ÉTRANGLEMENTS^ RENFLEMENTS^ CRAINS ET COUFPLÉES
avait éprouvé une sorte de pétrissage. Â Tabattage, ces houilles tombent presque entièrement en menu.
Ces altérations du tissu normal de la houille se retrouvent dans les roches stratifiées avec elle ; les barres, les lits de gore , les nerfs argileux sont eux-mêmes fragmentaires, brisés et froissés , de manière à présenter, de même que les roches du toit et du mur, une multitude de surfaces convexes ou concaves, striées, polies et brillantes, que les mineurs appellent des miroirs.
La structure brouillée des houilles est constante et très prononcée dans les couches fortement accidentées. Telles sont les houilles grasses du bassin de Youvant et Faymoreau dans la Vendée; Tabattage n*y fournit que du menu, et Ton a peine à trouver, sur les haldes, des morceaux assez solides pour qu*en les serrant dans la main, ils ne soient aussitôt brisés en une multitude de fragments arrondis. Toutes les couches du bassin de Vouvant affectent cette structure, et ces couches sont en même temps non-seulement redressées jusqu'à 60 et 80 degrés , mais encore accidentées par une multitude de serrages et de coulllées.
Cette structure des houilles accidentées est quelquefois absolument pulvérulente. Certaines houilles des mines de Languin, aux environs de Nort, ont ce caractère au plus haut degré; elles sont à l'état de poussièi^ terne, et ressemblent tellement à du noir animal qu'on est obligé de les expédier en sacs ; mais, malgré cette apparence défa^* vorable , elles sont collantes , propres à la forge et à la
fabrication du coke. Soas le rapport du gisement, les couches composées de cette houille pulvérulente sont tellement accidentées par des coufflées , qu'elles se trouvent réduites à l'état d'amas lenticulaires, dont la continuité en direction dépasse rarement 25 à 30 mètres, et qui se suivent dans des plans de stratification inclinés à 60 et 75 degrés. Cette houille est désignée par les mineurs sous le nom de charbon êwr'dj parce que, à l'abattage, elle ne rend aucun son sous les coups de pic; par opposition, on appelle charbons clatrs, des charbons pailleteux et brillants, plus sonores, qui sont accidentés de la même manière, mais dont les menus ont conservé l'apparence fragmentaire de la houille brisée.
En étudiant les gttes de Languin , nous nous sommes convaincus que, après avoir été primitivement sous forme de couches régulières, ils avaient été soulevés et comprimés par des. efforts latéraux , au point d'être réduits à l'état d'amas lenticulaires, dont la série se succède sous forme d'allure en chapelet. Les lacunes d'isolement étant généralement plus longues que les parties lenticulaires, il a fallu que la houille, refoulée par les pressions latérales, parcourût des distances considérables, et de là cette rupture complète de toute structure.
Le bassin de Saône-et-Loire présente quelques exem« pies intéressants de la solidarité que nous signalons entre la plupart des accidents et la structure anormale des houilles. Sur la lisière méridionale, vers Lucy, le Monceau et Blanzy, le terrain, incliné de 10 à 20 degrés, présente
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des couches bien réglées dans leur puissance, et qui, bien que découpées par des failles nombreuses , ont conservé des allures assez régulières dans leur ensemble ; aussi , dans toute cette partie du bassin, la structure de la houille est-elle normale et essentiellement stratifiée. Sur le pendage opposé, vers Toulon sur TArroux (mine des Petits- Châteaux), les couches, violemment redressées sous des angles de 60 à 80 degrés, sont à tel point criblées de crains, qu'elles ne sont plus représentées que par une série de masses lenticulaires ou sphéroïdales en chapelets, dont l'exploitation a dû être abandonnée; aussi, toutes ces houilles sont-elles menues, et présentent-elles, au plus haut degré, la structure brouillée et pétrie que nous avons précédemment signalée.
Mais on ne peut admettre, sans quelque preuve directe, cette transformation d'une allure régulièrement stratifiée, en allure en chapelets, et celte suppression de la houille sur des espaces considérables, par le refoulement latéral dans les parties renflées. Pour arriver à celte démonstration, nous allons prendre une série d'exemples qui, de la régu* larité absolue des couches, nous conduiront à leur maximum de perturbation par les crains.
