‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 4)Chapitre 51 sur 54 · XXV · texte numérisé non relu

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Tlee de l'édneattoB actneHe.

Notre dernier mot s'adressera aux amis de la paix. Nous les conjurons d'y penser : s'ils veulent arriver au but qu'ils se proposent d'atteindre, ils doivent commencer par élever leurs enfants autrement qu'on ne le fait aujourd'hui, leur mettre entre les mains des livres dans lesquels l'histoire réelle leur soit montrée sous son véritable jour, et ne confier le soin de former leur esprit et leur cœur, quand il leur e«t impoMible de s'en charger eux-mêmes, qu'à des mattrei éprouvés et très-fermement dévoués à l'œuvre de

TROISlÈliS PAimE.

rabolition de la guerre. Uéducation actuelle est en contradiction permanente avec nos principes. Elle n'est nullement propre à inspirer aux jeunes gens des sentiments pacifiques. La poésie et tous les autres arts contribuent à altérer leurs dispositions bienveillantes, en leur faisant ad* mirer les exploits militaires, dont ils ne leur montrent que le côté brillant, leur en dissimulant toujours les côtés odieux. Ils fascinent leurs regards par des trophées éiincelants et charment leurs oreilles par des chants de triomphe, quand il faudrait frapper leur imagination de ces spectacles affreux qui se montrent à chaque pas sur les champs de carnage. Les divins accords de Tart le plus doux, de celui qui dispose le plus les êtres doués de sensibilité à se rapprocher et à s'entr aimer, sont employés à exalter la plus dure et la plus farouche des passions et mis au service de la science de la destruction. Que de jeunes gens, rien qu'en regardant parader un régiment au son d'enivrantes harmonies, se sont cru une vocation pour la profession des armes, et ont ainsi laissé détourner de leurs fins et déplorablement égarer leur activité et leur énergie I Quel désenchantement lorsqu'on un jour de bataille ils n*ont plus entendu d'autre musique que l'effroyable tonnerre de la canonnade et des feux de pelotons, mêlé aux gémissements des mourants, et lorsque ces beaux uniformes et ces armes qu'on avait fait scintiller k leurs yeux éblouis ont été souillés de sang et couverts des en* trailles jaillissantes de leurs compagnons d'infortune! Disons enfin qu'en cette matière les auteurs grecs et latins abondent en exemples et en principes mauvais, tout en étant, sur d'autres sujets, pleins de beaux exemples et de bons préceptes. A Dieu ne plaise que je propose de les

gonsidêrahons morales et politiques. 285

exclure de Tinstruction classique ! Mais je voudrais qu'on ne les fit servir à Téducalion qu'accompagnés d'enseignements destinés à en prévenir les dangers. La philosophie a pour mission d'enseigner que la véritable gloire, pour les individus comme pour les nations, consiste à faire du bien aux hommes, en améliorant leur coadition matérielle et surtout en faisant progresser leur intelligence et leur moralité, et non à ajouter toutes sortes de fléaux aux maux inévitables qui sont naturellemait attachés à la condition humaine. Mais sa tâche est rendue d'autant plus difficile que déjà les études historiques et esthétiques ont imbu les jeunes gens de faux principes. Il faut donc que l'histoire leur soit enseignée désormais avec plus de saine critique, et que leur éducation littéraire se fasse dans un nouvel esprit. Encore une fois, si les amis de la paix tiennent à être conséquents à leurs principes, ils doivent écarter avec le plus grand soin de l'éducation de leurs en-» fants tous les enseignements et tous les exemples qui y sont opposés. Cet avertissement de notre part ne leur semblera point trop sévère, s'ils veulent bien considérer que nous le leur devions pour que nous eussions la conscience d'avoir rempli envers tous le rôle de sainte direction que nous avons osé prendre ici, en consultant peut-être plus l'ardeur de notre foi que la mesure de nos forces.

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