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OBJET DES SCIENCES ET AVANTAGES DE CETTE ÉTUDE POUR LA BONNE

DISCIPLINE DE l'eSPRIT

Quoique fort ignorant en ces matières, je professe une grande admiration, je l'avoue, pour les sciences, et pour les merveilleux progrès que les méthodes modernes leur permettent tous les jours de réaliser.

J'admire, dans les saintes Écritures, que, parmi tous lefrs noms que Dieu se donne, il se soit appelé le Dieu desa sciences : Deus scientiarum Dominus,

Et je vois aussi, dans les saintes Lettres^ à quel poinl Tétude des sciences est pour l'homme un travail dans l'ordre de la Providence : Dieu, en nous jetant avec nos facultés el nos besoins au milieu de cette riche création si pleine de secrets et de mystères, a en effet livré ce monde et ses merveilles à nos investigations et à nos conquêtes : mundurm tradidit dispulationi eorum.

Au fond, à le bien prendre, Vobjet des sciences, c'est la création, c'est ce vaste univers, c'est-à-dire l'œuvre même de Dieu ; et voilà pourquoi chacune d'elles fait toucher k l'infini, est pour ainsi dire infinie elle-même dans ses détails- Je le demande : comment les merveilles de l'indéfinimeni grand, sous le télescope, de l'indéfiniment petit, sous le

microscope, n'élèveraient-elles pas notre pensée vers le ^rentable infini ?

Ck)mment la vue continuelle de Tordre, de la tendance sensible vers le but, de Tunité dans cette immense variété ei dans le développement de toute cette vie de la nature, comment tout cela n'ëièverait-il pas Tesprit à la méditation ^t à Tadoration de TÊtre unique, sage et bon, qui est à la iois cause première et cause finale des êtres?

Et en même temps que la science a, comme l'art, comme la philosophie, cette tendance élevée, quelles merveilles ne dévoile-t-elle pas au regard qui en pénètre les secrets? Yoyez, par exemple, la botanique, la chimie, l'astronomie, ou quelque science que vous voudrez : on peut dire que non-seulement la vie d'un homme, mais la vie même des générations, ne suffira jamais à en épuiser une seule ; jamais, selon le mot profond de Pascal^ nous ne connaîtrons le tout de rien. Donc, quel champ vaste, indéfini, immense, ouvert à la pensée, au travail, soit qu'on veuille étudier l'ensemble des sciences, soit même qu'on se borne, pour mieux l'approfondir, à une seule !

Maintenant, si nous regardons par un autre côté ces sciences que Dieu a faites si grandes et si belles, si nous considérons les avantages qui découlent pour Tesprit de leur étude théorique, nous trouverons que, sous ce rapport encore, elles sont d'un admirable secours pour la discipline et l'éducation de Tesprit, et développent dans ceux qui les cultivent les plus précieuses qualités.

Le bon sens d'abord, la rectitude du jugement qu'il faut mettre en première ligne, au-dessus du talent lui-même, parce que c'est la règle du talent : ce jugement, ce bon sens, que Bossuet appelle le maître de la vie humaine. Je ne doute pas que la méthode sévère des sciences, surtout des sciences mathématiques, instrument de tous les autres,

aia LETTRES A UN HOMME DU MONDE.

la précision des calculs, Texactitude des démonstrations, n'accoutument d'une certaine manière Tesprit à être net et positif, à raisonner juste, à conclure avec rigueur. Le sophisme n'a guère de place dans les sciences positives, ou^ s'il parvient à s'y glisser furtivement^ il ne tarde pas à en être chassé; les raisonnements simplement spécieux ne tiennent guère et ne peuvent longtemps tromper; l'hypothèse n'est jamais admise que comme telle, et les fantaisies de l'imagination sont comptées pour ce qu'elles valent.

De plus , la série des démonstrations nécessaires pour arriver à la solution des problèmes ohlige à une applicati(a et à des efforts qui ne peuvent que donner de la vigueur à Fesprit. Sous ce rapport, la géométrie est admirable : tout entière déduite de quelques axiomes évidents^ elle est oi merveilleux exemple tout à la fois de la fécondité des principes et de ce qu'en peuvent tirer la sagacité, la pénétration, l'application qui s'obstine à les considérer sous tous leurs aspects, et à les fouiller dans tous les sens.

Enfin, la nature même de ces opérations abstraites dégage des conceptions matérielles, élève dans la région des idées pures, donne à l'esprit du délié, de la souplesse, de la pénétration : pénétration et solidité, précision et justesse, voilà incontestablement les avantages généraux, immédiats, considérables, de l'éducation scientifique, donnée d'ailleurs dans de bonnes conditions.

