GROUPE DE L EUROPE OCCIDENTALE
nom de Société Saini-James^ se constituait, sous le patronage du roi Louis XVI, pour créer une fonderie de fer aux Charbonnières. Le capital fut de dix millions de francs. On décida Férection de quatre hauts-fourneaux au coke, et l'ingénieur Wilkinson, frère de celui qui inventa, en Angleterre, le laminage des fers par des cylindres, fut appelé pour construire ces fonderies.
Ainsi, Ton essayait en France la substitution du coke au charbon de bois, pour la fonte des minerais de fer, presqu'à la même époque qu'en Angleterre. En môme temps, et sur les mêmes points, se développait la fabrication des machines à vapeur. Les premières, consacrées aux besoins de l'établissement, furent, en effet, construites sur les lieux, et Ton voit encore dans la cour de la fonderie du Creuzot un cylindre de quatre-vingts chevaux, portant le nom de Wilkinson et le millésime de 1782.
L'établissement des fonderies du Creuzot n'eut pas d'abord le succès qu'on en avait espéré ; les fontes étaient de mauvaise qualité, et leur emploi limité aux besoins de rartillerie. On chercha d'autres moyens de consommer le combustible minéral, et, en 1787, il fut décidé que la manufacture de cristaux établie à Sèvres serait transférée près Montcenis. C'était, après la verrerie de Saint-Bérain, établie par Guyton de Morveau à quelques lieues de distance, la première usine où la houille fût appliquée à la fabrication des verres et cristaux.
Le Creuzot se développa lentement jusqu'en 1836, époque de la liquidation d'une seconde société, qui, après la
chate de la première, avait encore enfoui onze millions dans Tusine. A partir de cette époque, le perfectionnement des voies de navigation ayant permis de faire arriver des mine^ rais de meilleure qualité, la fabrication des rails et des machines a pris le plus grand développement, et, dans cette vallée presque déserte il y a soixante-dix ans, noua voyons aujourd'hui une population de 8,000 âmes, entièrement appliquée aux travaux d'exploitation, et aux fabrications métallurgiques.
Pendant cette même période de soixante-quinze années, Texploitation des autres parties du bassin de Saône- et- Loire s'organisait. Ainsi , la concession de Saint-Bérain , instituée en 1 782, appliquait ses combustibles à rétablissement d'une verrerie, et à la cuisson du plâtre. En 1791 , la concession de Blanzy était détachée de celle du Greuzot, et l'on y découvrait successivement, de 1810 à 1826, les belles couches de Blanzy, du Monceau et de Lucy, dont les exploitations alimentent aujourd'hui le commercé du canal du Centre.
On voit que l'histoire de nos houillères centrales remonte à bien peu de tamps. Les documents que nous trouvons dans les anciens minéralogistes sur les houillères de Brassac , dans le bassin de l'Auvergne , datent de 1 750, ainsi que ceux qui existent sur les houillères d'Ëpinac, dans le bassin d'Autun; de telle sorte, que cette époque de 1750 est presque partout la plus reculée que puissent atteindre les traditions de quelque importance. La position intérieure des bassins houillei*s, situés autour du plateau centrrl,
GnocPR OE l'europe occidentale. 27
dans des contrées accidentées et peu favorables aux transporlSy subordonnait entièrement le développement des exploitations soit à celui des moyens de transport, soit au progrès de la fabrication du fer à Tariglaise, fabrication que les premiers essais faits au Creuzot et à Saint-Étienne n*avaient pas présentée comme avantageuse. Aussi, le progrès fut-il des plus lents. Le bassin d'Aubin ne compte dans l'industrie que depuis 1826, époque*à laquelle furent commencées les fonderies et forges de Decazeville; et le bassin du Gard ne doit son importance actuelle qu'à la construction du chemin de fer qui conduit ses produits au Rhône.
L'exploitation du bassin du Gard, pour la consommsytion des houilles sur place, a d'ailleurs précédé celle qui a lieu aujourd'hui pour l'exportation. Jusqu'en 1825, ces houillères étaient restées sans aucune importance; les mines de Rochebelle fournissaient des charbons à Alais et à Ntmes, et celles de la Grand'Combe, alors moins considérables, n'existaient que par une consommation locale encore plus restreinte. M. Communeau, appelé dans le pays par M.Tessières de Miremont, reconnut, à la fois, l'importance des gites de combustible dans le terrain houiller, et celle des minerais de fer dans les terrains qui le recouvraient. Cette découverte donna lieu à la formation d'une première compagnie, qui obtint, en 1 828, la concession du terrain houiller de Trelys et Palmesalade, et acheta la concession de Rochebelle, ainsi que les mines de fer les plus importantes. Cette première société se transforma , en 1 829 , en une société
28 HISTORIQUE ET STAT STIQUE DES HOUILLERES.
nouvelle qui prit pour but déûni de construire six hauts fourneaux et une forge anglaise. En 1832, le premier fourneau fut mis en activité; mais de nouveaux embarras financiers ayant empêché l'exécution des travaux de mines sur la concession de Rochebelle, travaux qui devaient être prêts à livrer le combustible à Tépoque des mises en feu, ils furent abandonnés, et un traité d'approvisionnement fut passé avec les mines de la Grand'Gombe.
Cet abandon des travaux des mines de Gendras et de Rochebelle fut très préjudiciable à l'industrie de la localité. Il donna à penser que cette partie du terrain houiller était impuissante a produire économiquement le combustible, et rejeta toute l'activité dans les régions de la Grand'Gombe, Ghampclauson et Bessège, situées vers la limite nord du bassin, et beaucoup moins bien placées relativement aux voies d'exportation.
Les recherches géologiques de M. Gommuneau avaient pourtant 'démontré que la région méridionale du bassin, quoiqu'on majeure partie recouverte par des dépôts postérieurs au terrain houiller, contenait les mêmes richesses que la région septentrionale. L'existence de dix couches avait été reconnue par des travaux d'affleurement, et, parmi ces dix couches, une de quatre mètres fournissait une houille très pure. Aujourd'hui, l'établissement du chemin de fer de la Grand'Gombe a assuré la prépondérance de la partie septentrionale du bassin, qui peut être exploitée avec moins de travaux préparatoires; mais les exportations ont pris des proportions telles, qu'il sera bientôt d'un grand intérêt
GROUPE DE l'eUROPE OCCIOEISTALE. 29
de repreodre, dans la partie méridionale, les travaux anté* rieurement conçus.
