CH. IV. — UTILITÉ DE L'ÉTUDE DBS SCIENCES
lerai des études accessoires dans la haute éducation intellectuelle, comment, en pratique, les cours de sciences peuvent et doivent être organisés, et combinés avec les cours de lettres, dans le plan général des études.
Je dis donc d'abord qu'une certaine instruction scientifique est, aujourd'hui surtout, d'une indispensable nécessité, et que, sans être appelé à devenir un savant de profession, il faut avoir au moins une certaine connaissance des sciences contemporaines, sous peine de n'appartenir plus à la classe des hommes cultivés.
Il le faut avouer : chez nous, en ce siècle-ci, dans l'enseignement secondaire, trop longtemps l'enseignement scientifique ne fut rien ou peu de chose.
Et il faut dire encore que, si ce fut toujours une lacune regrettable dans l'esprit des jeunes gens, aujourd'hui, après la juste faveur qu'ont reprise les sciences, et les universelles applications qui en sont faites, le défaut d'une initialion scientifique suffisante ne se pouvait plus tolérer, et aurait laissé les jeunes gens non-seulement en arrière de leur époque, mais encore privés d'un aliment qui est une source incontestable de séve et de fécondité pour l'esprit.
Pour entrer dans quelques détails, qui ne voit, par exemple, que l'arithmétique est absolument nécessaire à tout homme pour les plus vulgaires usages de la vie, pour le maniement des moindres affaires; qu'il est bon de savoir de bonne heure calculer rapidement la plume à la main, et même de tête, et pour cela d'avoir été exercé à résoudre de nombreux problèmes? De même un homme cultivé quelconque peut-il convenablement aujourd'hui se passer de certaines notions de géométrie et même d'algèbre, de physique et de chimie?
On me dira : Mais ces éléments des sciences mathématiques et physiques font partie de l'instruction primaire;
et c'est pour les écoles dinstruelion secondaire que vous écrivez. A quoi je répondrai ; Mais ce qu'apprennent les entants même du peuple dans les écoles, à plus forte raison doit-on l'enseigner dans les lycées et les petits séminaires, et ne pas laisser les jeunes gens grandir pendant plusieurs années, sans connaître au moins ces premières et vulgaires notions scientifiques qui s'enseigne nt partout. 11 ne faut pas perdre de vue qu'en fait on met la plupart des enfants au latin, après un enseignement primaire très-incomplet : de là la nécesssité de le compléter dans les maisons d'éducation secondaire par des cours élémentaires des sciences bien organisés.
Quant aux sciences qui n'ont pas la môme nécessité pratique, comme la minéralogie, la botanique, l'anatoniie, la zoologie, la géologie, la cosmographie, leurs grands résultats du moins ont été tellement popularisés aujourd'hui, qu'ils font en quelque sorte partie de cette instruction courante et commune, que les progrès de la science élèvent chaque jour, et l'absence constitue dans un état d'ignorauce et de discrédit.
M. Dumas le disait avec grande raison dans un remarquable discours : o Serait-ce dans un temps où les plus « admirables applications des sciences mathématiques et « physiques ont mis l'homme en possession de toutes les « forces de la nature, qu'il conviendrait de restreindre l'en- « seignement de ces sciences? N'est-ce pas plutôt le 1110- « ment d'en rendre la connaissance accessible B tous, non « dans l'intention de faire de tous des savants, mais pour « maintenir l'instruction de tous au niveau des choses cou- « rantes?
« Il y a, comme le faisait encore remarquer le même sa- « vant, plus d'une façon d'être barbare ; et si tel mérite ce » titre par la grossièreté des sentiments, tel par l'ignorance « des délicatesses du langage, tel autre pourrait bien l ob-