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sur ce temps, à lui comme à d'autres, de nouvelles el plus sûres lumières. Cet ouvrage n'est certes pas le seul qui puisse faire à un jeune homme, sur cette époque, des impressions dangereuses, et ici, grâce au talent de l'écrivain, ces impressions seraient peut-être dans la suite difficiles à modifier. On a dit de cette histoire que la vérité des couleurs n'y répond pas toujours à l'effet du tableau. Je laisse ces critiques de détail; et je me borne à dire que, quant à moi, l'étude que j'ai faite de près des hommes de la Révolution, de leurs paroles et de leurs actes, de leurs écrits et de leur vie, me donne sur le fond des choses et sur les horreurs de cette époque, des lumières que nul panégyrique n'éteindra jamais dans ma conscience invinciblement éclairée; et cela, du reste, sans diminuer en rien mes convictions sur les déplorables abus de l'ancien régime, ni sur toutes les réformes nécessaires, qui étaient alors également réclamées par la politique, par la justice, par la religion, et que Louis XVI voulait plus sincèrement que personne.
VHîstoire du Consulat et de l'Empire a été composée à une époque où M. Tliiers avait passé par l'expérience des affaires publiques; ses jugements y ont une bien autre maturité. Sur les choses religieuses en particulier, il a l'intention d'être juste et vrai; à son insu, il est loin de l'avoir toujours été ; la lumière lui manque sur bien des points, et je me tiens pour assuré qu'il pourrait modifier davantage encore aujourd'hui ses opinions, en particulier sur la négociation du Concordat, sur les articles organiques, sur les luttes de Pie VII avec Napoléon. La lecture des mémoires, récemment publiés, du cardinal Gonsilvi, l'y aiderait assurément beaucoup. L'immense popularité de VHîstoire du Consulat et de F Empire est du reste assez notoire. On y trouve les éminentes qualités d'historien qui distinguent M. Thiers et le placent à un si haut rang : la clarté, la rapidité, la vivacité, l'entente des faits, l'habileté d'exposition,
le talent de tout concevoir et de tout exprimer de manière h faire tout comprendre, et ce grand charme, enfin, qui fait qu'on est entraîné par une telle lecture, et qu'on ne peut quitter un volume après l'avoir commencé. Je recommande particulièrement h mes lecteurs le résumé qui termine le dernier volume. C'est là que M. Thiers, plus définitivement éclairé par l'ensemble des faits, et moins fasciné sur son héros, porte sur lui un jugement qui est plus complètement la pensée de l'historien, et qui se rapproche mieux de ce qui sera le jugement de la postérité et l'arrêt de l'histoire.
M. Mignet a donné une courte histoire de la Révolution française, écrite au même temps et sous la même inspiration que celle de M. Thiers; c'est aussi une œuvre de jeunesse, composée avec toute la rigueur de l'esprit de système et empreinte d une sorte de fatalisme historique, qui ne serait plus aujourd'hui dans les idées de l'auteur. Je ne conseillerais pas non plus à un jeune homme inexpérimenté d'aller chercher dans cet ouvrage la formule de la Révolution française. M. Mignet, depuis lors, a fait d'autres travaux historiques d'un ordre supérieur, parmi lesquels je citerai les Négociations relatives à la succession oïEspagne. J'ai particulièrement remarqué, dans ses Notices et Mémoires historiques, les pages sur saint Boniface et l'action des Bénédictins en Allemagne. Je regrette d'avoir à prévenir les jeunes lecteurs contre YHistuire de Marie Stuart, du même écrivain; il y a dans ce livre un mérite incontestable, mais qui, à son insu, n'est pas toujours, je le crois, celui de la vérité*.
Je ne puis omettre ici, et je conseille expressément la lecture des deux grandes histoires de M. de Barante, l'IIis-
1 Une savante et excellente justification de Marie Stuart a été récemment publiée par M. Wiesener, jeune professeur de l'Université ; et jusqu'à présent les adversaires de Marie Stuart n'ont pas essayé de lui répliquer; C'est intitulé : Marie Stuard et le comte de Dothmll, 1863.
toire de la Convention (six volumes), et V Histoire du Directoire (trois volumes), ouvrages remarquables par l'étude des faits, la sûreté des récits, la sérénité et l'élévation du style, la modération et la douceur extrême des jugements.