APPLICATION DES SCIENCES A L'iNDUSTRIE ET AUX CHOSES DE LA VIE

Considérons maintenant r application des sciences aux choses de la vie : comment n*être pas frappé de l'étonnante fécondité dont Dieu les a dotées pour notre service? C'est le caractère propre de toutes les sciences naturelles, que leurs théories même les plus abstraites peuvent aboutir aux

plications les plus inattendues et les plus utiles. De nos irs, comme on Ta si bien dit, ce n'est pas le hasard qui nne à l'industrie ses plus lucratives inventions ; c'est la ence. Tout commence par la science. C'est l'analyse magmatique qui, découvrant la loi de Tattraclion et dresit les tables du soleil et de la lune, a calculé et annoncé ; marées, étendu le domaine de la géographie, et assuré

navigation* C'est en étudiant l'électricité, chose qui ne mblait guère susceptible d'aucune application, que la ience a trouvé le paratonnerre et le télégraphe. Car il y cela d'admirable dans la science : ce qui hier n'était l'une découverte scientifique devient aujourd'hui une )p1icatlon utile ; si bien que la science, en continuant sa arche vers les vérités spéculatives, sans paraître s'occuîrde leur emploi, crée les plus utiles inventions, et qu'elle 3nne l'utile à la société à chaque pas qu'elle fait vers le ni ou vers le beau *.

Qui n'est frappé de tout ce que notre siècle a réalisé de •Ogres en ce genre, et qui pourrait assigner les limites où

science moderne s'arrêtera? Les espérances nous sont i permises sans orgueil; car une découverte amène une itre découverte, un progrès devient le point de départ un progrès nouveau. La science sert l'industrie ; l'indusle à son tour sert la science, et toutes les sciences se pousnl, s'élèvent mutuellement les unes les autres. On peut re qu'il y a ici pour les sciences, une fois lancées dans la ►le du progrès, une loi analogue à la loi physique qui aporle les corps avec une vitesse accélérée. Or, rien ne me paraît plus beau que cette action et cette action de la science sur l'industrie, et de l'industrie sur

science, et que ce spectacle de toutes les sciences en tralil pour donner la vie à des inventions utiles, et s'élevant

■ M. 8aiQt-4farc Girardin.

372 LRTTRBS A UN BOMMB DU MONDE.

toutes ensemble, par leurs progrès mutuels, vers des progrès nouveaux.

Certes, je suis loin de penser que le progrès matériel soit tout pour les sociétés humaines, et que ce genre de progrès soit incompatible avec une profonde décadence morale. Les jouissances du bien-être ne remplaceront jamais les venus sociales; jamais la matière ne l'emportera sur Tesprit ; et toujours, d'ailleurs, malgré nos machines etL toutes nos inventions, Dieu aura en main quelque moyei^ inattendu et fondroyant de nous rappeler son souverain domaine sur la nature, et notre absolue dépendance.

Du reste, si Timpiété peut essayer de tourner contre Dieu les bienfaits de la science, les hommes de bien ne peuventils pas aussi se servir utilement et pour la gloire de Diea des puissances scientifiques remises par lui entre nos mains? N'en doutons pas. Dieu ne fait rien d'inutile, et puisqu'il a donné à la science cette fécondité, et à l'esprit humain celte force, il est conforme aux desseins de Dieu que nous demandions à la science tout ce qu'elle peut fournir à nos besoins ou à nos jouissances légitimes, et qu'avec reconnaissance envers Dieu, nous poussions dans tous les sens, aussi loin que nous le pourrons, nos conquêtes sur la nature.

En outre, et dans les conditions terrestres de Thomme, qui est esprit et matière à la fois, telle est la correspondance intime établie par le Créateur entre l'ordre physique et Tordre moral, que les progrès réalisés par l'homme dans l'une de ces deux sphères font sentir inévitablement leur contre-coup dans l'autre.

INFLUENCE DES SCIENCES SUR LA Cn'ILISATlON

Ce n'est pas seulement la vie matérielle, comme on pour-

it le croire, c'est la civilisation h tous ses degrés qui est ofondément modiûée, et placée dans des conditions nou- Iles, par les applications infinies de la science moderne. ne vois pas dans toutes les branches de Tactivité butine, dans toutes les sphères de la vie sociale, un seul int où, d'une façon ou d'une autre, la science n'étende d influence. De nouveaux secrets sont chaque jour arraës à la nature : les distances sont supprimées, les élémts domptés, les communications accélérées, les moyens iction multipliés à un degré incalculable; la parole a esque acquis la rapidité de la pensée : on se parle intan- Qëment d'une capitale à Vautre, d'un continent à l'autre, travers :les mers. Qui ne voit que non-seulement le comerce, l'industrie, l'agriculture, les arts, mais encore la ëdecine, la navigation , la guerre, la politique, les idées, . religion, les mœurs, tout en un mot, par un côté ou par lutre, se trouve atteint par ce vaste mouvement de découîrtes et d'applications spécifiques, qui va toujours granissanty et puise chaque jour dans son développement acais de nouveaux développements : vires acguirit eundo? L'idée que j'exprime ici, un orateur catholique du coures de Malines, en 1863, M. Cochin, dans un très-remaruable discours su ries progrès de l'industrie et des sciences, i développait à sa manière, avec la vivacité, l'éloquence, b la solidité qu'on lui connaît :

