‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 4)Chapitre 50 sur 75 · LETTRE XXVI. — L'HISTOIRE DU L'ÉOLISE · texte numérisé non relu

LETTRE XXVI. — L'HISTOIRE DU L'ÉOLISE

J'ajoute une considération d'une extrême importance : c'est que Thistoire de TEglise, malgré le mélange inévitable de rinfirmité humaine, et jusque parmi les ombres des plus mauvais siècles, offre, à qui sait regarder, le grand et beau spectacle d'une société vraiment sainte : sainteté tellement inviolable, qu'elle subsiste malgré les vices, les passions, et tous les scandales des hommes. On la voit constamment briller, avec un éclat supérieur et persévérant, non-seulement dans son enseignement toujours vrai et sa discipline toujours pure, mais dans sa vie réelle, dans ses œuvres, dans ses institutions, dans les grands faits, dans les résultats vrais et durables de son action sur le monde ; et surtout dans cette multitude innombrable de grands hommes et de grands saints qu'elle enfante à Jésus-Christ avec une inépuisable fécondité, partout où est annoncé l'Evangile. Et quelles plus grandes âmes que celles de nos Saints et de nos Saintes, quel plus beau spectacle à étudier de près que celui de leurs vertus et de leur héroïque vie !

Tel est donc le double intérêt de haut enseignement pour l'esprit, et de profonde édification pour Tâme, que présente l'histoire de l'Eglise.

Quant à la manière de procéder en cette étude, voici quelques simples avis qui pourront n'être pas inutiles.

L'histoire ecclésiastique est sans contredit la plus vaste et la plus variée de toulesles histoires, puisqu'elle embrasse tous les peuples, et comprend une suite de dix-neuf siècles. Or, il y a trois choses à remarquer dans une telle histoire : d'abord la marche générale et progressive des faits, pendant toute la durée de l'Eglise ; la distinction de diverses époques marquées par certains caractères dominants; enfin la suite et le progrès de certains grands faits plus ou moins généraux, lesquels, pour être mieux connus et mieux jugés, ont

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besoin d'être dégagés des autres faits et étudiés à part* Gela posé, Je dis d'abord :

4« Que» pour l'histoire de l'Eglise, comme pour toute autre espèce d'étude, il faut prendre pour point de départ un ouvrage élémentaire, qu'on lira avec grand soin, la plume à la main, avant de s'engager dans des études plus étendues.

En voici quelques-uns parmi lesquels on peut choisir :

Le cours d'histoire ecclésiastique de M. Tabbé Blanc ofn« dans le premier volume une bonne introduction à rhistoire de l*ÊgU8e, et dans les deux autres volumes un assea bon abrégé.

Dans V Histoire ecclésiastique d'Alxog, traduite par M. Audley (3 vol ), on trouve beaucoup de vues générales et d*aperçus élevés, trop hasardés peut-être quelquefois;

Le Cours d'histoire ecclésiastique^ par un directeur du grand séminaire de Grenoble (3 vol.)* c'est fort court et très-estimé ;

Le résumé en quatre volumes de M. Tabbé Drioux.

Beaucoup plus sommaire, mais d'un vrai et très-rare mérite, est V Histoire de VEglise^ par Lhoniond : un seul volume. Vous qui lisez peu, qui ne lisez rien, lisez au moins Lhomond. C'est un livre très-atlachant, très-complet dans sa brièveté, avec des vues toujours élevées, et un style uoble. — Je maintiens qu'un homme du monde qui aura lu avec soin Tun des ouvrages précités, soit Tabbè Blanc, Alzog, le Cours d^histoire ecclésiastique de Grenoble, ou celui de M. Drioux, et surtout Padmirable abrégé de Lhomond, possédera sur l'ensemble de l'histoire de l'Église, au triple point de vue indiqué ci-dessus, des idées précises et justes, et aura fait un travail court, dont il lui restera une trèssolide et très-sufQsanté instruction.

8« Étant lue toute la suite de l'histoire de TÉglise dans un des abrégés que nous venons d'indiquer, si on veut fkire

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sur cette histoire un travail plus étendu, on peut entreprendre l'étude que voici :

Reprendre celte histoire par époques, puis comparer les époques entre elles et les éclairer les unes par les autres. O'est dans un tel travail qu'on remarquera les causes des événements, qu'on rapprochera les effets des causes, qu'on suivra dans leurs développements les grandes lignes de l'histoire, et qu'on pénétrera enfin dans la philosophie de l'histoire, étude si hasardée et souvent si fausse, quand elle est égarée par l'esprit de système, mais si profondément instructive, lorsqu'elle ne s'appuie que sur l'analyse consciencieuse des faits.

