu'il est trèstregrettable qu'elle ait été reproduite dans des ppblicatioQs réeeuteSt faites en Angleterre, et qu'elle ait encore dernièrement trouvé quelques échos au congrès d'Edimbourg. J'ai dû m'expiiquer nettement sur cette opinioq errpnée de personnes avec lesquelles je sympathise du reste pleinement, afin que le lecteur vit bien dans quel esprit de complète liberté j'ai écrit ce livre. L'erreur que je combats, respectable dans son principe, qui est ui) ixcès de bienveillance, peut devenir par ses résultats plus fâcheuse qu'on ne le pense généralement. Elle éloigne beaucoup d'esprits droits et honnêtes, qui seraient diposés à venir à nous, mais qui refuseront à tout jamais d'ad* mettre cette absurdité, qu'un homme ou un peuple injustement attaqué, et qui n'a plus d'autre moyen d'échapper h la mort que de repousser la force par la force, n'a pas le droit de se défendre. Demander trop, c'est le moyen de ne rien obtenir. Vouloir que les hommes soient des anges, c'est courir le risque de les voir demeurer démons. Exiger d'eux une perfection que ne comporte pas leur nature, si cela doit s'appeler une perfection, c'est s'exposer à ce qu'ils refusent d'alljBr à la perfection relative et progressive, la seule possible dans les conditions humaines* Je ne sais si une doctrine qui enseignerait aux hommes qu'ils doivent tendre la gorge aux méchants comme de stupides troupeaux la tendent aux bouchers ferait fortune parmi de timides cénobites, j'ai même sur ce point des doutes très-fondés; mais ce que je sais bien, c'est qu'elle n'a aucune chance d'être admise par de simples mortels. Pour moi donc, je laisse à d'autres la tâche de faire des saints : mes prétentions sont plus humbles, et je m'estimerai très-heureux si je puis faire des sages.

G0N81DÉRATI0Bff( MORàliEi m POLinQUES. 347

l^a question présente a um extrême gravité. Quoiqu'elle puisse p^r&itr<l h la plupart des lecteurs suffisamment éalnirçip par 00 qui précède» je leur demande la permission d'insister. Le but des vrais ami^ de la paix, je Tai déjà dit, n'^st pa3 de supprimer la force, môme matérielle, qui ^ dani^ ce monde une destination légitime, mais d'en régler l'emploi et de la soumettra aux directions de la sage$p$. Kous ne prétendons point an utopistes, comme le disent les partisans de la guerre, changer les conditions essentielles de la nature humaine, dans laquelle nous sa-f TOUS bien qu'il y aura toujours des passions et des inlé? r4ts en lutte. On verra tout h l'heure que ce que nous vpulons et ce que nous finirons bien par obtenir, c'est que les nations fassent ce qui est très-faisable et ce que cba* pune d'elles a depuis longtemps réalisé dans son sein pour régler le^ rapports des individus dont elle se compose, c'est-à-dire qu'elles établissent une autorité souveraine, qui, en cas de contestation entre elles, dira de quel côté est le droit, sommera celle qui troublerait Tordre général de le respecter, et au besoin opposera à ses attaques une force commune et supérieure à toute autre force isolée. Que signifierait, je le demande, dans Tordre civil, la sentence d'un juge, s'il n'existait pas une force suffisante pour la faire exécuter? h§ condamné s'en moquerait. Il en serait de même si les nations se contentaient d'établir des arbitres ou des juges de leurs contestations, mais sans instituer la force nécessaire pour faire respecter leurs décisions. L'institution d'une autorité suprême, chargée de juger les contestations des nations, suppose donc toujours la possibilité de Texistence de volontés disposées à résis-* ter à ses décisions et à persister à troubler Tordre, par

i48 TMNSIÈm PARTIE.

conséquent réventualilé, toujours plus rare, il «s* yrai, mais toujours possible, de Tattaque, et dès lors la nécessité de la défense. On le voit donc, il n'y a pas d'idée plus simple ni plus claire que celle de la légitimité de la guerre défensive, puisqu'elle se fonde sur celle de son absolue nécessité même. Je ne vois de moyen d'échapper à cette conclusion que de soutenir que l'homme n'a pas plus de valeur et n^est pas plus chargé de se conduire lui* même dans la vie que les bêtes qui se laissent mener à la boucherie. Or ceux à qui j'ai affaire ici sont des nôtres, quoiqu'ils outrepassent la portée de nos principes, et dans les rangs des amis de la paix n'entrent que des hommes convaincus de Texcellence de la nature humaine et pénétrés du respect qui lui est dû. Je les prie donc de peser ces considérations, et de renoncer enfin à une opinion qui fait, je le répète, le plus grand tort à notre cause commune et en éloigne beaucoup d'honnêtes gens qui désireraient s'y rattacher. Ce n'est pas même un sacrifice que je leur demande là ; car on s'honore en reconnaissant franchement qu'on s'est trompé.

