QUATORZIÈME LETTRE
L'histoire de France.
Mon cher ami,
Je vous disais dans ma précédente lettre que, selon moi, l'histoire par laquelle un homme du monde, qui voudrait reprendre ses études historiques, devrait commencer, c'est l'histoire de Fiance. J'essaierai aujourd'hui de vous indiquer quelques-uns de nos meilleurs historiens, et de dire aussi dans quel ordre, avec quelle méthode et quelle gradation, on peut faire cette belle étude de l'histoire de France.
Peut-être, si Ton n'a encore que des notions confuses sur l'histoire de France, serait-il nécessaire, avant de se jeter dans les grands auteurs, d'étudier sérieusement un de ces ouvrages qui tiennent le milieu entre les grandes histoires et les abrégés, mais qui sont complets. En voici quelquesuns : je nommerai d'abord {'Histoire de France, par M. Auguste Trognon, excellent ouvrage, remarquable tout à la
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fois par l'esprit religieux de son autenr, par la sûreté de la science, la justesse des appréciations, h gravité et te noblesse du style, et auquel FAcadémie française vient de décerner le grand prix Gobert. C'est un livre que je conseille sans hésiter à toutes les maisons d'éducation chrétienne. Le cinquième et dernier volume de cette histoire vient de paraître. — Je nommerai en même temps celle de M. Laurenlie, dont le juste et ancien succès fait assez Téloge; celle aussi de M. Amédét Gabour. Je regrette de ne pouvoir parler qu'avec bien des réserves de THistoire des Français, par M. Théophile LavalUe.
Je dois indiquer encore, pour ceux qui voudraient Hre quelque chose de moins étendu, et comme manuel propre à rappeler les faits, V Abrégé chronologique de Mistoire de France jusqu'à la mort de Louis XIV, par le président Hénault, édition complétée par M. Michaud : livre utile et exact, offrant des détails essentiels et judicieusement choisis pour la connaissance des faits, des hommes, des institutions et des mœurs.
Ce premier travail fait, et toute la suite de l'histoire de France étudiée et apprise, on lira alors avec plus de fruit des ouvrages plus développés.
On pourra même faire choix d'une époque, d'un siècle pour les étudier à fond. Mais il ne faudra pas oublier qu'en histoire surtout, pour étudier à fond une époque, une période quelconque, il est nécessaire de connaître, d'une manière élémentaire au moins, les périodes qui ont précédé et suivi, et tout r ensemble de l'histoire; et c'est à quoi vous ne sauriez trop vous appliquer, mon ami, sort que vous étudiiez les premiers siècles, soit que vous vous occupiez des derniers temps de notre histoire.
Il y a des personnes qui supposent peut-être que Fétude des premiers temps de notre histoire pourrait être négligée sans inconvénient, ou qu'en tout cas elle offre peu d'intérêt.
Ce serait là, à mon sens, une double erreur. En toute chose, et surtout en histoire, les origines sont de la plus haute importance; et quand aux origines et aux premiers temps de l'histoire de France, ils ont été très-étudiés, et trèséclaircis par la mise au jour des sources, et par les travaux des érudils contemporains.
Sont-ce donc les époques primitives de notre histoire qu'on voudra étudier de près? Je dis que les anciens chroniqueurs et annalistes seront lus avec beaucoup de fruit, et même de charme, en commençant par Sulpice Sévère et Grégoire de Tours, et en continuant jusqu'aux temps modernes, où les chroniques sont remplacées par des récits et des mémoires du plus grand intérêt
Pour les origines, Grégoire de Tours, traduit de nos jours par M. Guizot, est une excellente et charmante lecture : on sait en quelle haute estime le tenait M. Ozanam. Les Récits des temps mérovingiens, de M. Augustin Thierry, inspirés presque d'un bout à l'autre par Grégoire de Tours, qui est le vrai patriarche de notre histoire, offrent un tableau plein de mouvement et de vie, où tout serait à admirer, si l'auteur n'y eût laissé échapper bien des traits se ressentant des préjugés irréligieux dont il s'est si noblement dépouillé dans ses dernières années.
