‹ De la justice dans la râevolution et dans l'âEgliseChapitre 44 sur 47 · XLV. — Et maintenant, Monseigneur, répondez-moi · texte numérisé non relu

XLV. — Et maintenant, Monseigneur, répondez-moi

La critique socialiste a convaincu d'erreur la vieille économie, l'iniquité de la foi féodale a été démontrée, la formule du préteur réduite à l'absurde. L'identité de tous ces termes : Justice, égalité, garantie mutuelle, bien-être, progrès, est devenue un lieu commun. Nous savons ce qui

fait notre mal et ce qui ferait notre bien ; et la responsabilité de nos douleurs a été reportée sur l'Eglise, institutrice de la société moderne.

Protestez-vous contre cette accusation qui s'élève de toutes parts? Direz-vous, avec quelques jeunes théologiens à qui le mouvement de la civilisation a dessillé les yeux, que la liberté, la Justice, l'égalité, le respect réciproque, la balance des forces, les garanties qui en résultent, que tous ces principes, ces règles de droit, dont j'ai montré l'origine dans la pure conscience de l'homme, sont aussi du christianisme ; que le christianisme les a connus avant la Révolution, et que l'Eglise ne demande rien tant aujourd'hui, comme autrefois, que de voir ses enfants les mettre en pratique et y conformer leur vie?

Commencez donc par réformer votre enseignement, et surtout votre discipline. Acceptez pour vous, comme pour les autres, la balance du droit et du devoir; rendez aux familles dépouillées ces biens que la superstition vous a dévolus; contentez-vous de votre salaire; réglez ce casuel, misérable dans les campagnes, scandaleux dans les villes ; abstenez-vous de ces levées de subsides, surtout de ce cumul de fonctions industrielles, mercantiles et pédagogiques, aussi contraires à la dignité du sacerdoce qu'à la probité publique. Dites, enfin, dans vos écoles, dans vos collèges, dans vos séminaires, dans toutes vos paroisses, dites et proclamez à haute voix, et prouvez par vos actes, que la démocratie vous a méconnus, que vous êtes d'accord sur tous les principes de la morale avec la Révolution. Affirmez avec nous la liberté, l'égalité, la fraternité, la juste propriété, la balance sociale, le travail garanti, le crédit organisé, la rente égale pour tout le monde. Faites cela; et puisque vous jouissez auprès du pouvoir d'une influence sans bornes, occupez-vous tout d'abord de lui redemander ces libertés que la Révolution a fait éclore, et dont rien ne justifie ni ne compense le retrait.

La société devra-t-elle attendre que vous ayez mis d'accord vos maximes anciennes avec vos devoirs présents? Mais à qui la faute, je vous prie, si les événements vous devancent, si votre profession de foi, avec ses dix-huit siècles d'antiquité, se trouve aujourd'hui en retard? Pourquoi ne vous êtes-vous pas saisi à temps de ces grandes

mérités que découvre chaque jour à la civilisation réjouie a science nouvelle? Pourquoi l'Eglise, au lieu de se cramponner en aveugle à son effroyable dogme, n'a-t-elle pas ait de ces découvertes, effectuées ou seulement prévues, a base de sa morale? Pourquoi, toujours affable aux grands, nVt-elle cessé de fouler et de refouler les malîeureux ? L'Eglise, si elle avait embrassé résolument la îause de la Justice, eût été toujours reine; le cœur des peuples serait demeuré avec elle ; on n'aurait vu dans son >ein ni hérétiques ni athées. La distinction des puissances l'eût jamais été faite; et Pie IX, unique souverain du jlobe, régnerait sur les idées comme sur les intérêts. Personne n'eût révoqué en doute l'autorité du sacerdoce, pas )lus que la certitude de sa révélation; car personne n'eût îté induit à ce doute par le spectacle des calamités sociales, de la tyrannie ecclésiastique et de l'inclémence du Sel. C'est le malheur de sa destinée qui pousse l'homme i accuser sa religion et son Dieu. Ne voyez-vous pas en le moment que votre troupeau se compose exclusivement le riches, et que ceux qui vous quittent sont les pauvres? lela se perd, me répondit un jour un paysan que j'avais onnu fort assidu aux offices de l'église, et à qui je témoignais ma surprise de son indévotion. Oui, cela se perd, et >eaucoup plus vite, je le crains, qu'il ne faudrait pour le >onheur de notre nation. 0 sainte Eglise catholique, aposolique, romaine et gallicane, Eglise dans laquelle j'ai été levé et qui as reçu mon premier serment! c'est toi qui l'as fait perdre la foi et la confiance. Pourquoi, au lieu .'une mère, n'ai-je trouvé en toi qu'une marâtre? Pouruoi, épouse du Christ rédempteur des prolétaires, as-tu fait lliance avec les ennemis du Christ, exploiteurs du proléiriat? Comment est-tu devenue adultère, si tant est que u aies jamais été légitime ?

Inutiles regrets ! Ce qui est écrit est écrit; l'Eglise ne hangera pas : la véracité de l'esprit humain ne permettait pas une semblable déviation de la foi chrétienne. A haque âge de l'humanité sa signification, à chaque idée dn drapeau. L'église est établie en dehors de la Justice, ont elle ne possède pas la notion; en dehors de l'éconolie, dont elle repousse systématiquement les lois. Non %tur Ecclesia in œconomiâ. L'homme n'a point de droits,

o70 PHILOSOPHIE POPULAIRE.

a dit un de vos^ derniers prophètes, M. Donoso Cortès. Je ne sache point, monseigneur, que ni vous ni aucun vos collègues ayez protesté contre ce blasphème. Le pape l'a point mis h l'index : au contraire, M. Donoso Cortès e, mort en odeur de sainteté.

Et vous prétendez au gouvernement des consciences, \ vous nous accusez d'immoralité, vous dont le premi< article de foi est de flétrir la personne humaine, le secon de la vouer à la misère, le troisième de la déposséder c la terre, dont vous vous attribuez la meilleure part en lai sant l'autre à des nobles! vous qui, pour consommer cet dépossession, ne craignez pas de vous livrer, sous voti manteau archiépiscopal, aux pratiques les plus équivc ques du mercantilisme ; qui enseignez de parole ( d'exemple que la gloire de l'Eglise est la loi suprême, qu cette loi purifie tout, légitime tout, même l'usure, jadi par vous condamnée, même la dépravation du travaillera même k transportation de ces milliers de bouches qu votre exécrable système a rendues inutiles !

Oh! monseigneur, savez-vous ce qui me console? Ces que vous croyez à votre religion ; c'est que du moins votr conscience vous sert d'excuse, et qu'elle ne saurait m'em pêcher de vous honorer autant que de vous plaindre. Ces pourquoi, tandis que vous me signalez, à raison de me opinions, à l'horreur des fidèles, moi, en vertu de ce mêmes opinions, je puis dire toujours, en vous montran à mes coreligionnaires : L'homme est meilleur que 1( Dieu.

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