§ xvni.

Tribiuial Mi|périMv, Jugeait les eonterstetlom

émm 4llTem États.

En dehors de l'institution de la société politique, les fa* milles sont indépendantes les unes des autres et naturellement égales. Lors donc qu'il survient entre elles des contestations, elles se trouvent placées dans un état de guerre imminente, puisqu'il n'existe aucune autorité publique, chargée d'intervenir pour juger ces contestations,

ni aucune force commune et supérieure à toutes les résistances particulières. Les sociétés politiques entre les* quelles se partagent les diverses races d'hommes disséminées sur le globe, et qui forment autant de nations, sont exactement dans la même situation les unes à Tégard des autres. Elles se touchent souvent, et lorsqu'elles sont séparées, elles ont besoin d*aller se trouver réciproquement pour échanger leurs richesses naturelles ou les produits de leur industrie. Ces contacts et ces rapports multipliés enfantent des oppositions d'intérêts et des contestations; il se commettra alors des violences particulières, suivies d'agressions plus générales et qui mettront en péril les sociétés elles-mêmes. 11 n'existe aucune autorité supérieure et commune, chargée de s'interposer pour juger leurs différends, puisque toutes, grandes ou petites, sont naturellement indépendantes et en droit parfaitement égales. Mais une nation injustement attaquée est, aussi bien qu'un individu, dans l'obligation de se défendre : de là la guerre , mais ici la guerre telle que les animaux les plus féroces ne se la font jamais, s'alimentant de ses propres fureurs et nouant une immense chaîne d'abominations que tout le monde tient pour criminelles lorsqu'elles sont conunises par des particuliers, mais que, par un renversement de toutes les idées morales , on a appelées glorieuses lorsqu'elles étaient commises par des nations entières, comme si le mal se changeait en bien par le fait seul de ses gigantesques proportions ou du rang élevé de ceux qui le commandent et en profitent *. Si la guerre dé-

^ Il y a dlx-buU siècles déjà, Sénèqae flétrissait éDergiqnement ce défaut de logique : « Non privalim solum sed pubUce finrUnus. Homicidia « coinpesciiiiuft et siogulas c»des : quid bella et occifiarum gentivm gh»

^ nmpiHW nmSf

feDsivp, la seule nécessaire, la seule {mr coopéqueQt qui puisse se légitimer , est déjà uu des plus grands fléaux, qu(9 penser des guerres de conquêtes» des guerre^ liberté cides, si souvent entreprises pour satisfaire les passions, les caprices et les intérêts princiers, et des guerres de religion, bien plus criminelles encore, toutes guerres o&n-* sives et par conséquent faites sans vraie nécessité ? Que dire du degré de culpabilité des perfides conseillers qui ont poussé directement ou indirectement à ces guerres impies, et des chefs corroinpus qui ont consenti à y prendre une part principale de direction? On s'étonne au pre^mier abord que les mêmes raisons qui ont fait compreuT dre de bonne heure aux hommes la nécessité de se former en sociétés politiques et d'instituer dans ce but une auto« rite souveraine, chargée de maintenir la pai:( entre eux et de faire respecter le droit de chacun, n'aient pas également

amené depuis longtemps les nations civilisées, au moins

celles qui sont voisines pt qui ont ^ntre çUes de fréquents rapports , à instituer un tribunal supérieur et commun , chargé de juger les différends qui tendraient à les diviser, et pourvu d'une force suffisante pour vaincre eu besoin les résistances qui seraient opposées à ses jugements. Quand on y réfléchit, on reconnaît que l'institution qui nous pa-? ralt si simple aujourd'hui, et dont le triompha est pro-

u rtoitm 9cdus? Won avaritia, oou crudeliias modum pi^vM- Ct h{%, « quamdiu furtim et a singulis fiant, mimis noxia minusqne monstrosa c snnt : ex senatusconsuliis plebiscitisque sseva exercentur^ et publiée « jubmtur vetita privatim. Quae clam commfssa eapite inerent, jam, quia a paludati fecere, laudamus. Non pudet homines, mitissimum genus, gana dere sangi}ine alterne, et bella gérera geren(|aque litieris trddere, quum u inter se eiiam mntis ac feris pax sii... boran, «ocra resheminif jam per « Insiim eftjpcum Qe^ditur.»(^ptftotoXGV, t. IV. SUrasbourg. 1S09.)

