MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS
RUE VIVIEMAB, 2 BIS, ET B0UI2TABD DES 1TAUEN3, 18,
A LA UBRAIRU «OUYEIXE
SroHs de reproduction et de tradoction réBerrës.
« Il y a quelques années, on pouvait croire la cause de la guerre définitivement perdue. Les lumières que la discussion provoquée paroles Sociétés'des amis de la paix avait jetées sur toutes les grandes questions qui se rattachent à ce sujet, semblaient avoir pénétré dans tous les esprits. Grâce aux généreux et persistants et . forts de ces sociétés, les peuples paraissaient vouloir enfin employer à^'ejitr'aideret à se faire du bien toute * l'activité qu'ils at^ient déployée jusque-là pour se créer de Autuels embarras et se faire du mal. Mais voilà que de nouveiiu TÉurop* se hérisse de forêts de ^hayonnettes. Dqi toutes paris oik équipe des flottes, on lève des' troupes, et l'on n'entend plus que le son lugubre et sauvage du tambouç. 11 n'y a pas seulement recrudes-
cence de revues militaires, de puériles parades et d'un vdirietalage.de trillaHts costumes, mais il y a^recru-
descence réelle de jaloosies et de haines ; les fléaux de la discorde et de la destruction sévissent de nouveau, et le génie hideux de la guerre secoue de nouveau sa torche incendiaire sur toutes les contrées de la terre. Qu'est-U donc survenu pour qu'on soit passé de dispositions universellement pacifiques à un régime de nouvelles fureurs, et qui donc a ^u intérêt à ranimer cet esprit de vertige universel?
Les apôtres de l'union des peuples ne doivent ni se décourager ni surtout sommeiller pendant ce temps de funeste arrêt, mais ils doivent au contraire renouveler avec plus d'ardeur que jamais les s^ts combats d^ la paix, n est de bon exemple que les écrivains appafleiiant à une des nations les pljis belliqueuses $M?OPUr^iit des premiers pour engager cette dernière lutte de la civilisation contre la barbarie : ce sera au moins pour la France le meilleur boioneur et la plus digne e;spiation des mauvais exemples qu'elle a si loagtemps doniiés * au jnondd pai* son humeur guerroyai)^.
Quand j^aiécrit cet ouvrage» les enf&nts de la France faisaient la guerre en Crimée ."Depuis, ils ont guerrt^é en Italie, en Afrique, en Syfie, en Chme, en Coehin* chine, au Mexique. Demai» peut-être ils iront ranimer les ressentiments déjà si vifs du nord de l'Eiiirepe et notti préparer, evee la ruine de uqs financée, la patai* trophe d'une troisième invasion. Ain§i donc, la natian ^ se targue de mareher à la iéte àe la efrilisatien^
p^UcfAt cas fnvêiff» m^wéên p^ut âtr» c^iuurét j^to9« qa ftouveau cri d'^iiPffw, mm qui Bfflw gU)rifi9»8 d*4trf
la« soldats d^ la paU upivi9r4oU0 pt qu^ yoii4og§ yoir substituer, daws Jp vpcabBl^e de? wbtîp»» eni^r^ }es diverse^ brai)£hfis da k f^wiU^ }mi)»i§tii|ai i^u^ n^t^ 4«
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t^l3^ a^tvp tQutps, G*ert dws i^ b»t d'y e^tribu^ ^15-
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La plupart des sociétés sayantes^ en couronnant les ouvrages dont elles provoquent la composition, entendent seulement par là en adopter les idées principales et rintentiqu générale, mais non donner leijur eatièpa adhésipn à tout ce qu'ils peuvent reitfermer. Cette dernière observation devra s'appliquer notamment au dixseptième paragraphe de la troisième parti§ de mon
4 AVANT-PROrOS
livre, où j'ai établi une Distinction nécessaire entre la guerte offensive et la guerre défensive^ contrairement à ce que je savais être le sentiment de plusieurs membres de la Société de la Paix. Ce paragraphe, ainsi que j'avais dû m'y attendre, n^a point obtenu sa sanction ; e dois donc seul en assumer la responsabilité . Mais ^approbation, même réservée, qu^une société particulière a donnée à cet ouvrage, n'est-elle pas dénature à nuire, auprès de beaucoup de lecteurs^ à Tautorité des enseignements qu^il renferme? Dans un journal hebdomadaire allemand (1), M. Hartmann, tout en portant d'ailleurs sur ce livre un jugement plein d'une excessive bienveillance, lui a reproché d'avoir été couronné par le comité du Congrès de la Paix. U pense qu'un livre, une fois gratifié d'une distinction de ce genre, cesse par là même d'être le produit de sa nation et de son temps^ pour devenir celui de la société qui lui a décerné le prix, et que le public le lit avec prévention et méfiance. Je conviens que le sentiment de défiance avec lequel le public aborde les ouvrages couronnés est souvent fondé, et, dans la généralité des cas, je réprouve moi-même. Ce n'est pourtant pas que j'admette qu'il suive nécessairement de ce qu'un livre a été couronné, qu'il soit devenu le produit et l'expression des opinions d'une société particulière. Mais cette ré-
(1) Das lahrhundef^ der Kriey and die stehttvien Heere, Haui- Dourg, 1856.
AVAN r-PROPOS K
serve faite, je serais assez disposé à passer condamnation sur le tort que m'impute l'éminent critique. Qu'il veuille bien toutefois entendre cette simple explication : Lorsque la Société de la Paix a fait un appel aux écrivains des trois nations Anglaise, Allemande et Française, les éléments de mon travail existaient déjà; si j'y ai mis la dernière main à l'occasion de cet appel, je puis dire qu'il n'a pas été fait en vue d'un concours mais en vue des intérêts d'une cause à laquelle je me suis dévoué depuis longtemps. Quelque persuadé que je sois que la vérité n'a pas besoin de passeport pour faire son chemin dans le monde, j'ai pensé que le nom d'une société aussi justement considérée n'avait rien de compromettant pour le succès des idées qui nous sont communes, surtout quand je faisais preuve à son égard d'une entière indépendance en combattant l'opinion que je savais être celle d'un grand nombre de ses membres au sujet de la guerre défensive. J'ajouterai que je ne puis goûter les railleries que l'auteur auquel je réponds, adresse à des hommes qui travaillent avec une ardeur infatigable au triomphe d'une noble cause. On peut combattre, ainsi que je me suis permis de le faire, quelques-unes de leurs exagérations, mais on ne saurait se dispenser de respecter leurs intentions qui sont parfaitement pures.
