‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 3)Chapitre 35 sur 103 · LETTRE XI. — PHILOSOPHIE AU POINT DB VUE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LETTRE XI. — PHILOSOPHIE AU POINT DB VUE RELIGIEUX

coDsidërfr, dans son intelligence et dans sa foi, les assises ioêbranlables, les bases éternelles, c'est alors qu'il les possède, comme par une sorte de conquête intellectuelle, plus pleinement et plus fortement, qu'il y adhère d'une adhésion plus convaincue et plus personnelle, et que sa croyance, en devenant plus éclairée, devient plus ferme.

Or, combien n'est-il pas nécessaire qu'il en soit ainsi de nos jours! Dans quel milieu, en effet, mon ami, vous trouvez-vous jelé? Que vojez- vous, qu'entendez-vous de tous côtés, autour de vous, dans le monde, dans la société, dans Tos cercles, tels qu'ils sont aujourd'hui? Des attaques perpétuelles contre la religion, d'innombrables erreurs sur tous les points de nos croyances naturelles et surnaturelles; voilà ce qu'il y a pour ainsi dire dans l'air, et ce que toute la jeunesse respire. N'est-il donc pas aujourd'hui plus que jamais nécessaire de se prémunir contre les sophismes partout répandus et les sophistes partout florissants? Or, ou a beau avoir reçu une éducation chrétienne, si on n'a pas été formé par une bonne philosophie à l'art du raisonnement, si Ton ne possède pas les preuves philosophiques des vérités attaquées, on reste faible et désarmé contre les arguments captieux, contre les sophismes, on les débrouille mal; en un mol, on donne plus ou moins de prise contre soi aux mauvais raisonneurs et aux mauvais raisonnements, et la foi, si elle n'est pas renversée, en reste du moins offusquée et troublée par d'importants nuages. Et si trop souvent elle périt dans déjeunes esprits, leur faiblesse philosophique en est une grande cause. Je suis, pour ma part, très-convaincu que si tant de jeunes gens sont entraînés par les sophistes, par les panthéistes et les plus absurdes parleurs, c'est qu'ils n'ont pas de raison exercée, pas de logique, pas de doctrine, pas de philosophie. Le succès de la sophistique dans un pays, on peut en être certain, sera toujours en proportion de rabaissement général de l'esprit philosophique.

El veuillez bien encore le remarquer, mon ami, les attaques de rincrédulité moderne ne portent pas seulement contre les dogmes de la foi; c'est peut-être aux vérités naturelles, base de toute croyance surnaturelle, que les sophistes font aujourd'hui la guerre la plus acharnée. h' athéisme^ le 'panthéisme^ sous toutes ses formes, le iMr térldlisme qui renaît sous le nom de positivisme^ le scejf" ticismey et toutes ces doctrines modernes sur la vie future j renouvelées des vieux systèmes de métempsycose^ toutes ce» erreurs-là, qui vivent, qui parlent, qui ont des organes an milieu de nous, ce n'est pas seulement la foi, ce sont le» vérités philosophiques elles-mêmes, c'est directement la raison qu'elles attaquent. Eh bien I vous avez à vous défendre vous-même contre tout cela; et croyez-vous que ce soit toujours une défense suffisante que d'opposer à des arguments captieux, à des sophismes séduisants, à des théorie» d'apparence savante et brillante, votre foi simple et nue, sans aucune réponse directe, sans aucune réfutation formelle? Oh! certes, vous êtes sage, je m'empresse de le dire bien haut, absolument sage et raisonnable, de leur opposer, à toutes ces éphémères constructions de la sophistique moderne, la simplicité et la fermeté de votre Credo^ et de les écarter nettement par celte fin absolue de non recevoir : Je crois I Mais cela est-il toujours aussi facile à faire qu'à dire? Et n'y a-t-il pas quelquefois tel sophisme obstiné, qui, comme une mouche importune, bourdonne sans cesse à vos oreilles, et qu'un peu de logique ou de science philosophique chasserait en un instant?