A la même époque, le bassin de TAveyron , placé en dehors de toutes nos grandes voies de communication , sortait de son infériorité commerciale. Une puissante usine pour la fabrication du fer à Tanglaise, était construite sous la direction de M. Cabiol, près du village d'Aubin, et, dès la fin -de 1832, celte usine était achevée et mise en plein roulement. Le bassin de TAveyron présentait à Tindustrie, non seulement de puissantes couches de houille restées jusqu'alors sans emploi, mais encore une grande abondance de ce fer carbonate lithoïde, dit minerai des houillères, qui fait la fortune de TAngleterre.
Ces grandes forges, construites à l'imitation de celles de l'Angleterre : le Creuzot, Terre-Noire, Alais, Decazoville, eurent à surmonter bien des diSicultés industrielles et com* merciales; mais elles démontrèrent la supcrioriti^ desm;!ihodes anglaises et la possibilité de leur application en France. On leur doit l'élan qui fut donné à l'industrie des fers du pays, et la transformation aujourd'hui bien avancée des méthodes de fabrication.
On voit, d'apix» ces exemples, que, dans tous nos bassins du Centre, la première pensée des exploitants a été d'arcélérer le développement des extractions, en consommant la houille sur place, et en la tranformant en produits manufacturés. Les verreries, et surtout les usines métallurgiques, qui, pour un poids donné do fer, consomment cinq à six fois autant de houille, ont donc généralement servi à fonder
les premières exploitations importantes, et c'est encore aujourd'hui le meilleur moyen d'en augmenter Tactivité. L'avantage des grandes consommations locales est, en effet, non seulement de déterminer un placement immédiat du produit des exploitations , mais aussi de faciliter les exportatious en consommant les houilles menues.
C'est ainsi que, dans le bassin de l'Aveyron, on commence à utiliser les concessions inactives de Bouquès et d'Aubin, parla création de nouvelles usines métallurgiques. Les bassins de l'Ailier nous offrent un autre exemple d'une heureuse application des mêmes moyens. Il existe, en effet, dans les deux bassins de Commentry et de Bezenet, près Montluçon, des exploitations qui, de temps immémorial, ont mis en évidence des richesses houillères considérables; des excavations à ciel ouvert y ont recoupé des couches dont la puissance atteint vingt et trente mètres. Bien que les frais d'extraction fussent aussi réduits que possible dans des travaux aussi faciles, ces giles restaient limités à une production très médiocre, par suite de l'impossibilité de trouver un débouché pour les charbons menus, lorsque furent commencées les grandes usines métallurgiques de Commentry et de Montluçon, lesquelles comprennent aujourd'hui douze hauts fourneaux, et l'une de nos plus grandes forges. Une fabrique do glaces, récemment construite à Montluçon, est venue offrir un nouveau débouché aux produits de ces houillères, et déjà l'on peut évaluer à 1 50,000 tonnes la consommation locale qui absorbe tous les menus, ce qui permet d'exporler 50,000 tonnes de gros à des conditions avantageuses.
BASSINS HOUILLERS DE l'aNGLKTERRE. 31
Mais il D*ést pas toujours possible de créer aiusi une consommation sur place; il faut des circonstances qui ne se rencontrent pas partout ; aussi, voyons-nous des gites houillers importants, dans les bassins de Brassac, de Montaigu, etc., rester comparativement dans i'inaclion, par suite de l'absence des minerais, et de la difTiculté des transporta.
En traçant ainsi l'historique de l'exploita tion dans les principaux bassins houillers du groupe occidental de l'Europe, nous avons indiqué les ressources de France ; mais, outre les combustibles appartenant aux terrains houillers proprement dits, nous devons citer encore ceux qui se trouvent dans les terrains plus modernes, et qui consistent principalement en ligniles et en tourbes. Quelques-uns de ces gttos ont des proportions importantes : le plus remarquable est celui des ligniles tertiaires de la Provence, qui fournit aujourd'hui plus de 120,000 tonnes d'un lignite dont la qualité est peu inrérieure à celle de la houille. Il existe également en France de vastes dépôts de tourbe , combustible dont les usages, quoique purement locaux, sont précieux pour les vallées de la Somme, de la Basse- Loire, etc. La production annuelle des tourbières de la France est de 500,000 tonnes.
BaMluB houillers de l'Aufr le terre.
L'Angleterre a tiré un parti si merveilleux de ses houillères que toutes les autres nations ont dû prendre ses exploitations pour modèles L'historique de ses mines piésente
donc un intérêt tout particulier, justifié par la supériorité industrielle qu'elles ont assurée à ce pays.
Les exploitations, en Angleterre, furent d'abord purement commerciales, et Newcastle en fut le berceau. C'est à Tannée 1240 que remontent les premiers documents connus sur les houillères de Newcastle, et, vers la fin du même siècle, on retrouve ceux qui sont relatifs aux mines du pays de Galles et de rÉcosse. L'on cite parmi les premiers faits de l'exportation le chargement d'un navire français, en 1325, qui alla chercher de la houille en échange de blés qu'il porta à Newcastle. En 154C, ce commerce devait s'être étendu d'une manière considérable, puisque le roi Henri VIII écrivait au maire de Newcastle d'expédier au port de Boulogne une quantité de trois mille tonneaux. A partir de cette époque, un grand nombre de documents attestent des expéditions toujours croissantes; car, en 1770, trois cent soixante-cinq bâtiments chargés de houille faisaient voile pour les côtes de France. La France avait donc précédé l'Angleterre elle-même dans les industries qui consommaient les combustibles minéraux ; mais elle ne devait pas conserver longtemps cet avantage, et bientôt la houille fixa, sur le sol même où elle se trouvait, la suprématie industrielle.
