VINGT-HUITIÈME LETTRE
Récapitulation et conclusion de toutes les lettres précédentes.
Mon cher ami,
J'ai fini ce que je m'étais proposé de faire avec vous. Nous avons parcouru ensemble dans ces lettres tout le cercle, à peu près, des études qui sollicitent, à un titre ou à un autre, les loisirs d'un homme sérieux : la Littérature, la Philosophie, l'Histoire, le Droit, les Arts, les Sciences, l'Agriculture, la Religion; et je termine enfin tout ce travail, qui, parle grand intérêt des choses, s'est étendu devant moi, plus que je ne l'avais prévu.
J'ai été amené, par le sujet môme, à adresser des conseils aux hommes qui ont une carrière, comme à ceux qui n'en ont pas, à ceux wême qui ont embrassé la vie militaire, comme à ceux qui ont embrassé la vie civile ; de sorte que, dans ce travail, je me trouve être devenu un peu, sans le vouloir, le conseiller de tout le monde, de tous ceux du moins qui, de loiii ou de près, ont quelque affection pour moi, quelque confiance en moi.
Uuoi qu'il en soit, je suis étonné moi-même de ce que je me trouve avoir fait, et de cette sorte de magisterium universel que j'ai pris là, ou plutôt de ce dernier et solennel enseignement qui est sorti, de lui-même pour ainsi dire, de la grande œuvre que j'avais entreprise sur l'Education et qui en est comme le naturel et nécessaire couronnement.
L'éducation, en effet, ne s'achève pas avec le collège et la jeunesse; c'est, dans un sens très-vrai, l'œuvre de toute la vie. La base, le fondement est posé dans ces premières années de l'éducation proprement dite, pendant lesquelles l'enfant, le jeune homme, est confié aux soins des maîtres. Mais, dans la suite, l'homme doit être son propre maître, son vrai et grand instituteur à lui-même.
11 doit exercer constamment, déployer sans relâche les forces acquises, pour acquérir toujours, parce qu'il y a toujours à acquérir, toujours à gagner, toujours à s'élever, à s'améliorer, et cela sous peine de s'affaiblir, de reculer indéfiniment, et de descendre à jamais. Voilà pourquoi j'ai écrit ces lettres, et essayé d'indiquer, dans le détail et à tous, quels travaux, quelles études on peut entreprendre, pour continuer, achever, perfectionner l'éducation de son esprit et de son âme, occuper honorablement ses loisirs, faire quelque chose sur la terre, remplir enfin sa lâche d'homme, et donner pleinement ses fruits.
Du reste, je ne regrette en rien ma peine ici, et elle a été grande. Je ne crois pas avoir fait jamais quelque chose qui soit plus une œuvre de cœur et de zèle, et qui soit né en moi d'un plus vif désir d'être utile : ce qui m'a uniquement inspiré, je puis le dire, c'est le sentiment profond du besoin qu'une multitude déjeunes gens et d'hommes ont des choses que j'ai dites là. Ces conseils, combien de fois ne m'ontils pas été demandés ?Les questions auxquelles j'ai répondu . combien de fois ne m'ont-elles pas été adressée? Tùt ces