L'Histoire de la Révolution, par M. Lacreteile, a précédé toutes celles que je viens de nommer, et bien que ceux qui sont venus après lui l'aient un peu fait oublier, elle n'est pas assurément sans mérite.
C'est ici que je dois nommer Y Histoire de la Restauration par M. Nettement, qui n'est pas encore achevée, mais dont plusieurs volumes importants ont déjà paru. On trouve dans ce livre une grande véracité, un grand esprit de conciliation, et le talent connu de l'auteur.
Parmi les ouvrages épisodiques et les mémoires qui se rattachent à la Révolution et à l'histoire contemporaine, je me bornerai à signaler :
VHistoire de Napoléon et de la grande armée pendant Vannée 4812, par M. de Ségur, ouvrage qui obtint, quand il parut, un si grand succès;
les Souvenirs contemporains, de M. Villemain, volume d'un intérêt si profond, si vif, si attachant.
Je nommerai aussi les si intéressants Mémoires de 3/me la marquise de la Rochejaquelein, rédigés par M. de Barante;
Et encore l'admirable Histoire de Louis XVII, par M. de Beauchesne, un des livres qui m'ont le plus ému, et surtout le plus éclairé sur la Révolution française ;
Et aussi la Correspondance de Mirabeau avec le comte de La Mark : je recommande très-particulièrement la lecture aiteutive de l'Introduction à celte correspondance, par le si regrettable M. de Bacourt;
Enfin les Dernières années de Louis XVI, par M. Hue ;
Et les Mémoires de Cléry.
Je suis très-convaincu que ce n'est pas dans les ouvrages
composés avec effort d'esprit et pour faire triompher des systèmes préconçus, qu'il faut étudier la révolution française, mais dans les livres qui mettent les actes, les paroles, les hommes et les choses sous les yeux. On voit alors, et on juge. A ce titre, je puis signaler comme jetant sur les événements une grande lumière, parles documents authentiques :
Marie-Antoinette à la Conciergerie, et l'Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, par M. Emile Campardon. archiviste de l'empire ;
La Justice révolutionnaire, par M. Berryat Saint-Prix ;
JSHistoire des Journaux en France, par M. de Monseignat.
Enfin, je ne puis oublier ici la Correspondance de Marie- Antoinette, récemment publiée, qui a été une révélation si inattendue et si éclatante d'une des plus aimables et des plus héroïques natures qui furent jamais, et qui est en môme temps sur cette époque le monument le plus vrai, le plus authentique et le plus vivant.
Enfin, sans adopter toutes les vues particulières de M. de Maistre et du célèbre Burke sur la Révolution française, il est évident qu'on trouvera un intérêt très-grand à lire les Considérations sur la France dix premier, et les Réflexions sur la Révolution française du second. Burke surtout montre une âme, une éloquence, un génie merveilleux. Il froudroie comme la justice divine. — Evidemment il est très-bon d'entendre sur ces faits ceux qui les ont vus de haut et de loin, et qui n'étaient pas, en écrivant, sous le coup et la tyrannie des événements.
J'ai recommandé d'abord l'étude de cette grande époque de la Révolution française, parce qu'elle dure encore, et que les questions formidables qu'elle a soulevées sont loin d'être toutes résolues. Mais on ne peut pas s'en tenir là. Il n'y a pas moyen d'oublier qu'avant la Révolution il y eut une France, et une France glorieuse : et certes, pour bien
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des raisons, 89 n'est pas chez nous Tunique date à laquelle il faille s'arrêter.
