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De la haute éducation intellectuelle

Les Lettres qui composent le présent volume sont le développement d'une lettre que nous avons eu occasion d'adresser, il y a deux ans, à l'un des membres d'une académie que nous avons fondée à Orléans, sous le nom d'Académie de Sainte-Croix, et dont le programme embrasse précisément les études dont nous traitons dans ces lettres. Cette lettre à un membre de l'Académie de Sainte-Croix ayant été publiée dans le Correspondant, a provoqué des adhésions nombreuses, qui nous ont permis de croire qu'elle répondait à toute une situation, et que les conseils qu'elle offre pourraient être utiles à une portion considérable de la jeunesse, et à beaucoup d'hommes du monde; dans toutes les positions et dans toutes les carrières ; nous nous sommes donc décidé à traiter plus à fond ce grand et important sujet ; de là le présent volume, qui forme le complément naturel de notre ouvrage sur l'Education. Nous croyons utile de placer ici sous les yeux de nos lecteurs le discours par lequel nous avons inauguré celte Académie de Sainte-Croix, qui a été la première inspiratrice de ces lettres.

« Mbssiburs,

« Maintenant que vos réunions sont autorisées, et que vos suffrages ont choisi parmi vous un président, des dignitaires, l'Académie de Sainte-Croix est fondée ; et je vois en

ce moment avec bonheur se réaliser un vœu ue j'avai$| formé, je l'avoue, depuis longtemps. I

t Notre ville d'Orléans n'est pas seulement ville des grands souvenirs, des glorieuses délivrances; le n'a pas! seulement abrité de courageux citoyens derriéi ses vaillants remparts : vous le savez, autrefois elle était lorissante par ses écoles renommées, par ses maîtres illust s, par ses jurisconsultes dont le nom est immortel, et par I concours! de cette nombreuse jeunesse qui venait quelq efois, des! contrées les plus lointaines, y étudier les scient »s divines! et humaines, dans la paix de son enceinte tranqui le, et dai^l le charme exquis de ces mœurs austères et doue 2s qui sa-l vaient se conserver à la fois graves et hospitalières.

« Dans cet Orléans qui a su si bien garder la dignité d<] son caractère, où les vieilles traditions n'ont pas péri, où le* familles savent se défendre contre les envahissements en) même temps que se prêter à toute alliance et toute amitu honorable ; dans cette ville où le culte des belles et bonnes choses s'est maintenu, à côté des sociétés savantes qui l'honorent depuis longtemps déjà, il y avait place encore, au vaste champ des lettres, pour une société nouvelle. Vou* surgissez, Messieurs, et vous serez un foyer de plus qu. nourrira au milieu de nous la flamme antique et perpétuera, en dehors de toutes les exclusions de parti et des agitation* politiques, la tradition des saines et grandes études, et h généreuse activité des Lettres.

« C'est la gloire des Lettres, Messieurs, de résider sur ce hauteurs sereines dont parlait autrefois le poète :

Edita doctrinâ sapicntûm templa serena ;

dans ces régions de lumière et de paix, où n'arrive pas 1 bruit des âpres intérêts et des luttes passionnées, mais o les esprits se rapprochent, où les cœurs se rencontrent dan le culte élevé et le commerce délicat des choses de Pâme

a C'est là, sur ce terrain neutre et pour ainsi dire sacré, sur ce sommet pacifique, que vous avez bien voulu, Messieurs, à l'invitation de votre Evoque, vous réunir pour mettre en commun vos talents, vos lumières, vos expériences et vos travaux : voilà, Messieurs, ce dont je suis heureux et lier, ce dont je vous demande permission de vous féliciter et de féliciter cette ville.

« Bien des progrès, et des progrès glorieux, seront l'honneur de notre temps. Les Sciences étendent chaque jour leur empire, soumettent de plus en plus la matière au service de l'esprit, et enrichissent la vie de leurs utiles et fécondes inventions.

« Mais les Lettres, Messieurs, c'est-à-dire la culture exquise de l'âme, la fleur de la civilisation et de l'urbanité, sont une richesse aussi, qu'il ne faut pas délaisser : elles sont tout à la fois un charme, une lumière, une puissance.

« Et je dois l'ajouter : elles font partie de la fortune nationale, elles sont une des grandes gloires de notre patrie ; par elles, l'esprit français a conquis en Europe un rang qui n'est pas contesté.

« Eh bien ! vous réunir, Messieurs, pour de sérieux travaux littéraires, substituer à l'isolement qui fait la faiblesse l'union qui double les forces, associer vos intelligences et vos efforts, pour qu'il y ait dans cette cité et en France un centre de plus où rayonnent les Lettres, pour qu'Orléans s'élève plus haut encore parmi les cités françaises fidèles à l'esprit français, c'est une noble et grande pensée qui vous honore, Messieurs, et qui honore ce pays.

« Ce n'est pas tout : il y a une pensée encore plus haute et plus féconde dans la fondation de votre Société.

« Ah ! assurément, j'aime les Lettres, et volontiers je dis avec le poète :

Quarum sacra fero, ingenti percuku* amore

a Toutefois, je ne puis dire :

Dulces, ante omnia, musœ!

« Il est pour moi, Evêque, quelque chose de plus grand et de plus cher encore.

