LETTRE XXVIII. — RÉCAPITULATION ET CONCLUSION
règlement, dans toute vie. Elles forment comme Téducalion générale de l'intelligence; elle constituent ce fonds commun d'idées élevées qui permet aux hommes cultivés d'un pays de se rencontrer et de s'entendre sur les sommets de l'esprit humain.
Donc, quelque spécialité qu'on embrasse, il ne faudrait pas tellement s'y renfermer qu'on n'en sortît jamais. Rien n'est meilleur pour tous, évidemment, que d'entrer en quelque commerce d'esprit avec les grands écrivains et les grands penseurs. Je voudrais donc qu'on y revînt de temps en temps, ne fît-on — et je le dis, afin de pousser l'indolence et l'incurie jusque dans leurs derniers retranchements — qu'en relire quelquefois avec attention quelques belles pages. Quoi d'ailleurs de plus facile et de plus agréable?
5<» A plus forte raison est-il nécessaire de ne négliger, en aucun cas, sous aucun prétexte, l'étude de la religion. Cette obligation, pour un honnête homme, est rigoureuse, absolue, de premier ordre. Non qu'on soit tenu à tout ce que j'ai indiqué; mais il en faut faire au moins quelque chose. Et si un homme du monde, quel qu'il soit, trop absorbé par les affaires, voulait du moins essayer ce que je vais dire, il trouverait un moyen sûr et facile d'apprendre la religion, en lisant avec soin, simplement les trois petits volumes de Lhomond : VHistoire de la religion avant Jésus-Christ^ la Doctrine chrétienne^ et VHistoire de l'Eglise : — à tout le moins le Catéchisme chrétien présenté aux hommes du monde^ que j'ai publié.
Et quant aux preuves de la religion à l'apologétique, qui donc ne pourrait pas lire, par exemple, la Méthode courte et facile pour se convaincre de la vérité de la religion^ par l'abbe Gosselin; le premier volume du Christianisme présenté aux hommes du monde, par Fénelon ; les Pensées de Pascal ; ou la deuxième partie du Discours sur l'histoire universelle; ou, de temps en temps, quelques conférences
de M. Frayssinous ou du P. Lacordaire? Encore une fois, est-ce trop demander ?
6° Mais je veux pousser la condescendance encore plus loin. Il y a un livre que tout le monde connaît, que tout le monde a entre les mains, TEucologe. Et bien I je le dis avec une très-profonde conviction : un Eucologe est un livre incomparable; et si Ton savait s'en servir, le méditer, et en extraire les trésors qu'il contient, il pourrait à lui seul tenir lieu de bien des livres. Les plus grandes beautés de rÉcriture sainte, le dogme et la morale chrétienne, partout répandus dans les admirables formules liturgiques, l'histoire même de la religion, dans ses points essentiels, et toute la vie de Notre-Seigneur se déployant dans cette belle ordonnance des fêles chrétiennes, tout cela constitue une connaissance très-étendue de la religion, et tout cela, c'est TEucologe : mais on n'y prend pas garde, on n'en tient aucun compte, parce qu'on a eu ce livre entre ses mains dès l'enfance, et qu'on s'est accoutumé à le traiter avec une irréflexion, une routine et une vulgarité déplorables. Chrétiens, hommes du monde, vous surtout qui connaissez si peu ou si mal votre religion, lisez donc au moins et méditez votre Eucologe.
70 Ainsi donc, travailler, occuper utilement ses loisirs, sortir à tout prix d'une vie oisive, stérile et perdue; pour
cela, SE CHOISIR une étude selon ses aptitudes et ses GOUTS, — ET s'y attacher RÉSOLUMENT ET AVEC SUITE ; — UC paS
toutefois l'enfermer dans une spécialité, mais s'occuper de temps en temps au moins de littérature, de philosophie et d'histoire; surtout ne pas négliger l'élude de la religion: voilà, mon cher ami, mes premières et capitales recommandations.
8° Mais certes, je voudrais plus de ceux qui peuvent plus.
Quand je vois ce que pourraient, s'ils se décidaient à travailler, ceux à qui je m'adresse , et quand je regarde en