‹ De la haute éducation intellectuelleChapitre 48 sur 80 · LE COTÉ DIVIN DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LE COTÉ DIVIN DE LA SCIENCE

Parmi tous les noms que Dieu a voulu se donner dans les saintes Écritures, et qui nous révèlent chacun quelque grandeur de l'Être infini, il en est un, d'ordinaire moins remarqué, mais bien digne de l'être, et dont, pour ma part, j'ai toujours été touché.

Dieu s'appelle le Dieu de paix, le Dieu de bonté, le Dieu de sagesse, le Dieu des justices, le Dieu des armées : il s'appelle aussi le Dieu des sciences

Ce nom pourrait étonner d'abord ; pourquoi Dieu se donne-t-il ce nom ?

ment attachés. Cependant ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient faire ; et bien loin de s'en prendre aux observateurs du peu d'avancement de la science, on ne saurait trop louer leur assiduité au travail et leur patience. »

En approfondissant cette idée, on voit clairement qu'il est impossible de donner un système général, une méthode parfaite, non-seulement pour 1 histoire naturelle entière, mais môme pour une seule de ses branches.

1 Deus scientiarum dominus est. (Liv. Iiois, II, 3.)

11 y en a une raison profonde : c'est qu'en effet la science est divine ; elle a un côté divin ; et j'avoue que quand je lis au livre des révélations ce que Dieu lui- môme nous en dit, les singulières grandeurs qu'il en découvre, et les éloges multipliés qu'il en fait, je suis dans l'admiration.

La science est divine, non-seulement parce que connaître, savoir, comprendre, pénétrer, c'est le trait divin dans l'homme, c'est le cachet de sa ressemblance avec Dieu, c'est par là que l'homme participe en quelque sorte à l'intelligence suprême qui a la science de tout; mais la science est divine, pour des raisons plus spéciales, plus intimes encore.

Et d'abord, l'objet même de la science, nous l'avons vu, qu'est-ce autre chose, au fond, que l'étude des œuvres de Dieu, et par conséquent de Dieu dans ses œuvres?

La nature est son ouvrage; il est l'ouvrier des mondes et le créateur de l'homme : substance et forme, lois et phénomènes, essence de vie, il a tout fait, tout ordonné avec une infinie puissance et une infinie sagesse. Et sur son œuvre il a laissé, comme disent les théologiens catholiques avec saint Thomas, un vestige, une empreinte de lui-même, une splendeur qui le révèle et le manifeste.

C'est Dieu, dit l'Ecriture, qui a disposé toutes choses, avec nombre, poids et mesure : Omnia cum pondère, m<mero, et memnrd disposuistl •; et toutes les merveilles de cet univers, les deux, la terre, les mers, et tout ce qu'ils renferment, et ces deux infinis de la grandeur et de la petitesse, ces êtres qui se succèdent, ces forces qui produisent les êtres et Jes phénomènes, ces lois qui conservent et les forces et les substances, toutceia, dit l'Ecriture, c'est l'œuvre de cette sagesse divine qui est en Dieu, qui est Dieu même, et qui a tout créé et tout ordonné : Omnium artifexsapientia,

« Sagesse, ii, il.

cum eo cuncta componem; et qui s'est joué dans ses merveilles, ludens in orbe terrarum

Tel est robjet de la science, voilà ce qu'elle recherche, ce qu'elle étudie, ce qu'elle veut découvrir. Elle scrute l'œuvre même de Dieu, et la sagesse de Dieu dans son œuvre. Voilà ce que j'appelle le côté divin de la science.

Il y en a d'autres aspects encore.

Ces recherches, c'est Dieu lui-même qui les a voulues, instituées, et qui les provoque ; et c'est lui aussi qui les dirige et les illumine. Dieu est à la fois l'instituteur et le maître de la science.

Il en est l'instituteur : car c'est lui, nous l'avons vu, qui a jeté au milieu de ces merveilles et de ces richesses de la nature l'homme avec ses vives facultés, son besoin et sa puissance de connaître, et qui lui a dit: Regarde, tout cet univers est là, devant toi, sous tes yeux; je le livre à ton investigation et à tes conquêtes. C'est l'expression même des Livres saints : Ecce dedi tibi omnem terram... universa... Et ailleurs : Mundum tradidit \

L'œuvre de Dieu est donc là, depuis le commencement des temps, et sous les yeux de l'homme, avec ses infinies merveilles et tous ses plus mystérieux secrets, provoquant sa curiosité, appelant sa recherche, lui posant mille problèmes, lui offrant mille découvertes.

