LETTRE XI. — PHILOSOPHIE AU POINT DB VUE RELIGIEUX
Thomas? Un travail philosophique sur les dogmes; il les établit d'abord par leurs preuves propres, par l'autorité, parles textes, par TÉcriture et la Iradilion ; et toujours à ces démonstrations il ajoute l'argument philosophique ou le raison. Puis, après avoir établi le dogme, il le scrute, 1 le fouille pour ainsi dire, il le pénètre dans toutes ses |)rofondeurs, afin d'en tirer par le travail de Tintelligence lout ce qu'il recèle dans sa formule. Et il ne se contente MS d'étudier ainsi les dogmes isolément, l'un après l'autre; 1 en examine l'enchaînement et les rapports, le système )our ainsi dire; il les éclaire les uns par les autres, et c'est linsi qu'il élève enfin ce monument admirable, chef-d'œuvre lu génie philosophique et théologique, la Somme de théocgie.
Ce que saint Thomas a fait avec toute la rigueur des fornules et tout l'appareil scientifique de l'école, les Pères 'avaient fait avant lui^ dans leur style plus libre et plus ittéraire. Soit qu'ils attaquent le paganisme et Thérésie, loit qu'ils défendent la divinité du christianisme dans leurs mmortelles apologies, soit qu'ils exposent simplement les logmes, et qu'ils entrent dans leurs profondeurs pour en lévelopper des trésors de vérité et de lumière, jamais ils l'oublient d'être philosophes; toujours, au contraire, c'est i la philosophie qu'ils demandent de corroborer leurs preuves théologiques; toujours c'est la foi cherchant à comprendre, fides quœrens intellectum, afin de mieux admirer. Si les Pères de l'Église n'avaient pas été philosophes, ils ne nous auraient laissé ni ces magnifiques expositions de doc- Iriae qui montrent les dogmes divins justifiés par euxmêmes, comme dit l'Écriture : Judicia Domini vera^ justi- ^catainsemetipsa^ ni ces triomphantes apologies, qui nous )nt tracé la méthode et la voie que nous suivons encore.
Comment saint Athanase, par exemple, eût-il pu défen- Ire, comme il le fit, le dogme de la divinité du Verbe contre n. É., III. <0
l'erreur d'Arius, si la science philosophique lui eût fait défaut? Cette erreur, sans doute, naissait elle-même d'ane mauvaise philosophie, de cette incurable sophistique de l'esprit grec : mais qu'y faire? Quel pouvoir humain pourra supprimer en ce monde la sophistique? C'est précisémwit parce que la mauvaise philosophie enfantait les hérësieSi qu'il fallait que les Pères fussent armés d'une bonne philosophie pour les combattre.
Sans la philosophie, d'ailleurs, la science théologique même n'aurait pu se constituer ; elle n'aurait pas eu son langage ; car ces mots d'Etre^ de Substance^ d'Essence^ de Nature, de Personne, d'Accidents et d'Espèce, de Matièreei de Forme, et tant d'autres qu'elle emploie sans cesse, soat de la langue de la philosophie en même temps que de Is sienne.
Il est donc bien manifeste que la philosophie et la théologie se pénètrent réciproquement, et que la philosopha est absolument nécessaire à quiconque veut entrer avec quelque profondeur dans la science de la religion.
Mais un tel travail, mon cher ami, une telle étude sur 11 religion, est-ce exclusivement l'œuvre des théologiens d« profession, et croyez-vous qu'un laïque instruit, distinguèf surtout s'il est de ceux qui se sont voués ici -bas à la défense de l'Eglise, ne pourrait être admis à le faire, pour sa part et selon ses forces? Et croyez- vous qu'il puisse I avoir une étude plus belle, plus élevée et plus attachanlB pour l'esprit, pour le cœur, pour l'âme tout entière ? NoBi sans doute.
Mais, évidemment, un tel travail demande un espitt formé par la méthode philosophique, et familier avec les plus hautes questions de la philosophie. Voilà donc pom^ quoi, aux laïques mômes, aux laïques éminents qui veulent étudier avec quelque étendue et quelque profondeur la religion, soit pour les jouissances d'esprit et d'âme qxCoBn
3 telle étude, et pour les consolations profondes que le ir y trouve, soit pour défendre avec plus d'autorité la gion, voilà pourquoi, dis-je, les éludes philosophiques, ipendamment de tous leurs autres avantages, sont abîment indispensables ; et d'autant plus qu'on vit dans siècle où la philosophie et la religion sont plus alla-