‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 3)Chapitre 37 sur 103 · LETTRE XI. — PHILOSOPHIB AU POINT DE VUE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LETTRE XI. — PHILOSOPHIB AU POINT DE VUE RELIGIEUX

c'est se séparer du chœur des grands hommes que de se séparer des données de la religion.

Mais à un autre point de vue encore, mon cher ami, que lepoint de vue apologétique, vous allez comprendre sans peine, j'espère, quel beau et grand travail Tesprit et les études philosophiques vous permettraient de faire sur les âogmes révélés, et comment il y a pour vous à de telles Stades une sorte de devoir religieux, comme je disais.

La foi se prosterne devant Dieu et adore ; cependant la foi, si respectueuse et prosternée qu'elle soit, ne se contente !»as de croire, d'adhérer simplement, et comme aveuglément, à la parole révélée; dans son besoin de lumière, elle dierche à voir, à pénétrer, à comprendre ; elle appelle à «on aide la raison, l'intelligence, et l'applique respectueusement à la parole de Dieu. Et voilà un premier travail philosophique qu'il nous est permis de faire sur nos dogmes ; un travail de pénétration. C'est ce que saint Augustin exprimait admirablement par ces paroles : Intelligas... ranoms LUGE coNSPiciAS etc.

En effet, ces vérités surnaturelles, bien que supérieures i notre raison, sont loin d'être de tout point ténébreuses ponrelle. La raison peut en découvrir, sinon totalement, du moins en partie, la lumière par certains côtés. Ou plutôt, précisément parce qu'elles sont surnaturelles, infinies, abîme sans fond de lumières et de clartés, abyssus luminis^ comme dit saint Bernard, l'esprit humain peut y creuser sans cesse et y pénétrer, sans les épuiser jamais. Ayant donc devant lui, dans cette parole divine, des espaces sans bornes, des perspectives sans limites, il marche, il avance, de lumière en lumière; voilà le sens de l'antique et belle formule : Fides quœrens intellegtum ; et de la noble parole de saint Augustin : Ad amorem iNTELLiGENTiiE cohortor.

Mais des vérités isolées, même pénétrées à fond, ne constituent pas un ensemble ; ce sont des rayons, des foyers

épars de lumière. Or, en loules choses Tesprit humain aspire à saisir les rai)ports, Tordre et Tharmonie, à posséder l'ensemble, à embrasser le tout. El voilà un second et admirable travail que l'esprit humain peut faire sur les dogmes révélés; c'est de les étudier scientifiquement, dans leur enchaînement merveilleux, et dans les rapports qulb ont, soit entre eux, soit avec les vérités naturelles, philoso- | phiques, morales, sociales. Nulle doctrine en effet n'est aussi complète, aussi harmonique, aussi bien liée dans toutes ses parties, que la doctrine révélée; et d'un autre côté, comme le Dieu de la révélation est aussi le Dieu deli | raison, la vérité révélée non-seulement ne contredit pas la | vérité rationnelle, mais, au contraire, elle l'illumine de ses propres clartés : de telle sorte que tout l'ensemble des vérités naturelles ou surnaturelles communiquées par Dieu aux hommes forme comme uiie chaîne immense; et les dogmes, pareils à ces sommets qui dominent une chaîne de mon- | tagnes, et tiennent à toutes ses ramifications, les dogmes j tiennent aussi à toutes les vérités, et en les dominant, pro- • jettent sur elles leurs reflets lumineux.

C'est ainsi que l'étude de la religion prend un caractère admirablement scientifique, et que cette science de la mérité révélée, bien que parlant d'un point immuable, fi savoir le dogme, est néanmoins progressive comme toutes les sciences, inépuisable en elle-même, dans son objet, et sans cesse rajeunie par les formes nouvelles et les applications diverses qu'amènent les progrès même de nos sciences humaines et les évolutions de la polémique religieuse. Une telle science, en effet, est toujours actuelle, toujours moderne, toujours de son temps, parce qu'elle est de tous les temps.

Un admirable exemple de cette manière d'étudier la religion, c'est la Somme théologique de saint Thomas. A toutes les pages, dans toutes les thèses de la Somme, que fait saint

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