Je dois au lecteur un avertissement. Lors de la publication, en 1886 et 1864, des deux premières, éditions
ft AYAMT-PIIOPOS
de cet ouvrage, tout en déclarant, dans le § XXI de la 3* partie, que le régime républicain était celui qui se prêtait le mieux à la réalisation et au maintien d'une association des peuples, liyant pont* but de prévenir le fléau de la guerre, je disais, dans une intention de conciliation de diverses opinions politiques, que la fortne de gouvernement appelée mônarcbiè constitti^^ tionnelle pouvait s'y prêter aussi quoiquavec moins de facilité. Éclairé par de plus sévères études et pat de récents événement^f je reconnais aujourd'hui que ce désir de concilier deS opinions radicalement incoUci*liables était chimérique* La monarchicf sous les formes mêmes les plus tempéréesf tiendra toujours à avoir à sa dévotion des armées permanentes. Or avee des armées en permanence Tabolition de la guerre est impossible* Par conséquent la grande fédération des peuples, au moins de tous les peuples européens, dans le but d'arriver à l'abolition de la guerre, par l'institution d'un droit international et d'un Tribunal supérieur, chargé de le faire observer, ne sera réalisable que le jour où ces peuples seront organisés sous la forme républicaine. Quand luira ce jour? Personne ne saurait le dire. En attendant, continuons de faire ce qui est en notre pouvoir pour pi éparer Topinion publique à cette infaillible conclusion, mais ne nous faisons plus d'illusion sur Jes conditions de son avènement. On m'bbjectera que les démocraties font aussi la guerre, on citera les républiques anciennes et, dans les temps mô-
dernes^ les cantons suisses et les États«-Unis d'Améri-» que 4 II n'y a pas là de véritable objection contre Tidéé que je cherehe à propager. Je parle de républiques res* peetant et appliquant dans toute leur sincérité les grands principes d'humanité, de justice, de liberté et surtout de la plus précieuse des libertés^ de la liberté religieuse. Je ne veux point parler de démocraties conservant la plaie hideuse de Tesclavage ou enchaînant les consciences dans les liens d'une religion officielle. Voilà pourquoi les républiques anciennes s'entre-détruisaient, pourquoi les cantons suisses et les Etats- Unis, qui pourraient d'ailleurs nous servir de modèles à beaucoup d'égards, ont encore eu naguère^ les uns à subir leur guerre civile du Sonderbund, les autres à expier par un affreux déchirement intestin le crime de leur institution de l'esclavage.
J'ai divisé cet écrit en trois parties principales : 1® Précis historique sur l'origine et l'accroissement des armées permanentes dans l'Europe moderne.
2° Relevé statistique du personnel et du matériel des établissements militaires actuels ; évaluation de la dépense qu'ils nécessitent; désordres financiers qui en résultent.
3° Considérations sur les inconvénients politiques, moraux et sociaux de ces établissements ; moyens d'y mettre un terme.
Il m'a paru que cette troisième partie était celle qui
devait particulièrement éclairer Topinion publique sur tout ce qu'il y a de criminel dans la guerre offensive et sur les dangers que les armées permanentes font courir aujourd'hui à la civilisation. C'est aussi celle que j'ai considérée comme la plus importante, les deux autres n'en étant qu'une sorte d'introduction, mais une introduction nécessaire.
DE LA GUEME
PRÉCIS HISTORIQUE SUR l'oRIGINE ET l'aCCROISSEMENT DES ARMÉliS PERMANENTES DANS l'eUROPE MODERNE
Sur ce globe où d'un père aussi bon qu'il e»t fort Lq moin répand à flots et la joie et la vie.
Des fils ingrats, atteints d'une étrange folie, SVn vont semant partout l'épouvante et la mort.
Sous le régime féodal, la force armée consistait principalement en cavalerie. Les seigneurs, assistés de leurs principaux vassaux et tenanciers, combattaient à cheval et n'étaient suivis que d'un petit nombre de fantassins, qui étaient plutôt des sortes de valets que de vrais combattants. Il fallait du temps pour rassembler ces petites armées, qui, après avoir tenu la campagne et bataillé pendant quelques semaines, pillé et incendié les habitations, foulé et détruit les récoltes.
10 PRlilIlIÉBE PARTIB
reutraicut dans leurs foyers; et les rois eux-mêmes, qui n'étaient guère alors que les premiers des barons, n'étaient pas exempts de ces embarras de longs et diffîcileis pfépài^atife. C'était heureusement une compensation à tout ce qu'avaient de meurtrier ces continuelles dissensions entre de hauts seigneurs qui ne connaissaient, hors des temps de guerre, d'autre occupation que les exercices de la chasse, d'autre distraction que de vexer impunément les vilains, se retranchant ensuite derrière les fossés et les tours de leurs chàteaux-forts. Rien n*étaitmolnâ dotixni moins protecteur que ces chevaliers féodaux, si vantés pour leurs exploits et leur vaillance par les poètes et les romanciers, qui se sont bien gardés de nous les montrer sous le côté prosaïque de leur vie grossière. Il en est résulté qu'on ne les connaît guère aujourd'hui que comme le naïf bourgeois de Paris ou de Londres connaît les innocentes bergères et les paysannes à la blanche main^ qu'il a étudiées à TOpéra ou dans les idylles. On n'a fait voir ces nobles preux qu'avec leur costume de parade et dans ces moments où, sous le regard de leurs datnes, ils faisaient de faciles prouesses, y mêlant par-ci par-là quelques tf aits de générosité dont ils gâtaient le mérite par leur jactance. 11 fallait aussi les faire voir dans le déshabillé de leur existence joumalièté. Il fallait surtout montrer, aux pieds du donjon féodal, repaire formidable du seigneur et de sa petite Cour, ces huttes qui l'entouraient dans un vaste rayon et où la majeure partie de l'espèce humaine végétait misérablement dans la servitude et rignôranee. Ld liber-
ACCROISSEMENT DES ARliÉES PERMANENTES H
tinage des chevaliers a été décoré du nom de galanterig, et leuir brutalité de celui de courage . Le tout était ansai» sonné de dévotion superstitieuse, qui tournait vite à la Sérocité quatid on Tanimait contre les méeréânti et les hérétiques : je n'en voudrais d'autres preuves que ces guerres abominables qui, sur la lin du douzième siècle et au commencement du trei;sième, inondèrent le Midi de la France du sang des Albigeois, et surtout ces folles expéditions en terre sainte, dans lesquelles, pèudant près de deux siècles, la chevalerie traîna à sa suite les populations européennes, expéditions qui furent punies de tant de désastres (1). Si je disais, sans citer mes autorités, de quel vil ramas se composaient
(I) 10§9*1099. Première croisade, résolue au ooocile de Glermoat. Pierre rHermite, Gautier-sans-avoir et Godescalok conduisent à l'a- ▼ailoe des bandes désordonnées qui^ après avoir massacré leM juifs des villes du Rhin, ravagent la Hongtie et la Bulgariei où elle« périssent presque entièrement. Godefroi de Bouillon, duc de la basse Lonraine, conduit le corps principal de l'armée, lies croisés» au nombre de 600,000, sont conduits d'abord à Gonstantinople, de 14 à Antioche, où ils arrivent réduits à moins de 100,000. Maîtres de Jérusalem, ils massacrent les juifs et les musulmans*
Ilil-^lléO. Deuxième croisade> préchée par saint Bernard^ abbé de Glairvaux. Elle était conduite par l'empereur Conrad UI et le rot de France Louis VU. Les deux armées sont défaites en Asie-Mineiire, puis anéanties sous les murs de Jérusalem.
1186-1199. Troisième croisade* Elle avait pour chefs rfmpan«r Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe-Auguste, et le roi d'Angleterre Richard Cœur-de-Lion. L'année de Frédéric, composée de 100,000 hommes, périt en Asie. Philippe et Richard s'emparent de Saint-Jean-d'Acre. Philippe retourne en France pendant que Richard fait d'inutiles efforts pour conquérir Jérusalem sur Saladin. Le roi d'Angleterre part pour l'Europe; mais il tombe entre les mains de l'empereur Henri VI, qui le retient prisonnier,
1202-1204. Quatrième croisade, prêchée par le curé Foulques, et conduite par Boniface, marquis de Montferrat. Les croisés s'arré-
12 PRKMlfeRE PAUTIK
les armées des croisés et quelles horreurs elles coi mirent, on me taxerait de partialité philosophique d'exagération. On peut voir ce que raconte le moi: bénédictin Roger deWendover, de leurs débauches, < leurs fourberies et de leurs cruautés, mêlées de prière de jeûnes et de processions. Dans la description de prise de Jérusalem, à laquelle je renvoie particulier ment le lecteui', on voit Godefroi, le comte de Toi louse, Trancrède et leurs compagnons, égorgeant saj distinction tout ce qu'ils rencontrent, encombrant L rues de monceaux de cadavres et de têtes coupée inondant la ville et les contrées environnantes de flo de sang (1). Immédiatement après ce récit vient la de;
lent à Constantinople^ qu'ils livrent au pillage après avoir été abai donnés et trahis par les Grecs.