Les couches de lignite tertiaires des environs de Marseille peuvent être citées, parmi les couches combustibles, comme celles qui présentent les caractères de stratification les plus nets et les plus réguliers. Les calcaires qui alternent avec ces lignites contrastent tellement avec eux par tous leurs caractères minéralogiqnes, qu'ils font ressortir
toutes les irrégularités avec une netteté qu'on ne retrouve pas dans les autres terrains carbonifères. Ces couches de lignite, si bien stratifiées, qu'on peut souvent y distinguer une lumière suspendue à l'extrémité de descenderies de 200 mètres de longueur, ont cependant aussi leurs irrégularités, et nous devons à M. Grafft la communication de plusieurs observations intéressantes sur les déformations qu'elles ont subies.
Dans les mines d'Auriol , une des couches principales, dite la grande mine^ puissante de 1'°,20, et ordinairement très régulière, éprouve des refoulements dont la fig. 25
Fig. 35. — Coupe horizontale d'un écrasement de la couche dite la Grande-Mine,
à Auriol.
donne un tracé exact. La couche, suivie par une galerie d'allongement qui en a défini les contours, est froissée de manière à présenter, sur une longueur d'environ 15 mètres, des déformations auxquelles la matière charbonneuse s'est parfaitement prêtée. Le lignite fragmentaire remplit exactement toutes les anfractuosités du toit et du mur, ce qui démontre que, dans cet état brisé, et sous l'influence des pressions énergiques auxquelles il a été soumis, il jouissait d'une véritable malléabilité.
Ces phénomènes de déformation des couches existent surtout dans des plis dont la fig. 26 présente un exemple. Ici , le double pli qui a interrompu le pendage régulier
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justilie, en quelque sorte, le mouvemeûl de froissage que la couche a éprouvé, et sa puissance un peu diminuée in-
Fig. 36. — Coupe Yerlicale d'un éeraiement dt la eoucht dite la Grande-Mine, à Auriol.
dique, en même temps, un étirage de la matière charbonneuse.
Cet effet d'étirage est démontré d'une manière encore plus évidente par Taccident représenté fig. 27. Une autre couche dite des quatre pans est brisée en deux points, et
Fig. 27. — Coupe rertieale d'un aeeident dans la conche dite dei Qualre-Pan^,
à Auriol,
éprouve, en outre, un double pli analogue au précédent. Dans toute la partie ployée, la couche a été étirée de telle
sorte que sa puissance est réduite de moitié vers le milieu du pli ; on voit, en outre, que la matière charbonneuse a été refoulée par la pression , dans une petite fissure en forme de coin, placée au toit de la couche.
Ces exemples pris dans les couches de lignite nous paraissent démontrer d'une façon concluante que des élranglemenls ou des renfUmen($ ont été déterminés par des mou* vements du sol ; d*abord, parce que les effets produits sont peu considérables, et, en second lieu, parce que les couches de lignite sont si bien réglées dans la localité dont il s^pgit, qu'on ne peut douter que les effets produits ne soient bien réellement dus à des perturbations postérieures à leur dépôt. Nous pouvons ajouter enfin, qu'en aucun point la solidarité qui existe entre les accidents et les altérations de la structure normale n'est mieux prouvée que dans ce bassin des ligniles de la Provence.
Cette malléabilité dont est douée une roche solide et brisée n'est pas, d'ailleurs, sans analogies dans les faits géologiques. Ainsi, l'on admet que certaines roches serpentineuses, dont la structure est fragmentaire, et dont les fragments présentent tous des surfaces de glissement, douces au toucher et striées dans un même sens de marche , ont dH être soulevées et amenées au jour dans un état solide. L'état brisé de ces roches leur tenait lieu de fluidité; or, leur structure fragmentaire, polie et striée, est précisément reproduite dans beaucoup de cas par les houilles accidentées. C'est ainsi que les miroirs et indices de glissement du toit et du mur, les stries de la structure mailliez doivent évidemment