Il ne faut pas s'y tromper, plusieurs de nos écrivains anciens, chroniqueurs et annalistes, ont une valeur littéraire et historique considérable. Quel que soit le mérite de certains auteurs anglais et surtout espagnols, ce sont les français qu'on estime, et avec raison, de beaucoup les premiers, par la date comme par le mérite : ils n'ont d'égaux que les grands historiens classiques. Il en est qui ne sont pas bons seulement à consulter, mais à lire. VHistoire des Croisades, de Guillaume de Tyr, est un livre aussi intéressant que judicieux; il y a de même quelque plaisir à étudier, malgré sa rude latinité, l'historien normand Orderic Vital. Le pre-
mier de nos chroniqueurs français, tieoffroi de Villehardoin, a un grand charme dans la traduction qu'en a donnée Ducange ; les mémoires de Joinville, à l'aide de quelques notes explicatives, sont une ravissante lecture. M. de Wailly, de l'Institut, et M. l'abbé Millaut, ancien supérieur du petit Séminaire de Paris, en ont donné deux éditions excellentes. Froissard est, comme Ton dit aujourd'hui, un coloriste inappréciable; Comines n'est déjà plus un chroniqueur : il a le génie de l'histoire, et a mérité d'être appelé le Machiavel français.
Si on s'attache à lire l'ensemble de ces collections si précieuses, où se trouvent les auteurs que je viens de nommer, l'on apprendra à connaître l'influence des événements sur les mœurs publiques et particulières, aux différentes époques de notre histoire. De la sorte, on pourra juger le vrai caractère des ces événements, parce qu'on possédera, si je puis m'exprimer ainsi, leur véritable dossier. Une telle élude enseignerait non-seulement les faits d'une façon peu commune ; mais elle enseignerait aussi les mœurs, les caractères, la vie domestique en même temps que la vie politique et civile. Voilà le fruit qu'on retirerait de l'étude de ces vieux auteurs et des documents que je viens de nommer ici.
Quant aux travaux plus modernes, en donnant la préférence à certains travaux contemporains, je n'ai pas prétendu répudier les historiens autrefois estimés, Mènerai, et surtout le P. Daniel, auquel les plus savants historiens de nos jours rendent un juste hommage. Anquetil est très-loin de les valoir.
Parmi les écrivains modernes, un des plus éminents est sans contredit M. Guizot. Dans ses Essais sur l'Histoire de France, et dans son cours de 4828 à 1830, où il a fait de l'histoire de France une histoire de la civilisation moderne comparée, il est remonté aux sources, et a ouvert de nouvelles perspectives à la science. M. Guizot est un grand esh. é., m. 13
prit, un esprit généralisateur, qui a de plus le mérite de bien étudier les faits. Tout ep rendant justice très-souvent à influence salutaire de l'Eglise, il n'est pas exempt des préjugés du protestantisme, en particulier sur la constitution même de l'Eglise dans les premiers siècles, et il faut ôtre sur ses gardes à ce point de vue en le lisant. Mais ses aveux favorables n'en ont que plus de force, quand il parle comme il le faif des évêques, des grands saints, de saint Benoît et des monastères.
Un écrivain qui a contribué beaucoup aussi à ramener à l'étude des sources et 5 mettre l'histoire de france dans une nouvelle voie, c'est M. Augustin Thierry. Il y a chez cet historien une vue nouvelle et très-féconde, quoiqu'il en ait abusé jusqu'au système, celle des races diverses, avec leurs divers caractères, dont le mélange a formé les peuples modernes. Son Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands est une œuvre d'invention et de génie. L'auteur est, en outre, un excellent, un véritable écrivain. Cet ouvrage, toutefois, n'est pas sans défaut. M. Thierry a forcé son système et en a fait comme un lit de Procuste; puis il a mutilé et faussé une foule de faits et de personnages pour les y étendre. Mais les plus regrettables taches de" ce grand ouvrage sont dues aux préjugés anti-chrétiens de l'auteur et à son étrange animosité contre l'Eglise. Eclairé d'une lumière meilleure vers la fin de sa vie, il s'occupait d'effacer ces taches, et les a fait disparaître des premiers chapitres. La mort ne lui a pas permis d'achever ce consciencieux et salutaire travail. Ses Lettres sur l'Histoire de France et son Essai sur la formation et les progrès du tiers-état, portent aussi à un certain degré l'empreinte regrettable des premières opinions de l'auteur; mais nous croyons néanmoins que ces deux ouvrages, du reste éminents, peuvent être lus sans danger, dès qu'on s'est armé de quelque défiance, et avec un très-grand profit.