1215-1221. Cinquième croisade, résolue au concile général ( Latran, et conduite par André, roi de Hongrie. Elle n'aboutit qu des revers et à une paix humiliante.
1228. Sixième croisade, entreprise par l'empereur Frédéric I Jérusalem, prise et reprise, reste au pouvoir du Sultan d'Egypte.
1248-1254. Septième croisade, entreprise par Louis IX, roi ( France. Il est fait prisonnier en Egypte , et son armée moissonna par la peste et le fer des musulmans, pendant que son royaume e ravagé par les pastoureaux.
1270. Huitième et dernière croisade. Louis IX vient mourir de ] peste devant Tunis, et les débris de son armée rentrent en Europe renonçant enfin à la conquête de la terre sainte.
Dans son Tableau des révolutions du système politique de TEurop< tome I, Berlin, 1803, M. Ancillon porte à 5 ou 6 millions le nombr (l'hommes que les croisades ont fait périr.
(1) « Capta igitur civitate sanctissimâ, dux Godefridus et fidèle « omnes qui cum eo erant, per plateas strictis gladiis discurrentc^ « quotquot de hostibus reperiunt gladio indifferenter prosternunt. Tant « quoque interemptorum strages erat et prœcisorum acerms capiium « ut jam nemini via pate^et aut transitus, nisi per corpora peremp « torum Tanta exindè per urbem strages facta est, ut etmy
criptiou de la visite que les vainqueurs rendent aux lieux saints, pieds nus, les larmes aux yehx, et poussant des soupirs vers la Jérusalem céleste. Écoutez maintenant saint Bernard, exhortant le clergé et le peuple de Spire à s'armer contre les infidèles. Il les appelle homicides , ravisseur s , adultères, parjures^ et les engage néanmoins à être pleins de confiance en Dieu, dont ils sont les serviteurs privilégiés et qui veut être leur débiteur. Il va jusqu'à leur présenter l'expédition sainte comme ime foire où ils iront gagner^ en se confessant avec un cœur contrit, l'absolution de tous les crimes dont ils se sont rendus coupables (1). Donner à Dieu de pareils auxiliaires, et leur faire croire qu'ils lui rendent se^^icel Et il s'est trouvé et il se trouve encore des écrivains pour célébrer de pareilles impiétés !
ce ipsis victoribus tam horrenda sanguinis effusio tœdium ingereret et « horrorem,,»».,. Nostri per vicos et diverticula discurreutes, occulta « perlustrantes universa, patremfamiiias cum vxore et liberis et fait miiid totâ, ex secretis domiciiiis et cœnaculis occuitis extralieutes, « iu publicum aut gladiis transverberabant aut prœcipitio dabant, ità « ut confractis cervicibus iuterirent. » (Matthœi Paris historia major Angforum, Willielmus secundus, Londres^ 1640.)
(1) « Cousiderate quanto ad salvandos vos artificio utitur, et (i obstupescite : intuemmi pietatis ejus abyssuœ, et confidite, pecca- « tores. Non vult mortem vestram, sed ut convertamini et vivatis ; « quia sic quaerit occasionem non adversùm vos, sed pro vobis. Quid tt est 'cnim nisi exquisita prorsùs et iuventibilis soli Deo occasio « salvationis, quôd homicidas, raptores, adultéras, perjuros cœterisque « obligatos crimintbus, quasi gentem quœ justitiam fecerit de ser- « vitio suo submovere dignatur Omnipotens? Nolite diffidere, pecca- « tores^ benignus est Dominus. Si vellet punire vos, servitiwn veslrum « non modo non expeteret, sed nec susciperet quidem oblatum. u fteniiTi rUco, peusate divitins bonitntis D<»i altissiuii, (.'onsilium
i4 PKBUdlRE PARTIS
Qu'on B# cpoia p4« que le peu que je vittus de dira U ebfivalerla et dei croisades soit étr^iuger à m sujet ; cela y tient au contraire étroitement. Ces exj] ditions sont encore aujourd'hui fort mal jugées par plupart des auteurs, qui se laissent tromper par 1 quelques avantages politiques, industriels et commi cianx qu'elles ont pu procurer à l'Europe en la mi tant en communieation avec l'Orient, ou plutôt do ailes ont été l'occasion, comme le mal Test souvent < bien sans pour cela cesser d'être le mal, avantages q\ je ne nie point dans ce qu'ils ont de réel, mais que Vi enfle prodigieusement et qui pouvaient d'ailleurs et obtenus plus promptement et à moindres frais par d< voies pacifiques. Et puis elles sont une des principale sources de cet esprit militaire moderne, que j'ai pai ticulièrement pour objet de combattre dans cet ouvrage C'était surtout dans ces expéditions impuissante contre l'Asie, que les populations européennes, toui nant ensuite contre elles-n^èmes une activité si dép^c rablement dépensée au dehors, avaient pris le goi et l'habitude de ces guerres acharnées qui depuis le ont presque incess^unment divisées. Ce fut ajors qu
« miserationis attendite , t^ecessitatem 9*i fifiberfi aut facit QfU iimula « dùm yestris cupit necessitatibus subveoife. Tenert vult dibitor, x « militanti))^8 sibi stipendia reddat^ indulgeatiam 4elictoru^ < « ^loriam sempiternam... Si prudens et <filigeru ni/^rcfitqf fi| s^i ^^ « quigitor hujus sœculi^ magis quasdaa^ tibi nundina^ ù^dico: vide i) (( pereant. Suscipe cru,cis signuini .e^ gqi^iium p^i^ef ^ quij»v « corde CQntrito coofessiou^eia feçeris if^dMlgisptl^ Q Wfl^ y [Epistola ccçxix, ad Episcopum, clerum etpopulum Spfr^mm, kortan ad pina contra infidtlet suscipi^mia, tp^e IV. Paris> i6^â«)
ACCROISSEMENT BM& ÀMMÉM» rERMAMENTES Ift
s^eMMpétBL plus que jamais cetta longue lutte autre la France et rAngleterre, qui ne ae termina que vers le milieu du quinzième siècle^ et ce fut Charles VII qai donna^ dans TEurope moderne, le premier exemple des armées permanentes, en conservant après la guerre une troupe de mercenaires. Sans doute Tétabliiemi^eiit de troupes permanentes et l'organisation plus tavanle de la forée militaire contrilmèrent h T^aissemant àê§ seignaurs et à la ruine dé^nitive du système féodal, Sans dput^ les monarques qui tpay^iUèi^nt le pins gp^ tiven|^n| à la destruction de ee système oppresseur, qui avait retenu pendant des siècles les popu}4tions dans l*immol)ilité intellectuelle p\ mor^^ o^t reodu d^ réels services à la (^ause du progrès, par la création da Tunité de pouvoir et la concentration des forces so^ ciales, précédefument disséminées et antagonistes (i).
(i) Cette fsuyre de çpaceatr^tioQ a commep^^ en Friuice^ aujijauzième siècle^ 90us Louis VI^ qui le prepiier affranchit des villes de son domaine^ ou plutôt leur vendit cet affranchissement; elle ne s'69t t^f miaé^ qu'au si^<cl^ dernier* s<niB Louis XV, lorsque la Lorraine fut réunie à la couronne.
