‹ De la haute éducation intellectuelleChapitre 69 sur 80 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le temps.

C'est un grand maître en toutes choses que le temps. On l'a dit et il est vrai : il faut le consulter, attendre, suivre son action, employer son secours, car c'est le secours môme de Dieu.

Je dis employer, car, par l'ordre de Dieu, le temps est à notre service; c'est lui qui fait, ou du moins c'est par lui que nous faisons nos plus grandes œuvres.

Mais c'est un serviteur qui veut être tout à la fois employé, respecté et ménagé; on l'a dit avec vérité : il ne respecte

pas ce qu'il n'a pas lui-même fait et consacré. Ce qui se fait sans lui n'est rien pour lui et ne dure pas.

Eh bien! chose étrange', c'est quand il est question de faire l'homme, de l'élever, de lui donner toute sa valeur, qu'on ne veut pas employer le temps, qu'on le croit inutile et perdu.

Qui n'a pas entendu répéter cette banale objection qui court le monde : Faut-il donc passer huit ou dix années de sa vie, et même les plus belles, à apprendre du grec et du latin? Et qui ne sait l'impatience de tant de parents, lesquels ne songent qu'à abréger ces années et à en finir au plus vite?

C'est à cette objection que je voudrais enfin donner une réponse péremptoire.

Huit ou dix ans 1 c'est beaucoup sans doute, c'est énorme dans la vie, grande mortalis œvi spatium. Mais enfin est-ce trop pour l'œuvre qu'il s'agit d'accomplir? Est-ce trop pour faire ses Etudes, ses Humanités, son Education , trois mots synonymes, et qui ne veulent pas précisément dire n'apprendre que du grec et du latin? En un mot, est-ce trop pour faire un homme?

Non certes, et j'en donnerai trois raisons que je supplie de de bien peser, avant de se prononcer si vite contre l'antique et universel usage, relativement au temps consacré d'ordinaire à l'éducation intellectuelle; et trois raisons si décisives, que tout homme éclairé, tout homme ayant l'intelligence du but à atteindre, ne pourra pas hésiter un moment; ces raisons, je les tire du fond même de la nature humaine, et de l'œuvre si complexe de l'éducation.

Et d'abord, le système ordinaire d'enseignement, cette sage lenteur, ne sont-ils pas tout à la fois conformes et favo-

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