De tout ce que nous affirmons ici, nous avons déjà cité une preuve frappante dans cette grande scène de la Bible, où l'on voit Dieu qui amène et fait passer tous les animaux aux pieds d'Adam, et Adam qui leur donne à tous leur nom : magnifique symbole de l'homme prenant, au nom de Dieu même, possession du globe par la science.

Mais l'Ecriture va plus loin encore, et au livre de Job,

1 Prov., vin, 30, 31.

f EccU.9 ni, 11.

c'est Dieu même, directement, qui provoque l'homme à la science, à l'investigation de ses œuvres, qui pose les questions, et trace pour ainsi dire le programme des sciences humaines.

Voici en quels termes magnifiques le problème scientifique est posé à la physique, à la mécanique céleste, à la géologie, à l'astronomie, à la météorologie, à l'histoire naturelle :

« Alors Dieu, répondant à Job du milieu d'un tourbillon, « lui dit :

« Ceins tes reins comme un guerrier : je t'interrogerai : n réponds-moi.

« Où étais-tu quand je posai les fondements de la terre ? « Dis-le moi, si tu le sais.

« Qui a mesuré la terre? Le sais-tu? Sur quoi repose « son inébranlable base? Qui a placé sa pierre angulaire;

« Alors que tous les astres du matin me louaient, et que « tous ces fils de Dieu brillaient avec allégresse devant moi ?

« Qui a mis une barrière aux élans de la mer? Qui lui a « dit : Tu viendras jusqu'ici, et pas plus loin ; là, tu briseras << l'orgueil de tes flots?

« Es-tu entré dans les profondeurs de l'Océan? As-tu pé- « nétré aux extrémités de l'abîme?

« As-tu considéré l'étendue du globe? Dis-le moi, si tu le « sais.

« Est-ce toi qui as donné des ordres au matin et montré « à l'aurore la place où elle doit briller dans le ciel?

« Sais-tu où habite la lumière, et quel est le lieu des té- « nèbres?

« Sais-tu par quelle voie se répand la lumière, etsedivise « la chaleur sur le monde?

« Es-tu entré dans le trésor des neiges? As-tu considéré « les richesses des frimas?

« Sais-tu quel est le père de la pluie, et qui engendre les « gouttes de la rosée?

« Connais-tu Tordre des deux, leurs lots, leurs rapports « avec la terre ?

a Est-ce toi qui envoie la foudre, et elle va; et à son re- « retour, est-ce à toi qu'elle dit : Me voilà?

« Est-ce toi qui pourrais réunir les pléiades, ou disperser « le groupe des étoiles de l'Ourse?

a Est-ce toi qui fais lever dans son temps sur les fils de « l'homme l'étoile du matin et l'étoile du soir? : « Qui racontera l'harmonie des cieux, ou qui pourra faire « cesser leurs concerts?

« Sais-tu même qui prépare au corbeau sa nourriture, « quand ses petits crient vers moi, errant et cherchant leur a pâture? etc., etc. \ »

Ainsi, et sous ces figures poétiques, Dieu, dans le livre inspiré, — et je ne saurais trop exhorter mes lecteurs à lire ces chapitres dans toute leur étendue, — Dieu pose les questions que présente son œuvre à l'homme, et il invite le çénie de l'homme à les résoudre. L'homme a répondu à l'appel de Dieu.

1 Hespondens autem Dominus Job de turbine dixit : \ccinge sic ut vir lumbos tuos : interrogabo te, et responde mihi. Ubi eras quando ponebam fundamenta terrœï Indica mihi $i hêbet i»

telligentiam.

Quis posuit mensuras ejus, si nosti? Yel quis tetendit super eum /ineum?

Super quo bases illius solidatœ tunt? Aut quis demisit lapidem angula-

rem ejus,

(lùm me lauâarent simul astra matutina, et jubilarent omncs fiïii fici? Quis conclusit ostiis mare, quando erumpebat quasi de tulva procède ns ?

CircumdeM illvd terminis meis, et posui vectem et ostia;

Et dixi : Vsque hue ventes, et non procèdes amplivs, et hic confringts tumentes fluctus tuos.