L'exemple que Louis VI avait donné en amenant adroitement les habitante des villes à se mettre sous sa protection, ne fut pas seulement suivi par plusieurs autres rois de France, ses successeurs, et appliqué à des eommunes placées hors du domiûne royal jN^opre^ mais il trouva J^eatôt des imitateurs en Allemagne et en Angleterre. Au reste, dès le onzième siècle, plusieurs villes d'Italie s'étaient affranchies^ en sorte qu'on peut dire que Louis VI avait déjà luime/m l^eçu du midi de l'Ëurppe l'ipipuMpa qu'il cemmi^ni^a aux Ét^U da pord.
^$m Henri ji{I, le# commm^ v^tèl- 94nuseB dao# le fiirknmifit d'An^l«rre. h^ tm^réM &^i §4m* mi Étoto coo¥pqu^ par Pl^iippe IV^ Louis X affiraaiîhit tous les serfs de la couronne; p^i^ eu faisant payer cet affranchissement, il en retarde le progn^f • JSf^ ^Ij^-
Mais, pour mériter véritâbleiuent la reconnaissance de la postérité, il eût fallu qu'ils fissent tourner cette grande œuwe au profit des peuples, tandis qu'ils y ont travaillé presque exclusivement dans des vues purement personnelles. Ils ont agrandi sans cesse leur propre puissance et converti la servitude en un cens annuel; ces peuples, qui avaient généreusement répondu à leur appel et les avaient aidés à détruire le vieil édifice féodal, se virent successivement enlever les quelques libertés qu'ils en avaient obtenues, et eurent souvent à gémir en s'apercevant tardivement qu'ils n'avaient guère fait que changer de joug, et que l'avantage n'était pas toujours du côté de leur condition nouvelle (1). C'est ce qu'il me sera facile, j'espère, de porter jusqu'à l'évidence dans la revue rapide que je vais faire des principales guerres des derniers siècles, revue qui, par la multitude des objets qu'elle embrasse dans un petit espace, pourrait paraître décharnée et confuse, si l'on oubliaitde se tenir aupointde vue principal autour duquel j'avais à grouper tant de faits de
liiague, le pouvoir des grande se maintient plus longtemps que dand la plupart des autres contrées de l'Europe. Quoique, dès le conuneucement du quatorzième siècle, les villes de l'Empire eussent paru à la diète de Spire, ce ne fut véritablement que vers le milieu du seizième siècle que Charles-Quint travailla à la destruction de la féodalité.
(1) Voir, entre autres preuves de cette assertion, la très-curieuse ordonnance de 1318, par laquelle Philippe V révoque, sur la demande des habitants de Bourbonne et de Chante-Merle, le droit de commune qui leur avait été précédemment accordé. ( De Vilevault et de Bréquigny, Ordonnances des rois de France de la 2^ race, tome XII, Paris, 1777.)*
d:étail. L'idée dominante que j'ai voulu mettre en lumière, plutôt assurément que d'écrire une histoire proprement dite, est celle-ci : à de très-rares exceptions près, les -princes n'ont combattu que pour la satisfaction de leur ambition personnelle, ou par des motifs de vaine gloire, ou pour détourner l'attention des embarras de la politique intérieure et chercher dans les dérivatifs extérieurs les moyens de fortifier un despotisme en déclin, ou pour imposer d'autorité des croyances religieuses, ou pour vider de futiles contestations qui ne méritaient pas qu'on mit aux prises deux individus, souvent même simplement pour tromper leurs ennuis par un exercice violent. Cette idée mère sortira tacitement de toutes les pages de ce précis, et je compte trop sur l'intelligence du lecteur pour me croire obligé de l'en avertir à chaque pas. Je pouvais me borner, dans cette première partie, à exposer succinctement l'origine et l'accroissement des armées permanentes dans l'Europe moderne, en présentant isolément ce qui a rapport à ces questions et sans le placer dans im tableau historique. Mais j'ai pensé que ces documents, ainsi présentés sèchement et détachés des grands faits auxquels ils se rapportent^ courraient risque de perdre une partie de l'intérêt qu'ils doivent exciter. J'ai donc préféré les faire entrer dans le cadre d'un tableau général des principaux faits de l'histoire politique et militaire de l'Europe moderne.
Je fais commencer vers le milieu du quinzième siècle le Précis historique que j'ai à tracer ici. Indépendamment de ce que c'est de cette époque que date vérita-
18 PRKMIÈiUS PARTIS
blement le système actuel des armées permanen c'est aussi là que, par un concours extraordina viennent se rencontrer plusieurs événements d'i • influence immense et qui doivent changer complu ment la face de TËurope. Voici quelques-uns de événements : Gutenberg s'associe à Fust pour don: au monde cette arme puissante, qui finira bien ] mettre la force au service de l'idée ; l'empire d'Orii achève de s'écrouler sous les coups de Mahomet II ; monarque qui doit porter au systtoie féodal les p] rudes coups, Louis XI, monte sur le trône. Ajoutez q le moment approche où le génie de Christophe Coloi va montrer un monde nouveau aux regards étonnés Tancien, et où Luther va réveiller la pensée religieu de son sommeil léthargique. Enfin c'est vers le mil! du quinzième siècle que se généralise en Europe, p l'introduction des mousquets et des fusils, remploi • la poudre à canon, connu des Maures d'Espagne dept plus d'un siècle, et qui, en rendant les guerres moû cruelles peut-être, les a rendues beaucoup plus meu trières : invention détestable dans cette application, qui, si elle n'était destinée à procurer de grands s cours aux arts utiles et particulièrement à Texploiti tion des mines, mériterait encore aujourd'hui la mi lédiction que Pétrarque lui adressait à son origine (I
(1) « Non erat satîs de cœlo tonantls ira Dei immortalisa homunc « nisi (ô crudelitas juncta superbiœ ! ) de terrft etiam tûnuisdet. N< « iOBÂUbite ftilinea> nt Maro ait| humaaa rabies imitaU est, et qu( « è mibibus mitti solet^ ligneo quidem sed tartareo emittitur instri « mento. » {De Remediis utriusque foriunœ, livre I*''^ dialogue 99» Gi nè?e 1629.)
