‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 16 sur 107 · LETTRE IV. — LES LITTÉRATURES MODERNES · texte numérisé non relu

LETTRE IV. — LES LITTÉRATURES MODERNES

ses premiers ouvrages; Ozanam, le P. Lacordaive, etc.

Notre littérature, à quelque époque qu'on la prenne, Offre donc des sujets d'étude qui ne laissent vraiment aux personnes tant soit peu désireuses de travail intellectuel que rembarras de choisir.

Mais avant de quitter ce sujet, je voudrais exprimer un regret. J'ai commencé mes indications au xvne siècle. En effet, ceux pour lesquels j'écris ces pages n'ont aucune objection possible à .faire contre cette époque et les grands génies qu'elle a produits, et ils sont bien forcés de convenir que leurs répugnances pour l'étude et la lecture sérieuse sont absolument inadmissibles et tout h fait condamnables, quand on leur montre ce qu'ils auraient là, sous la main, de livres de premier ordre à étudier.

Si je n'adressais pas surtout mes conseils aux jeunes gens, aux hommes du monde, qui ont des loisirs et ne savent pas les employer, et si, par conséquent, je ne voulais pas, dans ces indications, m'en tenir aux grands auteurs, à ceux que le génie français avouera éternellement pour ses représentants, je ne négligerais certes pas, mon cher ami, les époques antérieures de notre littérature, et ne passerais pas entièrement sous silence ni les écrivains dii seizième siècle, ni surtout, remontant plus haut dans le moyen âge et aux origines de notre langue, notre épopée nationale, la Chanson de Roland, remise en lumière par l'érudition contemporaine (Genin et Francisque Michel), et dont M. Vilet a donné, il y a dix ans, une analyse et une demi-traduction de toute beauté. Aucun chrétien, aucun Français ne devrait ignorer cette page admirable, inspirée par le génie robuste et pur du catholicisme de l'époque féodale. Les ténèbres qui l'ont précédée et suivie la font resplendir d'une lumière d'autant plus éclatante. — Il y a sans doute d'autres perles à découvrir et à remettre en lumière dans l'océan des chansons de gestes et des grands poèmes des trouvères,

poèmes sans doute bien mélangés ; mais il leur a manqué jusqu'à présent une main habile et autorisée pour y faire un choix convenable et les présenter en français moderne au lecteur contemporain, comme l'ont fait M. Vitet pour la Chanson de Roland, et aussi, je crois, M. Fauriel pour Gérard de Roussillon.

Enfin, si Ton veut étendre tant soit peu ses études littéraires, il est difficile de ne pas se sentir attiré aussi par les langues et les littératures étrangères.

Vous me demandez un bon emploi de votre temps? Eh bien ! eu voici un excellent: apprenez une langue étrangère, soit l'anglais, soit l'allemand, ces deux langues si usuelles. L'anglais et l'allemand vous paraissent-ils trop difficiles? Apprenez l'italien, l'espagnol. Quelqu'un a dit : « Un homme qui ne sait que sa langue ne vaut qu'un homme. Un homme qui sait deux langues en vaut deux. » Rien n'est plus vrai. Et pour mon compte, une chose qui m'a toujours étonné, c'est de voir des personnes qui se plaignent de n'avoir rien à faire, et auxquelles il ne vient pas môme en pensée d'apprendre une de ces langues vivantes, qui pourraient leur être d'une si grande utilité, soit pour leurs voyages, soit pour leurs relations, soit pour leurs lectures.

Une langue vivante que l'on apprend, c'est tout une littérature que Ton s'ouvre. Il y a chez nos voisins d'Allemagne, d'Angleterre et d'Italie, — pour ne parler que de ces trois nations, des génies et des chefs-d'œuvre qu'un homme cultivé ne peut pas ignorer aujourd'hui. Autrefois, peut-être, on pouvait se renfermer dans l'antiquité et dans son pays ; aujourd'hui, les grandes œuvres des auteurs étrangers ont été tellement popularisées, qu'on passerait à bon droit pour un homme de peu de littérature, si on ne connaissait pas quelques-unes au moins des plus renommées. Et je dirai de ces chefs-d'œuvre des littératures étrangères ce que j'ai dit

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