« Et ce qui comble, à mes yeux, la joie de cette réunion, c'est que tous vous avez compris l'harmonie qu'il y a entre les bonnes et hautes études, entre ce que le grand sens des générations a si bien nommé les Belles-Lettres^ et cette autre grande et sainte chose qui inspire et couronne tout, )a Religion. Par là, Messieurs, par cette direction religieuse donnée à vos travaux, par cette alliance, au sein de votre société, entre les Belles-Lettres et les Lettres Chrétiennes, vous n'avez certes pas borné, vous avez élevé, agrandi sans limites l'horizon de vos études.

« Il y a donc tout à la lois, Messieurs, dans votre réunion, le mouvement heureux des esprits et des cœurs inclinés depuis longtemps parmi nous à des rapprochements désirables ; il y a l'heureux besoin de se voir, de s'entendre, dans l'oubli absolu de tout ce qui sépare et divise ici-bas, et de s'aider les uns les autres pour la grande culture de l'intelligence et l'intérêt supérieur des âmes ; et enfin, Messieurs, il y a le désir qui presse aujourd'hui tous les bons et nobles esprits, de renouer l'ancienne et glorieuse alliance, malheureusement rompue au dernier siècle, entre la foi et les Lettres, entre la religion et les Sciences, entre l'Eglise et la patrie.

« Je suis donc heureux, Messieurs, d'inaugurer cette société qui commence aujourd'hui, modestement, sans bruit, comme il convient, mais qui peut grandir et être un jour pour cette ville une illustration et un bienfait. Car qui peut savoir ce que lui réserve l'avenir, avec des hommes comme ceux que je vois ici ?

« Permettez-moi de le dire, Messieurs, en toute simplicité,

malgré la réserve que votre présence me commande. En jelant mes regards sur ceux qui m'entourent, je ne puis m'empêcher d'être frappé et charmé tout à la fois de l'heureuse variété de talents, d'études, je dirai même d'âges et de positions, que votre société renferme. Si je le fais observer. Messieurs, c'est que, pour chacun de vous, une telle association, il me semble, est un honneur, un encouragement, une espérance.

« Je vois ici d'honorables magistrats à qui l'élévation de leur caractère, leurs lumières, leurs services concilient si bien l'autorité et le respect.

« Je vois près d'eux, entourés aussi d'une si juste considération, les représentants de la science, dont la présence ici atteste l'alliance, au sein de votre société, des Sciences et des Lettres.

« Le barreau vous a prêté quelques-uns de ses orateurs distingués.

« Le clergé a trouvé au milieu de vous un accueil digne de votre religion et de votre cœur.

« Plusieurs d'entre vous ont déjà honoré leur nom par des publications remarquables. Presque tous, même les plus jeunes, vous avez donné aux Lettres des gages sérieux.

« Tous enfin, hommes mûrs dans la force de la pensée, ou jeunes hommes dans l'ardeur de l'Age, un même zèle vous anime pour les nobles travaux de l'esprit, pour les graves et fécondes études. Comment, Messieurs, votre Evêque pourrait-il ne pas concevoir en son cœur, en vous voyan t, une espérance?

« Mon regret, Messieurs, mon très-vif regret, c'est que Taccablement croissant de mes occupations et la sollicitude de la charge pastorale qui pèse en ce moment sur moi plus que jamais, ne me permettront pas de prendre à vos imporl3Ms tr&vaux toute la part active que je désirerais, Je you^

drais pouvoir dire encore avec le poète : « Dieu m'a donné ces loisirs. »

Deus nobis hœc oliafecit!

« Du moins, s'il ne m'est pas permis de vous offrir un concours assidu, je n'ai pas besoin de vous répéter avec quel vif intérêt je m'associerai à vos études, et combien je serai heureux d'applaudir à vos succès. Les Lettres, vous le savez, n'ont jamais trouvé l'Eglise indifférente, et quand des liens aussi étroits ne m'uniraient pas à vous, ce n'est pas dans la patrie de Théodulphe qu'un évéque pourrait demeurer étranger et insensible h une société de Lettres chrétiennes. »

Cette Académie de Sainte-Croix que nous inaugurions par ces paroles a réalisé nos espérances. Elle a mis dans notre ville èpiscopale, parmi les pères de famille et la jeunesse, un nouveau et fécond mouvement d'esprit, qui s'est traduit soit par les travaux variés que l'Académie a vus naître dans son sein, et dont un choix a paru cette année-ci même dans un très-remarquable volume1, soit par d'importants ouvrages publiés en dehors de l'Académie par quelques-uns de ses membres. Nous ne doutons pas que dans les grandes villes de nos provinces, il n'y ait, pour de pareilles sociétés littéraires et chrétiennes, des éléments épars, qui n'attendent qu'une inspiration, une parole, pour se grouper, et nous verrions avec bonheur, quant à nous, de pareils foyers d'études religieuses se propager dans notre pays.

Ces Lettres aux hommes du monde forment le dernier des six volumes qui composent notre ouvrage sur l'Éducation, et la Haute éducation intellectuelle. Nous sommes heureux, en terminant, de rendre hommage à tous les hommes dé-

* Études chrétiennes de littérature, de philosophie et d'histoire. In-8. Paris, chez Eugène Belin.

voués qui, par amour de la jeunesse et de l'Eglise, ont parcouru en même temps que nous et parcourent encore cette laborieuse carrière de renseignement. Depuis trente ans, j'ai suivi attentivement leurs travaux, et lu, souvent avec admiration, leurs ouvrages et leurs discours, et j'ai largement profité de leurs expériences, de leurs lumières, quelquefois même de leurs paroles. En posant la plume, je demande fi Dieu que ces pages, qui ont occupé tant d'années de ma vie, ne soient pas inutiles au progrès de la grande œuvre qui mêles inspira.

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