3° Enfin, on peut étudier séparément, dans toute leitr suite, certains grands faits, qui, à raison de leur haute importance historique, méritent d'être plus sérieusement approfondis : les Croisades, par exemple, ou la lutte du Sacerdoce et de l'Empire.

Cette manière d'étudier l'histoire peut sembler longue; mais il n'y a qu'elle qui soit grande, tout à fait lumineuse, et véritablement complète.

i"* J'ai pu indiquer, pour la suite des faits de l'histoire ecclésiastique, plusieurs auteurs élémentaires; mais si on me demande une bonne histoire générale de l'Église, j'avouerai mon embarras. Il y a cette lacune dans notre littérature ecclésiastique : nous manquons d'une histoire de l'Église qui soit à la fois complète et à l'abri de graves critiques. Le Vfii^ siècle nous a laissé des collections et des travaux, incomparables sous le rapport de l'érudition, et nous avons le grave tort aujourd'hui de les trop négliger. On dirait que ces grands travaux nous font peur. Mais une histoire véritable, c'est-à-dire une œuvre d'art en môme temps que de science, le xvip siècle ne nous en a légué qu'une, celle de Fleury. Fleury est incontestablement un historien éminent : rien n'égale la simplicité grave et noble

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de son style ; le charme de ses premiers volumes est extrême ; mais le développement du dogme est trop peu marqué dans son histoire, et ses opinions relativement à la Papauté sont souvent très-répréhensibles. Il serait indispensable de lire concuremment la Critique de son histoire^ par Marchetti.

L'abbé Rohrbacher a, dans une œuvre considérable, amassé et compilé d'immenses matériaux : mais on sait assez quels justes reproches la critique lui a faits.

L'histoire de Berrault*Bercastel, continuée par M. Hennon, n'est que de second ordre.

5* Nous sommes plus riches en travaux partiels sur This* toire de l'Église :

Soit rhistoire d'une Église particulière, telle que VEistoire de VEglise gallicane^ par le P. Longueval, continuée par les PP. Brumoy et Berthier, œuvre du plus grand intérêt, récemment rééditée par l'abbé Jager;

Soit l'histoire d'un grand fait, telles que VHistoire de Photius et du schisme grec^ par l'abbé Jager ; VHistoire de la réforme en Suisse^ par Haller;

Soit l'histoire des grands Papes, des grands Évéques et des grands Moines, où l'art des écrivains modernes résume souvent toute une époque. Par exemple, VHistoire de saint Chrysostome^ par l'abbé Martin, ou celle par l'abbé Rochet;

VHistoire d'Innocent III^ par Hurter;

Et de Grégoire VII, par Voigt;

VHistoire de la Papauté aux AT/« et XVII" siècles^ par Ranke : on y trouve sans doute encore bien des préjugés protestants, et moins d'impartialité au fond qu'on ne le croirait; cependant il a complètement renouvelé l'impression générale sur la Papauté au xvi« et au xvii* siècle. Personne avant lui n'avait révélé ou connu ces grands et bons papes que Dieu a donnés à son Eglise, depuis Pie IV jusqu'à Clément XI ;

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On peut lire encore VHistoire de la lutte des Papes avec la maison de Souabe^ par M. Gherrier, écrite avec science et noblesse;

Et aussi VHistoire des Papes pendant leur séjour à Avignon^ par Tabbé Christophe.

J'ajoute ici, pour ce qui concerne les missions catho* liques, Tadmirable collection^ trop négligée aujourd'hui, des Lettres édifiantes, continuées par les Annales de la Propagation de la Foi ;

Et pour des temps plus près de nous, les Mémoires pour servir à Vhistoire ecclésiastique au XV IW siècle^ par M. Picot;

Les Mémoires du cardinal Pacca ;

Ceux du cardinal Consalvl, récemment publiés, si curieux et si instructifs ;

VHistoire de la captivité de Pie F/, par M. l'abbé de la Couture, et VHistoire de Pie VIU par M. le chevalier Artaud.

Un des grands intérêts de l'histoire de l'Église, pour rinstruction non moins que pour l'édification, je l'ai dit, c'est la vie des Saints ou des grands personnages de l'Église, et rien en même temps n'est d'une plus facile lecture que les ouvrages de ce genre.