Toutefois, je ne remonterai pas l'histoire de France de siècle en siècle pour indiquer l'intérêt particulier que présente chaque époque; mais comment passer sous silence et ne pas recommander à l'étude spéciale des hommes tant soit peu curieux de connaître la plus glorieuse et la plus féconde époque de notre pays, ce grand xvne siècle, ce règne de Louis XIV, sur lequel d'ailleurs tant de travaux remarquables ont été faits : histoires générales ou récits particuliers; biographies, mémoires éludes de tout genre, sur l'administration, les finances, les guerres, sur toutes lesgrandes questions et les grands hommes de ce temps-là : voilà assurément qui mérite d'être étudié, voilà qui vaut mieux que les études malsaines, et les entretiens quelquefois plus malsains encore du club et du cercle, et que toutes ces frivolités et ces misérables occupations qui dérobent trop souvent les meilleurs heures et les meilleurs jours! Je le demande de nouveau, comment a-t-on du temps à donner aux vains littérateurs et feuilletonistes de l'époque, et pas un jour, pas une heure pour l'étude des grands siècles de l'histoire de son pays ? Plus j'avance dans l'examen détaillé de ce qui pourrait occuper utilement les loisirs d'un homme du monde, plus devient inexplicable pour moi l'abandon si fréquent de toute étude sérieuse. N'est-il pas évident que l'histoire de France, à elle seule, suffirait pour occuper et charmer toute une vie? Nous n'en sommes qu'au xvne siècle, et déjà combien d'ouvrages du plus haut intérêt, que bien peu de jeunes gens et d'hommes du monde ont lus, et qu'il leur serait si facile de lire !
1 Malgré mes répugnances, et toutes les réserves que je suis obligé de faire, je «lois nommer ici. au premier rang, le cardinal de Retz et Saint- Simon, celui-ci rival de Bossuet p&r la splendide originalité de sa langue, et quelquefois par la, hauteur de sa pensée.
Si nous remontons plus haut dans notre histoire, nous trouvons Henri IV et la Ligue, les guerres de religion, le protestantisme, la découverte de l'Amérique et l'histoire des colonies européennes dans le Nouveau-Monde, et enfin le Moyen Age.
Le Moyen Age, époque longtemps négligée, obscure, mal jugée, est enfin aujourd'hui plus équilablement appréciée. Là, surtout, dans l'ombre mal éclaircie, dans l'apparent chaos de ces temps, l'incrédulité était allée chercher ses armes, et une histoire également ingrate et mensongère faisait un crime à l'Église de ses propres bienfaits, h II est un point important surtout qu'on a trop oublié ici: c'est que l'Église, ou la Papauté, au moyen âge, n'a jamais été, en fait, une souveraine paisible et incontestée; qu'elle a toujours rencontré, ici où là, pour ne pas dire partout, des résistances violentes; qu'elle était la téte de la société, mais une tête à laquelle le corps était loin de toujours obéir; et que par conséquent elle ne saurait être responsable de tous les abus, crimes, excès, que certains historiens lui ont imputés injustement, et dont beaucoup remontent même jusqu'au paganisme romain et germanique.
Le jour s'est levé d'ailleurs sur ces grandes questions; et bien qu'aujourd'hui encore des esprits extrêmes en restent sur le moyen âge au dénigrement absolu ou à l'enthousiasme absolu, un esprit impartial et sincère peut contempler, à côté des misères inévitables, la grandeur réelle de ces temps et la portée véritable des faits.
Quels temps et quels faits immenses ! A s'en tenir aux grandes lignes de cette histoire, les invasions et les établissements successifs des Barbares, l'Islamisme, le règne de Charlemagne, le Schisme grec, la Féodalité, les Crobades, les grands Papes, les grands Ordres religieux, la lutte du Sacerdoce et de l'Empire, les guerres entre la France et l'Angleterre : voilà les grands faits historiques qui dowi-
nent tout le moyen âge. Qui ne voit, d'après ce simple énoncé, quel haut intérêt présentent de telles études? Aussi, avec quel ardeur les hommes de labeur ont-ils exploré celte époque ! La science catholique et même la science protestante s'y sont exercées à lenvi; et qui veut étudier ces temps n'est pas en peine de trouver d'excellents ouvrages, quelques-uns même écrits par nos frères séparés, que la bonne foi et la vraie science ont transformés en apologistes inattendus de L'Eglise, de la Papauté, et des grandes Institutions catholiques. Comment se fait-il, encore une fois, quand on a des loisirs, qu'on ne soit pas tenté d'étudier par soi-même et de se faire une opinion personnelle, éclairée, sur de tels siècles et de tels faits?