C'est, en eflet, l'industrie de la fabrication de la fonte et du fer qui, en Angleterre comme dans les autres contrées, a été le moteur principal du développement donné à l'exploitation des houilles. En 17i0, un n'y comptait que cinquante-neuf hauts fourneaux alimentés exclusive-
BASSINS IIOUILLERS DE LANGLETERRB. 33
ment par le charbon de bois, et ce fut quelques années plus tard, vers 1750, qu'on fit des essais suivis- pour la substitution du coke au charbon de bois : il parait qu'à cette époque la production du fer ne dépassait guère GOyOOO tonnes. En 1788, il existait déjà cinquante-trois hauts fourneaux au coke, tandis qu'il n'en restait plus que vingt-quatre alimentés par le combustible végétal; la fabrication s'était élevée à 300,000 tonnes. En 1 796, le nombre des hauts fourneaux au coke était de cent vingt, et la fabrication au bois n'était plus mentionnée que comme un fait sans importance.
Les bassins houillers du Staffordshire et du pays de Galles, tous deux riches en minerai de fer, ont pris, dès rorigine, le premier rang dans la fabrication du fer, et telle fut la rapidité du progrès, qu'en 1 840 la fabrication en fer et fonte moulée dépassait 1,500,000 tonnes, quantité égale à la production totale du reste de l'Europe. Celte quantité est aujourd'hui d'environ 2,000,000 de tonnes, et fixe sur le sol anglais la consommation immédiate d'au moins 12,000,000 de tonnes de houille. Ce qui est remarquable dans cette progression rapide , c'est la décroissance non moins rapide des prix. En* 1750, le fer valait 500 à GOO francs la tonne; il est tombé progressivement jusqu'à 200 francs en temps normal , et 1 20 francs en temps de crise. « C'est à ses forges, dit M. Pillet-Will, que PAnglea terre doit le prodigieux développement de toutes les a grandes industries; l'exploitation de la houille et des
« mines de différentes espèces, l'étal florissant de l'Angle-
« terre y le travail du coton , de la soie et la rabricatiop « des étoffes. » Nous pouvons ajouter que les Torges ellMmêmes furent la conséquence du développement des hoqil* lèresy lorsque les bassins situés moins avantageusement que celui de Newcastle cherchèrent à utiliser leurs richessei.
L'Angleterre a été, en effet, favorisée de la manière la plus prononcée dans la répartition des terrains houiliers. Elle en possède 1,570,000 hectares divisés en une vingtaine de bassins, qui peuvent être considérés comme fomi(iit trois groupes naturels.. Ces trois groupes sont :
Les bassins du nord de Tile, ou de TÉcosse, dont les principaux sont : le bassin de Glascow, celui de Dalkeitb près Edimbourg, et celui du Clackmananshire , situé qq peu plus au nord.
Le second groupe, formé des bassins du centre, comprendi en première ligne, le bassin de Northumberland et de Dur» ham, plus connu sous la dénomination de bassin de New* castle; 2'' celui de Withehaven; 3"" celui du nord du Lan* cashire; V celui du sud du I^ncashire qui alimente les fabriques de Manchester et de Liverpoo|; .5^ le bassin des comtés d*York, de Nottingham et de Derby, qui alimente dès forges nombreuses; &" le bassin du nord duStaffordshire; T" celui du sud du Staffordshire ou de Dudiey, au milieu duquel se trouve groupé le tiers des fourneaux de TAngleterre ; 8** le bassin du Warwickshire ; 9* celui qui se trouve sur les confins des comtés de Leicester et de Stafford.
Le troisième groupe comprend le bassin du pays de Galles, le plus riche de toute l'Angleterre. Sur la surface de
BASSINS HOUILLERS DE l'eUROPE ORIENTALE. 35
ce bassin se trouve également le tiers des hauts fourneaux et forges de la Grande-Bretagne; il alimente en outre les fonderies de Neath et de Swansea, qui fabriquent plus de la moitié du cuivre produit par toutes les mines du globe.
L*extraction houillère de l'Angleterre atteint aujourd'hui 40 millions de tonnes : c'est huit fois celle de la France et plus de trois fois celle de tout le reste de l'Europe. En 1845, on l'évaluait à 34,255,000 tonnes, dont la consommation était ainsi répartie :
CoDSommalions des usines pour la fabrication
du fer 12,000,000 lonnes.
Consommations de l'intérieur de la Grande- Bretagne 11,000,000
Consommations alimeutées par le cabotage. . 8,7^5,000
Exportations pour les colonies et l'étranger. . 2,530,000
L'étendue de sa superficie houillère est sans doute pour beaucoup dans la production de l'Angleterre; mais l'heureuse position commerciale et industrielle des bassins y joue aussi un rôle important. Ainsi, le bassin de Newcastle, de 87 kilomètres de longueur sur 25 dans sa plus grande largeur, produit autant de houille que toute la France , et cette immense production est uniquement provoquée par la situation littorale du bassin et Ift facilité du chargement des navires.
BsmIiib hovlUers de l'Earope orientale.
Lorsqu'on réfléchit aux éludes assidues que les premiers exploitants des mines de l'Allemagne ont dû faire des terrains et des roches, on a peine à croire que ces praticiens
habiles qui, dès l'an 900, ont ouvert les mines du Harz et de la Saxe, n'aient pas connu les combustibles minéraux et apprécié leurs propriétés. Il y a donc lieu de s'étonner que les bassins houillers de TÂUemagne n'aient pas été les premiers explorés et exploités. Il faut croire que l'abondance des combustibles végétaux ^ fut un motif de délaissement, car ces bassins, dont quelques-uns sont des plus riches et dçs plus étendus, sont restés bien en arrière de ceux des Flandres et de l'Angleterre.
C'est en Prusse que se trouvent les principaux bassins houillers de l'Allemagne; ils sont situés dans laWeslphalie, dans les provinces rhénanes, dans la Silésie et dans la Saxe.
