APPLICATION DES SCIENCES A L*INDUSTRIE ET AUX CHOSES DE LA VIE
Considérons maintenant r application des sciences aux choses de la vie : comment n'être pas frappé de Tétonnante fécondité dont Dieu les a dotées pour notre service? C'est le caractère propre de toutes les sciences naturelles, que leurs théories même les plus abstraites peuvent aboutir aux
applications les plus inattendues et les plus utiles. De nos jours, comme on Ta si bien dit, ce n'est pas le hasard qui donne à Vindustrie ses plus lucratives inventions ; c'est la science. Tout commence par la science. C'est l'analyse mathématique qui, découvrant la loi de l'attraction et dressant les tables du soleil et de la lune, a calculé et annoncé les marées, étendu le domaine de la géographie, et assuré la navigation» C'est en étudiant l'électricité, chose qui ne semblait guère susceptible d'aucune application, que la science a trouvé le paratonnerre et le télégraphe. Car il y a cela d'admirable dans la science : ce qui hier n'était qu'une découverte scientifique devient aujourd'hui une application utile ; si bien que la science, en continuant sa marche vers les vérités spéculatives, sans paraître s'occuper de leur emploi, crée les plus utiles inventions, et qu'elle donne l'utile à la société à chaque pas qu'elle fait vers le vrai ou vers le beau *.
Qui n'est frappé de tout ce que notre siècle a réalisé de progrès en ce genre, et qui pourrait assigner les limites où la science moderne s'arrêtera? Les espérances nous sont ici permises sans orgueil ; car une découverte amène une autre découverte, un progrès devient le point de départ d'un progrès nouveau. La science sert l'industrie ; l'industrie à son tour sert la science, et toutes les sciences se poussent, s'élèvent mutuellement les unes les autres. On peut dire qu'il y a ici pour les sciences, une fois lancées dans la voie du progrès, une loi analogue à la loi physique qui emporte les corps avec une vitesse accélérée.
Or, rien ne me paraît plus beau que cette action et cette réaction de la science sur l'industrie, et de l'industrie sur la science, et que ce spectacle de toutes les sciences en travail pour donner la vie à des inventions utiles, et s'élevant
* M. Saint-Marc Girardin.
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toutes ensemble, par leurs progrès mutuels, vers des pro* grès nouveaux.
Certes, je suis loin de penser que le progrès matériel soit tout pour les sociétés humaines, et que ce genre de progrès soit incompatible avec une profonde décadence morale. Les jouissances du bien-être ne remplaceront jamais les venus sociales ; jamais la matière ne remportera sur Tesprit ; et toujours, d'ailleurs, malgré nos machines et toutes nos inventions, Dieu aura en main quelque moyen inattendu et fondroyant de nous rappeler son souverain domaine sur la nature, et notre absolue dépendance.
Du reste, si Timpiété peut essayer de tourner contre Dieu les bienfaits de la science, les hommes de bien ne peuventils pas aussi se servir utilement et pour la gloire de Dieu des puissances scientifiques remises par lui entre nos mains? N'en doutons pas. Dieu ne fait rien d'inutile, et puisqu'il a donné à la science cette fécondité, et à Tesprit humain cette force, il est conforme aux desseins de Dieu que nous demandions à la science tout ce qu'elle peut fournir à nos besoins ou k nos jouissances légitimes, et qu'avec reconnaissance envers Dieu, nous poussions dans tous les sens, aussi loin que nous le pourrons, nos conquêtes sur la nature.
En outre, et dans les conditions terrestres de l'homme, qui est esprit et matière à la fois, telle est la correspondance intime établie par le Créateur entre l'ordre physique et Tordre moral, que les progrès réalisés par l'homme dans l'une de ces deux sphères font sentir inévitablement leur contre-coup dans l'autre.