Quel charme élevé pour l'esprit et pour Tâme à lire, par exemple :

Les Actes des Martyrs;

La Vie des Pères du désert;

Les Moines d'Occident, par M. de Montalembert;

La Vie de saint Dominique, par le P. Lacordaire ;

De saint François d'Assise, par M. Chavin de Malan;

De sainte Elisabeth de Hongrie, par M. de Montalembert, ouvrage dont l'Introduction est une étude admirable sur le Xlll' siècle;

De saint Pie 7, par M. de Falloux;

414 LVTTRM A UN SOliliB bU M0NDB.

De saint François de SaUs^ par M. Tabbé Hamon ;

De saint Vincent de Paul^ par Abely ;

De M, Olieî\ par l'abbé Paillon ;

De Fënelon, par le cardinal de Bausset ; ; De M. Emery^ par M. Gosselin.

Voilà incontestablement de très-excellentes et do trèsintéressantes lectures pour les hommes du monde.

Je compléterai du reste ces indications dans un spécimen de bibliothèque, que je me propose de placer sous vos yeux,

Je termine tout ceci par un aveilissement qui est à mes yeux d'une capitale importance.

Un danger qui se pourrait rencontrer pour quelques*^ane dans rétude de l'histoire ecclésiastique, se serait de s'étonner outre mesure et de se scandaliser même, là où les grands et humbles esprits ne font que s'élever et s'affermir dans la foi. La suite de la religion et de l'Eglise est un fait divin, mais qui s'accomplit dans rhumanité. Dans cette histoire il y a Dieu et il y a Thomme; Dieu avec sa force tout&puissante, et Thomme avec son éternelle misère ; l'homme qui pèche et se peut corrompre, quand il lui plaît^ et Dieu qui soutient l'Eglise, qui la conserve et y fait son œuvre, malgré l'infirmité ou la perversité humaine. Une société en laquelle, pendant une durée de dix-neuf siècles, nul scandale ne se verrait, et qui ne compterait que des saints pour membres, serait un miracle que Dieu n'a pas promis, et qui n'était pas nécessaire pour faire resplendir le côté divin de TÉglise. Le côté divip, celui dont, pour ma part, j'ai toujours été profondément frappé, le voici : c'est que, malgré les infirmités et les défaillances des hommes, TËglise ellemême ne défaille pas : une Église toujours pure dans sa doctrine, toujours irréprochable dans ses lois, et toujours

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féconde pour engendrer h Dieu des saints, malgré les faib)«8«e» d'un grand nombre de ses enfants, et quelquefois mèmiB de «es ministres, une telle Eglise, visiblement, n^est portée que par la main divine ; et quand il y a bientôt deux mille ans que cela dure, il faut dire que le doigt de Dieu est là, ou qu'il n'est nulle part : qui ne voit pas cela ne verra jamais rien. L'histoire de TËgiise le révèle à quiconque sait regarder et comprendre, et voUà ce qui en fait le haut intérêt et to grande utilité.

YINGT-SEPTIÊME LETTRE

Ëtude de l'Écriture sainte.

Mon cher ami.

J'arrive enfin, — et c'est par là que je terminerai ce que j'avais à vous dire sur les études qui se rattachent à la grande science de la religion, ^ j'arrive à un point très<«important, très-intéressant, mais qui a ses difficultés et ses délicatesses : je veux dire l'étude de la sainte Écriture.

« Je ne crois pas avoir besoin de vous recommander la « lecture de l'Ëcriture sainte, » écrivait le président d'Aguesseau à son fils. « Je prie Dieu, mon cher fils, que f vous vous y attachiez toujours avec fidélité pendant le « cours de votre vie. »

tel était le sentiment de ce grave magistrat sur la lecture de rËcriture sainte. Cette lecture lui paraissait si naturelle et si nécessaire à un chrétien, qu'elle allait, selon lui, comme de soi, et ne devait jamais être abandonnée.

D'Aguesseau était dans le vrai, et comme lui je conseille

4M LBTTRBS A UN HOMMB DU MONDE.

sans hésiler la lectare de TÊcriture sainte, dans une certaine mesure et sous certaines conditions, aux laïques instruits de la religion, suffisamment préparés à cette étude, et par là même en état d*en profiter.

Je vais expliquer ma pensée et entrer dans le détail.

L*Eglise, on le sait, a mis, pour de trés-sages motifs, des restrictions à la lecture de l'Ecriture sainte en langue vulgaire; mais Tesprit de TEglise est certainement que les fidèles, qui en sont capables, connaissent et lisent les livres saints avec les autorisations et les précautions nécessaires.

Cette lecture était très-ordinaire dans les premiers siècles de TEglise.