Son frère, M. Amédée Thierry, a fait, non sans mérite, Y histoire des Gaulois, YUistoire des invasions barbares, \ Histoire de la Gaule sous V administration romaine, et d'intéressants récits de YUistoire romaine au ve siècle.
Le correctif nécessaire avec lequel il faut lire les ouvrages de MM. Guizot et Thierry, c'est l'abbé Gorini. Il s'est trouvé, dans une petite paroisse d'un de nos diocèses, un prêtre, un curé de campagne, esprit élevé autant que modeste, laborieux, infatigable, qui, s'attachant à remonter aussi aux sources de notre histoire, et contrôlant, par les documents originaux, les récits et les appréciations de MM. Guizot et Thierry, a réussi, du fond de son presbytère, à donner avec convenance et autorité des leçons d'histoire à ces deux maîtres de la science historique. M. Augusiin Thierry avait en haute estime l'humble et savant curé, et tenait grand compte de ses critiques. Nous recommandons avec instance ses bons et savants volumes.
Je regrette de n'avoir à mentionner la grande histoire de M. Henri Martin que pour en déconseiller la lecture: les savantes recherches de l'auteur, la vérité de quelques-uns de ses aperçus, le talent de peindre qu'il y a dans quelques-uns de ses tableaux, disparaissent pour moi devant l'esprit général de l'ouvrage, profondément irréligieux et hostile au christianisme. Pour ma part, je ne recommanderai jamais de tels livres. — Les préjugés protestants de M. deSismondi rendent également peu sûre la lecture de son histoire estimable à d'autres égards. L'attrait du style manque d'ailleurs trop souvent à son récit.
Il faut bien parler de M. Michelet pour dire qu'il y avait chez lui quelques-unes des qualités du grand historien, s'il M les eût si tristement perverties. Dans son Histoire de F/ "ance jusqu'au xve siècle, malgré d'étranges abus d'imagination, malgré des disproportions et des lacunes jpème dans le récit, malgré un esprit trop peu chrétien, il y avait
des parties très-bien étudiées, des tableaux d'une vérité saisissante, des beautés de détail admirables. Mais un jour est venu où le coup d'œil déjà peu sûr de l'auteur s'est entièrement troublé; les passions irréligieuses ont pris l'absolue possession de son intelligence, l'ont jeté, sur les questions de morale, dans les plus bizarres et vraiment les plus honteuses aberrations. L'historien n'a plus été qu'un scandaleux pamphlétaire. Peu d'hommes ont offert un plus lamentable exemple des torts que l'impiété fait au talent.
Le récent volume de M. Lacroix, professeur d'histoire à la Faculté de Nancy, et intitulé : Dix ans d'enseignement historique, est un ouvrage instructif et excellent, tout à fait digne d'être mis entre les mains de la jeunesse, et d'être lu par les hommes mûrs.
J'ai dit qu'après avoir pris une connaissance générale, au moins élémentaire, mais très-précise, de toute la suite de notre histoire, on pouvait choisir, comme sujet d'études plus approfondies, non-seulement telle époque particulière, mais encore telle histoire locale, par exemple l'histoire de la Bourgogne, ou du Dauphiné, ou du Languedoc. Si on a un plus grand intérêt à étudier, entre toutes les histoires, celle de son pays, on conçoit qu'il doit y avoir aussi un intérêt particulier à étudier plus spécialement dans l'histoire de son pays celle de sa province. J'insiste sur cet objet, assurément fort digne des études d'un homme de loisir, l'histoire provinciale.