Numquid ingressus es prof anda maris, et in notissimis abyssi deambulasli ?

CH. 11. — DIGNITÉ DE LA 5CIEXCE

Aujourd'hui, à presque toutes les questions de Job, la science moderne offre une réponse; toutes du moins sont à Tèlude. Le vaste programme est embrassé de plus en plus par le développement de jour en jour plus grand des sciences naturelles. L'homme a voulu connaître son domaine : l'esprit humain a mesuré la terre et pesé les deux. Il sait maintenant, depuis la découverte de la grande loi de la gravitation universelle, sur quel fondement pose la terre % et il peut raconter l'ordre et l'harmonie des deux.

Il sait quel est le père de la pluie, et par quelles lois se répand la chaleur et marche la lumière.

Que dis-je? Il a dompté et plié à son usage ces deux grandes puissances, la chaleur et la lumière, Jes gaz les* plus légers, les fluides les plus insaisissables, et il s'en sert pour voler sur des chars de feu, et porter sa pensée avec la rapidité de l'éclair aux extrémités du monde.

De jour en jour il s'enfonce avec une ardeur renaissante dans ces grandes recherches; il étudie, il explore sous toutes ses faOes ce monde qui lui est donné, et, armé de méthodes puissantes et d'instruments de plus en plus per-

Numquid considerasli latitudinem terrœ? Indica milri, si nosti. Numquid prœctpisti diluculo, et ostendisti ûurorœ locum suum. In quâ via lux habitet, et tenebrarvm quis locus sit ? Per quam viam spargitur lux, dividitur œstus super terrant ? Numquid ingressus es thesauros nivis , aut thesauros grandinis aspexisti?

Quis est pluviœ pater ? vel quis genuit slillas roris?

Numquid nosti ordinifn cœit, et ponet rationem ejus in terrâ?

Numquid mittes fulgura, et ibunt, et revertentia dicent tibi ; Admmm <

Numquid conjungere valvbis micantes stdlas pleiadns, aut gyrvm Arc* iuri poteris dissipare ?

Numquid producis luciferum in ttmpore suo, et vespmim super filios terrœ consurgere facis ?

Quis enarrabit cœlomm ralimemy et concentum cœli quis dormire faciet ?

Quis prœparat corvo escam suam, quando pulli ejm clamant àd Deum, voyantes, eoquod non habeant cibos?{ioht c. xxxvm, xxxix, xl, Ilï.)

fectionnés, il ajoute les découvertes aux découvertes, et nul ne saurait assigner les limites auxquelles il s'arrêtera dans ce champ indéfini des conquêtes scientifiques.

Et, encore une fois, dans ce travail glorieux, l'homme ne tente pas une œuvre téméraire; il ne cherche pas, comme ce Titan de la fable, à s'emparer frauduleusement du feu céleste; il n'envahit pas un domaine interdit et réservé : non, il obéit à une invitation divine, il suit l'ordre providentiel, il use d'un droit, il remplit un devoir. C'est Dieu lui-même qui a institué la science humaine.

Et non-seulement Dieu est l'instituteur de la science, il en est encore le maître suprême; c'est lui qui l'enseigne à l'humanité. Cette même Écriture le dit formellement : « C'est Dieu, est-il dit au livre de la Sagesse, quia donné à riwmme la science de ce qui est, cette science qui lui a fait connaître la disposition de Vunivers, les puissances des éléments ; le commencement, la fin et le milieu des temps; leurs vicissitudes, leurs révolutions diverses; le cours de Vannée, la disposition des astres et la marche des étoiles; la nature et les caractères des animaux divers; la force des vents; les différentes espèces des arbres et les vertus des plantes; tout ce qu'il y a d'enfoui, de caché, de mystérieux, la science Vapprend à V homme*. « Et c'est Dieu qui donne cbtte science « à l'homme. Data est tibi scientia*. »

Ainsi, la science humaine, la science des choses qui sont, c'est-à-dire de la nature, horum quœ sunt scientiam veram,

* Ipse dédit mihi horum, quœ sunt, scientiam veram : ut sciam dixpositioncm orbis ierrarum, et virtutes elementorum,

Initium et consummationem, et medietatem temporum, vicissitudinum permutationes, et commutationes temporum,

Anni cursus, et stellarum dispositions,

Naturas animalium, et iras bestiarum, vim ventorum, et cogitationes hominum differentias virgultorum, et virtutes radicum ;

Et quœcumque sunt absconsa et improvisa, didici : omnium enim artifex docuit me Sapientia. (Sag., vin, 18-22.)

