LETTRB XXVIII. — RÉCAPITULATION ET CONCLUSION
mêmes questions, combien de fois aussi l'esprit inoccupé, l'oisiveté futile, l'inaction découragée, la paresse honteuse d'elle-même, la bonne volonté timide et faible, ou ignorante des moyens et des facilités du travail, se les sont posées tout bas? J'ai entendu ces plaintes secrètes, j'ai vu de près la misère de ces vies oisives et vides, le fléau du temps perdu, le malheur des plus belles facultés enfouies; et j'ai vu aussi la fécondité et les fruits merveilleux de l'étude en ceux qui se sont décidés d'eux-mêmes ou que j'ai eu le bonheur de décider au travail ; et voilà pourquoi j'ai voulu dire tout haut et à tous ce que j'ai dit souvent à quelquesuns dans le secret.
Et maintenant je voudrais, en terminant, pour être bien compris, et qu'on n'allât pas au delà de ma pensée, résumer ce que j'ai dit dans ces lettres, l'essentiel du moins, en quelques derniers conseils simples et d'une facile exécution.
4° J'ai établi d'abord combien l'étude, le travail, la culture de l'esprit est nécessaire en général, même aux hommes qui font quelque chose, qui ont une spécialité, une carrière, et comme ceci est capital et le point de départ de tout, comme tout serait gagné si cette persuasion entrait fortement dans les esprits, je suis revenu souvent dans le cours de ces lettres sur cette nécessité ; et même j'ai cru devoir insister fortement, dans une lettre spéciale, sur la grande loi du travail, qui oblige tout homme ici-bas : je l'ai envisagée à la lumière même de la parole de Dieu, et je vous ai montré, mon ami, combien cette loi est pressante, universelle, et par quelles conséquences désastreuses elle se venge de ceux qui la méprisent et ne font rien. Nous avons vu enfin combien le travail d'esprit, l'étude, est un excellent moyen, et souvent l'unique, pour les hommes de loisir, d'accomplir cette loi.
Cela fait, nous sommes entrés ensemble dans l'examen
des diverses études qui sollicitent un homme de loisir, et nous avons ainsi passé en revue presque toutes les branches des connaissances humaines.
2° Mais, j'ai besoin de le répéter, évidemment je ne demande pas que chacun embrasse toute cette encyclopédie: ce n'est pas l'impossible que je veux, ni le pêle-mêle des études, ni l'éparpillement des efforts que je conseille. Ce qui se peut, et ce qui se doit, c'est que chacun examine de bonne foi ce dont il est capable, et fasse entrer dans sa vie quelque étude sérieuse, quelque travail honorable, une des études que j'ai indiquées, celle qui convient le mieux à ses aptitudes et à ses goûts. C'est là, mon cher ami, la grande conclusion de toutes ces lettres, et la résolution décisive que je voudrais inculquer de toutes mes forces à tous ceux pour lesquels j'ai écrit, et qui auront bien voulu me lire.
3° Dans chaque étude môme, i) n'est pas question de tout prendre ; car chaque étude, en elle-même, est encore bien vaste. Il vaut mieux bien étreindre, comme on dit vulgairement, que trop embrasser. Qu'on circonscrive donc sa tache; MAIS QU'ON S'IMPOSE UNE TACHE, ET QU'ON LA REMPLISSE.
Que parmi toutes les Sciences on s'arrête à une, et qu'on s'y applique persévôramnient; que parmi les Littératures on en choisisse une, et qu'on aille au fond ; que dis-je? qu'on ne prenne même, si on ne peut autre chose, qu'un seul auteur, qu'un seul grand livre, et qu'on en fasse une étude suivie, et on aura accompli une chose importante; on aura réalisé le timco vivum unins ïibri des anciens. La concentration des efforts sur un travail sérieux est toujours féconde.
Qui donc, je le demande, dans ces limites, pourrait avoir une objection contre le travail?
4° Cependant, parmi toutes ces études, il en est que je regretterais de voir totalement mises de côté : c'est la philosophie, la littérature, et l'histoire. Cest études, si minime qu'on fasse leur part, il faut qu'elles en aient une, dans tout