‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 3)Chapitre 34 sur 103 · LBTTRB XI. — PHILOSOPHIE AU POINT DE VUE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LBTTRB XI. — PHILOSOPHIE AU POINT DE VUE RELIGIEUX

Elles VOUS sont nécessaires encore, à vous et à tous ceux que Dieu a doués comme vous, pour prendre ici-bas la part que vous devez prendre, dans la mêlée des vérités et des erreurs, à la lutte des doctrines.

Reprenons ces deux points de vue.

Et d'abord, mon cher ami, les études, et de fortes études philosophiques, vous sont nécessaires: 4*» pour éclairer et affermir votre foi ; 2» pour la défendre.

Veuillez comprendre, en effet, la nature et la portée des études philosophiques.

Vous dites que vous savez déjà comme chrétien ce que je Tondrais vous faire étudier comme philosophe. C'est une erreur, mon ami.

Certes, ce n'est pas moi qui déprécierai le bonheur de croire, ou qui infirmerai en rien la puissance de la foi dans une âme, et la valeur du catéchisme chrétien.

n n'en est pas moins vrai toutefois qu'il y a un avantage inappréciable à posséder aussi par la science, autant qu'on le peut, ce qu'on possède par la foi.

Et ce que je vous dis là, ce n'est pas moi qui vous le dis : c'est la doctrine de saint Augustin, de saint Thomas et de tous les grands théologiens. 11 me suffit de vous rappeler ici les beaux textes de saint Augustin : Non credendo solùm, sed etiam intelligendo... ut quod credis intelligas.

Et encore : Quœ fidei firmitate jam tenes, etiam rationis luge gonspicias.

El enfin : Eœc dixerm^ ut fidem tuam ad amorem intellï-

GKRTLE GOHORTBR.

Eh bien! voilà précisément ce que font les bonnes et fortes études philosophiques : dans la sphère qui leur est propre, et dans la mesure possible, elles font savoir ce que la foi faisait croire; ces vérités naturelles et primordiales que renseignement reçu sur les genoux d'une mère ou des lèvres d'un catéchiste chrétien avaient simplement déposées

460 LETTRES A UN HOMME DU llOIiOB.

en nous, la philosophie les démontre et les éclaire, et par ces démonstrations et ces clartés nouvelles, elle les enracise elles affermit.

Que sont en effet, mon ami, les démonstrations dont la philosophie, telle que je vous la conseille, entoure les grandes vérités rationnelles? C'est tout simplement le travail, de siècle en siècle renouvelé, des plus grands espriti, tout ce que les méditations les plus profondes d'hommei tels que Platon, Aristote, saint Augustin, saint ThomaSi Bossuet, ont accumulé de lumières sur les questions fondamentales. Peut-on dire sérieusement que cela n'est rien, et que la croyance à ces grandes vérités ne puisera pasdani de telles lumières une nouvelle fermeté et une noavelte puissance ?

Et veuillez bien le remarquer, mon ami, le travail qne provoquent les éludes philosophiques sur les vérités qui» sont l'objet, c'est le travail le plus actif et le plus persODAd, car c'est le travail de la réflexion. L'élude de la philosophie n'est pas autre chose que la culture de la pensée par la réflexion. Quand on reçoit simplement par voie d'autorité et de tradition une doctrine, une croyance, assurément, celle croyance n'est pas inefficace dans Tûme ; mais quand la réflexion personnelle s'exerce sur celte vérité, quand on voit, quand on sait, quand on découvre, quand on a pénétré, aussi bien qu'on l'a pu, les raisons intrinsèques qui l'appuient, qui la démontrent, qui l'illuminent, alors la croyance à cette vérité est bien plus éclairée et plus puissante. Cest parle travail delà réflexion surtout qu'on la fait passer en soi, qu'on se l'assimile profondément, qu'on s'en nourrit, et qu'elle devient dans l'esprit une connaissance lumineuse, et par conséquent une force active el vivante. Lorsque, par un solide enseignement philosophique, un esprit a saisi les vérités traditionnelles, qu'il a pu les voir dans sa raison et dans sa conscience, et dans leur propre lumière, qu'il en a

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