ACGROISSEMEKT DES ARMÉES PERMANENTES l9
Avant Charles YII, les rois de France avaient troii espèces de troupes : les chevaliers ; les milices des communes, à mesure que ces communes s'établissaient;
Quels étranges éloges n'entend-on pas tous les jours sur l'invention de la poudre et des autres instruments de guerre ! « Il ne semble H pas nécessaire, dit M. Maurice Block, de prouver que le canon « constitue une victoire remportée par rintelligedce sur la force du « poignet. » (Puissance comparée des divers États de l'Europe, ch. 3, Armée, Gotha, 1862.) Sans aucun doute c'est une victoire de l'intelligence sur la force du poignet; car cela revient à dire que les projectiles vomis par un canon ont plus d'effet que des coups de poing. C'est de même que les canons et fusils d'aujourd'hui, avec leurs boulets ou balles coniques, ayant une plus grande portée que celle des boulets ou des balles sphériques, ou ayant un tir plus rapide, et causant plus de meurtres et des blessures plus graves, sont dé beaucoup supérieurs aux canons et fusils d'hier. C'est de même encore que les navires cuirassés^ comme ceux qui ont paradé en 1665 dans les rades de Cherbourg et de Brest, et les affreux engins sousmarins, appelés torpilles, sont destinés & produire des désastres bien supérieurs à ceux que causaient les vieux bâtiments de guerre. Mais ce sont là des victoires de l'intelligence s'appliquant non plus à diminuer la somme du mal mais à la centupler, de l'intelligence créant des moyens de destruction infiniment plus brutaux que la force du poignet. Oserait-on louer la supériorité dlntelligence d'un brigand parce qu'elle lui aurait fait trouver des moyens d'attaque plus meurtrier» que tels autres qui étaient employés précédemment par ses pareils? Que de gens croient absoudre la sotte admiratioa qne leur cause Finvention de ces nouveaux instruments de carnage, en disant qu'ils sont tellement formidables que l'on hésitera à s'en servir ou à les braver, et qu'ils contribueront ainsi à amener l'aboli» tion de la guerre ! Il n'en est rien : on s'en sert et on les affronte bel et bien. Ils donnent pour quelques jours l'avantagé à ceux qui les ont imaginés les premiers; mais bientôt une émulation détestable
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les soldats, soit français soit étrangers, enrôlés pour le temps que durait la guerre, puis licenciés après la campagne, mais qui, ayant pris, dans le métier de la guerre, Thabitude du pillage, ne consentaient pas toujours à déposer les armes; témoin ces véritables bandes de brigands, appelées les grandes compagnies, qui ravageaient les pays amis à Tégal des pays ennemis, et qui causèrent tant d'embarras aux rois de France par lesquels elles furent stipendiées pendant le quatorzième siècle et la dernière moitié du quinzième. Ce fut d'une partie de ce dernier élément impur que Charles VU prit la résolution de composer une armée permanente. L'année qui suivit la trêve conclue à Tours avec l'Angleterre (1448), et conformément au vœu émis, six ans auparavant, par les États d'Orléans, il forme des compagnies appelées compagnies d'ordonnance, et les distribue dans les villes frontières. Puis il forme un corps d'archers qui portent aux milices des communes le même coup que les compagnies d'ordonnance avaient porté à la chevalerie. Il rend en même temps les subsides perpétuels, afin d'entretenir ces troupes. Ainsi le désarmement de la nation^ l'institution de troupes permanentes et l'établissement de subsides perpétuels,
et excitée par le besoin de la vengeance les fait imiter^ surpasser même par les adversaires, et leur résultat le plus assuré est l'extention toujours croissante du mal. Ce n'est que par la moralisation des sentiments, marchant de pair avec la diffusion de l'instruction, que le fléau de la guerre disparaîtra de la surface de ce globe. S'il ne devait prendre fin que par le perfectionnement des instruments de destruction, sans rectification des idées et des mœurs, il durerait autant que l'espèce humaine.
voilà les trois grands faits principaux de la fin du règne de Charles YII, et que son fils, Louis XI, mettra en œuvre dans l'intérêt de son agrandissement (i). Louis XI n'était pas un prince guerrier. Ce n'est pas qu'il dédaignât l'emploi de la force brutale pour
(1) Un écrivain du siècle dernier^ qui a quelquefois amoindri le mérite de ses vues philanthropiques par un style déclamatoire, décrit avec beaucoup de justesse les funestes résultats de l'innovation de Charles VII : « Il fallut assigner des fonds à la solde d'une milice, « et les impôts devinrent arbitraires, illimités, comme le nombre « des soldats. Ceux-ci furent distribués dans les difTérentes places du a royaume, sous prétexte de couvrir les frontières contre l'ennemi, « mais au fond pour contenir et opprimer les sujets. Les officiers, les « commandants^ les gouverneurs furent des instruments toujours « armés contre la nation même. Ils cessèrent de se regarder, eux et « leurs soldats, comme des citoyens de l'État, dévoués uniquement <{ k la défense des biens et des droits du peuple. Us ne connurent tt plus dans le royaume que le roi, prêts à, égorger en son nom et « leurs pères et leurs frères. Enfin la milice nationale ne fût plus
a qu'une milice royale C'est ainsi que l'innovation de Charles Vil,
« funeste à, ses {sujets, du moins pour l'avenir, préjudicia, par son « exemple, à la liberté de tous les peuples de l'Europe. Chaque na- « tion eut besoin de se tenir en défense contre une nation toujours « armée. La politique, s'il y en eut dans un temps où les arts, les tf lettres et le commerce n'avaient point encore ouvert la commu- (c nication entre les peuples, la politique était que les princes eussent « attaqué tous à la fois celui qui s'était mis dans un état de guerre « continuel. Mais, au lieu de l'obliger à poser les armes, ils les pri- « rent eux-mêmes. Cette contagion gagna d'autant plus vite qu'elle « paraissait le seul remède au danger d'une invasion, le seul garant « de la sécurité des nations. » ( Raynal, Histoire pJiilosophique et politique, etc., livre 19, § 4, tome X, Genève, 1780.)
On ne saurait protester trop énergiquement contre la légèreté avec laquelle des écrivains, recommandables à d'autres titres, tranchent cette grave question. Un jeune archiviste, M. Édgard Boutaric, dans un livre qui abonde en documents recueillis lid)orieusement mais avec peu de goût et surtout de critique élevée, s'exprime ainsi : « Une des gloires du règne de Charles VII est sans contredit la (( création des armées permanentes. » (Institutions militaires de la France avani ks armées permanentes, livre 5, ch. 1*^', Paris, 1863.}
arriver à ses fias, mais il n'y recourait ([u'à coup B' Soa moyen favori était la ruse : il eût pu don»©r < leçons h certaine négociateurs plu^ récents, qui p. i^ent pour woir atteint la perfection ôb TbabUeté < plomatique, Squ mérit$ est de s'être appliqué à aba
ser la puissance des grands vassaux ; mais Thisto lui reproche de Tavoirfait uniquement poux son inté] persoimel, et surtout d'y avoir employé de Tastuce de la n^auvaise foi. C'est ainsi qu'il parvint, k Co fiianâ (1466), h dissoudre la ligue du bien public^ en c visant les confédéré? et en les trompant par des pi messes qu'il ne devait pas tenir, A Pecquigny (1471 il renvoie en Angleterre Edouard IV, en lui donng le titre de roi de France, et en lui promettant ui pension annuelle de 78,000 écus. Il élève à SO,Ol hommes le nombre de ses troupes régulières, et ft construire plusieurs places fortes. Il prend à sa soL 6,000 Suisses : cet usage, aussi peu honorable poi Tacheteur que pour le vendeur, de prendre des Suiss à son service, fut constamment suivi par ses succe
seurs.
Son plus redoutable adversaire, Charles le Tém< raire, qui l'eut un instant en son pouvoir, à Péromi( au moment où il apprenait que les Liégeois avaient él soulevés parles intrigues du roi de France, et qui ava eu si souvent à se plaindre de sa perfidie, ne se faisa pas faute de Timiter dans l'occasion ; au siège d Granson (1476), il avait promis à la garnison de h laisser la vie si elle se rendait^ et il la fit noyer, un fois maître de la place. Ce manquement à sa parole lu
eoûta cher à Morat, lorsque les Suisses, qu*il avait attaqués uniquement pour agrandir ses États, descendant de leurs montagnes au cri de Granson I lui tuèrent 10,000 Bourguignons, sans vouloir faire de prisonniers. L'année suivante, il est défait de nouveau à Nancy; où il trouve la mort. Louis XI s'empare d'une partie des États de Bourgogne au détriment de Marie, fille de Charles le Téméraire, qui, ayant refusé la main du dauphin, épousa Tempereur Maximilien d'Autriche : cet acte de spoliation amena la bataille de Guinegate (1479), où périrent plus de 12,000 hommes, et fiit Torigine de ces longues et sanglantes guerres qui eurent ritalie pour théâtre, sous Charles Ym, Louis XII et François P'. Mais, avant d'arriver aux règnes belliqueux de ces successeurs de Louis XI, voyons ce qui se passe dans d'autres contrées de l'Europe.