Les provinces rhénanes nous présentent d'abord, sur la rive gauche du Rhin, les bassins de Rolduc et d'Eschweiler, qui forment l'extrémité orientale de la zone belge, et le vaste bassin de Sarrebruck, que nous avons déjà cité comme
< L'ÂlIeinagne élail jadis couverte de forêts. Terra in universum aut sylvis horrida^ aut paludibus fœda^ écrivait Tacite : une terre couverte de fôrèls incultes ou d'eaux stagnantes. Quis porro (dit-il encore) prcHer periculum horridi et ignoti maris, Asid^ aut Africd^ aut ItaUà relictd, Germaniam peter et, informam terris, asperam <xelo, tristem aUtu aspectuque, nisi palria sit? Ainsi Tacite, riiisloricn des mœurs des Germains, ne comprenait pas qu*on pût habiter ce pays âpre et sauvage si Fon n'y était pas né. Le pays a bien changé de face depuis Tépoque où Tacite en traçait ce triste tableau, et l'Allemagne moderne ne ressemble guère à Tancienne Germanie. La culture en a pour ainsi dire adouci le ciel, tempéré le climat, de même que le commerce en a peli les mœurs et perfectionné la civilisation. La plupart de ces immenses forêts qui les couvraient jadis ont disparu, et l'historien latin serait bien étonné d'apprendre que l'Allemagne est maintenant obligée de chercher dans l'exploitation des ' charbons minéraui d^; (luoi suffire à sa consommation de combustibles.
BASSINS HOUILLERS DE l'rUROPE ORIENTALE. 37
appartenant an groupe de l'Europe occidentale; en second •lien, sur la rive droite, le bassin de la Ruhr, situé en Westphalie.
La position du bassin de la Ruhr est telle qu'il peut être considéré comme le prolongement du grand bassin belge qui, après avoir disparu vers Duren, sous les terrains modernes de la vallée du Rhin, reparaîtrait au-dessus de ces terrains par Teffet de Texhaussement du sol de transition. La compoâitiou et l'allure des dépôts semblent venir à l'appui de cette hypothèse, qui conduirait ainsi à admettre l'existence d'une richesse souterraine des plus importantes.
I^ bassin de la Ruhr appartient tout à fait à l'Allemagne par ses consommateurs et les tendances de son développement; on y élève des hauts fourneaux alimentés par les mi-
nerais du Taunus et du Nassau ; des usines à zinc qui emploient les blendes du grand duché de Berg ; des forges et des fabriques dont les débouchés se dirigent tous vers Berlin ou Hamburg. Le bassin de San^ebruck, situé sur la rive gauche du Rhin, est, au contraire, français par ses consommations, et surtout par ses conditions d'avenir. C'est à Forbach, Metz et Nancy que sont les fourneaux et les forges qu'il alimente; les minerais traités sont ceux des Ardennes et des Vosges , et les chemins de fer porteront toujours ses produits de plus en plus à l'ouest, dans tout le champ de consommation qui s'étend entre les cours de la Meuse et du Doubs.
* Les bassins houillers de la Saxe, situés sur le versant nord de l'Erzgebirge, et ceux de la Silésie prussienne conti-
nucnt et terminent, vers l'est de TËnrope, celte série sporadique de bassins carbonifères, qui semblent deveni^ de plus en plus rares à mesure que Ton s'avance davantage dans cette direction.
On a souvent comparé la Silésie au pays de Liège, avec lequel elle a en effet de grandes analogies géologiques. Comme le pays de Liège, elle possède des terrains houiU 1ers riches et étendus , des minerais de fer et des minerais de zinc et de plomb , qui entretiennent une grande activité métallurgique. La Silésie, outre ses usines pour la fabrication du zinc et du piQmb, alimente une vingtaine de hauts fourneaux au coke et des forges considérables.
Ces divers bassins constituent la presque totalité des richesses houillères des États de la Prusse et de la confédération. Leur production est, aujourd'hui, de plus de 3 millions de tonnes, réparties ainsi qu'il suit :
de la Ruhr 1,100,000
^ . - d'Eschweilerelde Sarrebruck. . 800,000 Kassins i ^^ ^^ g^^^ 200.000
de la Silésie 950,000
Outre ses houillères, la Prusse possède des mines de lignite qui fournissent annuellement quatre à cinq cent mille tonnes. Les plus riches se trouvent, d'abord dans la vallée du Rhin, de Coblentz à Cologne, principalement sur la rive droite, ou elles s'étendent sur toute la surface du plateau du Westerwald ; et, ensuite, dans la Saxe et la Thuringe, notamment dans les districts do Magdeburg et de Mei-seburg.
Les autres gttes de combustibles minéraux de l'ÀIle-
B18S1N8 H0UILLBR8 DE l'bUROPE ORIENTALE. 39
magne n^ont qu^une très faible importance, à Texception de ceux de la Bohême qui appartiennent à l'Autriche.
Bassiné houillers de la Bohême. La Bohême ^ séparée de la Saxe par la chaîne de TErzgebirge, possède des richesses considérables en combustibles minéraux. On y trouve des bassins houillers étendus, de vastes dépôâr de lignites et de tourbes, et, comme si le carbone devait s'y présenter sous toutes ses fordies, dit M. Michel Chevalier, on y exploite la plombagine sur une grande échelle.
Les bassins houillers de la Bohême sont placés à droite et à gauche de TËlbe et de la Moldau; ceux de Touest sont les plus vastes et les. plus riches. Les principaux, en descendant du nord au sud, sont : le bassin de Rakonitz, celui de Radnitz et celui de Polsen.
Le bassin de Rakonilz est le plus étendu; il a été reconnu sur une longueur de 65 kilomètres de Test à Touest, et sur une largeur de 1 5 à 20 kilomètres du nord an sud ; Ton croit même qu'il se prolonge au sud-est du côté de Prague et au nord-ouest vers TErzgebirge. L'exploitation y est ancienne ; mais elle y est restée longtemps limitée, les travaux étant dirigés sans ensemble et au hasard ; on y voit encore des mineurs, qui sont en même temps concessionnaires, habiter dans la mine elle-même, à la façon des anciens Troglodytes.