4 Paralip., II, c. i, v. 12.

ia science qui étudie la terre, les éléments, le ciel, les astres, les animaux, les plantes, le corps de l'homme, c'està-dire la physique, la chimie, l'astronomie, l'histoire naturelle, la médecine, toutes les sciences, car elles sont toutes indiquées dans ce merveilleux passage, et le calcul, instrument de toutes les sciences, tout cela, c'est une sorte d'inspiration, de transmission à l'homme de la sagesse de Dieu. Selon nos saints livres, c'est le Verbe divin, la Sagesse éternelle, qui a tout fait : Omnium artifex Sapientia*... Verbo Domini cœli ftrmati sunt; et le noble effort de la raison humaine, c'est de contempler les œuvres du Verbe; et quand elle les découvre par la science, c'est que l'immortel ouvrier lui-môme l'assiste dans son travail et lui livre son secret: Didici... omnium artifex docuit me Sapientia*; car c'est lui qui éclaire tout homme venant en ce monde, Illuminât omnem hominem*.

Je le demande : jamais dans les académies fit-on de la science humaine pareil éloge?

Et, chose admirable, l'art, l'industrie, l'agriculture, tous ces fils de l'intelligence et des mains de l'homme, non-seulement Dieu les enseigne îi l'homme, mais Dieu aime à les exaller dans les saints Livres, et c'est lui, l'ouvrier, l'architecte, l'artiste suprême, qui se glorifie de les avoir donnés aux hommes comme une imitation de son art éternel. Les hommes habiles à travailler le fer, l'airain, l'argent et l'or, à sculpter le bois et la pierre, c'est encore Dieu, disent les saints Livres, qui leur a donné leur habileté et leur talent, et c'est manifestement la plus grande chose qui puisse ôlre dite à l'honneur de l'industrie et des arts humains.

Mais, ce que Dieu dit en l'honneur de la science va encore plus loin : Dieu se comptait visiblement dans cet

• Sag.9 vin, il .

• /*«. xxxii, 6.

3 S Jean, i, 9.

éloge» tant les textes sacrés le répètent souvent. On voit que celelfort de la science humaine, pour pénétrer son œuvre, lui agrée particulièrement; comme un prince charmé que l'on visite et que Ton admire son palais, Dieu aime que l'homme explore en tous sens cet incomparable palais de la nature, où tout révèle l'immortel architecte qui l'a conçu dans sa sagesse, et élevé par sa puissance. Il est un nom étonnant, que Dieu se plail à donner aux savants religieux, dans les saints livres ; il les appelle ses amis : * La « science est un trésor pour l'homme, dit l'auteur de la « Sagesse, et ceux qui goûtent ce trésor jouissent de Vamitié « de Dieu : les dons de la science les lui recommandent. -~ « In/initus est thésaurus hominibus; quoqui usi sunty parti- « cipesfacti sunt AMIC1TLE Dei, propter disciplinée dona com-

« MENDATI

Qui n'a remarqué l'éloge de la science médicale, en particulier? 11 est vraiment incomparable : « Rends au médecin « ce qui lui est dû : c'est le Très-Haut qjti Va créé. — La « science du médecin l'exaltera, et on dira sa gloire en pré « sence des grands. — La vertu des plantes appelle la « science des hommes, et Dieu leur a donné cette science, « afin d'être glorifié dans ses œuvres*. »

Voilà ce que Dieu lui-môme dit de la science humaine, et j'en pourrais citer bien d'autres paroles : voilà l'espèce de consécration religieuse que la science reçoit des Livres saints. C'est Dieu qui l'enseigne, qui l'inspire, qui la donne aux hommes, en leur donnant la sagesse et l'intelligence; c'est lui qui l'a instituée et créée, qui en tient le livre incessament ouvert sous les yeux des hommes et les provoque

' Sag., vu, 14.

• Honora medicum propter necessitatèm, elenim illum creavit altissimus. — Disciplina medici exultabit caput illius, et in conspeetu magnatorum collaudabilur. — Ad agnitionem hominum virtus illomm (medicamentorum), et dédit hominibus scientiam altissimust honorari in tnirabilibus suis. (£cdi., xxxviu, 16.)