Angleterre, de 14fi8 à 1485.
Un demi-siècle écoulé semblait avoir consacré dans la personne de Henri YI, si le temps pouvait jamais consacrer le crime, l'usurpation de son ayeul Henri lY, lorsqu'un prince de la maison d'York, qui n^avait pas plus de droits à la couronne que la maison de Lancastre, commença cette longue guerre civile des Deux Roses (14S2), qui désola l'Angleterre pendant plus de trente ans, fit couler des flots de sang dans douze ba-
tailles et sur Téchafaud (1), causa la mort ou la ruine d'une grande partie de Tancienne noblesse, et ne se termina (1485) que lorsqu'un nouvel usurpateur, Henri YII, descendant par les femmes du duc de Lancastre, fils d'Edouard m, épousa Elisabeth, héritière de la maison d'York. Dans la seule bataille de Towton, 35,000 Lancastriens avaient été tués ou noyés, le cruel Edouard IV ayant défendu de faire aucun quartier. Les deux partis s'étaient également souillés de nombreux empoisonnements et de meurtres sans fin. Et toute cette longue série de forfaits et de désastres avait pour cause la criminelle ambition de deux branches d^une même famille princière, également usurpa* trices ! Qu'on juge de l'influence que devait exercer sur les simples citoyens ces mauvais exemples descendus des rangs supérieurs. Aussi les mœurs publiques et privées retournaient-elles à la barbarie. Un des effets funestes de cette guerre civile fut d'accroître sans cesse les armements militaires : ainsi le duc d'York avait d'abord marché sur Londres avec un corps de 10,000 hommes. A la bataille de Wakefield, Marguerite d^Anjou se trouvait à la tête d'une armée de 20,000 hommes. A Towton, elle en avait 60,000, qui furent écrasés par les 40,000 de Warwick. Enfin ce même Warwick, que l'on appelait le Faiseur de roisy avait réuni une armée de 60,000 hommes, lorsqu'après s^être réconcilié avec Marguerite, qui avait fait
(1) Goldsmith porte à plus de 100,000 le nombre des victime». {History of England, chap. 21, Richard III, Londres, 1771.)
ACCROISSEMENT DES ARlfÉES PERMANENTES 25
décapiter son père, il marcha contre Edouard IV, qu'il avait fait proclamer roi par la populace de Londres, quelques années auparavant, et que, depius, il avait défendu avec acharnement.
§ni
Espagne, Payt-Bai, de 1492 à lfil6.
Le mariage de Ferdinand le Catholique avec Isabelle avait réuni T Aragon à la Castille. La domination musulmane, réduite déjà au royaume de Grenade, devait bientôt s'effacer entièrement. Les Espagnols, au nombre de 70,000, viennent assiéger Grenade, qui, après avoir résisté pendant neuf mois, ouvre ses portes (1492) sur la promesse du libre exercice de son culte. Ferdinand, qui avait établi Tlnquisition et s'était fait l'exécuteur de ses œuvres, chasse d'Espagne les juifs qui refusent de se faire chrétiens. Il force également les Maures (1499) à se convertir ou à s'expatrier, malgré l'engagement pris lors de la reddition de Grenade. Il enlève successivement le royaume de Naples à Louis XII, et la haute Navarre à Jean d'Albret (1). Sur
(1) Il tirait vanité de la fourberie qu'il apportait dans ses relations avec les autres souverains : « Jamais prince, dit le savant auteur de « rArt de vérifier les dates, ne fut moins esclave de ta parole; il « eomptaitpour rien ses engagements lorsqu'il trouvait son avantage « à les violer; il avait môme si peu de honte de sa mauvaise foi « qu'il en faisait trophée lorsqu'elle lui avait réussi. Ayant appris que « Louis XII s'était plaint qu'il l'avait trompé trois fois : // en a bien « menti, Vivrogne, dit Ferdinand, je l'ai trompé plus de dix, » (Tome iw, Paris, 1783.)
26 PREHIÈBE PARTIE
la fin de son règne, son ministre, le cardinal Ximénès, forme une milice nationale. A la mort de Ferdinand ({S16), la couronne d^Espagne eçt dévolue à son petitfils» Charles d^Autriche, qui, deux ans après^ est élu empereur d'Allemagne, et qui va occuper une grande place dans l'histoire de la première moitié du seizième siècle. Suivons-le en Allemagne.
§iv
4klleiiuifiie^ fie l$2ft à tfi5$.
La diète de Worms, en instituant la Chambra im« périale, avait tenté de mettre fin aux guerres iuces* santés que se livraient les seigneurs^ les villes et les souverains. Mais les querelles de religion allaient bientôt allumer d'autres incendies, Munzer veut ap* pliquer à Tordre politique la liberté religieuse, précbée par Luther ; 30,000 de ses soldats périssent à Frankenhausen (132S). Dix ans plus tard, son succès* seur, Jean de Leyde, éprouvait le même sort. Une ligue se forme à Smalkalde (1S39), ayant pour but de défendre la réforme contre les mesures violentes dont la menacent le pape et l'empereur Charles V. Mise au ban de TEmpire, elle est poussée à la guerre. Elle avait réuni 80,000 hommes d'infanterie, 9,000 cavaliers et 100 pièces d'artillerie. Elle attend qu^elle soit attaquée. Mais l'ennemi avait eu le temps d'organiser des forces considérables et de détacher de la confédé-
ration Maurice de Saxe. Les troupes confédérées sont battues et dispersées (1S47), et Tempereur se montre cruel et perfide envers les deux chefs, Jean-Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe, landgrave de Hesse, qu'il dépouille de leurs États et qu'il traîne à sa suite. Il impose un formulaire de foi aux réformés. Maurice de Saxe, qui avait causé la perte de la ligue protes* tante par sa défection, fait avec Henri H, roi de France, un traité secret contre Charles V^ dont il commence à redouter le despotisme et qu'il attaque inopinément. L'empereur rend la liberté à Jean-Frédéric et à Philippe et négocie avec Maurice ; il vient ensuite, à la tête de 50,000 hommes, attaquer Metz, et est obligé de se retirer dans les Pays-Bas avec les débris de son armée. Un semblant de pai:;^ de religion est conclu à Augsbourg (1553).
Hnède, Punemurlc, de 1918 à 11136.
L'union de Calmar, qui^ sur la fin du quatorzième siècle, avait eu pour objet de réunir la Suède, la Norwége et le Danemark, n'avait pu se maintenir. Christian II, roi de Danemark (15i3), à peine arrivé au trâne, établit de nouveaux impôts pour entretenir des troupes soldées, et emploie ces troupes pour lever de nouveaux impôts. La Suède, qu^il a asservie et où il fait tomber quatre*vingt-<quatorze tâles le jour de son
eouronnementp est délivrée par Gustave Yasa (1S23). En même temps, les Danois, honteux ou las des crimes de Christian» le déposent. Les Suédois o£Frent la couronne à leur libérateur, qui la refuse d'abord et ne cède qu'aux plus puissantes sollicitations. La sagesse de son gouvernement prouva que son refus avait été sincère. Ce fut lui qui introduisit en Suède la réforme, y créa une marine^ et en fît un des États puissants de l'Europe. Christian lU introduisit la réforme dans le Danemark (iS36). Voyons comment elle pénétra en Angleterre.
§ VI
Anglei/erre, Franee^ de IfilS à 1546.