Que ceux auxquels je m'adresse comprennent bien ma pensée. Je ne demande pas à tous les hommes qui ont du loisir de se faire ôrudits; maisje ne vois certes pas pourquoi ils dédaigneraient de profiter du travail des érudits ; et je leur montre comment ils pourraient, avec peu de peine, ou plutôt avec un grand charme, par de simples lectures bien ordonnées, employer noblement leurs loisirs, acquérir d'utiles connaissances, et tenir constamment leur esprit dans une région élevée. Que d'autres s'enfoncent dans le passé et fouillent péniblement le sol de l'histoire; en un mol, que les savants fassent la science; mais au moins que les hommes du monde se donnent la peine de lire, et de profiter de la science toute faite !
Vraiment ici ma surprise est extrême, et mes regrets, je ne veux pas dire mes reproches, s'adressent non pas seulement aux jeunes gens et aux hommes légers, mais à des hommes sérieux et à des chrétiens sincères, qui restent trop indifiérents aux questions les plus intéressantes pour leur foi, et ne prennent pas même la peine de lire les ouvrages des catholiques militants, qui sonl pour eux sur la brèche, et défendent la cause commune. Comment! voilà
des écrivains, des laïques, tels que MM. Ozanam, Charles Lenormant, Franz de Champagny, Albert de Broglie, de Montalembert, qui consacrent de longues années à étudier quelque point important de l'histoire ; Ozanam use sa vie à faire l'histoire de rétablissement du christianisme chez les Germains; M. de Montalembert poursuit depuis vingt ans l'histoire de Tordre monastique en Occident : M. de Broglie publie sur l'Église et l'empire romain au iv« siècle six beaux et savants volumes. N'y a-t-il pas une vraie tristesse à penser que pour beaucoup de catholiques, à qui il en coûterait peu de lire ces ouvrages, ces ouvrages sont comme non avenus?
Serait-il donc si difficile de faire un travail comme celui que je vais dire, et de lire, dans un temps plus ou moins long, selon les loisirs qu'on a, mais avec suite, la série d'ouvrages que je vais indiquer, qui s'échelonnent pour ainsi dire, et se complètent les uns les autres?
Commencer, par exemple, avec Les Césars de M. de Champagny, y compris Rome et la Judée; poursuivre avec ses Antonins, trois ouvrages de premier ordre, que doit suivre un dernier tableau, où se développeront parallèlement pendant le ui° siècle la décadence du monde païen et les progrès du christianisme. De là, il n'y a qu'un pas aux six volumes de M. de Broglie sur VEglise et l'empire romain au ive siècle; M. de Broglie donne la main à Ozanam, qui fait suite avec ses volumes sur la Civilisation an Ve siècle : c'est l'époque de l'invasion des Barbares. On peut poursuivre alors encore avec Ozanam et son Histoire de rétablissement du christianisme chez, les Germains ; puis on rencontre les belles leçons historiques de M. Ch. Lenormant, qui introduisent plus avant dans le moyen âge, et les quatre magnifiques volumes de M. de Montalembert sur les Moines d'Occident. — Un chef-d'œuvre d'érudition et d'équité historique, qui ferait entrer encore plus à fond dans rintelligerççe
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de ces temps, c'est le Pouvoir temporel du Pape au moyen âge, par le modeste et savant abbé Gosselin.
Je pourrais multiplier ces indications, ajouter ici, aux ouvrages cités déjà, l'histoire de quelques grpnds papes, telle que VHistoire d'Innocent III, par M. S. Hurter, ou de Grénoire VII, par Voigt; VHistoire de Photius et du schisme grec, par M. Jager, très-intéressante par le fond des choses; VHistoire des Croisades, par M. Michaud, ouvrage qui n'est pas sans reproche assurément, mais qui, malgré ses défauts, n'a plus, selon moi, la réputation qu'il mérite; enfin, 17/istoire des Variations, par Bossuet, où l'origine et les phases diverses du protestantisme sont retracées de main de maître, et qui, malgré les discussions théologiques qu'on y rencontre parfois , offre un intérêt et un charme singulier. N'est-il pas manifeste que ces lectures seraient pour tout esprit quelque peu sérieux du plus haut intérêt, et qu'elles ne demandent pas un travail impossible ; qu'il s'agit ici simplement de leur donner une part de son temps, et de les poursuivre avec constance? Voilà comment je comprendrais qu'un homme d'intelligence et de loisir s'occupAt d'histoire.