D'ailleurs, vous n'avez pas que vous à défendre; vous n'êtes pas seul au monde : vous avez près de vous vos jeunes frères, vous avez vos enfants qui grandissent, et il est bon que la foi de toute cette jeunesse trouve son premier appui près de vous, et qu'elle ait confiance en vos convictions puissantes et raisonnées. Ah ! je vous en réponds, un père

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gnj non-seulement croitj mais sait sa religion, a une toute autre autorité pour maintenir dans ses enfants la foi qui lear est enseignée. J'ai eu dans l'un et l'autre sens des exem- |des décisifs. Un jeune homme qui a entendu son père tenir tête à l'impiété, et répondre à tout, n'abandonne pas facilement la foi de son père. Mais s'il s'aperçoit que son père ne sait pas le fond des choses, s'il soupçonne sa religion de n'être qu'une routine, un tel exemple est sur lui sans aatoritê.

Je vais encore plus loin : vous avez des amis, une société m milieu de laquelle vous vivez ; sans cesse, dans le monde, vous pouvez trouver des esprits touchés par quelques sophistes, atteints de quelques doutes : et si on attaque devant tottsvos croyances, ou si on vous demande quelque lumière, quelque réponse, sera-ce vraiment assez de ne savoir que rtpondre, ou de n'avoir pas autre chose à dire, sinon : Je crois, parce que je crois; et de ne pouvoir rendre raison de ce que vous croyez? Certes, l'Apôtre l'entendait autrement, quand il disait que le chrétien devait être prêt à reddei^e nUonem omni poscenti.

Ceci m'amène à la seconde considération que je voulais vous présenter sur la nécessité des études philosophiques pour vous et les hommes du monde placés dans les mêmes conditions que vous.

Et d'abord il faut que je vous dise, mon ami, toute ma pensée sur vous, et sur beaucoup de jeunes gens et d'hommes comme vous, dont, sans vouloir les élever plus haut qu'il Dc convient, je puis bien penser enfin qu'ils ne sont pas la foule, et qu'on pourrait attendre d'eux autre chose que ces quelques heures d'étude que je demande à tout prix à ceux qui ne font rien. Ma conviction est que vous et cette élite pourriez remplir en ce monde un rôle plus grand et plus beau que vous ne le soupçonnez peut-être, devenir, en ce siècle, où la foi attaquée de tous côtés a besoin d'être partout

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défendue, des athlètes de la vérité, et prendre enfin place parmi les rangs glorieux des apologistes.

Oui, pourquoi un jeune homme chrétien, plein de foi et d*intelligence, n*aspirerait-il pas à ce grand rôle, et, sans quitter le monde et sans se vouer à Tapostolaldu sacerdoce, ne se ferait-il pas à lui-même une sorte d'apostolat laïque, et n'aurait-il pas à cœur d'apparaître, dans cette mêlée des doctrines, dans cette irruption de toutes les erreurs, à son poste de combat, comme un soldat de Dieu et de la Yèrité dans le monde? D'autant plus que le champ de l'apologétique est immense : tout peut devenir une arme contre la religion, et tout peut servir à sa défense; toutes les sciences peuvent être invoquées contre elle, et toutes peuvent témoigner pour elle. Les études laïques elles-mêmes, quelles qu'elles soient, peuvent donc être ramenées à l'apologëtiquet si on leur donne cette direction. Et pourquoi ne pas la leur donner? Est-ce qu'à toutes les époques du christianisme, et de nos jours même, comme dans les premiers temps de l'Eglise, la parole laïque ne s'est pas mêlée à la parole des docteurs dans la grande lutte que la vérité soutient et doit soutenir contre Terreur jusqu'à la fin des temps? Aussi, mon cher ami, n'ai-je pas craint d'indiquer à vous et à vos collègues laïques de l'Académie de Sainte-Croix ce but supérieur de leurs études, et dans votre programme, et même, je crois, au premier rang, figure en effet Tapologélique chrétienne*.

Mais voici ce qu'il est essentiel de bien entendre : c'est que pour défendre utilement la religion, il faut être philosophe; c'est ce que l'apologétique chrétienne ne peut se passer de philosophie. Et cela, non pas seulement parce que la culture philosophique et la méthode philosophique en général sont nécessaires pour donner à un homme la

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