€ Ces progrès de Tindustrie, des arts, des sciences, disaitil, vous les appelez des progrès matériels? Non, non, ce sont là des progrès moraux ! Autant dire que l'imprimerie est un progrès matériel, en songeant à ce qui imprime et non à ce qui est imprimé, en songeant à la casse, au rouleau, à la presse, et non à la pensée rendue présente, immortelle et rapide. Racheter l'homme du fardeau écrasant de la distance, qui dévore son temps déjà si court, borne ses études, étouffe ses cris et ses réclamations ;

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a rendre la vie plus facile, les relations, les études, les a échanges plus faciles ; plus faciles les missions, les con- « ciles, les réunions comme la nôtre ; plus faciles les gou- « vernements, les réponses qui portent la paix, les secours « aux opprimés, aux malades^ aux soldats qui combattent, « aux exilés qui pleurent, ce sont là, Messieurs, des progrès « moraux ; et il en est ainsi, par un certain côté, de tous « les progrès : de la culture qui porte enfin la viande et le « vin sur la table du pauvre; de la machine qui rachète un « effort ; du chloroforme qui rachète une douleur ; de la « sténographie qui fixe ma parole en rachetant Tinfirmité « de la mémoire ; de la lithographie qui cloue une image a gracieuse dans la mansarde de la pauvre fille ; de la pho- « tographie, qui procurera au pauvre cette joie du riche, « les portraits de famille ; de toutes ces inventions qui « rendent le métier moins malsain, l'air respirable plus « pur, Peau plus abondante, en trois mots, la vie plus « facile, le corps plus vigoureux, l'âme plus libre. Toutes « les sciences, je Tai dit, sont des arguments de Diea* « Tous les progrès sont des intrumenls de Dieu. »

Telle est donc de nos jours Timportance incontestable et Tuniverselle influence des études scientifiques. Eh bien! tout cela, moi aussi, je Tadmire en le constatant : oui, j'admire ces puissances nouvelles remises aux mains de lliumanilô par la science ; et sans m'arrêter aux alarmes des esprits défiants qui s'en effraient, il me suffit que ces nouvelles forces puissent être employées au bien et consacrées à Dieu et au progrès véritable des âmes. Dans le vrai, comment ne pas voir, dans cette étonnante fécondité et celle universelle influence des sciences humaines, une grande loi providentielle? Là donc, là, comme partout, l'homme, le chrétien, au lieu d'abdiquer les forces dont il dispose, a le grand devoir de les tourner vers le but marqué par Dieu: et j'ai assez de confiance dans l'humanité et dans la vertu

da bien, poar croire qu'il en sera ainsi de la science moderne. Les hommes qui veulent la précipiter dans l'athéisme ne prévaudront pas ; et puisqu'elle peut servir aux grandes choses» j'ai l'espoir qu'elle servira au triomphe de la vraie ciTilisation, au progrès moral, à la diffusion de la vérité, an triomphe de l'Eglise. Peut-être la cupidité croîtra avec les moyens de la satisfaire ; mais pourquoi le dévoûment ne croltrait-il pas aussi avec les moyens de servir la justice? Si les idées subversives peuvent être propagées plus rapidement, pourquoi les saines doctrines ne se répandraient- ^es pas avec plus d'ardeur encore ? Et par les chemins ouverts aux marchands et aux conquérants, pourquoi les qtôtres ne passeraient-ils pas les premiers, portant à tons le» peuples la bonne nouvelle de TÉvangile? Non, il n'y a iucune raison de s'alarmer ; il n'y a qu'un devoir de plus imposé à l'humanité en général, et aux chrétiens de nos jours en particulier. Je déplorerais, pour ma part, qu'on crût les fils de l'Église, je ne dis pas hostiles, mais simplement indifférents et étrangers aux progrès de la science et de l'industrie modernes. Je dis plus : ils devraient être à la tête de ce mouvement, pour le diriger et le faire servir à la diffusion et à Texaltalion du règne de Dieu sur la terre. £t le clergé, là comme ailleurs, je l'ajoute avec une conviction profonde, devrait marcher en avant.

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