Nos grands Bénédictins du xvme siècle ont posé les assises de cette histoire dans plusieurs provinces : Vaissette, le plus éminent de tous, en Languedoc; Planche, en Bourgogne; Lobineau et Maurice, pour la Bretagne; Calmet, pour la Lorraine, etc. ; mais depuis ces vénérables et laborieux successeurs de Mabillon, on a mis en lumière une foule de documents. Que de monuments inconnus de leur temps, et aujourd'hui rendus à la science! On en publie tous les jours
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dans les recueils des sociétés savantes; tout honnête homme doit encourager de ses sympathies ces publications, dont il ressort du reste presque toujours une appréciation remarquable du passé catholique. En outre, des écrivains contemporains se sont plu à écrire l'histoire de leurs provinces; par exemple, en Bretagne, MM. de Gourson, de la Borderie, de Villemarqué, Pol de Courcy; en Dauphiné, M. Albert du Boys, M. le comte Charles de Monteynard 1 et M. l'abbé Trépied4; en Franche-Comté, M. Edouard Clerc et M.Hugon- Dangicourt ; en Lorraine, M. Guerrier de Dumast et M. de Metz-Noblat; l'abbé Monlezau en Gascogne; l'abbé Cochet, lauréat et correspondant de l'Institut, en Normandie; en Bourgogne, M. Rossignol et M. Foisset, ont publié sur leurs différentes provinces des ouvrages où l'antique foi et la vérité sont présentées et défendues par la pleine lumière de l'érudition moderne.
Je craindrais, si je voulais faire ici une revue des bons ouvrages qui ont paru de notre temps sur telle ou telle partie de notre histoire, telle ou telle province de notre pays, de me laisser entraîner en ce moment à trop de détails, et aussi de commettre une sorte d'injustice en ne citant pas tous ceux qui pourraient être cités: je ne puis cependant ne pas nommer YHistoire des Ducs de Bourgogne, par M. de Barante, pleine de charme, et où le récit a toute la naïveté et l'intérêt des anciennes chroniques avec lesquelles il a été composé; l'ouvrage de M. Dareste de la Chavanne, sur l'administration de la France depuis Philippe-Auguste ; les Fondateurs de V Unité française, et la Monarchie française au xvme siècle, par M. de Carné; le beau travail de M. Wallon, sur Jeanne d'Arc ; Y Histoire de madame de Main-
1 Publication du Cartulairc de l'abbaye de Domène, avec une excellente préface.
* Preuves de l'authenticité du Cartulaire attribué à saint Hugues, en réponse à M. Fauché Prunelle.
tenon, par M. le duc de Noailles, ouvrage considérable, aussi savant et curieux que noblement écrit ; celle de l'administration de Colbert, par M. Clément; et sur Henri IV, le savant ouvrage de M. Poirson, et le lumineux essai de M. C. Mercier de Lacombe, intitulé : la Politique d'Henri IV; la très-remarquable histoire de Louvois, par M. Camille Rousset, couronnée par l'Académie, etc.
Mais s'il y a une partie de l'histoire de France que je conseille surtout d'étudier à fond, — non pas tant certes aux très-jeunes gens qu'aux hommes mûrs et aux pères de famille, — et vers laquelle d'ailleurs les esprits soient plus portés, c'est celle qui, commencée en 1789, on peut le dire, dure encore. Certes, les événements qui se passent dans cette période, les questions qui s'y débattent, nous touchent d'assez près pour qu'il nous importe de savoir exactement cette histoire; et les erreurs, que les passions politiques, philosophiques et irréligieuses y ont répandues, sont une raison de plus pour chercher à y voir clair. Je suis trèsconvaincu, pour ma part, qu'un grand pas sera fait vers la pacification des esprits, quand les événements si complexes de la Révolution seront connus sous leur vrai jour, et le départ entre le bien et le mal déterminé avec la haute et sévère impartialité qui convient à l'histoire. On ne l'a pas assez fait jusqu'ici; on a trop négligé, en général, ce qui est le grand enseignement de l'histoire, et son intérêt le plus saisissant, quelquefois le plus douloureux, mais aussi le plus lumineux, je veux dire l'étude à fond des caractères et des Ames. Plusieurs aussi, entraînés par les passions du temps, ont trop oublié l'éternelle loi morale et sociale, et ce principe inviolable qu'il ne faut pas amnistier le crime pour les résultats, que la fin ne justifie pas les moyens, et qu'en un mot, il n'est jamais permis de faire le mal pour arriver au bien.
