‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 60 sur 107 · RÉACTION ET INFLUENCE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

RÉACTION ET INFLUENCE DU CHRISTIANISME

Voila ce contre quoi le Christianisme a dû lutter, réagir sans relâche; et sa lutte contre tout cela fut admirable, je n'hésite pas à le dire, divine : sa lutte, non-seulement contre l'art corrompu, mais contre les mille corruptions qui toutes conspirent à enfoncer l'homme dans sa chute, et à faire prévaloir dans la vie humaine le sens dépravé.

LETTRE XX. — L'ESTHÉTIQUE. 351

Oui, la religion qui a lutté et lutté efficacement pour la vertu et le sens moral, cette religion est divine.

Étant donnés l'homme et ses tristes penchants, il en fallait une; il n'y en a eu, il n'y en a qu'une.

Seul, le christianisme a combattu contre tout cela, victorieusement, dans la mesure de la liberté humaine.

Le Symbole chrétien est venu, et n'a jeté qu'une parole, mais souveraine, à travers toutes les indignités humaines: iïatus ex Mariâ virgine.

Puis le Beati mundo corde!... Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.

Une vierge, un enfant, la crèche ; voilà ce que le Christianisme a substitué à tous ces types impurs. Et de là une rénovation de l'Ame humaine qui devait amener une rénovation dans l'art, et susciter des chefs-d'œuvre, un idéal de purelô et de grâce, inconnus à l'antiquité.

Puis aussi une croix, et la nudité de la croix, un corps mortifié, déchiré, sanglant ; puis une humble hostie, un agneau, l'Eucharistie. Voilà ce qui a triomphé !

Voilà les symboles nouveaux que la religion du Christ a apportés dans le monde. La mortification et la croix, Jesum crucifixum, mortificate corpora vestra, voilà la prédication qu'il a opposée à toutes les voix corruptrices de l'ancien monde.

Et c'est avec cela qu'il a vaincu 1 Certes, ce fut là, s'il en fut jamais, un triomphe glorieux et mémorable entre tous.

Car tout était contre; rien n'était pour; le vice de la nature, la concupiscence, la dépravation étaient partout triomphants, sur la terre avec les hommes, dans le ciel avec les dieux.

Le Christianisme paraît et se déclare par la chasteté virginale, et il est entendu, accepté ! Et des hommes, qui étaient aussi de chair et de sang, viennent à lui, se réunissent dans ses temples, au pied de ses autels, pour entendre parler de

la chasteté, et ils en font la loi de leur vie, le but de leurs efforts; et ils y parviennent!

Le Christianisme a fait plus : il a créé dans le monde des institutions publiques de cette vertu.

11 a fait les vierges et les veuves, telles que saint Paul en trace le portrait;

Il a fait la pudeur chrétienne;

11 a fait les mariages chastes, féconds, sans tache; fionorabile connitbium, thorus immaculatus : il a mis là une délicatesse et un respect inconnus hors de lui ;

Il a fait l'enfant, le jeune homme pur ;

11 a fait le sacerdoce catholique; et l'Église, malgré la faiblesse de la nature humaine et les fautes des hommes, garde encore, et gardera éternellement sur son front cette auréole.

Il a fait cela, et seul Ta fait, et pu faire; car, je le demande encore, qui, hors du christianisme, a lutté dans le monde, lutté sérieusement et efficacement, contre ce torrent qui entraîne tout?

La philosophie, disait autrefois saint Chrysostome aux habitants de Constantinople, n'oserait pas mettre ici ses créations en regard des créations de la chasteté chrétienne. Elle a fait quelquefois des hommes forts, qui ont méprisé la richesse ou la douleur; mais des hommes qui se soient élevés jusqu'à la continence parfaite, mais des créatures comme nos vierges, jamais. « Non, disait l'éloquent ôvêque, la phi- « losophie ne songe pas même à nous disputer cette gloire. » Il est certain qu'il y a là, pour tout homme qui réfléchit, un admirable et divin contraste.

Particulièrement en ce qui touche l'art, le Christianisme l'a purifié, comme il a purifié tout le reste.

Le souffle chrôlien, en passant sur l'art, Ta élevé à un idéal plein de beauté comme de pureté.

LETTRE XX. — L'ESTHÉTIQUE

Il lui a donné des conceptions infinies, des types radieux, des inspirations divines.

On a dit qu'il avait précipité Fart dans un autre excès, et trop sacrifié la forme à l'idée.

L'école matérialiste surtout, qui étouffe, elle, ridée sous la forme, a exagéré avec passion ce reproche. Le professeur à l'Ecole des Beaux- Arts, dont nous avons déjà parlé, va jusqu'à accuser avec amertume le Christianisme d'avoir amené la décadence de l'art sensuel et païen.

Le Christianisme, sans doute, a précipité cette décadence, qui eut aussi d'autres causes; il a tué cet art en ce qu'il avait d'impur et de malsain, mais pour le transformer par un idéal nouveau et supérieur; et toutefois, en portant ainsi l'art à des hauteurs qu'il n'avait jamais atteintes, le christianisme n'a pas renoncé à unir dans une convenable mesure l'idée et la forme ; et il est vrai de dire que de toutes les inspirations qui peuvent venir à l'art d'une doctrine, nulle ne le peut mieux élever à la vraie beauté que l'inspiration chrétienne. Elle réprouvera éternellement dans l'art ce qui est corrompu et corrupteur, ce que ce professeur, par exemple, appelle crûment l'étalage et le triomphe du nu; mais l'alliance nécessaire du beau, de la beauté la plus parfaite avec le bien et le vrai, cette alliance sans laquelle la science comme l'art ne peuvent que s'égarer et se perdre, nulle doctrine ne peut mieux la réaliser que le Christianisme.

Que l'art ne doive jamais porter au mal; que le beau ne se doive jamais séparer ni du vrai, ni du bien, c'est, mon cher ami, d'après ces principes éternellement vrais qu'il faut diriger ses études esthétiques. Ce n'est pas aujourd'hui ce qui se fait. L'art se précipite d'un autre côté. La peinture, la musique, la sculpture, la poésie, parlent aujourd'hui beaucoup plus aux sens qu'à Pâme, et leur parlent le langage le plus fait pour exciter et exalter les instincts les plus péril-

leux de noire trisle humanité. Et les vieilles théories sensualistes, qu'on renouvelle jusque dans renseignement officiel, viennent favoriser encore ces tendances.

Il laut que les grands artistes et les grands esprits, et toutes les âmes honnêtes réagissent énergiquement contre un tel enseignement et contre un tel art. Quiconque s'occupe d'art doit le faire en philosophe spiritualiste, et surtout en chrétien. Cherchons dans l'art, non ce qui s'adresse aux misères de notre nature, et nous pousse, hélas ! du côté où nous ne penchons que trop; cherchons au contraire ce qui peut ennoblir notre ûme, et donner un essor plus haut à nos sentiments et à nos pensées.

En un mot, nous sommes des êtres tombés, mais qui peuvent remonter. Les traces de notre gloire perdue s'aperçoivent partout comme aussi, hélas! celles de notre décadence. Eh bien! effacer partout, autant que possible, les traces de notre abaissement, retrouver et faire resplendir les rayons de la primitive beauté, voilà le grand but de l'art, telle est la mission la plus élevée de l'artiste, et la vraie tendance des études esthétiques.

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