‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 18 sur 107 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

La grande littérature classique

Mon ciilr ami,

Vous me faites une observation très-juste assurément, à laquelle je m'attendais, et vous provoquez des Éclaircissements tout à fait nécessaires : citait bien aussi mon intention de vous les donner.

Vous me dites que j'ouvre largement devant vous la littérature du passé, mais bien peu celle du présent; que mes prédilections sont manifestement pour les grands siècles et es grands auteurs classiques; vous ajoutez qu'il faut bien cependant être de son époque, et connaître, plus que je n'ai paru le permettre, la littérature de son temps et de son pays. Je vais vous répondre catégoriquement sur ces deux points, sur mon goût très-évident et très-avoué pour la grande littérature, dite classique, et sur ma réserve trèssévère et très-molivèe îi l'endroit de la littérature contemporaine, d'une partie du moins; car vous pouvez vous souvenir que je vous ai déjà cité plus d'un nom contemporain, et j'en aurai d'autres encore à vous signaler, et d'illustres, quand je vous parlerai de la philosophie et de l'histoire.

Quant h la littérature classique, il y a quelque temps, une grande insurrection dans notre pays s'est faite contre elle; une école novatrice, qui semblait vouloir ne faire dater l'esprit humain que d'elle-même, et prétendait renouteler entièrement la république des lettres, proscrivait avec un suprême dédain et ne prononçait que comme une

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injure ce nom de classique. Ces excès ont été do courte durée. Les grands hommes du passé sont restés debout sur leur piédestal indestructible, et le soulèvement aujourd'hui parait apaisé. Cependant, les théories romantiques, si elles ne s'étalent plus aussi bruyamment dans les livres, en fait régnent encore dans un grand nombre d'esprits, et pénétrent plus ou moins une partie considérable de la littérature contemporaine. C'est pourquoi il importo de se mettre en garde contre elles, et de maintenir sur co point les vrais principes.

Je le proclame donc bien haut, mon ami : j'aime la littérature des grands siècles; et les auteurs quo je conseille par-dessus tout aux hommes du monde désireux de nourrir en eux, par de saines lectures, le vrai goût littéraire, ce sont nos grands auteurs classiques.

Mais expliquons-nous sur ce nom de classiques : que veut-il dire au vrai?

11 n'y a pas là de mystère : par littérature classique, on entend simplement la littérature étudiée dans les cluses pendant le cours de ces études qui t»e nomment les humanités ; humaniores littkiu:. On dislgue pur Ui, dans les trois langues et les trois littératures, grecque, latine et française, les grands auteurs, les grands maîtres ; car il était naturel que, pour former la jeunesse, on ne s'udressAt pus aux médiocrités, mais aux modèles.

Ce qu'il faut donc bien entendre, c'est que, si ces troll langues et ces trois littératures, grecque, lutine et française, ont été choisies pour servir de fondement au couru d'humanités et sont devenues classiques en ce sen», c'est quo ces trois langues sont les plus belles que l'homme- ait jamais connues, et celles aussi qui ont été le plus magnillquement parlées; c'est quo los plus boaux génies do l'humanité les ont employées; c'est quo les hommes qui ont fixé ces langues ont été les prince» de l'esprit humant.

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