‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 72 sur 107 · LETTRE XXIII. — NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA RELIGION. 4M · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII. — NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA RELIGION. 4M

Car enfin, il le faut aussi bien entendre, il en est de la religion comme de toutes choses : pour la bien savoir, il faut Tétudier. Je n'ignore pas qu'on renseigne dans les catéchismes et dans les chaires ; mais, de ces deux enseignements, l'un est nécessairement très-élémentaire, trop fugitif, l'autre malheureusement trop peu suivi et trop incomplet, pour donner toutes les lumières nécessaires et suffire pleinement dans le siècle où nous sommes.

Sans doute, un homme du monde ne peut embrasser dans toute son étendue l'étude de la Religion, et en faire sa spécialité comme le prêtre; aussi n'est-ce point là ce que je propose: mais il y a dans les études qui se rapportent à la Religion des points absolument essentiels , dont l'ignorance laissera toujours dans l'intelligence et dans la vie une lacune lamentable, et qui sollicitent, certes, à autant de titres que toute autre étude profane, au moins ces longues heures dont les hommes du monde ne savent que faire.

Mais ce n'est pas seulement aux chrétiens qui ne veulent pas être frivoles, et qui ont pour leur âme et pour leur foi le respect qui leur est dû, que j'estime nécessaire l'étude sérieuse de la Religion; c'est à ceux aussi dont la foi aurait pu être ébranlée, ou qui n'auraient pas le bonheur d'être croyants.

A ceux-là je demanderai nettement si les questions religieuses sont des questions absolument indifférentes ou d'oiseuses spéculations qu'on peut négliger à son gré ; je leur demanderai môme s'il est digne d'un homme sérieux de professer l'insouciance sur des choses graves entre toutes assurément, et qui impliquent les premiers et plus grands devoirs de la vie humaine. Non, non, comme disait autrefois Pascal, «il faut faire une extrême différence de « ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s'instruire, « à ceux qui vivent sans s'en mettre en peine et sans y

v penser.... Ceux-ci, ajoutait Pascal, ont perdu tout sen- « liment. »

Et cependant, où en est-on sur ces études? On dit quelquefois : « Mais j'ai des idées arrêtées sur tout cela. » Je dirais, moi, avec plus de raison, et j'aurais pour le dire des expériences qui m'ont plus d'une fois stupéfait. tNon, vous n'avez sur ces choses que des ignorances arrêtées, dans lesquelles vous vous cantonnez obstinément, et vira, les yeux fermés, aveugles volontaires et par conséquent coupables ! Car à quelle époque de votre vie vous étesvous sérieusement occupé de religion ? Quand se sont formées en vous ces idées sur lesquelles vous avez décidé de ne plus revenir? Quel vent d'opinion soufflait alors, et emportait votre jeunesse? Quelle part de vos jours avez-vous donnée à ces graves études, que les plus grands génies n'ont pas épuisées, après y avoir consacré leur vie entière? Quel livre avez-vous lu, non avec un parti pris de scepticisme, mais avec l'honnête et sérieuse bonne foi d'un homme qui veut connaître la vérité, et l'embrasser, si elle se montre ? Et vous dites : « J'ai vu le fond de ces choses, je connais toute cette théologie, toute cette apologétique, toute cette histoire, » quand vous ne connaissez pas même quelquefois le seul énoncé de nos dogmes, ni les plus simples termes des questions religieuses, quand, pour dissiper vos doutes, il suffirait souvent de bien poser les questions; et vous, homme sincère, homme grave, vous en restez là, avec quelques lambeaux d'histoire altérée, avec quelques débris de sophistique vieillie ; vous en restez là, attardé dans des objections misérables, mille et mille fois réfutées; vous en restez là, sur la plus capitale des questions, qui importe à votre Ame et à votre salut éternel! Je n'ai ici qu'un mot à redire : « Non, cela n'est pas digne de vous. »

C'est ce que Pascal appelle « le repos de l'ignorance; ' et il l'a combattu avant moi dans un langage d'une beauté,

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