‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 64 sur 107 · OBJET DES SCIENCES ET AVANTAGES DE CETTE ÉTVDE POUR LA BONNE · texte numérisé non relu

OBJET DES SCIENCES ET AVANTAGES DE CETTE ÉTVDE POUR LA BONNE

DISCIPLINE DE L*ESPniT

Quoique fort ignorant en ces matières, je professe une grande admiration, je l'avoue, pour les sciences, et pour les merveilleux progrès que les méthodes modernes leur permettent tous les jours de réaliser.

J'admire, dans les saintes Écritures, que, parmi tous les noms que Dieu se donne, il se soit appelé le Dieu des sciences : Deus scientiarum Dominas.

Et je vois aussi, dans les saintes Lettres, à quel point l'étude des sciences est pour l'homme un travail dans l'ordre de la Providence : Dieu, en nous jetant avec nos facultés et nos besoins au milieu de cette riche création si pleine de secrets et de mystères, a en effet livré ce monde et ses merveilles à nos investigations et à nos conquêtes : mundum tradidit disputationi eorum.

Au fond, à le bien prendre, Y objet des sciences, c'est la création, c'est ce vaste univers, c'est-à-dire l'œuvre même de Dieu ; et voilà pourquoi chacune d'elles fait toucher à l'infini, est pour ainsi dire infinie elle-même dans ses détails. Je le demande: comment les merveilles de l'indéfiniment grand, sous le télescope, de l'indéfiniment petit, sous le

LETTRE XXI. — LES SCIENCES

microscope, n'élèveraient-elles pas notre pensée vers le véritable infini ?

Comment la vue continuelle de Tordre, de la tendance sensible vers le but, de l'unité dans cette immense variété et dans le développement de toute cette vie de la nature, comment tout cela n'élèverait-ii pas l'esprit à la méditation et à l'adoration de l'Être unique, sage et bon, qui est à la fois cause première et cause finale des êtres?

Et en même temps que la science a, comme Tari, comme la philosophie, cette tendance élevée, quelles merveilles ne dêvoile-t-elle pas au regard qui en pénètre les secrets? Voyez, par exemple, la botanique, la chimie, l'astronomie, ou quelque science que vous voudrez : on peut dire que non-seulement la vie d'un homme, mais la vie même des générations, ne suffirajamais à en épuiser une seule ; jamais, selon le mot profond de Pascal, nous ne connaîtrons le tout de rien. Donc, quel champ vaste, indéfini, immense, ouvert à la pensée, au travail, soit qu'on veuille étudier l'ensemble des sciences, soit même qu'on se borne, pour mieux l'approfondir, à une seule !

Maintenant, si nous regardons par un autre côté ces sciences que Dieu a faites si grandes et si belles, si nous considérons les avantages qui découlent pour l'esprit de leur étude théorique, nous trouverons que, sous ce rapport encore, elles sont d'un admirable secours pour la discipline et l'éducation de l'esprit, et développent dans ceux qui les cultivent les plus précieuses qualités.

Le bon sens d'abord, la rectitude du jugement qu'il faut mettre en première ligne, au-dessus du talent lui-même, parce que c'est la règle du talent : ce jugement, ce bon sens, que Bossuet appelle le maître de la vie humaine. Je ne doute pas que la méthode sévère des sciences, surtout des sciences mathématiques, instrument de tous les autres,

la précision des calculs, l'exactitude des démonstrations, n'accoutument d'une certaine manière l'esprit à être net et positif, à raisonner juste, à conclure avec rigueur. Le sophisme n'a guère de place dans les sciences positives, ou, s'il parvient à s'y glisser furtivement, il ne tarde pas à en être chassé; les raisonnements simplement spécieux ne tiennent guère et ne peuvent longtemps tromper; l'hypothèse n'est jamais admise que comme telle, et les fantaisies de l'imagination sont comptées pour ce qu'elles valent.

De plus, la série des démonstrations nécessaires pour arriver à la solution des problèmes oblige à une application et h des efforts qui ne peuvent que donner de la vigueur à l'esprit. Sous ce rapport, la géométrie est admirable : tout entière déduite de quelques axiomes évidents, elle est un merveilleux exemple tout à la fois de la fécondité des principes et de ce qu'en peuvent tirer la sagacité, la pénétration, l'application qui s'obstine à les considérer sous tous leurs aspects, et à les fouiller dans tous les sens.

Enfin, la nature même de ces opérations abstraites dégage des conceptions matérielles, élève dans la région des idées pures, donne à l'esprit du délié, de la souplesse, de la pénétration : pénétration et solidité, précision et justesse, voilà incontestablement les avantages généraux, immédiats, considérables, de l'éducation scientifique, donnée d'ailleurs dans de bonnes conditions.

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