GONSmÉRATKm MPMUHI 1^ POLITIQUES. S51

chaiot ne pouvait guère naître ni reeevoir sou application dans le passé. L'idée première de cette institution a pourtant existé^ dès Tantiquité, dans le conseil des amphictyons. Mais cette confédération de divers États de la Grèce, outre qu'elle se rattachait à des superstitions religieuses, se parquait étroitement dans un petit espace, afin de mieux haïr le reste du monde, qu'elle appelait barbare et qu'elle ne se faisait pas faute d'asservir quand elle ei^ trouvait l'occasion. Qix a cité aussi la ligue achéenne, qui se forma plus tard entre les villes du Péloppnèse. Mais cette ligue, qui s'imposa souvent par la violence, au lieu de se faire accepter librement, n'eut presque jamais que la guerre pour objet, loin de tendre à l'empêcher. Elle s'inspirait d'un esprit encore plus étroit que celui qui avait présidé à la fédération amphictyonique. Les germes de dissolution qu'y avaient déposés ses deux soutiens, Aratus et Philopémen, en y agrégeant de force plusieurs villes, ne tardèrent pas à s'y développer, et elle ne put guère se maintenir plus d'un siècle. Quant à la fédération établie, dans les temps modernes, entre les divers États de l'Allemagne, fédération qui croit encore aujourd'hui avoir besoin de protectorat, et qui n'entend d'ailleurs embras^ ser que la race germanique, elle n'ofPre nullement l'exemple de l'institution que noi|s avons en vue. On pourrait citer plus exactement la confédération helvétique et celle des États-Unis d'Amérique. Le principe fondamental de leur constitution se rapproche davantage de notre point de vue, et il ne s'agirait guère que d'en agrandir les applications et de le purger entièrement de quelques mauvais ferments qui s'y sont introduits à la suite d'idées désormais surannées. C'est ainsi, par exemple, que la constitu-

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tion fédérale de la Suisse, au lieu de garantir la pleine liberté religieuse de tous les cultes indistinctement, ne raccorde qu'aux communions chrétiennes, et entrelient par là des dissensions qui menacent souvent le repos de rÉtat. Quant aui États-Unis d'Amérique, on sait que la plus grande partie du revenu public s*y compose des droits de douanes, établis sur les objets de commerce importés parles nations étrangères^. Or ce système financier est illibéral, antihumanitaire et éminemment propre à perpétuer les jalousies et les haines internationales. Si c'était ici le lieu, je ferais voir tout ce qu'il a de faux dans les principes sur lesquels il s'appuie, et de funeste dans ses résultats pour l'industrie indigène même, qu'il prétend protéger. Le peuple américain, par un privilège unique jusqu'ici dans Thistoire, a été dispensé de la longue enfance de presque tous les autres, et est né adulte par le bienfait de l'esprit d'émancipation qui souffle sur l'ancien monde : à un tel peuple, dont l'existence même est une protestation vivante contre l'aveugle avidité du fisc, il sied plus mal qu'à aucun autre d'en conserver les [vieux errements et d'hésiter à proclamer la liberté entière des terres et des mers et la suppression de toutes les barrières de douanes. Que dire aussi de cet esclavage que les États du Sud maintiennent malgré la réprobation presque univer-

1 En 1855, ces droits se sont élevés à 292^334,774 fr. sur un produit général de 351^819^043 fr. J'extrais du message du président Franklin Pierce, en date du 31 décembre 1855, le sommaire suivant du budget des recettes de l'année fiscale, expirée le 30 juin précédent :

En caisse au 1» juillet 08,067^036 fr.

Produit de la vente des terres du domaine. 59,494,368 Produit des douabes 893,331,774

CONSIDÉRATIONS MORALES ET POLniQDES. 35S

selle du monde civilisé, et dont les États du Nord, tout en le répudiant, sont pourtant obligés de garantir le maintien par les conditions fondamentales du pacte fédéral? Les États de TUnion peuvent encore guérir de cette honteuse maladie. Mais qu'ils se hâtent d'appliquer les remèdes énergiques ; sans quoi, s'ils venaient à en mourir un de ces jours, on dirait qu'ils l'ont mérité.

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