LIV. 1". — l'histoire
endroits celui où un fait sera mieux placé pour répandrela lumière sur tous les autres. Souvent, un fait montré par avance de loin débrouille tout ce gui le prépare. Souvent, un autre fait sera mieux dans son jour étant mis en arrière ; en se présentant plus tard, il viendra plus à propos pour faire naître d'autres événements. C'est ce que Cicéron compare au soin qu'un homme de bon goût prend pour placer de bons tableaux dans un jour avantageux. Videtur tanquant tabulas benepictas collocare in bono lumine. Ainsi, le lecteur a le plaisir d'aller sans cesse en avant sans distraction, de voir toujours un événement sortir d'un autre et de chercher la fin qui lui échappe, pour lui donner plus d'impatience d'y arriver
« Une circonstance bien choisie, un mot bien rapporté, un geste qui a rapport au génie ou à l'humeur d'un homme est un trait original et précieux, dans l'histoire; il nous met devant les yeux cet homme tout entier, c'est ce que Plutarque et Suétone ont fait parfaitement. C'est ce qu'on trouve avec plaisir dans le cardinal d'Ossat : vous croyez voir Clément VIII qui lui parle, tantôt à cœur ouvert, et tantôt avec réserve.
« Un historien, doit retrancher beaucoup d'épithètes superflues et d'autres ornements du discours; parce retranchement, il rendra son histoire, plus courte, plus vive, plus simple, plus gracieuse. Il doit inspirer par une pure narration la plus solide morale, sans moraliser : il doit éviter les sentences comme de vrais écueils. Son histoire sera assez ornée pourvu qu'il y mette avec le véritable ordre, une diction claire, pure, courte et noble, TWiil est in historia, dit Cicéron, pura et illustri brevitate dulcius. L'histoire perd beaucoup à être parée. Rien n'est plus digne de Cicéron que cette remarque sur les Commentaires de César :
« Commentarios quosdam scripsit rerum suarum, valde
quidem probandos : nudi enim sunt, recti et venusti, omni ornatu orationis, tanquam veste, detracto. »
« Un bel esprit méprise une histoire nue : il veut l'habiller, l'orner de broderie et la friser, c'est une erreur. L'homme judicieux et d'un goût exquis désespère d'ajouter rien de beau à cette nudité si noble et si majestueuse. »
« Le point le plus nécessaire et le plus rare pour un historien, est qu'il sache exactement le détail des mœurs de la nation dont il écrit l'histoire pour chaque siècle. Un peintre qui ignore ce qu'on nomme costume ne peint rien avec vérité. Les peintres de l'école lombarde, qui ont d'ailleurs si naïvement représenté la nature, ont manqué de science en ce point : ils ont peint le grand prêtre des Juifs comme un pape, et les Grecs de l'antiquité comme les hommes qu'ils voyaient en Lombardie. Il n'y aurait néanmoins rien de plus faux et de plus choquant que de peindre les Français du temps de Henri II, avec des perruques et des cravates, ou de peindre des Français de notre temps avec des barbes et des fraises.... Un historien qui présentera Clovis environné d'une cour polie, galante et magnifique, aura beau être vrai dans les faits particuliers, il sera faux par le fait principal des mœurs de toute la nation; les Francs n'étaient alors qu'une troupe errante et farouche, presque sans lois et sans police, qui ne faisaient que des ravages et des invasions : il ne faut pas confondre les Gaulois polis par les Romains avec ces Francs si barbares. Il faut laisser voir un rayon de politesse naissante sous l'empire de Charlemagne; mais elle doit s'évanouir d'abord : la prompte chute de sa maison replongea l'Europe dans une affreuse barbarie : saint Louis fut un prodige de raison et de verlu dans un siècle de fer... »
Telles sont les paroles de Fénelon : les professeurs d'histoire ne sauraient trop y chercher le secret de rendre leurs leçons également utiles et attrayantes pour leurs élèves.
liv. rr, — l'histoire»
Mais il faut descendre des hauteurs de ce bel enseignement de l'archevêque de Cambrai, en oublier quelques moments le charme, et achever d'indiquer ce que doit être notre classe d'histoire dans sa pratique la plus humble, mais aussi la plus nécessaire.
Pendant la leçon du professeur, il va sans dire que les élèves doivent écouter attentivement : il leur est cependant permis et même conseillé de prendre quelques notes; mais ces notes ne doivent être qu'un mot, une demi-phrase, jetés sur papier. Jamais on ne devra permettre. qu'ils fassent une sorte de sténographie de la leçon du maître, et n'aient plus ensuite que la tache paresseuse de la reproduire servilement. Il faut que leur rédaction ait quelque chose qui leur appartienne, et qu'en général le style en soit simple, clair, rapide, sans recherche ni ambition de langage. Nous ne voulons pas que cette rédaction se fasse sur des feuilles volantes, exposées au sort de celles de la sibylle, ludibria ventis .-nous tenons à ce que les développements demandés aux élèves soient écrits dans des cahiers cartonnés; et c'est là qu'ils devront les étudier de manière à pouvoir les bien raconter en classe.
Il a paru meilleur de dicter toute partie de l'histoire qui ne serait qu'une suite chronologique de dates et de faits sans détails. Autrement les élèves ne pourraient les retenir, ils en omettraient d'importants, et n'en comprendraient plus la suite. Ces dates, ces faits si abrégés, ne seraient plus qu'une vaine nomenclature qui ne laisserait aucune trace dans l'esprit.
Cette dictée sommaire est surtout nécessaire, quand on entre dans une période nouvelle de l'histoire. On peut même affirmer d'après le môme principe que tout ce qui est introduction, liaison des faits, faits résumés, doit être dit assez lentement, pour que les élèves puissent prendre exactement ces détails. Il n'est pas nécessaire que ceci soit
une dictée : chaque élève sait se former une méthode par laquelle il recueille facilement ses notes.
Ce que je demande surtout et très-particulièrement au professeur de dicter avec soin, c'est le sommaire précis de chacune de ses leçons, quelques lignes, que toute la classe écrira et conservera, qui serviront de résumé à la fin de la leçon, et d'introduction à la leçon suivante. Il y aura toujours de la sorte partage clair et facile du programme : d'un coup d'oeil le préfet des études saura ce qu'à enseigné le professeur; et tous ces sommaires seront pour les élèves le meilleur questionnaire et le meilleur résumé à l'époque des examens.
Quant aux anecdotes, aux faits développés, il faut les raconter sans que les élèves prennent de notes : c'est à leur mémoire à les retenir.
Le travail des élèves consistera donc :
4° Dans l'étude du précis historique.
En ces classes supérieures, le précis doit-il être appris mot à mot ? Je ne le pense pas ; je ne le crois même pas possible, puisqu'il s'agit d'une longue leçon apprise en très-peu de temps. Le sommaire devra servir de cadre, et la lecture attentive du précis fournira les détails et aidera à raconter les faits.
2° Dans la rédaction de leurs tableaux chronologiques.
Ces tableaux ayant pour but de résumer les connaissances acquises dans une certaine période de temps, ne devront guère être faits que tous les quinze jours ou tous les mois; puis à l'époque des examens.
3° Dans la rédaction des faits plus développés.
Le professeur devra s'imposer pour règle fondamentale, de ne donner dans sa leçon qu'un travail dont les élèves puissent faire la rédaction sans précipitation, pendant le temps d'étude qui suit la classe'.
' Ils doivent faire ces rédactions ou ces tableaux dans l'étude du soir