Au midi de ce vaste bassin est celui de Radnitz, d'une étendue beaucoup moindre , et resserré entre des collines de ten*ainô schisteux et granitiques qui le divisent en deux massifs, dont l'un, à l'est de Radnitz, a 6 kilomètres de
long sur 4 de large, et dont l'autre, situé à Tonest, peut avoir, en moyenne, 5 kilomètres sur 4. Ce petit bassin renferme, proportionnellement à son étendue, des richesses considérables. A Touest du bassin de Radnitz se trouve le grand bassin de Polsen , qui a 50 kilomètres de longueur sur 17 de large; il occupe une surface décuple du précédent.
L'extraction de la bouille est fort ancienne en Bohème , mais ce n'est qu'à partir de 1830 qu'elle s'est développée sur une échelle proportionnée à ses ressources. Elle était alors d'environ 100,000 tonnes, et, après s'être élevée en 1842 à 300,000, elle doit attei^dre aujourd'hui 500,000 tonnes. Une grande partie de cette production est consommée dans le pays, soit par les usines, soit par les populations de Prague et de Vienne ; mais les regards des exploitants se tournent principalement vers le Danube, où le développement de la navigation à vapeur leur prépare de vastes débouchés.
Les dépôts de lignite dont l'âge se rapporte aux terrains tertiaires inférieurs occupent, au nord des terrains houillers , une longue zone parallèle à la frontière septentrionale de la Bohême. Ils sont situés* principalement à gauche de l'Elbe, dans la Bohême occidentale. Ces lignites ont, en certains endroits, une puissance considérable, souvent plus de 6 mètres d'épaisseur, quelquefois 20 et 30 mètres. L'espace qu'ils occupent est immense ; aussi peut-on regarder ces ressources comme indéfinies ; l'abondance en est telle, qu'en certains endroits on brûle le lignite, seule-
BASSINS HOUILLERS DE l'eUROPE ORIENTALE. 41
ment pour en obtenir des cendres, qui constituent un engrais très actif.
Les richesses en tourbes ne sont pas moins grandes en Bohême. On les exploite principalement à Reichenberg, Kalisch, Eger,Bansko, etc., et on les applique à des industries qui, partout ailleurs, n'emploient ordinairement que la houille; à Tindustric du fer, par exemple. Le prince de Dietrichstein brûle des tourbes dans ses hauts fourneaux de Ransko, et il y a vingt ans qu'elles alimentent les célèbres verreries situées près do Kalisch.
En dehors des houillères de la Bohême, TAutriche ne possède plus que des gîtes de peu d'importance. Ainsi, l'on cite en Styrie quelques gUes, dans les vallées de Meir et de Murz, dont l'extraction s'élève de 2,000 à 3,000 tonnes; quelques autres, dans l'Autriche proprement dite, au-dessous de l'Eus à Wien Risch-Neustadt et à Thalern ; d'autres encore plus restreints, au-dessus do l'Eus dans les districts de Muhl et de Salzburg. La Hongrie contient également des terrains carbonifères encore peu explorés, notamment dans les comitats d'OEdenburg, Bazany, Gran, Eysenburg et Zips. Tous ces lambeaux réunis ont en réalité peu d'importance, et les tourbières en auraient beaucoup plus, en raison de leur puissance et de leur immense étendue dans la Basse-Autriche, si leurs produits n'étaient annihilés par l'abondance et le bas prix des bois. La tourbe existe en grande abondance au pied des Carpathes et des Sudètes, où elle est à peine exploitée; il en est de même dans la vallée dé la Tbeiss et dans les nombreux marais qui
42 HISTORIQUE ET STATIbTIQUE DES HOUILLÈRES.
couvrent une partie du territoire de la Hongrie; enfin, dans la Basse-Autriche près de Moosbrun, Ottenschlag, Schwarzenau, etc.
La concentration des bassins houillers vers la partie nord de l'Europe est un fait qui se trouve mis en évidence, lorsqu'on compare les ressources de TAutriche avec celles de la confédération germanique. L'Autriche, avec une superficie plus considérable que l'Allemagne , ne produit que 8 à 900,000 tonnes de houille, et, encore, cette extraction est*elle basée presque entièrement sur les bassins de la Bohême, situés sur le versant sud de l'Erzgebirge, et, par conséquent, vers les limites septentrionales des Étals.
Terrains liovlll^rs éiumm l'Amérl^ae €m lVor4.
La géologie des États-Unis d'Amérique est aujourd'hui assez avancée pour qu'on ait pu y bien définir la formation houillère. Cette formation est principalement développée à l'ouest des Alleghanis, et voici en quels termes M. Logan en a tracé les grands traits géologiques :
a La contrée de l'ouest peut être définie comme un bassin gigantesque de couches ou strates fossilifères concor'dantes, depuis le sommet de la houille jusqu'au fopd des plus basses formations contenant des débris organiques. L'axe transversal de ce grand bassin de transition irait de rOuisconsin et de la baieVerte du lac Michigan, jusqu'aux environs de Washington, sur une longueur de 700 milles; l'axe longitudinal s'étendant de Quâ>ec, dans la direction
TEBRAIMS HOUILLERS DANS l'aMÉRIQUE DU NORD. 43
du sud-ouest, jusqu'à quelque point iuconnu de la rivière de Tennessee dans TAlabama.