Henri VIII débute par vouloir reconquérir son royaume de France. Il réunit dans ce but une armée de 80,000 hommes (1813). Cette expédition, malgré l'avantage qu'il remporte à la journée des Éperons, lui coûte en pure perte la plus grande partie des trésors amassés par son père. Il demande à la cour de Rome d'annuler son mariage avec Catherine d'Aragon. Clément VII, craignant de déplaire à Charles-Quint, neveu de Catherine, s'oppose au divorce. Henri épouse Anne de Boleyn, et répond aux menaces d'excommunication du pape en se faisant reconnaître par le Parlement comme chef suprême de l'Église anglicane (1834). Cette introduction de la réforme en An-
ÀCCROlSSEMENt DEd ARMlÈÉS t»ERMAMENTES â9
gleterre par un prince débauché, qui de plus avait écrit un traité théologique contre les doctrines de Luther, aurait pu avoir une origine plus honnête. Henri sévit également contre les catholiques, qui refusent de le reconnaître pour chef de leur Église, et contre les protestants, à qui il veut imposer les dogmes et les rites de FÉglise catholique. L'Angleterre eut à gémir pendant trente-sept ans sous ce monarque voluptueux, cruel et bigot, qui, sur six femmes, en répudia deux et en fit décapiter deux autres. La dernière n'échappa que par la ruse à une mort violente, et une sixième doit être tenue pour heureuse d'être morte en couches. L'année qui précéda la mort de Henri, il fit en France une nouvelle expédition (1546), pour laquelle il arma 30,000 hommes, et qui n'eut, comme la première, d'autre résultat que de causer des dépenses ruineuses. Son père, qui avait été accusé d'avarice, avait rétabli les finances ; Henri VHI, aidé de son servile Parler ment, les laissa dans le plus grand désordre, après avoir épuisé, pour satisfaire à ses voluptés et à ses expéditions militaires et pour soutenir son infaillibilité pontificale, toutes les sources fiscales, impôts, em* prunts, extorsions appelées dons gratuits, confiscations, altération des moimaies et banqueroute. Je reviens au continent.
§vn.
Franee^ Italie, Espagne^ de 14L94L à 1598.
Charles VIII ne savait [ pas lire lorsqu'à l'âge de treize ans il hérita de la couronne de France. Son père, Louis XI, avait pris soin de ne lui rien apprendre. A peine sut-il lire que son précepteur lui mit entre les mains les Commentaires de César et la Vie de Charlemagne. Cette lecture inspira au jeune prince le goût des expéditions militaires. Il se proposait de chasser les Turcs de Constantinople et de s^y faire proclamer empereur d'Orient, puis de passer en Asie et d'y voler de conquête en conquête. Et d'abord il part, contre l'avis de son Conseil (1494), pour conquérir le royaume de Naples, auquel il prétend avoir des droits par un testament fait à son père. Son armée se composait de 30,000 hommes, que les Mémoires du temps représentent comme étant pour la plupart des gens de sac et de corde. Il avait fait de gros emprunts à Milan et à Gênes, haussé les tailles et engagé une partie de ses domaines pour satisfaire aux frais de cette expédition. Il entre en vainqueur à Rome, puis à Naples. Il avait cru orner sa marche triomphale en massacrant ses prisonniers. Pendant qu'il donne des tournois et des fêtes, l'empoisonneur Ludovic le More, qu'il avait aidé à usurper sur Galéas le duché de Milan, et le pape Alexandre VI, dont le nom seul rappelle tous les crimes et tous les vices, se liguent
ACCROISSEMENT DES ARMÉES PERMANENTES 3i
avec les Vénitiens , Tempereur Maximilien et Ferdinand, roi d'Espagne, pour chasser les Français dlta^ lie. Charles n'avait plus que i 8,000 soldats. Il confie la garde de Naples à 9,000 honunes, que la peste, jointe aux attaques de l'ennemi, allait bientôt mois-* sonner, part avec le reste de ses troupes, forcoi à For^ nOYO (149â), le passage qui lui refusent les confédérés, à qui il tue 4,000 hommes, et rentre en France avec les faibles débris de son armée. Il meurt sons avoir renoncé à sa funeste conquête, qu'il lègue à son succès^ seur Louis XII.
Celui*K^i, non moins amoureux de vaine gloire que Charles YIII^ fait alliance avec Alexandre YI et son digne fils César Borgia. Par leur entremise il amène Ferdinand le Catholique à abandonner traîtreusement le roi de Naples et à s'en partager avec lui les dé-* pouilles; mais ils cessèrent de s'entendre lorsqu'il s'agit d'effectuer le partage, et Louis fut entièrement spolié par celui avec qui il avait spolié de compte à demi. Après plusieurs expéditions entreprises sans nécessité, et pour lesquelles il vend les offices de finance^ il voit s'évanouir successivement^ par les défaites de Cérignoles (1503) et de Novare (1S13), ses prétentions sur l'Italie. Dans la guerre de la sainte ligtte^ formée par le pape Jules II, qui ornait son front d'un casque beaucoup plus volontiers que de la tiare, le neveu de Louis XII^ Gaston de Foix, dont les historiens célèbrent à Tenvi la bravoure, s'était dés« honoré par le massacre de la garnison et des habitante de fireseia : en cela du reste il n'avait fait que Suivi»
32 t^REMlÊRE PARtlË
Texemple que le roi lui-même lui avait donné à Peâchiera.
François I" fut l'un des rois de France dont l'excessive vanité et les mœurs déréglées ont été le plus funestes au pays. Il laissait sa mère dilapider le trésor et préparer des revers à la nation pour satisfaire sa haine contre une favorite ; il venait avec sa cour voir brûler à petit feu des protestants français en même temps qu'il favorisait le protestantisme en Allemagne ; il excita ses Parlements à des actes de persécution, préludes du massacre de la Saint-Barthélémy, et souffrit que celui d'Aix convertît en désert les vallées de la Provence et du Dauphiné, habitées par les restes paisibles des anciens Vaudois ; ce fut lui qui importa la loterie d'Italie en France, et qui le premier employa la formule absolutiste, car tel est notre bon plaisir. Loin de profiter des fautes de la politique de son prédécesseur, il augmente les impôts et vend de nouveaux offices de judicature, et se procure ainsi des fonds pour son expédition d'Italie. Son armée se composait de 34,000 hommes. Il est d'abord vainqueur â Marignan (1815), où les cadavres de 18,000 Suisses et de 6,000 Français couvrent le champ de bataille. Il attaque sans raison le roi d'Espagne, Charles V, qui lui avait été préféré par les électeurs de l'Empire, n est battu à Pavie (1828), où 8,000 de ses soldats périssent et où il est lui-même fait prisonnier avec une partie de son armée. Pour recouvrer sa liberté, il paie une énorme rançon et signe un traité qu'il a Tinten-^ tion de violer. Il établit sept légions, appelées des
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noms de diverses provinces et composées de 6,000 hommes chacune. A la bataille de Cérisoles (1SS4), les Impériaux perdent 10,000 hommes et ont 4,000 prisonniers. La paix de Crespy vient mettre un terme aux longues guerres par lesquelles François !•' et Charles- Quint avaient épuisé d'hommes et d'argent la France et l'Espagne. Ce fut sous le règne de François I" que la marine militaire de France commença à acquérir quelque importance (1).