C'est ce que Fénelon démontre avec étendue, et c'est là son point de départ dans sa grande et belle lettre sur la lecture de l'Ecriture sainte en langue vulgaire. Cette lettre se trouve dans ses œuvres, et aussi dans le recueil intitulé : La vraie et solide piété, d'après Fénelon ; et je conseille fort aux hommes du monde de la lire :

c Les laïques, dit Fénelon au début de cette lettre, li* « salent les saintes Ecritures dans les premiers siècles de c TEglise. Pour s'en convaincre, il ne faut qu'ouvrir les ff livres de saint Cbrysostome; il dit, par exemple, dans sa « préface sur l'épitre aux Romains, qu'il ressent une vive « douleur de ce que beaucoup de fidèles n'entendent pas < saint Paul comme il le faudrait, et de ce que l'ignorance c de quelques-uns va jusqu'à ne savoir pas le nombre de ses A éptlres; il ajoute que ce désordre vient de ce qu'ils ne a veulent pas avoir assidûment ses écrits dans leurs mains; f il ajoute que Tignorance des saintes Ecritures est la a source de la contagion des hérésies et de la négligence c( dans les mœurs. Ceux, dit-il, qui ne tournent pas les « yeux vers les rayons des Ecritures tombent nécessaire-

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« ment dans des erreurs et dans des fautes fréquentes. Tout < ce discours regarde les laïques qui écoutaient les sermons « de ce père.* »

Féneion cite ensuite Tautorité de saint Jérôme.

Saint Jérôme, on le sait, recommandait la lecture de la sainte Ecriture à tous ces grands chrétiens, à toutes ces femmes illustres qu'il dirigeait à Rome ; et non-seulement, aux vierges et aux veuves, à Paula, à Marcella, à Blesilla à Eustochium, mais encore aux mères de famille et aux enfants. Lui-même leur expliquait les saints Livres, et il avait enflammé d'une si grande ardeur pour cette étude ces illustres Romaines, qu'elles lisaient la fiible, non-seulement dans rédition latine, mais encore dans la version grecque, et même dans le texte hébreu.

Il écrivait à la vierge Eustochium, fille de Paula : « Lisez « sans cesse VEcriture ; que le sommeil vous surprenne ce « saint livre à la main, et si votre tête s'incline fatiguée, c qu'elle tombe sur les pages sacrées, s

Il recommandait même aux femmes chrétiennes d'apprendre tous les jours par cœur un nombre déterminé de versets. Il voulait que cette étude fit partie du travail de leur journée : t Ne vous livrez jamais au repos, leurdisait- « il, qu'après avoir rempli de ce travail la corbeille de « votre cœur.

* tnlérim tamen doleo ac moleste fero quôd virum hune non omnes , sictit par est^ cognoscunt; verum ita Ulum nonnulli ignorant^ ut ne Epistolarum quidem ejus numerum plané sciant. Uoc vero non imperitia facity sed quàd nolint beati hujus viri scripla assidue in manibus habere,

Siquidem hinc infinita exorta sunt mala, ab ipsa videîicet sacrarum Scripturarum ignoratione : hinc multa hœreseon lues pullulavit : hinc vitœ in mullis neylectus : hinc inutiles ac hicro carentes lahores, Nam quemadmodum qui luminis hujus usura sunt privatiy nequaquam recta ingredi possunt; ita qui ad divinarum Scripturarum radios oculos non inlendunt, necessarià in multa fréquenter errata incurrunt, perinde ac si in tenebris periculosissimis ambulareni ; id quod ut ne eneniat^ oculo$ ad ipsum apostolicorum verborum fulgorem adaperiamus.

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f Ayez toujours, leur disait-il encore, la sainte Ecriture c dans les mains. •

Saint Jérôme voulait même que récriture sainte entrât dans Tëducation, et fût le livre avec lequel surtout on formerait r&me des jeunes enfants. Et dans sa belle lettre à Lœta> sur l'éducation de sa tille, il lui disait expressément : « Dès sa plus tendre enfance, apprenez-lui nos doux • psaumes... Et quand elle commencera à être un peu plus « grande, qu'on la cherche en vain sur les routes du siècle, t et qu'on ne la trouve que dans le sanctuaire des Ecritures, « consultant les prophètes et les apôires. 9 11 ajoute : « Qu'elle vous apporte tous les jours son ouvrage réglé, qui « sera un recueil des fleurs de TEcriture; qu'elle apprenne t le nombre réglé des versets grecs, et qu'ensuite elle s'insa truise sur l'édition latine. » Au goût des pierreries et des étoffes de soie, si naturel à ce jeune âge, il demande qu'on substitue un goût plus digne d'une chrétienne, Tamour des Livres saints.

t Que si ce Père, ajoute avec raison Fénelon, voulait < qu'une très-jeune fille apprit ainsi toutes les saintes Ecrif tares, et les sût presque toutes par cœur, que ne doit-on « pas conclure pour tous les hommes d'un âge mûr, et pour « toutes les femmes d'une piélë et d'une discrétion déjà « éprouvées? »

