LETTRE II!. — LA LITTERATURE ANCIBNNK
Ce qui fuit la faiblesse et rinsuHisance des premières éludes littéraires, c'est le défaut de la pensée et de la réflexion; en d'autres termes, c'est l'âge auquel on s'y applique. En Seconde» en Rhétorique, et tant qu'une forte philosophie chrétienne n'a pas affermi l'esprit d'un jeune homme, le fond des idées manque, et par conséquent la vraie et solide littérature : l'intelligence des grands principes littéraires est nécessairement superficielle* et le sentiment du beau profond; le côté moral et religieux des Lettres, d'où leur vient leur grandeur réelle, leur haute et féconde influence, apparaît peu, frappe peu.
La littérature, on ne doit pas s'y tromper, n'est pas chose légère : pour en saisir la portée, la valeur, les vraies et profondes beautés, il faut une maturité de raison qui commence à peine quand Unissent les éludes classiques: c'est alors le moment de revenir sur ses pas, de visiter de nouveau les chemins parcourus, de remonter aux sources, de jeter un coup d'œil plus sûr et plus péiû a aut sur ce dont on n'avait guère aperçu que la surface brillante : en un mot, c'est le moment, non d'abandonner, mais de poursuivre cette belle étude des Lettres, et d'un point de vue plus élevé et plus chrétien, si l'on veut y trouver la haute culture qu'elles donnent à l'Ame, si Ton veut se former par la un fonds riche qui alimente lu vie et où plus tard on puise chaque jour, un foyer d'où partent incessamment les illuminations utiles, les inspirations puissantes.
Si donc un jeune homme sorti du collège, ou un homme déjà mûr, voulait revenir a ces éludes pleines de charme, la première chose que je lui dirais est celle-ci : Quelque restreinte que puisse être la part des loisirs que vous consacrerez aux éludes littéraires, faites de la littérature sérieuse, et, dans le vaste champ dos Lettres, n'allez pas au caprice et au hasard; mais dans la littérature ancienne comme dans la littérature moderne, choisissez avec soin, soit les genres,
LETTRFS \ UN HOMME Dl MONDR.
soit les auteurs, soit les époques littéraires : c'est 1* premier soin, et il est capital. »
Je dis qu'il faut faire un choix entre les diverses branches et les diverses époques de la littérature, et décider tout d'abord celles qu'on veut de préférence et présentement étudier; c'est le moyen d'éviter deux défauts considérables : l'éparpillement des lectures, et la légèreté des études. Je ne dis pas que ce choix doive être immuable etqu'il faille vous enfermer dans un cercle inflexible ; mais je dis que pour un temps déterminé du moins, ce choix fixera votre attention et concentrera vos efforts : deux points indispensables pour que le travail soit fructueux.
Quant aux époques, on divise ordinairement la littérature en littérature ancienne, comprenant les deux littératures grecque et latine; et littérature moderne, comprenant la littérature française et les diverses littératures de l'Europe. Quant à la littérature contemporaine , elle n'a pas besoin d'être autrement définie que par son nom.
Les principaux genres, et si je puis dire ainsi, les grandes provinces de la littérature sont la poésie, l'éloquence, la philosophie et l'histoire. C'est surtout des deux premières qu'il sera question ici. Je traiterai à part des deux dernières.
Cette seule énumération démontre la nécessité de la règle fondamentale que nous posions tout à l'heure et avant tout : qu'il faut très-nettement commencer par faire son choix, et délimiter son terrain, eu égard à ses goûts et à ses loisirs.
J'ajoute maintenant ceci : c'est que, quel que soit le choix que Ton fasse, quelque étendu ou restreint que soit le champ qu'on veut embrasser, quelque époque ou quelque genre littéraire qu'on étudie, il faut en tout s'attacher aux grands auteurs, aux grands mattres, aux grands modules. On peut