« Ce bassin principal contient trois bassins importants subordonnés, au centre de chacun desquels s'étend un vaste plateau carbonifère.
a Le plus grand des bassins subordonnés s'étend sur une longueur de 600 milles, suivant une direction nordest, de l'Etat de Tennessee à l'angle nord-est de la Pensylvanie, où se trouvent plusieurs lambeaux détachés. La plus grande largeur de ce bassin est de 1 70 milles, et sa surface totale peut être évaluée à 60,000 milles carrés. L'Ohio et ses affluents en reçoivent à peu près toutes les eaux. •
« Ce bassin de Pensylvanie et du Tennessee est le plus exploité, principalement vers le nord. Toute la lisière de l'est, qui longe les Alleghanis, est fortement accidentée, de telle sorte que les couches y sont même renversées. Dans cette partie, toutes les couches de combustibles sont à l'état d'anthracite. En traversant le bassin de l'est à l'ouest, les accidents deviennent de moins en moins prononcés, et les couches finissent à peu près horizontalement sur toute la lisière de l'ouest où les combustibles sont à l'état de houille grasse. Cette concordance constante de l'état accidenté avec la nature anthraciteuse du charbon et de l'état peu accidenté avec la nature des houilles grasses, a fait considérer l'anthracite comme résultant de transformations métamorphiques qui ont accompagné les soulèvements. Il y a même des géologues américains qui prétendent avoir suivi les couches de l'est a l'ouest et avoir positivement constaté
que ce sont les mêmes couches anthraciteuses relevées sur les flancs des Alleghanis, qui se terminent vers Touest avecune faible inclinaison, et sont à Tétat de houille grasse.
ff Le bassin de Tlllinois, dont le grand axe a 360 milles de longueur, et le petit axe plus de 100 milles, couvre une surface d'environ 50,000 milles carrés. La vallée du Mississipi en forme la limite occidentale dans presque toute sa longueur. Ce bassin est formé de couches presque horizontales; il contient des couches de houilles grasses qui sont exploitées dans la vallée de TOhio
« Le troisième bassin est celui du Michigan, dont la surface est de 12,000 milles carrés; il est formé des mêmes couches que les deux autres ; mais on n*y connaît pas, jusqu'à présent, de gttes combustibles de quelque importance.
(K Un quatrième bassin houiller, situé plus au nord et en dehors du grand bassin de transition des États-Unis, se compose de tous les terrains houillers du nouveau Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et des îles Saint-Jean et Madeleine (partie sqd du golfe Saint-Laurent). D'après la disposition de ces terrains houillers, qui présentent une surface d'au moins 40, 000 milles carrés, il est évident qu'ils appartiennent à un immense bassin dont nous ne voyons que l'extrémité sud-ouest, la partie principale devant être sous-marine. Ce bassin parait, comme le précédent, très pauvre en houille.
<c En récapitulant les surfaces houillères connues dans l'Amérique du Nord, on voit qu'on arrive à un total de plus de 160,000 milles carrés; surface beaucoup plus con-
TERRAINS HOCILLBRS DANS l'aMÉRIQUE DU NORD. 45
sidérable que les surfaces houillères réunies de toute TEurope. »
Dans un ouvrage statistique du plus grand intérêt, M. Taylor a donné beaucoup de détails géographiques et géologiques sur les houillères de TAmérique du Nord ' ; il a réuni tous les documents qui nous montrent le terrain carbo* nifcre s'étendant, au sud, dans le Texas et le Mexique, par une série de bassins sporadiques qui arrivent presque jusqu'au tropique ; tandis que, vers le nord, on en retrouve des lambeaux au Groenland, et jusque dans les îles MeU ville et Bathurst, vers le 75* degré de latitude. M. Taylor distingue les bassins anthraciteux de la Pensylvanie des grands bassins houillers proprement dits, qui contiennent principalement des houilles grasses; mais il admet, comme M. Logan, que Tanthracite représente Tétat métamorphique de la houille. Les bassins anthraciteux, situés sur la.rive gauche de la branche occidentale de la Susquebanna, et placés en avant du grand terrain houiller des Aileghanis, peuvent expédier leurs produits^sur tout le littoral de Test; aussi sont-ils très activement exploités. Cette heureuse situation donne à la production de l'Amérique du Nord ce caractère particulier, que les anthracites, qui ne sont que des combustibles secondaires en Europe, y représentent Télément principal. D'après M. Taylor, cette production a été en 1845 de 2,650,000 tonnes d'anthracite et de 1 ,750,000 tonnes de houilles bitumineuses, ensemble 4,400,000 tonnes.
< Siaiiiitci of Coal, PhilaJelphia. 1848.
Du reste, toutes les phases que nous avons signalées dans les exploitations européennes se reproduisent dans celles de l'Amérique. C'est par la fabrication du fer que les houillères se sont principalement développées; et les États-Unis, en arrivant à produire autant de combustibles minéraux que la France, ont également atteint le même chiffre (500,000 tonnes) dans la fabrication du fer.
Production et eonsominBtloii de» combat ti bleu mlnéraiix*
Les quatre groupes de bassins houillers dont nous venons d'indiquer les principaux éléments résument, à peu de chose près, les forces productives du globe. En dehors, il existe bien encore quelques terrains houillers, mais aucun qui puisse modifier d'une manière notable l'équilibre actuel de la production. Les combustibles minéraux signalés et exploités, soit dans l'ile de Bornéo , soit dans la partie méridionale de l'Australie et dans la terre de Van-Diemen, ont exercé sans doute une influence favorable sur la colonisation de ces nouvelles régions; mais il ne parait pas que leur richesse et leur étendue puissent être comparées à celles des terrains houillers de l'hémisphère austral.
La Russie contient de vastes dépôts, dont l'âge se rapporte à la partie inférieure des terrains carbonifères ; mais la formation houillère y paraît manquer, ou, du moins, no présenter que des gîles de peu d'inipoi lance. L'Espagne seule peut figurer un jour dans la production et y prendre rang à côté de l'Allemagne et de la France, grâce à l'exis-
PRODUGTIONi COIfSOlfllàTlON DES COMBUSTIBLES MIMÉRAUX. 47
tence de bassins houiilers encore peu explorés, mais dans lesquels on à constaté de grandes richesses.
Le bassin des Astaries, sur le revers septentrional de la chaîne cantabre , a plus de 80 kilomètres de longueur de Test à Touest, sur une largeur de 90 ; et, dans la région centrale , on a pu compter plus de 80 couches de houille distinctes. Il existe également des terrains houiilers dans la province de Léon ; enfin, ceux do TAndalousie, situés sur le revers méridional de la Sierra-Morena, contiennent aussi de grandes richesses, aujourd'hui condamnées à Tinaction par Tabsence complète de voies de communication et d'industrie locale.
