‹ De la haute éducation intellectuelleChapitre 53 sur 80 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

Utilité de l'étude des sciences dans l'éducation.

Nous venons de considérer les aspects sublimes, divins, de la science. C'était sans doute de la haute science et des grands savants que nous parlions; mais il faut maintenant

descendre de ces hauteurs, et arriver à un point de vue moins élevé et plus pratique. Nous traitons en effet de l'éducation ; voyons donc, pour l'éducation, pour la jeunesse, ce qui est ici, je ne dis pas simplement désirable, je dis utile et possible.

En éducation, comme en toute chose, il faut se défier des visées trop hautes, et se contenter de ce qui se peut. Il est toujours bon cependant, et nécessaire, d'avoir marqué le but le plus élevé; mais quand on vient aux moyens de l'at teindre, on est obligé, sous peine d'être chimérique, de compter avec les nécessités pratiques, et de s'en tenir à ce qui est d'une utilité réelle et certaine.

Or, la question pratique qui se pose ici, au point de vue de la haute éducation intellectuelle, ce n'est pas de savoir si la science est une grande chose, si les carrières scientifiques sont belles, mais s'il faut mêler à l'étude des lettres, fond nécessaire de toute éducation libérale, l'enseignement des sciences, et dans quelle mesure.

J'ai condamné déjà, je condamnerai tout à l'heure encore, non pas certes les carrières scientifiques, ni les études qui y préparent, mais le choix inintelligent et aventureux de ces carrières, et l'étude prématurée et excessive des sciences, et en particulier des mathématiques. C'est une tout autre thèse que je viens soutenir ici : c'est en faveur de l'étude des sciences que je veux encore parler; non plus, il est vrai, de la grande étude scientifique dont je viens de traiter, mais du simple enseignement élémentaire des sciences, tel qu'il peut se donner dans une maison d'instruction secondaire, même aux jeunes gens qui ne se destinent pas à des carrières scientifiques, industrielles, commerciales ou financières. Je maintiens que cet enseignement est, à plusieurs points de vue, de la plus réelle utilité, indispensable même dans une certaine mesure : je pose simplement ici le principe; on verra plus tard, lorsque je trai-

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