CH. H. — DIGNITÉ DR LA SCIENCE

directement à lo lire; et ce sont les œuvres de sa sagesse éternelle et de sa puissance infinie, bon gré, malgré, cVst lui-môme dans ses œuvres, que la science cherche et découvre : voilà ce que j'ai appelé le côté divin de la science.

S'il en est ainsi, je le demande, la science n'est-elle pas essentiellement religieuse? Et le travail du savant n'est-il pas, de lui-môme et par sa naturelle tendance, un hommage à Dieu, et, non pas sans doute la religion tout entière, mais un acte de religion? Et d'un autre côté, y a-t-il rien de plus propre à prosterner devant Dieu, dans la plus profonde adoration, que ces merveilles inépuisables dont la science découvre, et découvre encore, et sans fin, le secret, dans l'œuvre divine? Car, ici, l'admiration est en proportion de la science. Plus la nature grandit et s'étend au regard de la scienco, plus grandit aussi l'admiration pour la sagesse infinie du Créateur. Autant de découvertes nouvelles, autant de nouvelles démonstrations de Dieu. La nature n'est qu'un voile entre Dieu et l'homme ; plus la science soulève ce voile, plus la face de Dieu apparaît. On parle des lois de la nature : mais quel est le vrai savant qui s'y trompe? Qui ne sait que ce qu'on appelle les lois de la nature ne sont que des termes généraux sous lesquels on groupe un vaste ensemble de phénomènes; mais elles ne subsistent pas en elles-mêmes et par elles-mêmes, et ne sont autre chose, selon la belle définition de Buffon, que « Tordre établi par le Créateur. »

M. Biot, un des plus illustres savant de notre Age, Ta dit de son côté dans un bien noble langage : « Toutes les scien- « ces, toutes, sous des dénominations différentes, et en se « plaçant h des points de vue différents, tendent à un même i but, que le génie perçant de Descartes avait entrevu et i signalé dès-lors sans pouvoir l'atteindre : ce but, c'est la r manifestation des forces que l'intelligence divine met en : œuvre dans le mécanisme de l'univers. » « Nous interrogeons, poursuit le même savant, nous ques-

UV. lll. — LES SCIENCES.

« tionnons, pour ainsi dire, la nature ; nous la contraignons a à nous découvrir ses mystères... Recherche d'un intérêt « inépuisable, où la plus faible pousse d'un végélal vivant, <* le moindre animal microscopique, nous offre autant de « merveilles que le ciel même, et qui, par une sorte d'illu- « minaiion divine, nous laisse apercevoir, adorer la puis- « sance créatrice, à travers le voile de ses œuvres, d'autant « plus près que nous faisons plus d'effort pour les pénétrer. «

Voilà la vraie science; et les hommages qu'elle a rendus à Dieu, par l'organe de ses plus illustres représentants, sont mémorables. Les beaux génies du plus grand siècle scientifique qu'on ait eucore vu, les grands hommes à qui nous devons la découverte du vrai système du monde et la connaissance de ces belles lois qui ont renouvelé la science moderne, Descartes, Kepler, Newton, Pascal, Leibnitz, étaient tous des hommes sincèrement, profondément religieux; Kepler, nous avons déjà cilé celte belle parole, ne voulait découvrir le monde que « pour en faire le tabernacle « de son Dieu. » Qui ne sait que le grand Newton avait reçu de la contemplation des merveilles de la nature une si profonde impression de Dieu, qu'aussitôt qu'il en entendait prononcer le nom, il se découvrait avec respect? L'illustre Gailien, après avoir fait la description anatomique de l'homme, s'écriait avec une conviction émue : « Je viens « de chanter un hymne à Dieu. » 11 disait vrai. Dieu a laissé un vestige de lui-même sur toutes ses œuvres; et la grande beauté, la vraie poésie de la nature, c'est de faire briller cette empreinte et chanter ce nom divin. Les cieux, s'écriait le psalmiste, les cieux racontent la gloire de Dieu ; et la terre répond à ce cantique. Dieu, voilà le mot du grand concert des choses, de l'harmonie universelle des êtres. Et la science ne fait qu'une chose, prêter l'oreille à ce concert, écouter cette harmonie, et y mêler la voix reconnaissante de l'humanité.

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