Henri II prend de nouveau l'offensive (1582). Charles-Quint emprunte 200,000 écus d'or au duc de Florence, et s'avance avec 60,000 hommes sur Metz, dont il fait le siège ; mais il est forcé de s'éloigner avec perte d'une grande partie de son armée. Il ravage la Picardie, incendie trois cents villages, prend et rase Thérouène. Rivalisant de cruauté, Henri saccage le Brabant, le Hainaut et le Gambrésis (1554). Charles- Quint, qui avait paru aspirer à la monarchie univer-
(1) Les règles et usages des marines royales en Europe n'étalent à cette époque et ne devaient ôtre longtemps encore que Forganiaation du brigandage en grande exercé sur les mers. On peut en prendre une idée dans l'édit rendu par François I»', en février 1543, art. 25 et 26 {Recueil général des anciennes lois françaises, par MM. Isambert, etc., tome XII, Paris, 1828). Les matelots et soldats juraient entre eux, sur le pain, le vin et le sel, et en présence d'un prêtre, de ne point faire connaître ce qu'ils pourraient détourner des prises et de se le distribuer. L'édit, en interdisant cette fraude, règle les parts des prises, y comprenant les prisonniers et leurs rançons: l'amiral devait prélever un dixième; les propriétaires des navires armés en guerre avaient un quart du restant, les avitailleurs un quart et demi, et les matelots et soldats un autre quart et demi. En lisant ces dispositions, ne se croit-on pas transporté dans une caverne où de superstitieux bandits, qui cherchent à se tromper les uns les autres, réglementent le partage de leur butin?
selle, abdique et se retire dans un couvent^ après avoir conclu avec le roi de France la trêve de Vaucelles (1556)^ qui est bientôt rompue. Henri, excité par le pape Paul IV, qui lui promet le royaume de Naples, et par Diane de Poitiers, que l'or du souverain pontife gagne à ses projets^ envoie en Italie le duc de Guise avec 20,000 hommes, en même temps qu'il ai* rige sur la Flandre une autre armée, commandée par le connétable de Montmorency. Les Espagnols et les Anglais attaquent la Champagne et la Picardie. Le connétable essuie à Saint-Quentin une déroute eoiU'^ plète et est fait prisonnier. Le duc de Guise, rappelé d'Italie, prend Calais aux Anglais (i888). Henri ras* semble à Paris les états généraux et en obtient une somme de trois millions, qu'il emploie à de nouveaux armements, suivis de nouvelles défaites. La paix de Gateau-Cambrésis (1539) accroît la prépondérance de l'Espagne. Henri n, à l'issue d'une procession, allait aussi voir brûler des calvinistes en place publique* C'étaient là les goûts que lui inspirait Diane de Poitiers de concert avec le cardinal de Lorraine. Ilmeuft Uessé dans un tournw par Montgomery .
Sous la régence de Catherine de Médicis, desaa«glante mémoire, commence une longue série de guerres civiles et religieuses, de toutes les guerres les plujS abominables, les premières parce qu'elles se font entre les citoyens d'un même Etat, les secondes parce qu'elles violent l'asile sacré de la conscience, les unes et les autres parce que les passicms, une fois mises en jeu, y atteignent un degré efiErayant de violence. Le
mafigaom de la Saint-Barthéiemy (1872) fit perdre à la FraHce 100,000 de ses eBfa&ts, eeit f>aF l'assaBsi&at soit par la foite, et fut suivi de «îngt-deus aus de guerre eivile. Cette époque est Tune des plus hideuses de rkistoire de France, et je ne ip'étonne p^ que le vertueux chancelier L'Hdpital en soit mort de chagrin^ souhaitant que ee jour lamentable put être effacé du souvenir des hommes. Mais Dieu ne p^met pas que le crime soit ainsi enseveli dans l'ouidi. I/histoire est impitoyable, et la justice veut que les individus et les nations expient ieoirs forfaits par la hente et le repentir. 6n a essayé de dé€i|arger Charles IX de l'odieux de la Saint-Barthélémy fonr le rejeter tout enti^ sur Catherine. Cette feoime impérieuse conseilla, il est vrai, le massacre, et employa toutes sortes à'ohsessions powr y déterminer soa fils, qui y répugnait d'abord. Mais il n'est pas ipoins v;rai que Charles finit par y consentir, que lui seul donna et pouvait donner des ordres pour l'exécution, et qu'ainsi il .assuma la plus forte part du crime. Il serrà; U'op commode pour les tyrans de pouvoir renvoyer la responsabilité de leurs méfaits à ceux qui les jieur ont conseillés, et il ^e parsdt pas que la conscience de Charles, qui^ p^adant les deux années 4;u- il survécut à la 8aint-fiai4hélemy, fut bourrelée de remords^ ait aecepté le )[)énéfiee de 4QeÉlieimaiûraie doctrine. On conçoit que l'inâme surprise 4oBt ils venaient d'éfere les victimes ait exaspéré les protestants et les ait poussés à des actes de dévastation et de crùfLUité, qui n^on étaient pas pour cda plus justîfiaMes. Trop souvent ils imitèrent le cruel fana-
tisme de leurs persécuteurs. Ils étaient sans doute attaqués injustement ; mais, en ayant de son côté la justice et le droit, leur cause n'eût rien perdu à y ajouter la modération et l'humanité dans la défense* Us s^emparent de plusieurs places. Le duc d'Anjou vient les assiéger dans La Rochelle (1573) ; il livre inutilement neuf assauts dans lesquels il perd 24,000 hommes ; c'était une terrible revanche des défaites de Jamac et de Moncontour, où, quatre ans auparavant^ les calvinistes avaient perdu 10,000 hommes.
Sous Henri III, la guerre civile continue. Il est forcé de signer l'édit de Loches, qui n'accorde pas seule* ment à la réforme la liberté de conscience^ mais qui concède à ses chefs de véritables privilèges. C'est alors que se forme (1S76) contre lui aussi bien que contre les calvinistes cette ligue catholique, qu'il finit par signer lui-même, espérant par là s'en rendre maître, et dont Catherine lui avait conseillé de se déclarer le chef. Après de nouvelles concessions faites aux réformés^ concessions suivies de nouvelles perfidies, il réussit à irriter également les deux partis entre lesquels il avait voulu louvoyer. U attire à Blois et fait assassiner (1588) le duc de Guise, cet assassin de Coligny. L'année suivante^ il est assassiné lui-même par un moine que Sixte-Quint voulait canoniser.
Le roi de Navarre, chef des réformés^ et qui, depuis la mort du duc d'Anjou, était l'héritier présomptif de la couronne, devient roi de France. Mais les succès militaires que Henri lY obtient sur la ligue, à Arques et à Ivri, ne lui semblent pas suffisants pour lui assu-
rer la paisible possession du trône ; il a recours à une nouvelle abjuration (1), qui ne lui fait nul honneur, parce que tout prouve qu'elle ne lui était, pas plus que les deux précédentes, inspirée par des motifs véritablement religieux. Cette abjuration lui ouvrit les portes de sa capitale, mais elle ne devait pas le sauver du poignard aiguisé par le fanatisme implacable de ses ennemis. L'édit de Nantes (1598) vint suspendre en France, pendant quelques années, le cours de ces dissensions religieuses, où Ton ne peut faire un pas sans glisser dans le sang. Cet édit assura aux protes* tants le libre exercice de leur culte^ et les admit au partage de tous les droits des autres citoyens. Cela était juste et sage ; mais il fallait s'en tenir là. Quand des membres d'un Etat sont mis sur un pied d'entière égalité avec leurs concitoyens^ ils n'ont rien dé plus à réclamer. Henri commit la faute d'accorder aux réformés le privilège de posséder des places fortes spéciales. Il les leur accordait, il est vrai, à titre de places de sûreté ; mais cela même semait un nouveau germe de division entre eux et les catholiques, et devait plus tard fournir à ces derniers un prétexte pour de nouvelles persécutions. Je sais bien que leurs adversaires eussent trouvé d'autres prétextes quand celui-là leur eût manqué ; mais il ne fallait pas avoir à se reprocher de leur en avoir offert un.
(1) J'aurai à en reparler dans la troisième partie^ à propos dtt pro* jet de paix universelle attribué à Henri IV.
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