Aussi, ce n'était pas seulement aux femmes, mais encore aux hommes du monde, à ses amis, au sénateur Pammachius, à l'avocat Magnus, à saint Paulin de Noie, poète et littérateur renommé avant d'être un grand et saint évêque, et & bien d'autres, que saint Jérôme conseillait celte étude des Livres saints. Et cela, non pas seulement pour leur âme, mais encore pour leur talent. Après avoir reçu du disciple d'Ausone une lettre élégante, accompagnée d'un panégyrique éloquent de Tempereur Théodose, il lui écrivait : « Oh ! s'il m*ètait donné de conduire un génie tel que

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« VOUS, non sur les monts. Aoniens, ou sur les sommets de « l'Hélicon, comme disent les poêles, mais sur les cimes A sacrées du Sinaï ou du Thabor, il naîtrait, parmi nous « quelque chose que la docte Grèce nous envierait. »

En un mot, il n'y a rien de plus fréquent dans la vaste correspondance de saint Jérôme que le conseil répété sans cesse et à tous, de lire, de méditer les Livres saints.

Ce goût des premiers âges chrétiens pour les Livres saints est bien facile à concevoir. Qu'est-ce en effet que l'Ecriture? L'Ecriture est la parole de Dieu : c'est la vérité éternelle, c'est la lumière divine cachée sous les saintes lettres. Comment ne pas sentir qu'il y a là le plus riche des trésors, et le meilleur des aliments pour l'intelligence comme pour le cœur?

Quand nous lisons les Ecritures, ce n'est pas avec un sage, avec un génie, si grand fût-il, que nous entrons en commerce, mais avec l'Esprit de Dieu lui-même; ce sont les pensées mêmes de réternelle sagesse que nous entendons, que nous recueillons, et cela sur les sujets les plus hauts et les plus divins, touchant aux profondeurs les plus intimes et les plus délicates de notre être, aux intérêts les plus graves de notre vie temporelle et de notre éternité ! « Tout « ce qui a été écrit, et divinement inspiré, « dit saint Paul, a l'a été pour nous instruire, nous exhorter, nous corriger, « nous élever dans la justice. » En un mot, les plus hautes vérités, les plus pures et les plus sûres lumières dont les âmes aient besoin sur la terre, sont dans ces pages sacrées. 11 n'y a pas un sentiment du cœur humain, pas une douleur, pas une tristesse, pas une aspiration, pas une joie, pas une espérance, à laquelle elles ne répondent.

Quand même l'Ecriture sainte ne serait qu'un livre humain, on pourrait dire que nul livre sur la terre n'est com-

parable à celui-là. C'est le plus ancien monument écrit dans la langue des hommes; c^est la seule histoire des origines du monde et des premières races humaines; il y a dans la Bible la cosmogonie la plus rationnelle, la philosophie la plus élevée, les traditions les plus antiques, la vérité de toutes les fables qui composent les antiquités des nations, Thistoire la plus authentique et la plus suivie, les plus grandes choses, en un mot, et dans le plus grand langage.

Au simple point de vue littéraire, en effet, il est reconnu sans conteste par tous les hommes de goûl que nulle littérature n^est comparable à la littérature biblique; nulle n'est plus variée et plus riche, plus colorée, plus éclatante, plus hardie. Il serait superflu d*insister sur un point si universellement admis. Nulle poésie, nulle éloquence ne pourrait soutenir le parallèle avec la littérature et rëloquence des Livres saints. Moïse, Job, Isaïe, David et tous les prophètes laissent loin derrière eux les plus grands poètes. L'Evangile présente des caractères différents, mais plus beaux encore: c'est un charme inimitable dans une divine simplicité. Rousseau n'a pas dit vainement : « La majesté des Ecritures « m'étonne, et la sainteté de l'Evangile parle à mon cœur. > Saint Paul a une verve, une vigueur et une grandeur qui n'appartiennent qu'à lui. Saint Jean, dans ses Epîtres, a une douceur et une élévation qui se sentent de ses communications plus intimes avec le Maître : « Dans son Evangile, « tout est sensiblement divin, » dit Fénelon. Son Apocalypse clôt splendidement le grand livre des révélations, et résume en quelque sorte toutes les beautés littéraires du texte sacré, de même qu'elle en est la divine conclusion.

On ne saurait donc trop exalter les beautés littéraires de la Bible, et à une telle étude, on le sent assez, le style comme l'âme ne peuvent que s'élever. Racine doit à son commerce

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