On peut comparer les terrains houiilers des diverses contrées du globe, sous le point de vue de leur surface, de leur richesse en houille, et de leur situation relativement aux voies d'exportation ; or, en tenant compte de ces divers éléments, on trouvera que, l'Amérique exceptée, les extraction sont à peu près proportionnelles aux ressources de ehacone de ces contrées.
* Surfaces houillères. Production aonuelle.
Iles Britaimiques. . . . 1,570,000 hectares^ 40,000,000 loouet.
France 300,000 5,800,000
Belgique i 50,000 5,000,000
Allemagaé 160,000 3,500,000
Âulriche 80,000 900,000
Espagne ? 100,000
Les extractions tendent à augmenter dans chaque contrée par le développement naturel des consommations indus* trielles et domestiques; on est donc conduit à se demander
si la richesse générale des terrains bouillers est lelle^ que ces extractions puissent continuer et suivre la progression imprimée par le mouvement général de la civilisation. Cette question de l'avenir des houillères a été souvent étudiée, notamment en Angleterre, où la production semble avoir atteint une proportion exagérée ; on a donc cherché à calculer quelle pouvait être la quantité de houille contenue dans les bassins principaux, afin d'évaluer la durée probable des exploitations qui y sont établies. Ces calculs sont bien incertains, car ils diffèrent considérablement les uns des autre3 selon qu'ils ont été faits par des observateurs différents^ cependant ils sont utiles en ce qu'ils donnent au moins une idée approximative de ce qui est possible. Voici un exemple appliqué au bassin de Newcaslle :
. Ce bassin contient environ quarante couches de houille, dont les plus puissantes ont 1 ,80, 1 ,20, 0,90, et les moins puissantes, qui ne peuvent être exploitées, 0,20, 0,10. Le docteur Thompson calcula que la puissance totale des couches était de treize mètres, dont quatre mètres n'étaient pas exploitables. Les extractions pouvant s'étendre sur un espace de 466 kilomètres carrés, le massif produirait trois millions de mètres cubes pendant quinze siècles. Mais les deux géologues Sedgwick et Buckland réduisent beaucoup la superficie exploitable, à cause des failles, des brouillages, des étranglements et accidents de toute nature, et limitent à quatre siècles la production du bassin'.
1 M. Hugli Ta^lor, iiigéuieur du duc de Norlbumberlaod , présenla à
Les calculs faits sur la richesse du pays de Galles assurent une durée encore supérieure. Ainsi, M. Backerwel estime qu'il y a 1 ,200 milles carrés de terrain houiller, présentant un ensemble de couches dont les épaisseurs réunies ont 95 pieds anglais, ce qui fait 64,000,000 tonnes par mille carré ; il réduit cette quantité à la moitié, à cause des accidents et des pertes , et trouve encore, pour 600 milles carrés supposés exploitables, un total de 1 9 milliards de tonnes. Ce bassin du pays de Galles pourrait donc suffire à toute la production anglaise pendant cinq cents ans.
Des calculs de ce genre ne peuvent être considérés que comme des approximations très inexactes, mais ils suffisent pour tranquilliser sur l'avenir des houillères. Nous n'appliquerons cette mélhode de cubage aux principaux bassins de la France, qu'après en avoir présenté aussi exactement que possible les éléments. Contentons-nous de dire que nos bassins houillers sont généralement très riches en combustibles, et que le domaine de l'inconnu y est encore très grand, même sous le rapport des surfaces, puisque, dans beaucoup de cas, le terrain houiller disparait sous des
la chambre des lords, en 18^, un calcul diiTércnt; il augmente la surface exploitable et diminue la puissance moyenne. Les couches de houille y occupent, dit-il, 732 milles carrés sur 12 pieds d*épaisseur moyenne, ce qui fait, k raison de 12,390,000 tonnes par mille, la somme de 9,069,480,000 tonnes. Retranchant, pour les perles, les piliers qu'on laisse, etc., le tiers, c'est-à-dire 3,023,160,000, il reste encore 6,016,320,000 qui , divisés par les 3,500,000 tonnes exploitées à Newcaslle, etc., donnent une durée de 1,727 ans.
formations postérieares. Dans les bassins les plus activement exploités, tels que ceux du Nord, de la Loire et de Saône-etrLoire, des recherches récemment entreprises ont mis en évidence des richesses nouvelles et inattendues, et ont démontré qu'un vaste champ est encore ouvert aux travaux d'exploration.
Sous ce rapport, rien ne doit être négligé en France, car Taccroissement des consommations y est si rapide , qu'on ne peut prévoir le chiffre auquel elles seront arrivées dans un demi-siècle. L'établissement des grandes lignes de chemins de fer donnera une nouvelle impulsion à cet accroissement, en portant les combustibles minéraux dans des contrées qui en connaissent à peine les applications. Les usages domestiques et agricoles, bornés aujourd'hui, deviendront généraux, et telle est l'influence de ces usages que le seul chaulage de la terre absorbe, dans certains départements, la majeure partie des houilles produites. Si, enfin, nous jetons un coup d'œil sur les consommations'industrielles, ne voyons-nous pas la métallurgie anglaise se substituer dans nos usines aux anciens procédés qui n'employaient que les combustibles végétaux, et ne pourrionsnous pas avancer que les hauts fourneaux au bois seront tellement exceptionnels dans un siècle, qu'ils deviendront des objets de curiosité, comme les hauts fourneaux au coke de la Voulte, du Janon et du Creuzot, l'étaient il y a vingt-cinq ans.
M. Adolphe Brongniart, dans un rapport fait à la Société d'encouragement, sur la sylviculture, a remarque
PRODGCTIOM, CONSOMMATION DBS COMBUSTIBLES MINÉRAUX. 51
que les produits des houilles avaient , depuis cinquante ans, doublé tous les treize ou quatorze ans. Ainsi :
En 1789, la France produisait 250,000 tonnes.
