LETTRE IXI11. — NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA RELIGION
essentiels, rien de sa constitution, de sa liturgie, de ses preuves, rien de ses droits, de son action dans le monde, presque rien de ses origines, de son histoire, de l'histoire même de Jésus-Christ; on ne comprend pas ses intérêts les plus évidents; on est incapable de les servir et de les défendre. Et s'il y a une chose qui paraisse superflue à beaucoup de gens irréfléchis, et dont la pensée ne leur vienne jamais, c'est de faire quelque effort pour sortir de celte ignorance et s'instruire sérieusement du christianisme.
Je le demande : que peut devenir une génération chrétienne qui en est là? Ma conviction profonde est que là se trouve, pour les âmes et pour l'Église, une cause incalculable de faiblesse.
Voilà pourquoi nous voyons tant de chrétiens mous, faibles, flottants, et si peu de ces mâles et forts chrétiens, enracinés et fondés dans la foi, comme disait saint Paul ; si peu de grandes âmes et de grandes vertus.
Il n'y a que la foi à l'état de lumière et de flamme qui puisse faire des âmes énergiques et vaillantes, comme il en faudrait aujourd'hui.
Plus la foi est éclairée, plus la pratique est ferme : mais avec l'ignorance delà religion, la foi elle-même languit et s'en va, comme un feu qui ne jette plus que de faibles étincelles, et s'éteint faute d'aliment.
Il faut absolument fortifier, nourrir notre foi, si nous voulons qu'elle se soutienne et nous soutienne nous-mêmes dans la vie. Il faut plus, aujourd'hui surtout, il faut la défendre, car de toutes parts elle est attaquée, et celui qui ignore sa religion est assurément peu propre à résister aux attaques dirigées contre elle.
Je dirai ici ma pensée dans toute sa rudesse : l'ignorance volontaire du christianisme, dans un homme qui professe le christianisme, est tout simplement absurde. Et qu'on ne me parle pas de la foi du charbonnier. Cette foi du char-
bonnier ne suffit pas au charbonnier lui-même ; il faut, lui aussi, qu'il connaisse, autant qu'il le pourra, sa religion, et par conséquent qu'il s'instruise autant que cela dépend de lui. La religion ne veut l'ignorance et l'aveuglement pour personne. Et vous, qui n'êtes pas charbonnier, qui avez l'esprit ouvert, cultivé, appliqué à tout le reste, mais jamais à la religion, il est évident que vous ne faites pas votre devoir.
Chose étrange! ce sont précisément ceux qui nous reprochent cette foi du charbonnier, et qui accusent nos croyances d'être aveugles, ce sont eux que nous ne pouvons décider à étudier la religion et à s'éclairer. Eh bien, non, nous ne l'entendons pas ainsi. Nous entendons que la foi soit instruite, et nullement qu'elle soit ignorante. Même ce qu'on ne comprend pas dans la religion, il faut savoir pourquoi on le croit; il faut en entendre tout ce qu'on peut en entendre, et cela est immense et admirable. Penser que tout dans la religion soit ténèbres et obscurités, et qu'on ne puisse rien voir dans la lumière des vérités révélées, est vraiment trop ridicule.
Et, je l'ajoute, se complaire dans les ténèbres, non de la religion, mais de son ignorance, par pure paresse d'esprit, ou par mollesse de volonté, est aussi coupable que malheureux. C'est se priver de tout ce qu'il y a de plus consolant et de plus fortifiant dans la religion. Tous ces biens si précieux du croyant, le calme profond de l'âme, la sécurité dans la foi, la joie de ces grandes admirations que donnent les choses de Dieu, le bonheur de posséder la vérité, et de 5e sentir ici-bas en pleine lumière, d'avoir, ce que si peu d'hommes ont en ce monde, une vie digne, gouvernée par des convictions et non par des habitudes, une vie sûre d'elle-même et de sa voie, voilà ce qu'ignoreront à jamais les hommes qui, sous prétexte de la foi du charbonnier, n'ont de la religion que l'écorce, et ne cherchent pas à la pénétrer par une connaissance approfondie.