Il est incontestable du moins qu'un homme bien éclairé
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sur cette histoire, connaissant à fond les événements et le* hommes, les causes et les effets réels, ne flotterait pa* dans son appréciation de cette formidable époque à tous les vent* de l'opinion et des partis, et serait plus éclairé et plus fort dans les luttes présentes. Ici surtout, ce ne sont pas les livres qui manquent; mais rembarras est de bien choisir parmi tant de livres écrits la plupart avec la passion contemporaine. Les plus célèbres sont assez connus et entre les mains de tout le monde, il est inutile de les nommer tous. Je me bornerai à avertir du danger, et à conseiller, surtout aux jeunes gens, d'être en grande défiance, et de ne rien lire sur ces matières avant d'avoir consulté un homme jp'àve et sûr.
Une excellente introduction à l'Histoire de la Révolution se trouve, selon moi, dans quatre publications importantes :
4° Uhistoire du règne de Louis XV! pendant les années où on pouvait prévenir la Révolution, par M. Droz, de l'Académie française. Ce livre, beaucoup trop peu connu, ne saurait être assez recommandé. M. de Montalembert l'a trèsjudicieusement apprécié daris son discours de réception h l'Académie ;
2° Les assemblées provinciales avant H89, par M. Léonce de Laver^ne, ouvrage plein de science et surtout de conscience, mais qui attriste profondément; car il révèle tout ce qu'il y avait en France, au moment de la révolution, d'éléinents inappréciables, d'efforts intelligents et courageux, qui devaient et pouvaient, avec un roi aussi parfaitement sincère et bien intentionné que Louis XVI, assurèr le triomphe de la vraie liberté et la régénération du pays, si quelques scélérats, passant entre la vanité des uns et la faiblesse des autres, ne s'étaient emparés de tout, n'avaient bientôt tout dominé et tout perdu ;
3° Vancien régime et la Révolutioh, par M. de Tocqueville. On y apprend à connaître ce qu'était la France avant
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la Révolution : et rien n'est plus essentiel, car rien n'est au fond plus inconnu. Pour moi, je ne crois pas qu'on puisse porter un jugement sur la Révolution et l'ancien Régime sans avoir lu M. de Tocqueville. Il a plus étudié pour faire cet unique volume que d'autres pour faire de gros livres sur le même sujet;
4° Les Cahiers de 4789 que M. de la Roquette et M. E. de Barthélémy republient.
Sur la Révolution elle-même, l'ouvrage peut-être le plus consciencieux, le plus exact et le plus terrible de vérité, bien qu'il soit encore inachevé, c'est l'Histoire de la Terreur, par M. Mortimer Ternaux. Les quatre premiers volumes ne vont que jusqu'à !a mort du roi. 11 fait commencer avec raison la Terreur dés 4790; et quant à moi, je la ferais commencer encore plutôt. Du jour où l'Assemblée Constituante enleva toute force à l'autorité publique, s'en empara, et ne sut ou ne voulut pas s'en servir pour réprimer le désordre; du jour où il y eut en France un meurtre impuni, c'est-à-dire dès les 5 et 6 octobre, et même dès le \ 4 juillet, la Terreur a commencé, la Terreur des bons et l'audace des méchants : dès lors, la Terreur régna, et sur l'Assemblée Constituante elle-même. Malgré les esprits généreux qui se trouvaient dans cette Assemblée elle fut misérablement et constamment dominée tout à la fois par la pression des tribunes, par les violences de la rue, et par ceux auxquels Mirabeau criait trop tard et vainement : « Silence aux Trente! »
Il m'est impossible de ne pas mentionner au moins les deux grandes histoires de M. Thiers : celle de la Révolution et celle du Consulat et de l'Empire. La première est une œuvre de jeunesse, un plaidoyer en faveur des hommes et des choses d'un temps que M. Thiers avait le tort de trop admirer. Ou je me trompe, ou depuis Tépoque qui lui fit prendre la plume, de nouvelles révolutions lui ont donné