En 1845 950,000
En 1830 1,800,000
En 1843 3,700,000
La consommation, y compris les importations, a suivi la même marche : de 1789 à 1843 elle s'est élevée de 450,000 à 5,300,000 tonnes. Si Ton pouvait supposer la même progression pendant une nouvelle période de cinquante années, on arriverait en 1895, au chiffre énorme de 60,000,000 de tonnes pour le produit des houillères en France.
On ne peut guère admettre une pareille progression ; mais, lors même qu'on la réduirait au quart, en supposant que la production n'atteignit que 1 5,000,000 tonnes, Rur la fin du dix-neuvième siècle, on serait encore frappé, comme M. Adolphe Brongniart, de la disproportion qui existe entre Télat actuel de nos houillères et un pareil développement; et cependant ce développement serait bien admissible puisqu'il n'atteindrait pas la moitié de la production actuelle de l'Angleterre.
Pour fournir à des consommations toujours croissantes, les exploitants approfondissent de plus en plus leurs travaux, et l'on est conduit à se demander si la production ne trouvera pas, dans cet approfondissement, des obstacles inattendus qui entraveront l'exploitation et la priveront d'une grande partie des ressources prévues. Celte objection
est sérieuse, car nous verrons que les couches de bouille descendeni à des profondeurs bien plus considérables que celles qui sont atteintes actuellement. Heureusement que Tart des mines n'a pas encore fait défaut, et, lorsque surgiront de nouvelles difficultés, il les surmontera comme il a déjà vaincu celles que les premiers exploitants avaient considérées comme infranchissables.
Si Ton étudie, en effet, les progrès successifs de l'art des mines, on arrive à reconnaître que l'exploitation a été la source des plus grands progrès industriels de notre époque ; c'est elle, par exemple, qui a conduit à l'invention des machines à vapeur, et, plus tard, à celle des chemins de fer.
Les eaux qui abondent dans la plupart des mines opposaient, dans le principe, un obstacle insurmontable à la continuation des exploitations, et les travaux souterrains n^auraient pu franchir une certaine limite de profondeur si Ton n'eût trouvé des moyens mécaniques assez puissants pour épuiser ces eaux. En 169G, Savery publiait, dans un ouvrage qu'il appelait VAmi des Mineurs, la description do sa machine qui, appliquée aux mines, donna une première solution du problème, solution qui fut complétée en 1705 par la machine de Newcomen. Ce fut vers 1720, et pour les houillères de Littry, que la première machine à vapeur de Newcomen fut montée en France ; à la mémo époque, on en monta une pareille aux environs de Liège , et plusieurs mines du Nord possèdent encore de ces machines, devenues, en quelque sorte, des monuments historiques.
PRODCCTIOli, CONSOMMATION DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX. 53
Les machiDes du système du Comwall sonl aujourd'hui en voie de se substituer partout à ces premières machines d'épuisement; ii en est dont le cylindre a 3 mètres de diamètre et qui représentent la force de six cents chevaux, c'est-à-dire, qui sonl l'expression de la plus grande force créée par Findustrie.
Cest encore pour le service des mines que furent inventés les premiers chemins de fer: c'était d'abord un chemin de bois garni de fer^ posé sur le sol des galeries de roulage; en 1700, furent établies à Newcastle les premières voies à ornières, de construction régulière; enfin, les premières locomotives qui furent faites, vers 1810, étaientconsacrées au transport des charbons.
En France , c'est aux houillères de la Loire que nous devons notre premier chemin de fer, celui de Saint-Etienne à Andrézieux, construit en 1809; plus tard, les chemins de fer de Saint-Étienne à Lyon et d'Andrézieux à Roanne, qui ont également précédé tous les autres, ont été construits principalement pour le transport des charbons. Il en fut de même en Angleterre et en Belgique, où les exploitants ont été les véritables inventeurs de tous les détails de la voie, des plans automoteurs , des plans inclinés avec machine fixe, enfin des premiers essais mécaniques qui ont conduit à la locomotive.
Pénétrons dans les exploitations; nous verrons les mineurs exécutant, dans leur carrière périlleuse, les travaux les plus ingénieux, et réalisant toujours de nouveaux progrès, alors que le progrès ne paraît plus possible. Il
54 histor:que et statistique des houillères.
semble que Tesprit humain devienne plus réfléchi dans l'obscurité du travail sou terrain , et que les dangers du métier le stimulent. Nous avons vu les mineurs opposer aux eaux la machine du Comwall , aux difficultés du transport j les chemins de fer ; les voici qui combattent le grisou par les lampes de sûreté , et se procurent de Tair frais, au fond, de travaux d'un développement de plusieurs lieues, au moyen des machines pneumatiques les plus diverses; enfin, ils sont arrivés à donner aux appareils d'extraction une puissance telle, qu'un seul puits peut envoyer par jour, à la surface, six mille hectolitres de houille, extraits de trois et quatre cents mètres de profondeur. (Mines du grand Horuu.)
Suivons le bouilleur jusque dans les tailles d'abattage, et nous serons frappés de l'immensité des travaux créés par son action incessante. Dans la Loire, deux millions de mètres cubes de houille sont extraits annuellement d'une profondeur moyenne de cent à trois cents mètres, et des remblais sont substitués aux vides produits, sans qu'aucun désordre de la superficie signale, à l'extérieur, les excavations hardies et complètes au moyen desquelles l'exploitant extrait les couches intérieures. Dans Saône-et- Loire, nous voyons, par l'adoption d'une méthode non moins rigoureuse, exploiter sans remblais, et pourtant avec la même précision, des couches de dix et vingt mètres de puissance : le sol s'afiaisse, change de niveau sans se défjrmer, sans que la culture en soit gônéc, el les zones d'affaissement tracent des lignes dont l'œil peut suivre
ravancement ; de telle sorte, que robservateur placé à la surface , peut accompagner le mineur dans sa marche souterraine.
Que de beaux travaux restent ainsi cachés; travaux
modestes, mais bien méritants, qui, sous la menace des sinistres les plus imminents, pénètrent chaque jour davantage dans rintérieur du globe, et livrent à notre industrie Télément le plus actif et le plus indispensable.